‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 182 sur 215 · CHAPITRE *UX · texte numérisé non relu

CHAPITRE *UX

oui pouyez^YOu^ ^tendre ce çoir ? dit Julia. — Quelques personnes , ae§ inconnus doivent ce soir venir me parler (Taira jres, » répondit le colonel avec empressement (car il ne voulait pas s'exposer à un désappointement qui aurait fait douter de son discernement); < mais cela n'est pas certain. — Ah ! nous ne leur pardonnerons pas de venir nous déranger , répliqua Julia, à moins qu'ils ne nous apportent autant de bonne humeur et d'amabilité que mon ami M. Pleydell, qui s'est donné le titre de mon admirateur. — Ah ! miss Julia, » dît Pleydell en lui offrant le brçis avec un air de galanterie pour la conduire dqns la salle à manger, < il fut un temps, lorsque je revins

<TTTtïecht ? en 1738 — Je vous prie , ne parlons point de cela ,

répondit la jeune demoiselle , nous vous aimons beaucoup mieux tel que vous êtes. Utrecht , grçnd Dieu ! . . . Depuis ce temps , je le gage, vous n'avez été pccupé qu'à effacer les trace^ de votre éducation hollapçlaise. — Pardoupez-moi , mis§ Mapnering : les Hollandais sopt beaucoup plus recommandâmes , sous le rapport de la galanterie, que leurs légers voisins ne le veulent reconnaître. Ils sont aussi réguliers, dans leurs soins pour Ja dame de leurs pensées, que le marteau d'qne horloge. — Cela m'impatienterait. — P'une égalité d'esprit exemplaire. — De pire en pire. — fpfin , continua le vieux beau garçon, quand votre adorateur 4 pendant six fois trois cent soixante-cinq jours placé votre mantelet sur vos épaulas, yotre chaufferette sou? vp$ pieds , freiné votre petit traîneau sur la glace en hiver , et votre carriole dans la poussière en été , vous pouvez tout-à-coup , sans motif et sans explication , au bout de deux mille cent quatre-vingt-dix jours, ce qui , d'après un calcul fait à la hâte, et en négligeant les années bissextiles , représente la durée de sa cour assidue , lui donner son congé sans vous inquiéter le moins du monde de l'effet que cette rigueur produira sur l'âme sensible de mety herr. — Fort bien ! voilà un éloge tout-à-foit flatteur pour les Hollandais, monsieur Pleydell. Le cristal aussi bien que le cœur auraient beaucoup moins de prix, s'ils étaient moins fragiles. — Quapt à celç, miss Mannering, il est aussi rare de trouver un verre qui ne se brise pas, qu'un cœur capable de résister à une froideur soutenue. C'est ce qui me ferait ipsister sur la valeur du mien , si je ne voyais, depuis quelques minutes, M. Sampson , les yeux fermés et les maips jointes , attendant la fin de notre conversation pour dire le bérjfidicité. D'ailleurs, il faut tout dire, les canards sauvages ont uue mine très appétissante- * En parlant ainsi, lç respectable avocat fie pajt à tybîe , pt , pQPf un

temps, mit de côté 'sa galanterie, afin de faire honneur aux mets délicats placés devant lui. Cependant il prit le temps de faire observer que les canards étaient rôtis à point et que la sauce de mistress Allan , composée de vin de Bordeaux, de cidre, et de poivre de Gayenne , était au dessus de tout éloge.

« Je vois, dit miss Mannering, que j'ai une formidable rivale auprès de monsieur Pleydell , même le premier jour où il s'est déclaré mon admirateur. — Pardonnez-moi , ma belle demoiselle, il n'a pas fallu moins que vos extrêmes rigueurs pour me déterminer à goûter d'un bon souper en votre présence. Comment les supporterais-je si je ne réparais mes forces ? Pour cette même raison, je vous demande la permission de boire un verre de vin à votre santé. — C'est encore une mode d'Utrecht , je suppose , monsieur Pleydell? — Pardonnezmoi , mademoiselle : les Français eux-mêmes , ces modèles en galanterie , appellent leurs traiteurs restaurateurs, par allusion sans doute aux consolations qu'ils procurent aux amants accablés par les rigueurs de leurs belles. En ce moment , j'ai un si pressant besoin de consolation , que je vous prie, monsieur Sampson, de me servir une seconde aile , sans préjudice de la tarte que je demanderai plus tard à miss Bertram. Détachez l'aile au lieu de la couper, monsieur Sampson , M. Barnes vous aidera. Merci , monsieur. Monsieur Barnes , un verre d'ale , s'il vous plaît. >

Pendant que l'avocat , enchanté de la vivacité et des attentions de miss Mannering , s'abandonnait à la pétulante galté de son esprit pour amuser sa jeune voisine , et s'amuser lui-même , l'impatience du colonel ne se pouvait plus contenir. Il avait refusé de se mettre à table , sous prétexte qu'il ne soupait jamais ; il se promenait à grands pas dans la salle comme un homme dévoré d'inquiétude, tantôt ouvrant la fenêtre pour tâcher de discerner quelque chose i travers l'obscurité , tantôt prêtant l'oreille avec attention comme s'il devait entendre le bruit lointain d'une voiture dans l'avenue. Enfin , ne pouvant résister 5 son impatience , il prit son chapeau et sa redingote , et se dirigea vers l'avenue, comme s'il eût dû par là hâter l'arrivée de ceux qu'il attendait.

« Vraiment, dit miss Lucy, je souhaiterais que le colonel ne s'aventurât pas hors de la maison, à une heure si avancée ! Vous avez peutêtre entendu parler , monsieur Pleydell , de la terrible alarme que nous avons eue il y a quelque temps ? — Oui , de la part des contrebandiers. Ce sont de mes vieilles connaissances. J'ai fait faire justice de plus d'un, il y a long-temps, quand j'étais shérif de ce comté.

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