CHAPITRE XXXIX
Sampson ; car avec la tournure d'esprit particulière à sa profession, il trouva moyen de s'en amuser beaucoup , ainsi que deux amis que Mannering avait invités. La simplicité laconique des réponses de Sampson aux questions insidieuses de l'avocat , faisait ressortir la bonhomie de son caractère, d'une manière entièrement neuve pour le colonel . Sampson déploya une foule de connaissances variées , abstraites, mais, généralement parlant, sans utilité véritable.* La tète de Dominie, dit l'avocat à cette occasion, ressemble à la boutique d'un prêteur sur gages , remplie de marchandises de toute espèce , mais si confusément entassées et dans un tel désordre , que le propriétaire ne peut jamais mettre la main sur un article au moment où il en a besoin. »
Quant à M. Pleydell, il donna au moins autant d'exercice aux facultés intellectuelles de Sampson , qu'il tira de lui d'amusement. Lorsque , s'abandonnant à ses saillies , à son esprit naturellement vif et mordant, il devint plus animé et plus satirique, Dominie le regarda avec cette surprise que doit éprouver l'ours apprivoisé lorsque, pour la première fois, le singe, son futur associé, se trouve en sa présence. M. Pleydell glissait avec malignité, au milieu d'une conversation grave et sérieuse , quelque proposition qu'il savait bien que Dominie ne laisserait pas passer. Il contemplait dans un ravissement infini le travail intérieur avec lequel Sampson préparait ses idées pour lui répliquer, et s'efforçait de mettre en mouvement toute la pesante artillerie de son érudition , afin de réduire en poudre la proposition hérétique ou schismatique mise en avant. Mais tout-à-coup , avant que ses lignes de défense fassent établies , l'ennemi avait changé de position , et apparaissait menaçant , dans une position nouvelle , sur les flancs ou sur les derrières. « Pro-di-gi-eux ! » s'écria-t-il vingt fois, quand, marchant à l'ennemi avec l'espérance d'une victoire assurée , il trouvait le champ de bataille abandonné. L'on peut croire qu'il ne lui en coûtait pas peu de peine pour rétablir le combat. « Je le compare , disait le colonel , à une armée de naturels indiens, formidable par le nombre des troupes , mais qui tombe dans une confusion irréparable à la première démonstration faite pour la prendre en flanc. » Au total , Dominie , quoique un peu fatigué par les manœuvres intellectuelles qu'il dut opérer avec tant de précipitation et toujours sous la nécessité du moment , proclama ce jour im des plus beaux de sa vie , et ne parla jamais de M. Pleydell que comme d'un homme érudit et fa-cé-ti-eux.
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£c!$ syfcrçs wrfcps s'étant rptinfc , Manftering ; Dominie et $L Pleydell nçstèrpiit seuls. La conversation tourna alors sur le testament de H>istrgs$ Bef-tram. c Et maintenant , dit Pleydell, qui 4 pu fourrer dans la tèj;e de cette vieille jument poussive de déshériter la pauvre ^ucy Çertram , pour doqner sa fortune à un enfant cjui est <}epujs si long-temps mort et (Jisparu? Pardon , AI. Sampspji, j'optyjais combien pes souvenir^ sont affligeants pour vous. Je Ojp souviens de vous avpir ipterrogé sur cette affaire , et jamais je u'a| eu tout de peine $ faire dire à personne trois mots de suite. Ypqs pouvez, eo|Qpel, parler de vps Bramines pythagoriciens ou $jleocieu*. ^Hez, je vous assure que ce docte gentleman est leur maître en taciturnité. Mais les paroles des sages sont précises y et ne doivent pas être jetées légèrement et au hasard. - Certainement , dit Dominie essuyant ses yeux avec son mouchoir bleu rayé ? ce fut là un jour bien amer pour nioi ; oui , un jour qui ip'3 fait regretter celui de ma naissance ; mais celui qui impose le fardeau donne )a force de le porter. •
Le .colonel profita de cette occasion pour prier M. Pleydell de l'informer en détail des circonstances relatives à la perte de l'enfant -, et l'avocat , qui n'aimait rien tant qu'à parler des matières judiciaires et criminelles , particulièrement quand elles étaient à sa connaissance personnelle , entra dans les plus petits détails. « Et quelle est votre opinion définitive sur tout cela ? dit Mannering. - Oh ! que Kennedy a été assassiné ; ce n'est pas la première fois que cela est arrivé sur cette côte. C'est chose ordinaire qu'un contrebandier tue un douanier. — Et que conjecturez-vous qui soit arrivé à l'enfant? — Hélas! assassiné aussi, sans nul doute , répondit Pleydell ; il était assez âgé pour dire ce qu'il avait vu ; et ces mécréants maudits ne se feraient pas scrupule de commettre un second massacre de Jtethléem , s'ils croyaient y devoir gagner quelque chose. ?
