CHAPITRE XXXVII. M
lignite se mèlàt à une opposition ferme , constante , et en apparence consciencieuse des deux côtés. — Pour tous, monsieur Pleydell, que pensez -tous c^es points sur lesquels ils ne sont pas d'accord? — Mais , colonel , j'espère qu'un honnête homme peut aller au ciel sans avoir d'opinion là-dessus. D'ailleurs, inter nos *, je suis membre de l'église épiscopale d'Ecosse , église souffrante , l'ombre d'une ombre maintenant ; et en vérité ce n'est pas un malheur. Cependant j'aime à prier où priaient mes pères avant moi, sans pour cela penser plus mal du culte presbytérien , ni de ceux dont je ne partage pas les idées. » Après cette remarque , ils se séparèrent jusqu'à l'heure du dîner.
À en juger par l'épouvantable entrée de la maison de l'avocat , Mannering ne s'attendait pas à être bien somptueusement traité: Elle lui parut encore plus sombre pendant le jour que le soir précédent. Les maisons des deux côtés de la rue étaient si peu éloignées , que les habitants auraient pu , de leurs fenêtres , situées en face l'une de l'autre , se donner la main ; quelques unes même communiquaient entre elles par des galeries en bois. L'escalier de celle où demeurait Pleydell était d'une malpropreté dégoûtante. En entrant dans l'appartement , Mannering remarqua avec peu de plaisir un corridor sombre et étroit. Mais la bibliothèque, dans laquelle il fut introduit par un domestique âgé, d'une figure respectable, faisait un contraste complet avec ce corridor de mauvaise apparence. C'était une pièce d'une assez grande étendue , ornée d'un ou deux portraits de personnages célèbres d'Ecosse , par Jamieson , le Van- Dyck de la Calédonie , et garnie , de toutes parts , de livres , les meilleures éditions des meilleurs auteurs , notamment d'une admirable collection des classiques.
* Voilà, dit M. Pleydell, les outils de mon métier. Un avocat sans connaissances en littérature est un automate, un misérable manœuvre ; s'il est un peu versé dans ces connaissances , il a peut-être le droit de se croire un architecte. »
Mannering fut surtout enchanté de la vue dont on jouissait des fenêtres. Elles donnaient sur la magnifique campagne entre Edimbourg et la mer, sur le Forth avec ses îles , la baie qui se termine par le promontoire de Berwick , les côtes voisines de Fife au nord , dont les hauteurs se détachaient sur un horizon pur et azuré.
Après avoir suffisamment joui de la surprise de son hôte, M. Pleydell appela son attention sur les affaires de miss Bertram. « J'espé-
i. Entre booi. a. m.
rail , «141; qttoiÇttë bièfi iWBWtaent , découvHr lé moyen d'établir incontestablement ses droits à la propriété de Singlesidé ; étfàïs mes recherches ont été infructueuses. La vieille dame était certainement propriétaire absolue et irtetimmutable ; elle pouvait disposer de ses biens. Tout ce que nous pouvons espérer , c'est que le diable ne lui aura pas suggéré de rétoquer ee testament , qui est inattaquable. Vous assisteras demain à Ses funérailles ; trous recetrez une invitation pour cela , ear j'ai aterti son agent que tous êtes ici pour représenter miss Bertrata. Je tous rejoindrai à là maison mortuaire pour assister à Foaterture du testament, spectacle quelquefois digne d'être vu. La vieille dame avait chez elle une jeune orpheline, sa parente, qui loi serrait de domestique ou h peu près. J'ttpèrê qu'elle hti aura assuré un sort eu considération de la peine fbrie et dur* 1 Qu'elle lui a fait subir durant sa vie. »
Trois messieurs arrivèrent en ce moment : ils furent présentés au eolonel. C'étaient des hommes sensés , aimables et instruits : aussi b soirée se passa fort agréablement, et Mannering resta jusqu'à huit Heures , fêtant la bouteille de son hôte , laquelle n'était pas de petite taille. A son retour h l'auberge , il trouva une carte d'tatitatiofl pour les ftméraiHes de mistress Marguerite Bertram de Singlesidé : le convoi devait partir pour le cimetière des Frères-Gris, à une heure de L'après-midi.
A l'heure indiquée , le colonel se dirigea vers le faubourg du sud. H découvrit aisément la maison de la défunte en voyant deux figures sinistres qui se tenaient devant la porte, selon la coutume en Ecosse , tétties de longs âanteaux noirs avec des crêpés et des galons bines , tenant à la main des bâtons qui portaient aussi les insignes du deuil. Deux autres personnages muets, qu'à leurs visages on aurait pris pour des gens accablés par quelque épouvantable malheur , le conduisirent dans la salle à manger de la défunte , où la compagnie était rassemblée pour les funérailles.
L'usage, maintenant aboli en Angleterre , d'inviter tous les parents du défont à son enterrement , subsiste toujours en Ecosse. En beaucoup d'occasions il en résulte un spectacle singulier et frappant, niais qui , le plus souvent , dégénère en pures formalités, en grimaces , lorsque te défunt n'a point été aimé pendant sa vie et n'est point regretté après sa mort. Les rites funèbres pratiqués en Angleterre , TuM des* parties les plus belles et les plus imposantes de son rituel , pourraient , dans une circonstance semblable , fixer Fat-