‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 139 sur 215 · CHAPITRE XXXVIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIU

rtl existe des dispositions postérieures ? — Permettez , s'il vous plaît, monsieur Pleydell. » Et prenant l'acte des mains de l'avocat, il en parcourut la teneur.

c Trop tranquille , dit M. Pleydell , trop tranquille de moitié; il a, pour sûr, un autre testament dans sa poche. — Pourquoi ne le oaontre-t-il donc pas? Que le diable l'enlève !» dit le colonel, dont la patience ne tenait plus qu'à un fil.

t Pourquoi?... Comment le saurais-je? répondit l'avocat. Pourquoi un chat ne tue-t-il pas un rat, sitôt qu'il l'a pris? Le plaisir de sentir son pouvoir et celui de tourmenter ! ... je suppose. . . Eh bien ! monsieur Protocole, que dites-vous de cet acte?... — Mais, monsieur Pleydell , cet acte est fort bien rédigé , il est très authentique, et revêtu de toutes les formalités voulues par la loi. — Mais révoqué ou abrogé par un autre , de date postérieure , qui est en votre possession. — Quelque chose comme ça , je l'avoue , monsieur PleydeU, i répliqua l'homme d'affaires en tirant de sa poche un rouleau de papier attaché avec de la ficelle , scellé à chaque bout , et sur chaque nœud de la ficelle , avec de la cire noire, c L'acte que vous me produisez, monsieur Pleydell, est du 1 er juin 17... et celui-ci (en rompant les cachets et en déroulant le papier avec lenteur) est du 20... non, je me trompe... du 21 avril delà présente année; il est donc de six années postérieur. — Que le ciel lui casse le cou ! dit le conseiller, empruntant cette imprécation à sir Toby Belch. C'est justement le mois où la ruine d'EUangowan devint publique! Mais voyons de quoi il s'agit... »

M. Protocole ayant demandé du silence, commença à lire la pièce d'une voix lente , bien articulée : véritable voix d'homme d'affaires. Le groupe qui l'entourait, les yeux tour à tour brillants ou éteints , selon les a ternatives de la crainte ou de l'espérance, appliquant toute son attention pour saisir la volonté de la testatrice à travers les expressions techniques sous lesquelles le notaire les avait enveloppées, aurait été une étude digne d'Hogarth.

Personne ne s'attendait au contenu du testament. Il donnait en toute propriété les domaine et terres de Singleside , sans exception ni réserve, comprenant les terres de Loverles , Licalme , Spinter's Knowe, etc., etc. ( ici le lecteur fit descendre sa voix jusqu'au dessous même du piano) , à Pierre Protocole , clerc du sceau ; ayant (la testatrice) la confiance la plus entière dans sa capacité et son intégrité (ce sont ses propres expressions, que feu ma digne amie voulut absolument foire insérer); mais à titre de fidéi-commis

CûT MAKKBBIRG. 18

5w èttr toNÈitiîte.

séùleibe&t (iôl tè lecteur reprit 'sa voix ordîhâîfe, H plus d'Un Visage, flotit M.'Mbrtfclôck lui-même aurait pu envier la triste longueur , se raccourcit insensiblement ) ; à titre de fidéi-fcomniï* , et pour lès fiifé , Usager et emplois ci-après mentionnés.

Quels ëtaiebt c ces &ns , usages et emplois ? » Là était toute ratfairè.

Venait d'abord un préambule, où il était établi que la testatrice descendait en droite ligne de l'ancienne maison dTEllangowan, son respectable bisaïeul , Andrew Bërlram de Singleside , premier do ûbm , d'heureuse mémoire , ayant été le second fils de Àllan Bertram , quinzième baron d'Eltangowan. Ensuite elle disait que Henri Bertraih, fils et héritier de Godefroy Bertram, seigneur actuel fl'Eliangbwaii, avait été, dans son enfance, enlevé à ses parents; mais que elle, testatrice, x ètatl bien assurée qu'il était encore vWant, en paya étrange, et que par la providence du ciel il se fait rétabli dans tes biens de ses ancêtres : auquel cas, ledit iNerre Protocole était tenu et obligé , comme il le reconnaissait luimême, tenu et obligé, par l'acceptation des présentes, de se dessaisir desdites terres de Singleside et autres , et de tous Tes objets en dépendants , et compris dans ladite donation (sous la réserve totftefbtè d'une indemnité convenable pour ses peines et «oins), eh faveur et au profit de Henri Bertram stis-nommé; et ce, sitôt son retour dans Bon pays natal. Tant qu'il continuerait à résider en pays étranger, comtne aussi dans le cas où il ne reviendrait jamais en Ecosse , M. Tierre Protocole, ïe fidéi-commîssaïre , était chargé de distribuët lés revenus des terres et les intérêts des sommes d'argent (sous là déduction toujours d'une indemnité pour ses peines, comme ci- dessus) par égales portions, entre quatre établissements de charité désignés dans Te testament. Le pouvoir d'administrer, de faire des baux, de prêter ou emprunter, en un mot, d'administrer comme lé propriétaire lui-même, était confié an digne fidéi-commïssaire, et, survenant sa mort, à une autre personne, aussi homme d'affaires, nommée dans le testament. Suivaient seulement deux legs particuliers : l'un de cent livres à sa fertimede chambre favorite; l'autre de la même somme à Jenny Gibsoc (laquelle le testament rappelait avoir été entretenue par la charité de la testatrice), pour payer son apprentissage dans |quelque métier honnête.

