‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 156 sur 215 · CHAPITRE XLUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLUI

l'austérité d'un juge , il y faisait briller aussi la dignité qui convient à un baronnet issu d'une ancienne famille.

« Là, cons tables, Mes* le placer là , devant une table... Ayez la bonté de me regarder en face, monsieur, et de répondre à haute et intelligible voix aux questions que je vais vous adresser. — Puis-je savoir d'abord , monsieur, dit le prisonnier, quelle est la personne qui prend la peine de m'interroger ? car les honnêtes gens qui m'ont amené ici n'ont pas jugé convenable de m'en instruire. — Mais, monsieur, répondit sir Robert , qu'ont de commun mes noms et mes titres avec les questions que je vais vous foire? — Rien peut-être, monsieur; mais ils peuvent me disposer plus ou moins à vous répondre. — Eh bien alors, monsieur, vous saurez que vous a\ez l'honneur d'être devant sir Robert Hazlewood d'Hazlewood , et un autre juge de paix du canton... Voilà tout, >

Comme cetfe déclaration ne produisit pas un effet aussi terrible qu'il s'y était attendu, sir Robert continua son interrogatoire, encore plus prévenu contre le prisonnier.

c Ne vous nommez- vous pas Van Beest Brown, monsieur? — Oui. — C'est bien... Mais quel autre titre peut-on vous donner, monsieur? — Capitaine de cavalerie au service de Sa Majesté... »

Le baronnet , à cette réponse , resta stupéfait d'étonnement ; mais il reprit courage en voyant l'air d'incrédulité de Glossin et en entendant l'espèce de sifflement moqueur qui lui échappa en signe de surprise et de mépris.

« Je crois, mon ami, continua sir Robert, qu'avant de nous quitter nous vous trouverons un titre plus modeste. — Si vous le pouvez , monsieur, je me soumets d'avance à toute punition qu'une telle imposture vous semblera mériter. — C'est ce que nous verrons , monsieur... Mais connaissez- vous le jeune Hazlewood d'Hazlewood ? — Je n'ai jamais vu qu'une fois le jeune homme qui à ma connaissance porte ce nom, et je regrette que notre rencontre ait eu un fâcheux résultat. — Vous avouez donc que vous avez fait au jeune Hazlewood d'Hazlewood une blessure qui a mis sa vie en danger; que vous lui avez considérablement lacéré l'épaule droite, et mis, comme le certifie le médecin de la famille, plusieurs grains de plomb ou morceaux de balle dans l'apophyse acromion ? — Moi , monsieur? Tout ce que je puis dire , c'est que j'ignore l'étendue du mal que j'ai fait à ce jeune homme, et qu'en tout cas j'en ai un vif regret. Je l'ai rencontré dans un sentier étroit, se promenant avec deux dames et un domestique; avant que je pusse les joindre ou

m GUY MAHNERING.

leur parler, le jeune Hazlewood a pris son fysil tyt jg^jos du domestique , m'a couché en joue , en m'ordonnent $ii ^qn Je plus insolent de retourner sur mes pas. Ne voulant ni ojréif à un pareil commandement , ni lui laisser le moyen d'user envers ppoi de yioleace quand il semblait disposé à le faire si légèrement, je me suis jeté snr lui pour le désarmer ; c'est au moment où je v épais d'y parvenir que le hasard fit partir la détente, et qu'à mon grand regret le jeune homme fut puni plus sévèrement que je ne l'avais désiré ; j'apprends du reste avec satisfaction que sa vie ne court aucun danger, quoiqu'il n'ait reçu que le juste châtiment d'uue insolence que je n'avais pas provoquée. — Ainsi, monsieur, dit le baronnet dont le visage annonçait l'orgueil blessé ; ainsi , monsieur, vous reconnaissez , monsieur, que votre projet , monsieur, votre intention , monsieur, votre but et votre projet , monsieur, étaient , dans cette attaque soudaine , de désarmer le jeune Hazlewood d'Hazlewood de son fusil , monsieur, de sa carabine , de son mousquet, enfin de son arme à feu, monsieur, sur le chemin du roi, monsieur... Je crois que cela suffit, mon digne voisin, et qu'on peut le faire conduire en prison. — Vous pouvez en décider bien mieux que moi, sir Robert, dit Glôssin avec ses manières insinuante*; mais permettez-moi de vous rappeler qne vous aviez un mot à dire sur ces contrebandiers. — C'est vrai, mon cher monsieur... Et déplus, vous , monsieur Van Beest Brown , qui vous dites capitaine au service de Sa Majesté , vous n'êtes ni plus ni moins qu'un misérable lieutenant de contrebandiers. — Monsieur, dit Bertram, votre fige, les étranges préventions sous l'influence desquelles vous me paraissez être , m'empêchent seuls de répondre comme le mériterait un pareil langage. — Mon âge, monsieur! d'étranges préventions, monsieur! s'écria sir Robert rouge d'indignation. Je proteste et déclare... Mais, monsieur, avez-vous des papiers, des lettres qui puissent prouver votre prétendu rang, votre état, votre condition? — Non , pas pour le moment, monsieur; mais par le retour d'un courrier ou deux... — Et comment se fait -il, monsieur, si vous êtes capitaine au service de Sa Majesté , que vous voyagiez en Ecosse sans recommandations, sans lettres de créance, taus bagages, sans rien qui annonce votre prétendu rang, votre état, votre condition, comme je l'ai déjà dit? — Monsieur, j'ai eu le malheur d'être volé , de perdre mes bardes et mon bagage. — Oh, ohl alors vous êtes le voyageur qui a pris une chaise de poste à... pour Kippletringan ; yous avez planté le postillon m milieu de la

Page 1