‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 199 sur 215 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

nous quitter, répondit Lucy, et d'une manière qui nous a beaucoup épouvantées. >

Dans ce même moment, la voiture du colonel arriva. II la fit arrêter , descendit avec son docte compagnon , et vint rejoindre les deux demoiselles , qui leur apprirent aussitôt la cause de leur nouvelle alarme.

c Encore Meg Merrilies ! dit le colonel ; c'est l'être le plus mystérieux et le plus incompréhensible !... Mais je pense qu'elle avait & communiquer & Bertram quelque cbose qu'elle ne voulait pas que nous sachions. — Que le diable enlève la vieille folle, dit l'avocat; elle ne veut jamais laisser les choses suivre leur cours prou t de lege ' ; il faut qu'elle vienne à tout moment prendre le gouvernail pour diriger la barque à sa fantaisie. Je crains , d'après la direction qu'ils ont suivie , qu'ils ne se rendent à Ellangowan. Ce scélérat de Glossin nous a appris quels coquins il a à sa disposition. Je souhaite que l'honnête Dandie suffise pour le protéger. — Si vous le voulez, dit le jeune Hazlewood , je me mettrai au galop dans la direction qu'ils ont prise. Je suis assez connu dans le pays pour être sûr qu'aucun acte de violence ne sera commis en ma présence; je me tiendrai à une certaine distance pour n'avoir point l'air de surveiller Meg et pour ne point interrompre les communications qu'elle peut avoir à faire à M. Bertram. — Sur ma parole ! dit M. Pleydell à part, ce bambin que je me rappelle avoir vu il n'y a pas bien des années avec une figure couleur de petit-lait et un sachet autour du cou, est maintenant un homme. Je redoute plus une nouvelle tentative d'oppression légale qu'une violence ouverte. D'ailleurs , je présume que la présence de ce jeune homme intimidera Glossin et ses coupe-jarrets. Allez donc, mon garçon; cherchez bien , vous le trouverez probablement dans les environs de Derncleugh ou dans le bois de Warroch, »

Hazlewood tourna bride. « Revenez dîner avec nous, Hazlewood, » cria le colonel. Charles lui répondit par un salut, donna de l'éperon à son cheval , et partit au galop.

Cependant Bertram et Dinmont suivaient leur guide à travers les vallons et les bois , entre la prairie et le hameau ruiné de Derncleugh. Meg marchait devant eux, sansjamais se détourner, si ce n'est pour leur dire de hâter le pas, quoique, malgré la rigueur du froiçl, la sueur leur découlât du visage. Parfois elle s'adressait à elle-même des phrases interrompues, comme celle-ci : « C'est rétablir la

t. Solvant la loi. a» x.

SM GUY MÀNNEMNG.

vieille maison... c'est replacer la pierre angulaire.,. Ne Teh ai-je

!>as averti?... Je leur ai dit que j'étais née pour cela, quand même 1 en irait de la tête de mon père : c'est mon destin... Dans là priéôn , dans les fers , je n'ai pas oublié mes desseins. J'ai été bannie... je les ai emportés avec moi dans les pays lointains.;. J'ai été fouettée , j'ai été marquée... ma résolution était trop profonde pour que les verges et le fer rouge plissent pénétrer jusqu'à elle... Et maintenant l'heure est venue. >

« Capitaine, dit Dinmont à demi-voix , je souhaité qile ce ne soit pas une sorcière : ses paroles né me paraissent pas être celles d'ti&é thré tienne, ni ressembler à celles des autres femmes. Ott dit dans mon pays qu'il y a des gens comme cela. — Ne craignez rien , mon ami. — Craindre ! Je ne la crains pas. Qu'elle soit le diable OU Une sorcière, c'est tout uni pour Dandie Dinmont. — Silence, brave homme , dit Meg en le regardant par dessus l'épaule d'un âir irrité ; croyez-vous que ce soit le terrils et le lieu de parler? — Ma bonne amie, reprit Bertram, je ne doute pas de votre bonne foi et de vos bonnes intentions pour moi ; déjà vous m'en avez donné des preuves : mais en retour vous devriez avoir en moi quelque Confiance. Je voudrais savoir où vous nous conduisez. — Ma réponse sera courte, Henri Bertram, dit la sibylle. J'ai juré que fflâ langue ne parlerait jamais; mais je n'ai point jtlré que mon doigt ne montrerait jamais. Avancez donc pour retrouver votre fortune , ou retournez sur vos pas poiir la perdre. C'est là tout W que j'ai à vous dire. —Marchez , répondit Bertram ; je ne Vous forai plus de questions. »

Ils descendirent dans le Vallon où Meg avait quitté Bertram après la nuit qu'il passa dans les ruines de Demcleugh. Ils s'arrêtèrent un instant au dessus du grand rocher au pied duquel il avait vu inhumer le lieutenant Brown. Malgré tous les soins qu'on avait pris, la terre paraissait avoir été fraîchement remuée , et leurs pas s'y imprimèrent. « Ici, dit-elle, repose un homme qui avant peti , peutêtre, aura des voisins. *

