‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 162 sur 215 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

trente schellings par semaine pour la chambre , une guinée pour les meubles ; une demi-guinée par semaine pour un lit. Encore ce n'est pas tout gain pour moi , car là-dessus il faudra que je donne une demi-couronne à Donald Laider, qui est ici pour avoir volé des mourons , et qui , suivant la règle, devrait coucher avec vous» Il va me demander de la paille fraîche et peut-être une goutte de whisky; mais n'importe. — Bien , monsieur , continuez. — Pour la nourri^ ture et la boisson , vous aurez tout ce qu'il y a de meilleur. Je ne demande jamais plus de vingt pour cent en sus du prix de l'auberge t et c'est bien peu pour toutes les allées et venues , pour toutes les peines du garçon. Et puis, si vous êtes triste, je viendrai passer une heure de la soirée avec vous, et vous aider à boire votre bouteille. J'en ai bu plus d'une avec GÎossiii, l'ami, quoiqu'il soit à présent juge de paix. Et puis je dois vous prévenir que si vous désirez du ffeij,

car les nuits sont fraîches, ou bien de la lumière, c'est un article

fort cher, parce que c'est contre le règlement. Voilà à peu près tout; je ne vois rien a ajouter, quoiqu'il y ait toujours, par-ci parlà, quelques dépenses extraordinaires. — C'est bien , monsieur ; jç m'en remets à votre conscience , supposé que ce mot ait un senè pour vous; je ne puis, d'ailleurs, faire autrement. — Non, non, monsieur, répondit l'adroit geôlier, je ne souffrirai pas que vous parliez ainsi ; je ne vous force nullement : si le prix ne vous convient pas , laissez la marchandise. Non , je ne force personne ; tout ce que je vous en ai dit , c'était par pure civilité. Mais si vous aimez mieux la vie ordinaire de la maison, cela m'est égal ; j'aurai moins de peine , et voilà tout. — Non , mon ami ; comme vous pouvez , je crois, le supposer aisément , je n'ai nulle envie de disputer avec vous pour de telles misères. Allons, menez-moi dans ma chambre , car je désire rester seul quelques instants — Oui , oui, venez, capitaine, dit le geôlier qui, en cherchant à sourire, ne fit qu'une affreuse grimace ; venez, et pour vous montrer si j'ai une conscience, comme vous dites, que le diable m'emporte si jç vous prends plus de six sous par jour pour vous laisser descendre dans la cour ! Vous pourrez vous y promener trois bonnes heures et y jouer à Taise, * Après, celte gracieuse promesse , il introduisit Bertram dans la maison et lui montra un escalier de pierre , rapicle et étroit , au haut duquel était une grosse porte doublée en fer et garnie de clous rouilles. Cette porte ouvrait sur un petit corridor de chaque côté duquel è r tâtent trois cellules voûtées avec des lits de fer et dès matelas de paille. Mais & l'çxtrémité se trouvait un petit apparie-

ment qui paraissait un peu plus décent , c'est-à-dire , qui avait moins de l'aspect d'une prison, qar sans l'énorme serrure et les gros verroux delà porte, sans les barreaux massifc de la fenêtre ,on eût pu le comparer à la plus mauvaise chambre d'une mauvaise auberge. C'était comme une infirmerie pour les prisonniers dont la santé demandait quelque soin ; et en effet Donald Laider / qui devait partager cette chambre avec Bertram , venait d'être chassé de l'un des deux lits qui s'y trouvaient, pour aller voir si la paille fraîche et le whisky n'auraient pas plus de vertu pour guérir la fièvre intermittente. Cette expulsion avait été faite de force par mistress Mac-Guffog pendant que son mari parlementait avec Bertram dans la cour, car la bonne dame avait un secret pressentiment de la manière dont le traité serait conclu. Cela n'avait probablement pas eu lieu sans quelques coups de poing, car une des colonnes qui soutenaient le ciel du lit était brisée, et les rideaux pendaient au milieu de h chambre comme une bannière déchirée au milieu de la mêlée. . c Ne faites pas attention au désordre, capitaine,.! dit mistress Mac-Guffiog qui venait de le rejoindre; puis, tournant le dos au prisonnier, elle dénoua sa jarretière avec toute la décence possible, et s'en servit pour rattacher et rajuster la colonne du lit; puis elle employa toutes les épingles de son ajustement à draper les rideaux; enfin elle retourna les matelas du lit, sur lequel elle étendit une mauvaise couverture toute percée : • Voilà maintenant qui ressemble à quelque chose, dit-elle. Quant à votre lit , capitaine, le voici, » ajouta-t-elle en montrant du doigt un gros lit massif à quatre pieds, mais qui ne portait que sur trois (vu l'inégalité du plafond qui avait considérablement baissé, car la maison, quoique neuve, avait été bâtie par entreprise), le quatrième restant suspendu en l'air , comme celui d'un de ces éléphants que l'on voit sur la portière d'une voiture. * Il y à de bons matelas, de bonnes couvertures ; maissi vous voulez des draps, un couvre-pied, un oreiller, des serviettes ou du linge de table, c'est à moi qu'il faut vous adresser; car c'est l'affaire de la maîtresse de la maison, et mon mari ne fait point entrer tout cela dans son marché. >

Dans cet intervalle , Mac-Guflbg avait quitté la chambre, pour échapper sans doute aux réclamations que pouvait faire naître cette nouvelle avanie.

« Au nom de Dieu ! dit Bertram , donnez-moi tout ce qui est nécessaire ; je le paierai ce que vous demanderez. — Fort bien! fort bien! c'est tout prêt. Allez, nous ne vous éoorcherons pas,

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