‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 161 sur 215 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

musique de ses verroux et de ses serrures, eut bientôt dispersé toute la marmaille qui s'était attroupée à la porte ; puis s'adressant à son aimable mari :

c Dépêche-toi donc, mon homme, fais donc entrer le chaland; qu'attends-tu? — Retiens ta langue , et va-t'en au diable, vieille... » répondit le cher époux, avec deux autres épithètes d'une grande énergie , que nous demandons au lecteur la permission de ne pas répéter. Puis se tournant vers. Bertram :

« Eh bien , mon garçon , descendez-vous tout seul , ou faut-il vous aider? »

Bertram descendit de la voiture, et, saisi par le constable dès qu'il eut mis pied à terre, bien qu'il ne fit aucune résistance , il fut entraîné dans la prison, au milieu des clameurs des petits sans-culottes, qui se tenaient à une distance respectueuse de mistress Mac- Guflbg. Dès qu'il eut passé le seuil fatal , la geôlière replaça les chaînes , repoussa les verroux, et, après avoir tourné à deux mains une énorme clef, elle l'ôta de la serrure, puis la mit dans la vaste poche de son tablier rouge.

Bertram était alors dans la petite cour dont nous avons parlé. Deux ou trois prisonniers s'y promenaient et semblaient éprouver quelque soulagement par le coup d'oeil que l'ouverture momentanée de la porte leur avait permis de jeter jusque sur l'autre côté d'une petite rue fort sale : sentiment qui paraîtra bien naturel, si l'on considère qu'à moins de pareilles occasions, ils n'avaient d'autre point de vue que les grilles de leur prison , les noires et hautes murailles de la cour, le ciel au dessus d'eux, et les dalles de pierre sous leurs pieds. Cette uniformité de spectacle qui , pour me servir de l'expression du poète :

Pèse comme an bandsau sur les yeux fatigués ,

développe chez certains prisonniers une dure et noire misanthropie ; chez d'autres, elle fait naître cette maladie du cœur qui porte l'homme déjà enseveli vivant dans une sorte de sépulcre , à désirer un tombeau plus calme et plus tranquille.

Quand ils furent entrés dans la cour, Mac-Guffbg laissa Bertram respirer un moment et considérer ses compagnons d'infortune; Quand il eut promené ses yeux sur ces figures où le crime, le désespoir et d'ignobles passions avaient mis le cachet; sur le dissipa-» teur et l'escroc , sur le filou et le banqueroutier , sur « l'idiot aux yeux fixes et sur le fou joyeux, » qu'un pitoyable esprit d'économie

avait foit réunir dans ce hideux séjour , il sentit son cœur se soulever de dégoût a l'horrible idée de souffrir même un instant lé contact d'une pareille compagnie.

^ « j'espère, monsieur, dit-il 'au geôlier, que votre intention est de çriè donner un logement séparé? — Et que m'en reviendra-t-il? — Mais, monsieur, je ne dois rester ici qu'un jour ou deux , et il me serait fort désagréable de me trouver au milieu de ces gens-là. — pt que m'importe à moi ? — Eh bien , monsieur , pour parler un langage que vous compreniez, je suis prêt à récompenser cette laveur de la manière qui convient. — Oui; mais quand, capitaine? quand et comment? C'est là la question , ou plutôt les deux questions. — Quand je serai relâché, Çuand j'aurai rëçii l'argent qui doit m'arriverd' Angleterre. »

Mac-Guffôg secoua la tète en signe d'incrédulité.

« Mon ami , dit Bertràm , croiriez-votis donc que je suis réellement un malfaiteur? — Ma toi, je h'en feais rien, mais, dans tous lés cas, vous n'êtefc pas malin ; c'est clair comme le jour. — Et en quoi ne suis-je pas malin? — En quoi? Il n'y â qu'un fou, qu'un nigaud qui les ait laissés gat-dêr l'argent que vous avez déposé aux Armes de Gordon. Diable m'émpbrté ! à votre place je l'aurais bien artaché dfe leurs griffes ! Mi n'est pas raisonnable de vous laisser prendre votre bourse et de vfehir en prison sans un sou pour vous y défrayer. Ils pouvaient garder le reste pour servir de pièces au procès ; mais pourquoi n'avoir pas demandé tes guinées ? Se vous ai pourtant fait des signes assez répétés ; mais du diable si vous tourniez jamais la tête de mon côté! — Eh bieh, monsieur, si j'ai droit à réclamer cette boursfe, je \i rèfclameraî, et elle est assez bien garnie pour que j'aie de quoi vous contenter. — Ma foi ! je n'en sais trop rien ; vous pouvez rester long-temps ici , et alors il faudra payer le crédit par dessus le marché. Mais pourtant , comme vous ûi'avez l'aïr d un honnête garçon , fct quoique ma femme dise que mon bon cœur me fait toujours perdre , si pour mes fournitures vous me donnez un billet payable sur cet argent , j'ose dire que Glossin l'acquittera. Je sais quelque chose sur une évasion ..Oui, oui , il sera charmé de me rendre service et me traitera en ami. — Eh bien , monsieur, si dans un jour ou deux je n'ai pas reçu d'autre argent, je vous ferai ce billet. — Bien , bien ! dit Maô-GufFog, alors vous serez servi comme un prince. Mais écoutez-moi, l'âmi, pour <pie nous n'ayons pas ensuite de difficultés, voici le prix que Je dewwte toujours à cens de mes gens qui veillent ibg& & part t

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