Dominie soupira profondément et sVécria : « Epouvantable ! >
c Mais il était question de Bohémiens dans cette affaire, ajouta le colonel , et ce qu'a dit après l'enterrement cet homme à l'air commun... — L'idée demistress Bertram , que l'enfant existait encore, était fondée sur le rapport d'une bohémiejine, dit Pleydell s'emparant de la pensée à demi exprimée du colonel ; je vous envie , monsieur Mannering , ce rapprochement; c'est une honte pour moi de n'avoir pas imaginé cette conclusion. Nous allons nous occuper de cette affaire à l'instant même. Hé, garçon, hé ! ici! Aile;
cbei Lucide Wood tos Cowpate ; vous 7 trouver** WPP «lfir& Driver ; il doit être engagé à cette heure dans une partie de hiçhjinks ( car nous et nos subordonnés , colonel , uou§ sommes extrêmement réguliers dans nos irrégularités ). Dites-lui de venir ici sur-le-champ. S'il est mis à l'amende , je me charge de payer pour lui. — Et contimiera-t-il devant vous son personnage ? — Ah ! ne m'en parle plus $ Hall, situ m* aimes. I) faut que nous ayons ? s'il est possible, des nouvelles d'Egypte ! Oh ! si je parviens 2} saisir le moindre fil de cet écheveau si embrouillé , vous verrez couuqç je le déviderai. J'arracherai la vérité à vos Bohémiens , comme le* Français les appellent, mieux qu'un morUioire, ou xxneplaïnte <fe Tournelle \ »
M. Pleydell faisait encore l'éloge de ses talents dans sa profession, quand le garçon rentra. Il amenait avec lui II. Dri ver, la bouche encore grasse du jus d'un pâté de mouton, et la lèvre supérieure encore couverte de l'écume du dernier verre de bière & deux sou* qu'il venait dis boire, tant avait été grand sop empressement à sç rendre aux ordres de son patron. < Driver, mettez-vous en campagne sur l'heure , et découvrez-moi l'ancienne femme de chambre de mistress Marguerite Bertram. Informez- vous d'elle partout {: mais s'il vous fallait un renseignement de M. Protocole , dç M. Quid , ou de quelque autre de cette espèce , ne vous montrez pap vous-même; envoyez quelque femme de votre connaissance, et,jç puis le dire , vous en connaissez beaucoup qui sont disposées à y ous rendre service. Quand vous l'aurez découverte , dites-Jui de ce trouver chez moi demain matin à huit heures précises. — Quel motif lui donnerai -je? demanda l'aide- de-camp. — Celui qiji vous plaira, répondit l'avocat; est-ce à njoi d'inventer des mensonges h votre place, je vous prie? Qu'elle soit demain in prcpsentia à huit heures, comme je vous l'ai déjà dit. » Le derc grimaça, salua , et sortit.
« C'est un garçon bien intelligent; je ne crois pas que l'on puisse trouver son pareil pour suivre un procès. Il écrirait sous ma dictée trois nuits de suite sans dormir; ou, ce qui revient au même, il écrit aussi bien , aussi correctement , endormi qu'éveillé. De plus , c'est un garçon rangé* Quelques uns de ses pareils vont toujours changeant de cabaret , de façon qu'il faut mettre vingt personnes à leurs trousses pour les trouver, comme le capitaine à tète brûlée , traversant les tavernes d'East-Cheap pour découvrir Falstaff. Lui ,