‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 169 sur 215 · CHAPITRE XLVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVL

que du temps de l'indépendance galwégtenne, un certain Haïtien Mac-Dingawaie, frère du prince régnant, Knarth Mac-Dingawaie^ avait assassiné son frère et son souverain pour enlever le trône I son neveu encore enfant; poursuivi par la vengeance des fidèles alliés et des serviteurs de la famille royale qui avaient épousé h cause de l'héritier légitime , Hanlon avait été contraint, avec quelques complices de son crime, à se réfugier dans cette tour imprenable , et il s'y détendit jusqu'à ce qu'il fût réduit par la tontine ; alors , mettantle feu à la plaee , lui et les compagnons qui loi restaient s'entre-tuèrent de désespoir, plutôt que de tomber entre les mains de leurs implacables ennemis. Dans le récit de cet événement , qui remontait à une époque de barbarie , il pouvait bien y avoir quelque vérité ; on mêla à cette histoire des contes de diables et de sorciers , de sorte que la plupart des paysans du voisinage aimaient mieux faire un long détour que de passer de nuit auprès de ce lieu formidable. Quant aux lumières qu'on voyait souvent briller dans ces ruines lorsqu'elles servaient de rendezvous à des vagabonds ou à des brigands, ces contes absurdes servaient à les expliquer d'une manière favorable à leurs projets gt satisfaisante pour le public.

Maintenant il faut avouer que notre ami Sampson , quoique bon littérateur et savant mathématicien , n'était pas encore assez philo* sophe pour mettre en doute la réalité des sortilèges et des apparitions. Né dans un temps où douter de l'existence des sorcières était s'exposer au soupçon de participer à leurs pratiques infernales , Dominie avait adopté ces contes ridicules comme un article de foi fondamental ; et peut-être eût-il été aussi difficile d'ébranler sa croyance sur le premier point que sur le second. Imbu de pareils préjugés, et remarquant que le jour inclinait vers sa fin, Dominie ne put se trouver si près de la tour de Derncleugh sans ressentir une secrète horreur.

Quelle fut donc sa surprise , lorsqu'en passant devant la porte. ... : cette porte que l'on supposait avoir été placée par un des derniers lairds d'EUangowan pour empêcher d'audacieux étrangers de s'exposer aux périls qu'on pouvait courir sous ces voûtes habitées par des esprits... cette porte qu'on croyait toujours fermée, et dont

la clef était , dit- on , déposée au presbytère cette porte enfin

s'ouvrit tout- à-coup , et offrit à ses yeux épouvantés la figure de Meg Merrilies : il la reconnut à l'instant même, quoiqu'il ne l'eût

pas vue depuis bon nombre d'années. Ëtte se plaça droit devant lui

*u ttflieu dû tfcèmin , loi barrant ki bien le passage qu^iite^Mmit Imiter qu'en retournant sur *es pas , Mtehetë à laquelle son téùrage lie lui permît pa* de songer.

< Je savais que vous viendriez id , » dft-efte avec sa Voit rode et forte; « je sais ee que vous cherchez; mais il faut que tous

m oiifHooirz*

• -^- Arrtère! éit Demïniè effrayée arrière! Conjuro ïè, $c$-

wstisstffto, .... nequissimcL . . . sptcrdsstmQ, . . . ttitqutsstrnCL ûtçuë

Dïteg tint ferme eoutre cette effrayante volée de superlatif xpit Smttpsta tirait dû fend de sa poitrine et tut lançait éûne voix de xonnene»

* Est-Il ton , flit-dle, avec ses etattittrrs? — donjuro, poursuivit ftoinïnle, tuffur&, contester, nique vtrHlter tmpero ttbil — liais -, au nom du diable, de quoi avex-voos doue peur? que voulez-vous éRre avec tout votre baragouin français à rendre m chien malade? Écoutez , grande perche , ce que jte vais tous dire, ou vous vttos en repentirez tant qu'un de vos membres tiendra I Votre corps!... Dites au eolond Mannering que je sais qtfîl me cherche ; il sait , et je le sais aussi , que le sang coulera , que l'enfant frerda sera retrouvé ,

JSt de 3ttt;am 1* irait si In |«iii«tfl D'ELIangowan atteindront l'éminence.

Tfcneft > voici une lettre pour lui ; j'allais l'envoyer d'une autre un-

nitre Je ne sais pas écrire ; mais j'ai des gens qui écrivent pour

moi *, qai Ment pow moi , qui courent et qui voyagent pour moi. . BUet-ftii que le temps approche , que le sort s'accomplit , que h rate Unir m. Dites-lui , enfin, de consulter les astres comme il la

a contrites autrefois Tous rappellerez-vpus bien de tout cela!

— Femme , j'en doute , car tes paroles me troublent , et ma chair tremble en t'éeeatant t — Mes paroles ne vous feront point de mal, mais peuvent voua faire beaucoup de bien.. . — Arrière ! je ne veux pas d'un bien qui vient par des voies iftieftes. — Imbécile! » dit Meg en «'avançant vers lui avec une indignation dédaigneuse qui Msatt briller ses yeux noirs comme deux étoiles sous leurs épais soumis ; • imbécile ! si je voulais vous fetre du mat , ne pourrais-je vous jeter du haut de ee roc ? et en saurait-on plus sur votre mort qae sur celle de Frank Kennedy? M'eatendez-veus , grand lâche? ^àn«i^ec^ty*4eptasèwé!*s a é©Éfe^

