CHAPITRE UH
JmHjj % que Lucy Bçrtrapi et Julia Mannering çn voyant la sibylle gal^égieijne sur la prairie d'EIlangowan.
« Pour l'aifloiir 4e Dieu , dit Julia en tirant sa bourse , donne? quelque chose à cette femme qui me fait peur, et dites-lui de s'en aller î — Impossible , dit Bertram ; je ne dois pas l'offenser. — Qui vous retient ici ? dit Meg élevant au plus haut ton sa voix rude et spn^bre* Pourquoi ne me spivez- vous pas ? Pensez-vous que votrç heure SQpnera deux fois ? Ne vous souvenez- vous plus de votre serment ; A ? église ou qu marché , à un enterrement ou à une noce ? » Et elle éleva son dojgt flécharpé , dans une attitude menaçante
Çertram , se tournant vers ses compagnes épouvantées : « Excusez-moi pour un moment , leur dit-il ; j'ai promis de suivre cette femme. — Bon Dieu ! promis de suivre une Jolie ! s'écria Julia. — Une Bohémienne , dont la bande est cachée dans le bois pour vous 3isa$siner ! ajouta Lucy. — Ce n'est pas parler pomme un enfant d'EUapgQwan , dit Meg en lançant un regard courroucé à miss Bertram. Ceu* qui soupçonnent le mal peuvent foire le mal. — fl faut que j'y aille , dit Bertram , c ' e st indispensable \ attendez-moi ici cinq minutes. — Cinq minutes ! dit la Bohémienne ; cinq heures vous $u$ront \ peine. — L'entendez-y pus ? dit Julia ; pour l'amour de Pieu , n'y allez pas ! — Il le faut ! il le fout ! M. Dinmont vous reconduira à la maison. — Non , dit Meg , il doit venir avec vous ; c'est P our cela qu'il e$ t ic i- H vous assistera et du cœur et du bras, c'est un devoir pour lui. Il a failli vous en coûter cher pour vous être mêlé de ses affaires. — C'est vrai} c'est vrai , répondit l'intrépide fermier ; je ne quitte pas le capitaine. Il verra que je ne l'ai pas oublié. — Oh , oui , s'écrièrent en même temps les deux demoiselles , que M* Dinmont vous accompagne , si vous voulez absolument obéir à un ordre si étrange ! — Il le fout , répondit Bertram ; paais vous voyez que je suis bien gardé. Adieu pour quelques instants* Retournez à la maison le plus vite que vous pourrez. >
Il pressa la main de sa soeur , et adressa à Julia un regard d'adieu encore plus tendre. Immobiles de surprise et de crainte, les deux jeunes demoiselles regardèrent , l'œil inquiet , Bertram et son compagnon s'éloigner avec leur guide extraordinaire. Son long spectre se mouvait spr la bruyère couverte de givre , d'un pas si rapide 9 si alongé et si ferme» qu'elle semblait plutôt glisser que marcher. Bertram et Dinmont , tous deux d'une grande taille , paraissaient à peine aussi grands qu'elle , à cause de la longue robe
et du haut bonnet qu'elle portait. Elle s'avançait droit à travers la prairie, sans suivre les détours du petit sentier par lequel on évitait ordinairement les inégalités et les petites hauteurs qui la traversaient. Ces trois figures , qui se rapetissaient en s'éloignant , disparaissaient souvent , quand elles descendaient dans un fond , pour reparaître lorsqu'elles en sortaient. Il y avait quelque chose d'effrayant , de surnaturel , dans la course rapide et en droite ligne de Meg , qui ne tenait compte d'aucun des obstacles qui détourneraient un voyageur du chemin le plus direct. Elle allait presque aussi vite et en ligne aussi droite qu'un oiseau qui vole dans les airs. Enfin ils arrivèrent aux bois qui s'étendaient des limites de la prairie vers les clairières et le ruisseau de Derncleugh , et on cessa tout-à-fait de les voir.
c Ceci est bien extraordinaire , dit Lucy , après un moment de silence , en se retournant vers sa compagne ; que peut-il avoir affaire avec cette vieille sorcière? — C'est bien effrayant , répondit Julia , et cela me rappelle les contes de sorcières , de magiciennes , de mauvais génies , que j'ai entendus dans les Indes. On croit , dans ce pays , que certaines gens ont dans le regard un tel pouvoir de fascination , qu'ils sont maîtres de la volonté et de tous les mouvements de leurs victimes. Que peut avoir de commun votre frère avec cette épouvantable femme , pour qu'il nous quitte , en apparence contre son gré , pour la suivre ? — Au moins , dit Lucy , elle n'a pas de mauvais dessein ; autrement elle n'aurait pas emmené le fidèle Dinmont , dont Henri vante le courage et la force. Retournons au château , pour y attendre l'arrivée du eolonel ; peut-être Bertram sera- 1- il revenu avant lui. En tout cas , le colonel décidera s'il y a quelque chose à faire. »
S'appuyant sur le bras l'une de l'autre, mais se soutenant même avec peine, tant elles étaient tremblantes et agitées, elles arrivèrent enfin à l'avenue de Woodbourne. Bientôt les pas d'un cheval se firent entendre derrière elles. Elles s'arrêtèrent, et, à leur grande satisfaction , reconnurent le jeune Hazlewood.
« Le colonel sera de retour dans quelques instants, leur dit- il; je suis venu en avant pour offrir plus tôt mes respects à miss Bertram , ainsi que mes sincères félicitations sur l'heureux événement qui vient d'arriver dans sa famille. Je désire être présenté au capitaine Bertram , afin de le remercier de la leçon bien méritée qu'il a donnée à mon imprudence et à mon indiscrétion. — Il vient de