CHAPITRE XXXVÏIÏ
Ut TESTAMENT.
Meurs , et dote un collège ou ton chat.
Pope.
Lucien raconte cet apologie ; « Une troupe de singes , bien dressés par un entrepreneur intelligent, représentaient une tragédie à la satisfaction générale des spectateurs ; mais uq mauvais plaisant ayant jeté une poignée de noix sur la scène , tout devint aussitôt confusion , et les acteurs , sans vergogne , s'abaudonnèrent Hi qui mieux mieux à leur caractère naturel. >
De même , rapproche du moment décisif excitait parmi les prétendant? a la succession des seqtiments bien différents de ceux dont un moment auparavant , sous la direction de M. Mortelocfc, ils tâchaient de prendre le masque. Ces veux , naguère déyotement Jey& Vers le ciel , pu baissés tristement vers la terre avec une grand? humilité , furetaient avec activité dans lp$ coffres , Jps tiroirs , te armoires , les cabinets , et tous les coins de l'appartç#i§nt d'une vieille fille. Ces recherches ne furent pas saps résultat intéressant, quoiqu'on ne découvrît pas encore de testament.
Ici on trouva un billet de vingt livre§ sterlipg, souscrit par le ministre de la chapelle des non-conformistes, avec ipept ion que le* intérêts avaient été payés à la Saint- Martin précédente. Il était enveloppé soigneusement dans une nouvelle chanson sur le vieil air : Prés 4es eaux de Charités. Là, ce fut une correspondance amoureuse entre la défunte et un certain O'Kean , lieutenant dans un régiment d'infanterie. A ces lettres était jointe une pièce qui expliqua tout de suite aux parents comment une liaison qui ne leur annonçait rien de bon avait été subitement rompue : c'était upe reconnaissance, souscrite par le lieutenant, d'une soipipe de 200 livres, de laquelle il ne paraissait jamais avoir été payé aucun intérêt. D'autres billets et reconnaissances portant de meilleures signatures (commercialement pariant) que celles du digne ecclésiastique et du galant mili-
chàwtm uxviu. m
taire , ferait aussi découverts ; puis un ta» de pièces de monnaie de différentes espèces, des débris de bijoux d'or et d'argent, de vieilles boudes d ! oreHies , des tabatières brisées ; des montures de lunettes. Mais aucun testament ne paraissait encore; et te eekmel Mannertog commentait à espérer que eelui remis par Glossin contenait les dernières dispositions de la vieille dame : son ami Pieydell , qui entrait en ce moment , l'engagea à ne se point abandonner à celle agréable pensée.
> Je connais , dit-il , celui qui dirige les recherches , et je parierais à son air qu'il en sait plus long qu'aucun de nous. »
Tandis qu'on s'occupe à fouiller dans tous les coins de la maison de mistress Singleside , jetons un coup d'oeil rapide sur une ou deux des personnes de la compagnie qui paraissaient le plus intéressées.
De Blâment , inutile d'en parler : son fouet sous le bras , il avance sa grosse face ronde par-dessus l'épaule de l'homme d'affeires. Ce petit vieillard maigre et ratatiné, avec un habit noir complet fort propre , c'est Mac-Casquil : j'aurais dit , il y a quelque temps , Mac-Casquil de Drumquag ; mais il a été ruiné par un legs fc son profit de deux actions de la banque d'Ayr. Ses espérances dans la présente succession sont fondées sur une parenté quoique très Soignée, sur le soin qu'il avait, le dimanche à l'église, de se placer dans le même banc que la défunte, sur la complaisance qu'il mettait I faire régulièrement sa partie tous les samedis soir, se gardant bien de jamais gagner. Cet autre, dont les cheveux gris sont enfermés dans une bourse de cuir plus grise encore , et qui a l'air passablement commun, est un marchand de tabac qui, possédant une grande quantité de cette denrée au moment où éclata la guerre contre les colonies, en tripla le prix pour tout le monde, miss
Berlram seule exceptée. Chaque semaine la tabatière d'écaillé de la dame était remplie de tabac rèpé , première qualité , à l'ancien prix, parce que sa servante , qui faisait cette commission, était toujours chargée des compliments de mistress Bertram pour son cousin, M. Quid. Ce jeune homme , qui n'a pas même eu la décence de quitter ses bottes et sa culotte de peau de daim , aurait pu , comme tout autre, gagner les bonnes grâces de la vieille dame, à qui un joli garçon ne déplaisait pas; mais on pense qu'il a manqué sa fortune en négligeant de se rendre chez elle quand il était invité à prendre le thé , ou en s'y présentant quelquefois après avoir dîné *Q trop joyeuse compagnie; enfin, deux fois il marcha sur la
queue de son chat ; une autre fois , il mit en colère son perroquet. Aux yeux de Mannering , le personnage le plus intéressant de toute la compagnie était une pauvre fille qui avait été l'humble compagne de la défunte , et sur qui elle avait pendant longues années déchargé sa mauvaise humeur. Amenée, pour la forme, dans l'appartement par la femme de chambre favorite de feu mistress Bertram , elle s'était aussitôt réfugiée dans un coin , d'où elle considérait avec surprise ces étrangers qui osaient fouiller dans ces cassettes et ces armoires que , depuis son enfance , elle ne regardait qu'avec une crainte religieuse. Tous les compétiteurs , l'honnête Dinmont excepté, jetaient sur cette pauvre enfant des regards de travers , la considérant comme une rivale dangereuse , dont les droits pouvaient au moins diminuer l'importance de la succession. Néanmoins elle était la seule qui parût regretter sincèrement la défunte. Quoique par des motifs d'intérêt personnel, mistress Bertram avait été sa protectrice , et sa capricieuse tyrannie était maintenant oubliée : les larmes coulaient abondamment le long des joues de la jeune personne , désormais sans amis , sans ressources.
«Ilya beaucoup d'eau salée ici, Drumquag, dit le marchand de tabac au propriétaire ruiné ; ceci ne nous présage rien de bon : il est rare qu'on montre tant d'affliction sans savoir pourquoi. > M. Mac-Casquil ne répondit que par un geste de tète : il ne voulait pas, en présence de M. Pleydell et du colonel Mannering, paraître l'ami d'un débitant de tabac.
t U serait bien singulier qu'il ne se trouvât pas de testament, l'ami, » dit à l'homme d'affaires Dinmont, qui commençait à s'impatienter.
« Un moment de patience , s'il vous plaît : mistress Marguerite Bertram était une femme sage et prudente... une sage et prudente femme, qui jugeait bien, qui savait choisir ses amis et 'ses dépositaires... Elle aura placé ses dernières volontés, son testament, ou pour mieux dire ses dispositions mortis causa, dans les mains de quelque ami sûr. >
« Je gagerais dix contre un, dit M. Pleydell à l'oreille du colonel , qu'il a le testament dans sa poche. » S'adressant donc à l'homme de loi : « Allons, monsieur, finissons-en , s'il vous plaît; voici un acte, dressé il y a plusieurs années, qui dispose de la propriété de Singleside en faveur de miss Lucy Bertram d Ellangowan. «Les assistants demeurèrent immobiles, glacés d'effroi, c Je présume que vous pouvez, monsieur Protocole, nous appren-