‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 153 sur 215 · CHAPITRE XL». JW · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL». JW

descendre de sa hauteur pour se mettre au niveau d'un homme ordinaire en causant familièrement avec lui. U remercia Glossin de la peine qu'il se donnait dans une affaire qui touchait de si près le jeune Hazlewood ; et montrant ses portraits de famille , il ajouta avec un sourire gracieux : « En vérité , monsieur Glossin , ces vénérables seigneurs vous sont tous obligés autant que moi, pour les soins -, les soucis et l'embarras que* vous vous êtes donnés en leur considération; et je n'en doute pas, s'ils pouvaient parler euxmêmes , ils se joindraient à moi, monsieur, pour vous remercier du service que vous rendez à la- maison d'Hazlewood, et du zèle, de l'empressement , de l'intérêt que vous apportez dans une affaire qui concerne un jeune homme qui doit perpétuer leur nom et leur famille. »

Glossin fit trois saints , toujours de plus bas en plus bas ; un en* l'honneur du chevalier qui se trouvait devant lui , le seéond par respect pour les paisibles personnages qui étaient suspendus à la boiserie , et le troisième par déférence pour le jeune homme qui devait perpétuer leur nom et leur famille. Tout roturier qu'était Glossin , sir Robert fut flatté de cet hommage , et il continua sur un ton de familiarité gracieuse : « Et maintenant , mon bon et excellent ami , vous me permettrez , dans la conduite de cette affaire , de profiter de vos lumières en jurisprudence. Je ne suis pas très habitué à remplir les fonctions de juge de paix ; cela va mieux aux gens dont les affaires de famille et les occupations domestiques n'exigent pas autant de soin , d'attention et de surveillance que les miennes. »

M. Glossin répondit avec une feinte modestie que ses faibles talents étaient à la disposition de sir Robert Hazlewood ; mais que sir Robert Hazlewood était trop 'éclairé lui-même pour qu'il pût se flatter de lui être nécessaire , ni même de la moindre utilité.

« Vous ne me comprenez pas , mon bon monsieur ; je veux seulement dire que je suis un peu brouillé , pour la pratique , avec les détails ordinaires d'une justice de paix. Autrefois je me destinais au barreau, et je puis me vanter peut-être d'avoir alors fait quelques progrès dans la connaissance théorique /spéculative et abstraite de notre code municipal ; mais aujourd'hui il est si difficile pour un homme qui a de la naissance et de la fortune d'acquérir au barreau une haute réputation sans faire comme ces aventuriers qui plaident aussi bien pour John Nokes (pie pour le premier noble du pays, que je me suis bientôt dégoûté de la pratique. La première eause

qu'on plaça sur mon bureau nie fit prendre la métier eu borrçur : il «'agissait , figurez -voua, d'une vente de suif, entre un boucher et un fabricant fie chandelles , et je m'aperçus que Ton s'attendait à me voir salir la bouche , non seulement des noms vulgaires de ces artisans , mais encore des termes techniques , des expressions et de$ phrases dégoûtantes de leur. sale profession. Sur mon honneur! mon cher monsieur , je n'ai jamais pu depuis supporter l'odeur d'une

chandelle. >

. Tout en s'ihdignant , comme on défait s'y attendre , du vil usage auquel on avait voulu faire descendre les talents du baronnet, M. Glossin s'offrit pour remplir les fonctions de clerc ou d'assesseur : il ne demandait qu'à être utile : « Il vous suffira , dit-il à sir Robert , d'avoir une idée générale de l'affaire ; et , en premier lieu, il ne sera pas difficile , je pense , de prouver le fait principal , savoir que cet individu a tiré ce malheureux coup de fusil; S'il le niait, monsieur Charles Hazlewood pourrait nous fournir des preuves, j'imagine ? — Le jeune Hazlewood n'est pas ici aujourd'hui , monsieur Glossin. — Alors nous prendrons le serment du domestique qui l'accompagnait , dit le subtil Glossin $ mais, en vérité , je se crois pas qu'il ose nier le fait. Je crains davantage que f d'après la manière trop favorable et trop indulgente dont j'ai entendu dire qu'il a plu à monsieur Hazlewood de rendre compte de l'affaire , la rencontre ne puisse être regardée comme accidentelle , et la blessure comme involontaire , si bien que le. drôle pourrait être mis sur-le-champ en liberté pour aller faire plus de mal encore. —Je «'ai pas l'honneur de connaître la personne qui remplit en ce motnent les fonctions d'avocat du roi , répondit gravement sir Robert; mais j'espère , monsieur... , je suis convaincu que le seul fait d'avoir blessé le jeune Hazlewood d'Hazlewood , même par inadvertance, •aéra considéré ( pour présenter l'affaire dans son jour le plus doux , Je plus favorable , le plus invraisemblable ) comme Un crime qui jerait trop légèrement puni par un emprisonnement , et qui mérite 40 moins la déportation. .— Sans doute , sir Robert ; je partage entièrement votre opinion : mais , je ne sais comment cela se fait , j'ai remarqué que les tribunaux d'Edimbourg , et même les officiers de da couronne , se piquent d'une extrême impartialité , et ne montrent aucun égard pour la naissance et la noblesse ; je craindrais... ,-* Gomment , monsieur , manquer d'égard pour la naissance et la aoblesse I Pouyez-vous croire que cette doctrine soit professée par des hommes bien nés , par des hommes qui ont reçu une éducation

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