CHàwtré *lVï: ; &fl

îant et eh dirigeant sa longue canne à pomme 3'ëftih, cotftfÈèto&$ javeline, contre la prétendue sorcière -, « au nom de ce qu'il y à dé plus sacré , retïre-toi , né me louche pas... Femme, Mtire-toi , îl J va de ta vie L.. cesse, té dïs-je.,.je sufe vigoureux , et je saurai résistera. » tl ne put continuer ; Meg, avec une force surnaturelle comme Dominie l'assura depuis , se jeta sur sa canne , para ujd coup qu'il voulait lui donner, et remporta sous, là voûte « aussi facilement, dit-il, que je porterais un atlas de Kitchen. — Asseyez 1 vous , » lui dit-elle en le plaçant avec force , el à demi suffoqué , sur une chaise cassée;* asseyez-vous , reprenez haleine , remettez- vous , hoir pourceau d'église que vous <ftte&.„ Àvez-vous le vénlre plein, ou vide ? — Vide de tout , sinon du péché , » répondit Dotàinie qui ? recouvrant îa Voix et trouvant que ses exorcïsmès ne servaient qu*â irriter l'intraitable sorcière» pensa qu'il valait mieux affecter de Ta bonne volonté et de la soumission : cependant H répétait tout bas la kyrielle de conjurations qu'il n'osait plus proférer tout haut Absolument incapable de suivre en même temps le fil de deux idées différentes. Dominie entremêlait son discours et ses formulés d'exorcisme, ce qui produisait un effet assez burlesque , surtout quand, s'apercevant de ces distractions, le pauvre homme essayait de ks réparer pour se soustraire aux effets qu'elles pourraient produire *ur l'esprit irritable 4e la sorcière»

Cependant Meg s'était approchée d'un grand chaudron noir qui bouillait sur un feu allumé an milieu de la chambre. Quand elle ôtâ le couvercle, l'odeur qui en sortit, si oh pouvait se fier à l'odeur qui sort d'un chaudron d'Une sorcière, promettait quelque chose dé mieux qpe les ragoûts infernaux dont on le croyait ordinairement rempli Âû feit -, c'était le fumet d'une excelletite fricassée de poules, de lièvre?» de perdrix "et de bécasses, de pommes de terre, d'oignons et de poireaux , et qui , d'après la grandeur de la marmite, paraissait préparée pour une demi-douzaine de convives au moins.

« Ainsi vous n'avez rien mangé d'aujourd'hui? » dit Meg en mettant une bonne portion de cette fricassée sur un plat brun, et le saupoudrant avec beaucoup de sel et de poivre.

« Rica], répondit Dominie; rien! scelesïissima!... c'est-à-dire bonne ftnajne. — Eh bien! alors , dit-elle en plaçant le plat devant lui 9 vflilà qui va votis remettre le cœur. — Je n'ai pas faim... nialefica... c'est-à-dire, mistre&s Merrilies ! L'ôdéur est appétissante, se disait-il en lui-même ; mais ce mets est préparé par une Caniiie

ou une Érichthoé. — Si vous ne mangez pas sur-le-champ , si vous tardez à vous remplir le ventre , je m'en vais vous bourrer le gosier avec cette cuiller à pot encore toute brûlante, et cela de gré ou de force : ouvre la bouche , pécheur , et avale ! •

Sampson , effrayé des yeux de lézard , des orteils de grenouille , des chaudrons ' de tigre , etc. , était bien résolu d'abord à ne pas s'y frotter. Mais le fumet de ce ragoût triomphait peu à peu de sa répugnance en lui faisant venir l'eau à la bouche; les menaces de la sorcière finirent par le décider. La faim et la crainte sont d'excellents casuistes.

« Saiil, disait la faim, mangea avec la sorcière d'Endor... , et, ajoutait la crainte , le sel qu'elle a répandu sur ce ragoût montre clairement que ce n'est pas un mets de sorciers, qui n'emploient jamais cet assaisonnement;... et de plus, dit la faim après la première bouchée , la viande est bonne et succulente. »

« Eh bien! est-ce bon? » demanda l'hôtesse. — Oui, répondit Dominie, et je te remercie... scelestisslma!... ce qui signifie mistress Merrilies. — Alors, mangez tout votre soûl. Si vous saviez d'où vient ce gibier , vous n'en mangeriez peut-être pas avec tant d'appétit. •

A ces mots , Sampson laissa retomber sa fourchette , qu'il allait porter à sa bouche. « Il a fallu passer plus d'une nuit au clair de la lune pour ramasser tout cela, continua Meg, et les gens qui doivent manger ce dîner s'inquiètent fort peu de vos lois sur la chasse. — N'est-ce que cela? » se dit Sampson en reprenant sa fourchette et se bourrant avec intrépidité , « ce n'est pas cette raison qui m'empêchera de manger. — A présent , voulez-vous boire un coup ? — Je le veux bien , répondit Sampson , conjuro te... c'est-à-dire, je vous remercie cordialement;... car, pensait-il , je n'y perds rien, pas un sou , pas une livre ; • et , sans se faire prier, il but à la santé de la sorcière une grande tasse d'eau-de-vie. Quand il eut arrosé de ce liquide le bon dîner de Meg, il se sentit, dit-il , « admirablement encouragé , et ne craignit plus aucun maléfice. »

« Maintenant vous rappellerez -vous ma commission? lui demanda Meg Merrilies ; je vois à vos yeux que vous êtes un autre homme qu'en venant ici. — Je m'en souviendrai , mistress Merrilies, répondit Sampson sans hésiter; je lui remettrai cette lettre cachetée , et j'ajouterai de vive voix tout ce qu'il vous plaira. — Alors ce ne sera pas long : dites-lui qu'il ait soin de consulter les

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