Une disposition en faveur de lia main-morte se nomme en Ecosse Une mortifioattoH, et dans une grande ville de ce pays (Aher-

CMAP1TO5 XXX m

dcen , si ma mémoire ne me tatrap* PJ*) iUar 0tt Ottcw^FÛ vc% à l'exécution de ces disposftkms qui tntârti®tnft te pufâU* j a tmç de quoi on le nomme le m&iire des mort ificeUfo/u. Je sjujjgoserai* volontiers que celte qualification prend «on origine dans l'effet que des dispositions de cette nature produisent ordinairement *ur Ify iéritiers naturels de ceux qui tes ont faites. Quoi qu'il en toit , grande ftit la mortification de la compagnie qui , dans le parloir dt feu Marguerite Bertram , entendit cette surprenante destination du domaine de Singleside* Un profond silence euceéda à la lecture du testament»

M. Pieydell prit le premier la parole, H demanda à voir le testa» ment , et ayaat ^reconnu qu'il était en bonne forme , il le rendit sans aucune observation, se contentant de dinè tout bas à Manne» ring : « Protocole est aussi honnête ^u'uu autre > è ce que je croîs. Mais la vieille dame a arrangé les affaires de telle façon que , s'U n* devient pas fripon, ce ne sera pas faute d'être tenté. >

« Je pense réellement, • dit M. Mac-Casquil de Druroquag, qui ayant avalé, comme on dit, la moitié de son désappointement , était résolu à donner carrière à l'autre moitié ; « je pense réellement que tout ceci est bien extraordinaire. Je voudrais maintenant savoir de monsieur Protocole qui , étant seul fidéi-commissaire , et avec des pouvoirs illimités , doit avoir été consulté dans cette affaire , je voudrais , dis-je, savoir comment mi stress Bertram pouvait croire i l'existence d'Un enfant que tout le monde sait avoir été assassiné il y a plusieurs années. — Réellement, monsieur, répliqua M. Protocole, je ne pourrais vous expliquer ces motifs plus qu'elle ne l'a feit elle-même. Feu notre excellente amie était une bonne femme * monsieur... une pieuse femme... elle peut avoir eu, pour croire à l'existence de cet enfant, des raisons impénétrables pour nous, monsieur. — Laissons cela, dit le débitant de tabac, je connais parfaitement les raisons. Voilà Rébecca (la femme de chambre) qui m'a dit cent fois dans ma boutique, que personne ne savait comment sa maîtresse arrangerait ses affaires, parce qu'une vieille sorcière de Bohémienne de Gilsland lui avait fourré dans la tête que le jeune... c'est Henri Bertram qu'on l'appelait, je crois... reviendrait, bien portant, quelque jour... Soutiendrez-vous le contraire, miss Rébecca?... quoique j'ose dire que vous avez oublié de rappeler à votre maîtresse ce que vous me promettiez de lui dire , quand je vous donnais une demi-couronne , ce qui est arrivé plus d'une fois. Nierez-vous ce que j'avance? —Je m sais rien de; tûW.

cela » , répondit Rébecca d'un ton de mauvaise humeur, en le regardant en face avec l'air assuré d'une femme bien déterminée à ne pas avoir plus de mémoire qu'il ne lui convient.

c Fort bien , Rébecca; vous êtes contente de votre lot , à ce que je vois. »

Notre petit-maître de seconde classe , car il n'était pas de la première, se tenait là , frappant ses bottes avec sa houssine , faisant la grimace comme un enfant gâté qu'on a privé de son souper. Du reste il gardait pour lui sa mauvaise humeur , ou il ne l'exprimait que par des à parte de la nature de ceux-ci : « Ce n'est pas bien, goddam ! Je me suis toujours donné un mal diabolique pour elle! Un soir, pour venir ici prendre du thé, j'ai quitté King et le coureur du duc , Wile-Hack. Goddam ! il y avait une course de chevaux... j'aurais pu, en restant avec eux, m'en mêler comme tant d'autres, goddam !... et elle ne m'a pas seulement laissé une centaine de livres.

c Nous nous chargerons de tous les frais , dit M. Protocole , qui ne voulait pas en ce moment accroître la haine que son office de fidéi-commissaire excitait contre lui... Et maintenant , messieurs, il me semble que nous n'avons plus rien à faire ici. Demain je déposerai le testament de ma digne et excellente amie au greffe, pour que chacun en puisse examiner le contenu , et en prendre , s'il le juge à propos, un extrait.... » En parlant ainsi , il se mit à fermer les armoires de la défunte avec plus de vivacité qu'il n'en avait mis à les ouvrir. . . c Mistress Rébecca , vous aurez la bonté de tenir tout en ordre ici , jusqu'à ce que nous trouvions à louer la maison. J'ai reçu des offres ce matin... pour le cas où il y aurait lieu.... si je devais être chargé de la gestion. >

Notre ami Dinmont , dont les espérances étaient détruites comme celles de tous les autres, s'était étalé dans la chaise à bras (fai servait précédemment à la défunte , laquelle n'aurait pas été médiocrement scandalisée d'y voir ce colosse du sexe masculin étendu de tout son long. Par manière de passe-temps, il roulait la longue mèche de son fouet sur elle-même , comme un serpent qui forme des replis, puis la déroulait pour recommencer de nouveau. Les premières paroles qu'il prononça, quand il eut un peu digéré sa mau- Taise humeur, contenaient une déclaration magnanime qu'il ne •croyait pas sans doute prononcer si haut... » Bien ! bien!... le sang est plus épais que l'eau... Je ne lui reproche ni mes fromages ni mes jambons. > Mais quand le fidéi-commissaire adressa à la compagnie

Page 1