‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 128 sur 215 · CHAPITRE XXXV. 25t · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV. 25t

tenir là campagne. J'ai remarqué que tous ne dépassez jamais les limites de votre domaine; j'espère, mon cher monsieur, que tous ne tous ferez pas faute de poursuivre votre gibier sur les terres d'Ellangowan. Je crois que les coqs de bruyère y sont en plus grand nombre, quoiqu'il y en ait beaucoup aussi sur les vôtres. »

Glos6in n'obtint encore qu'une salutation froide et réservée; 11 essayait de renouer la conversation, lorsque l'arrivée de Mannering le tira d'embarras.

« Je crains de vous avoir retenu trop long-temps, monsieur/ dit-tl à Glossin ; Je désirais que miss Bertram consentit à vous receyoir, parce que, dans mon opinion, sa répugnance doit céder à U nécessité de s'instruire des choses dont vous avez â l'informer dans ses intérêts ; mais des circonstances récentes et qu'il n'est pas facile d'oublier, lui rendraient tellement pénible une entrevue avec mon. sieur Glossin, que j'ai cru devoir ne pas insister davantage. Je recevrai pour elle vos ordres , vos propositions , toutes les communications enfin que vous pouvez avoir à lui faire. — Je suis désolé , monsieur, tout-à-fait désolé, colonel, que miss Bertram puisse supposer... que des préventions... qu'elle ait l'idée, enfin, qu'aucune chose de ma part... — Lorsqu'il n'y a pas d'accusation, monsieur, la défense est au moins inutile. Vous est-il permis de me communiquer , en ma qualité 4e tuteur provisoire 4e m$$ Bertram , l'affaire que vous croyez de sature à l'intéresser? — Bien certainement, colonel Mannering; elle ne pouvait choisir un ami plus respectable , personne avec qui il me soit plus agréable de conférer. — Ayez donc la bonté de m' expliquer ce dont il s'agit, monsieur, s'il tous platt. — Cela n'est pas si court que vous semble? l'imaginer, monsieur; mais M. Hazlewood n'a pas besoin de sortir; je veux tant de bien à miss Bertram , que je souhaiterais que l'univers entier entendit ce que j'ai à dire.— Mon ami M. Charles Hazlewood est sans doute peu curieux d'entendre ce qui ne le concerne point. Maintenant que nous sommes seuls, je me permets de vous prier d'être précis et clair dans vos communications. Je ne suis qu'un soldat, monsieur ; partant , peu habitué aux lenteurs de la procédure. » Et prenant une chaise, il attendit la réponse de Glossin.

* Ayez la bonté de lire cette lettre : c'est le moyen le plus court de vous mettre au courant de cette affaire. »

Après l'avoir lue , et inscrit sur son agenda l'adresse de M. Protocole , Mannering remit la lettre à Glossin en lui disant : « Ceci , monsieur, ne semble pas demander beaucoup d'explications. Je

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Terrai ce qu'il conviendra de faire dans l'intérêt de miss Bertram. — Mais , monsieur , mais , colonel , il y a encore un point que personne excepté moi ne peut expliquer. Cette dame , cette mistress Margaret Bertram , a légué tous ses biens , par testament, à miss Lucy Bertram , lorsqu'elle demeurait avec mon vieil ami , M. Bertram , à Ellangowan. Je puis l'affirmer, car Dominie (c'était le nom que mon défunt ami donnait toujours au respectable M. Sampson ) a servi avec moi de témoin pour cet acte ; et à cette époque elle avait capacité de faire cette disposition , étant dès lors investie du domaine de Singleside , quoique sa sœur aînée eût la jouissance de l'usufruit sa vie durant. C'était un arrangement bizarre du vieux Singleside , qui par là excitait ses deux^ filles , comme deux chattes , l'une contre l'autre. Ah ! ah ! ah ! — Fort bien, monsieur! reprit Manneriogavec le plus imperturbable sang-froid : mais allons au fait. Vous dites que cette dame avait le droit de disposer de sa fortune en faveur de miss Bertram , et qu'elle l'a fait ? — Sans doute, colonel, répliqua Glos sin ; je crois entendre passablement les affaires ; je m'en suis occupé pendant bien des années , et quoique j'y aie renoncé pour jouir de ma petite fortune, je n'ai pas fait divorce avec une science que je préfère à châteaux et à terres, avec la jurisprudence enfin, qui , comme l'a dit un poète,

Ef t le meilleur moyen pour regagner let terres Que perdent à l'envi de fous célibataires.

Non, non, je puis encore foire claquer mon fouet; et ma faible expérience est toujours au service de mes amis. »

En parlant de son savoir-faire avec une telle complaisance , Glossin visait à produire une impression favorable sur l'esprit de Mannering, qui l'eût infailliblement jeté par la fenêtre, ou au moins mis à la porte , s'il n'eût été retenu par la crainte de nuire aux intérêts de miss Bertram. Il fit donc un grand effort sur lui-même en écoutant avec patience, sinon avec bienveillance, l'éloge que Glossin faisait de ses talents. Lorsqu'il eut terminé, il lui demanda s'il savait où était le testament.

« Je sais... c'est-à-dire je pense... je crois pouvoir le retrouver... Il y a des dépositaires qui , en pareil cas , réclameraient des honoraires... — Vous n'avez qu'à parler, répliqua le colonel en tirant son portefeuille de sa poche. — Mais, mon cher monsieur, vous ne me laissez pas achever... Je disais que certaines personnes auraient pu faire une telle réclamation... pour le remboursement du

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