‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 192 sur 215 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

le plus inexplicable dans cette affaire, c'est que miss Julia Mannering, qui connaissait les inquiétudes de son père au sujet de ce jeune Brown ou Bertram , comme nous devons l'appeler maintenant, Tait rencontré lé jour de l'accident de M. Hazlewood , et n'en ait rien dit à son père ; qu'elle ait enfin laissé foire des recherches contre ce jeune homme , comme s'il eût été un vagabond et un assassin. »

Julia, qui avait réuni tout son courage au commencement de. cette entrevue , perdit toute sa présence d'esprit ; elle allait répondre qu'elle n'avait pas reconnu Brown; mais, ne pouvant proférer un. mensonge , elle baissa la tète et garda le silence.

«Vous ne répondez pas? Je vous demande, Julia, si c'est la seule fois que vous ayez vu Brown, depuis son retour?.. . Pas de réponse ! je dois donc supposer que vous l'aviez déjà vu. Vous vous taises toujours !... Julia Mannering, ayez la bonté de me répondre : quel est le jeune homme qui venait sous vos fenêtres , et avec qui vous aviez des entretiens secrets , pendant votre séjour à Mervyn-Hall ? Julia , je vous ordonne... je vous prie d'être sincère. *

Miss Mannering releva la tête. « J'ai été, mon père. . . je crois que je suis encore une étourdie... Me retrouver en votre présence avec ce jeune homme , qui a été , sinon la cause , au moins le complice' de mon étourderie, sera une expiation suffisante. » Ici, elle fit une longue pause. . .

« Je dois donc croire qu'il était l'auteur de la sérénade de Mervyn-Hall? »

Cette expression , qui n'avait rien de dur, rendit un peu de courage à miss Mannering. « Oui, mon père , répondit-elle, c'était lui; et si, comme je l'ai souvent pensé , je suis coupable, au moins je ne suis pas sans excuse. — Que voulez-vous dire? répondit le colonel d'un ton vif et un peu brusque. — Je ne ptris me résoudre à prononcer son nom, mon père; mais... » Elle ouvrit un* petit éoffire,' et lui remit quelques lettres. « Je vous prie de lire ces lettres ; elles vous apprendront comment cette intimité commença, et par qui elle fût encouragée. » . %

. Mannering prit le paquet , s'approcha de la fenêtre, et parcourut rapidement quelques passages de ces lettres avec une extrême agitation. Mais son stoïcisme vint à son aide ; car cette philosophie, dont la racine est l'orgueil , porte cependant quelquefois les mêmes fruits que la vertu. Il revint auprès de sa fille, l'air aussi calme que le lui permettait son émotion intérieure.

« Autaut que j'en puis juger par un coup d'œil jeté tur ces lettres,

an GUY MAIfAERinG.

font êtes exCuwWe, Julia, car vous avez obéi au moins k l'an de» auteurs dis vos jours. Rapportons-nous-en à un proverbe que Saœpson citait l'autre jour : « Ce qui est passé est passé $ faisons pour le mieux à l'avenir. » Je ne vous reproeherai jatnais d'avoir manqué de confiance en moi quand vous jugiez de mes intentions par mes actions , dont il me Semble pourtant que vous n'ayez pas à vous plaindre. Reprenez ees lettres c elles n'ont point été écrites pour moi ; je n'en veux pas lire un mot de plus que ce que jeu ai lu k votre prière et pour votre justification» Maintenant sommes-nous amis , ou plutôt me comprenez-vous ? — O tnon cher , mon généreux père, s'écria Julia en se jetant dans ses bras , pourquoi ne vous ai-je pas mieux connu? — N'en parlons plus , dit le colonel j nous avons eu des torts l'un et l'autre* Celui qui est trop fier pour vouloir posséder sans chercher k les acquérir l'affection et la confiance auxquelles il croit avoir droit , s'expose k en être privé , et le mérite peut-être. C'est assez que l'être le plus cher , celui que je regrette encore , soit descendu dans la tombe sans m'avotr conmrt que je ne sois pas privé de la confiance d'une fille qui doit m'abner, si die s'aime elle-même I — Ne le craignez pas , répondit Julia , ne le Craignez pas. Que j'aie votre approbation et la mienne, et U n'est rien que je ne sois prête k sacrifier* — Fort bien, ma obère enfuit, • dit-il en lui donnant un baiser sur le front ; « j'espère que je n'exigerai pas de vous de trop héroïques sacrifices. Quant k ee jeune homme, je compte que toute correspondance clandestine, et une jeune personne ne peut en entretenir une sans s'abaisser k ses propres yeux et k ceux de son amant ; je compte, dis-je , que toute correspondance clandestine cessera dès a présent. Si M- Bertram vous en demande la cause, vous lui direz die s'adresser k moi. yous désirez, sans douté, savoir quels seront les résultats 4e cette défé» rence? D'abord, je veux observer le caractère de ce jeune homme plus soigneusement que les circonstances, et peut-être mes préventions , ne m'ont permis de le faire jusqu'à présent. Je désire ausii gue sa naissance et son rang soient reconnus : non que j'attache une extrême importance k sa mise en possession du domaine d'EUtngowan, quoiqu'une affaire de cette espèce ne puisse être regardée comme indifférente que dans un roman; mais certainement Henri Bertram, fils du feu laird d'Ellangowan, est tout autre que Van Beest Brown, qui n'était le fils de personne. Ses aïeux, k ee que dit M. Peydejl, se distinguaient sous les bannières des rois de leur ptys, pendant que les nttres combe^t^snt à Crécy et à Poitkfs. En

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