‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 158 sur 215 · CHAPITRE XLIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIU

dit Glossin commençant à craindre que l'assurance de Bertram ne fît quelque impression sur sir Robert, qui serait mort de honte s'il avait cru faire le solécisme d'envoyer un capitaine de cavalerie en prison ; « tout cela est fort bien ; mais , sans aller si loin , n'y a-t-il pas d'autres personnes dont vous puissiez invoquer le témoignage? — II n'y a que deux personnes dans ce pays qui me connaissent on peu : l'une est un gros fermier du Liddesdale , appelé Dinmont de Charlies-Hope ; mais il ne sait sur mon compte que ce que je lui ai dit et ce que je viens de vous dire: — Eh bien ! cela suffit-il? sir Robert, dit Glossin. J'imagine que monsieur va nous amener son rustre pour lui faire attester par serment sa crédulité ! Ha ! ha ! ha ! — Et quel est votre autre témoin, l'ami? dit le baronnet. — Un gentilhomme dont j'ai quelque répugnance à parler , pour certaines raisons particulières , mais sous les ordres duquel j'ai servi quelque temps dans les Indes, et qui est trop homme d'honneur pour me refuser son témoignage si je me réclamais de lui comme militaire et comme galant homme. — Et quel est cet illustre témoin, monsieur? dit sir Robert; quelque payeur de demi-solde, quelque sergent, je suppose ? — Le colonel Guy Mannering , ex-colonel du régiment dans lequel , comme je vous l'ai déjà dit, j'ai une compagnie. — Le colonel Guy Mannering ! pensa Glossin ; qui diable s'en serait douté? — Le colonel Guy Mannering ! répéta le baronnet fortement ébranlé dans son opinion. Mon cher monsieur, dit-il en se tournant vers Glossin, ce jeune homme, avec un nom terriblement plébéien, a pourtant une assurance modeste ; il a quelque chose du ton , des manières, des sentiments d'un honnête homme, d'un homme qui, du moins, a vécu dans la bonne société. Dans l'Inde, on donne les commissions au hasard , à la légère , à la diable ; je crois que nous ferions mieux d'attendre le retour du colonel Mannering ; il est maintenant , je pense , à Edimbourg. — Sir Robert, répondit Glossin , vous pouvez bien mieux que moi juger ce qu'il est convenable de faire. J'oserai cependant vous représenter que je doute que nous ayons le droit de relâcher cet homme sur une assertion qu'il ne peut appuyer d'aucune preuve, et que nous nous exposerions à une grande responsabilité en le retenant ailleurs que dans la prison publique. Je m'en remets à votre décision. Seulement je dois vous dire que moi-même, il y a peu de jours, j'ai été fortement blâmé pour avoir retenu un malfaiteur dans un endroit que je croyais parfaitement sûr , sous la garde de plusieurs de nos officiers ; mon homme s'échappa , et je ne doute nullement que ma réputation de

prudence gt (Je circonspection comme magistrat n'en ai souffert jusqu'à un certain point. Ce n'est là qu'une simple observation, sir ïoberï, et je suis disposé à faire tout ce que vous jugerez à propos. 1

Glossin n'ignorait pas que ce seul mot suffirait pour déterminer son collègue, que son orgueil n'empêchait pas de s'approprier les idées qu'on lui suggérait. Sir Robert Hazlewood résuma donc les débats de la manière suivante , flottant entre la supposition que le prisonnier était un véritable gentilhomme , et celle qu'il n'était qu'un scélérat , un assassin :

t Monsieur, monsieur Van Beest Brown, je vous appellerais capitaine, si j'avais le moins du monde sujet, raison ou motif de croire que vous êtes capitaine, .ou que vous commandez une compagnie dans le corps très respectable dont vous parlez, ou dans tout autre régiment au service de Sa Majesté, touchant quoi je vous prie de bien remarquer que je ne porte aucun jugement, ne fois aucune déclaration, n'émets aucune opinion décisive, formelle, invariable. Je vous préviens donc, monsieur, que nous avons arrêté, vu l'état de dénûment où vous trouvez, ayant été volé, selon vos dires, question que je ne veux pas préjuger; vu le trésor considérable et précieux, vu le couteau de chasse à poignée de cuivre, qui ( étaient entre vos mains ; considérant que vous n'avez point voulu nous faire l'honneur de nous dire d'où vous viennent les susdits objets; je vous préviens, monsieur, que nous avons déterminé, résolu , arrêté de vous faire conduire en prison , ou plutôt de vous y assigner un appartement pour attendre que le colonel Mannering soit revenu d'Edimbourg. — Avec votre permission , sir Robert, dit Glossin, puis-je vous demander si votre dessein est d'envoyer ce jeune homme à la prison du comté? Si vous n'aviez pas encore d'intention bien précise , je prendrais la liberté de vous dire qu'il conviendrait peut-être de le mener à la maison d'arrêt de Portanferry, ce qui pourrait se faire sans éclat , et serait préférable dans le cas où sa déclaration serait reconnue vraie. — Sans doute. Il y a un détachement de soldats à Portanferry, pour garder les magasins de la douane : ainsi donc , considérant chaque chose , vu que cette prison est très convenable , je dis que , tout bien considéré , nous ordonnons , ou plutôt nous autorisons la détention de monsieur dans la prison de Portanferry. »

Le mandat fut signé sur-le-champ, et on informa Bertram qu'A serait conduit à sa destination le lendemain matin , sir Robert ayant arrêté qu'il n'y serait pas transféré au milieu des ténèbres de la

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