Elle traversa un petit ruisseau, et arriva au hameau abandonné ; là 9 s'arrètant devant une des cabanes qui étaient encore debout, elle dit d'un ton moins brusqué , quoique toujours aussi solennel , et avec un regard qui exprimait un intérêt tout particulier : * Voyeivous ces murs noircis, ce toit à moitié brisé?... c'est là que pendant quarante ans a brillé la flamme de mon foyer,... c'est là que j'ai mis au rfionde douze enfents , garçons et filles. Où sont-ils maintenant?,., où sont les feuilles qui étaient Ait le Vieux chérie à

m SftiAt-Martin?,.. Le tent du nord Ta dépouillé,.;, et moi aus*t je êttié dépouillée... Voyez-vous ce saule?... ee n'est plus qu'un trehe noinl et vermoulu maintenant.*.. Je me suis assise à son ombre pendant bien des soirées d'été , alors qu'il suspendait sel gtrtf landes verdoyantes au dessus du ruisseau ; oui , je m'} suie aséise.t. * Et élevant la voix ; « Je vous ai tenu sur mes genoux, Henri Bertram, en vous chantant des ballades sur les vieux baron* et leurs guerre* éanglantes. Il ne reverdira plus , et Mes MerHlies aura aussi cessé de chanter. Mais vous ne l'oublierez pas» et vous tore* rebâtir sa vieille cabane pour l'amour d'elle. Placez-y quelqu'un dont la conscience soit assez pure pour ne pas craindre les habitante d'un autre monde. Si les morts retiennent parmi les vivants, on me verra quelquefois dans cette vallée, les soirs, après que ees os seront disjoints dans la terre. •

Le mélange de folie et d'enthousiasme qui caractérisait ee dis* cdurs j son bras droit nu et étendu , l'autre enveloppé dans son manteau d'un rouge foncé, eût fait de Meg en ce moment une étude digne de notre Siddons elle-même. « Maintenant , dit-elle en reprenant cette voix brusque , rude et brève, qui lui était ordinaire* à l'ouvrage, & l'ouvrage ! *

S'Jtvançant alors vers la petite tour de Dernclêugh, eHe tira une elef de sa poche et en ouvrit la porte. L'intérieur était en meilleur ordre que la dernière fois que Bertram l'avait vue. < J'ai préparé eette chambre, dit-elle ; j'y serai peut-être , ce soir même * étendue sur mon lit de mort. Il y aura peu de monde pour veiller autour du ecfrps de Meg , car beaucoup de nos gens blâmeront ce que j'ai fait et ee que je vais faire. *

Elfe leur montra une table sur laquelle étaient quelques viandes froides préparées avec plus de propreté qu'on n'aurait pu s'y attendre d'après sa manière de vivre. « Mangez, leur dit-elle, mangez. Vous en avez besoin pour supporter les fatigues qui vous attendent. »

Bertram , pour lui obéir, mangea une ou dent bouchées. Mais Dinmont , dont f appétit ne pouvait être diminué ni par rétonnement, ni par h crainte, ni par te déjeuner du matin, se conduisit afftssf vaiffamment qu'il avait coutume de faire à table. Elle leur offrit un terre ffeâu-de-vie que Bertram but après l'avoir trempé <Féatf, et Dinment tel qu'il lui était présenté.

« El voué-même, ne preudrez-vous rien? dit Ottrmont à leur mf&tokmhtotm. — Je ttm auraijpa* W**v répodéit-eHe*

S9S GUY MAJNNERING.

mais à présent il vous faut des armes... II ne fout pas que vous alliez les bras ballants... Mais ne tous en servez qu'autant qu'il sera nécessaire... Faites-le prisonnier, mais ne lui otez pas la vie...

Que la justice la lui ôte il fout qu'il parle ayant de mourir. —

Qui foudra-t-il prendre? qui devra parler? > demanda Bertram étonné , tout en recevant une paire de pistolets qu'elle lui présentait, et en les examinant : ils étaient chargés.

« Les pierres sont bonnes et la poudre est sèche, dit-elle. Je m'y connais. »

Sans répondre à ces questions , elle arma Dinmont d'un pistolet d'arçon , puis leur dit de choisir chacun un bâton dans un paquet de gourdins de fort mauvaise apparence qu'elle alla chercher dans un coin de la chambre. Bertram choisit un arbre vigoureux , et Dinmont une massue qui aurait convenu & Hercule lui-même. Us sortirent ensemble de la tour; et Bertram se trouvant près de Dinmont , il lui dit à l'oreille : « Il y a quelque chose d'inexplicable dans tout cela . . . mais nous ne fierons usage de ces armes qu'en cas de nécessité, et pour notre légitime défense. Ayez soin de faire ce que vous me verrez foire. •

Dinmont répondit par un geste d'intelligence. Continuant de suivre leur conductrice à travers les bruyères , les champs, les prés, les fondrières, ils gagnèrent le bois de Warroch par le même sentier qu'avait suivi le feu laird d'Ellangowan quand il courut à Derncleugh, cherchant son fils, dans la funeste nuit du meurtre de Kennedy.

Quand ils furent arrivés au milieu de ces arbres dans lesquels le vent du nord faisait entendre des sifflements lugubres et perçants, Meg s'arrêta un moment comme pour reconnaître son chemin. « Il fout, dit-elle, suivre la même route; » puis elle se remit en marche. Mais au lieu de s'avancer en droite ligne comme auparavant , elle leur fit suivre mille détours, et les conduisit enfin dans une petite clairière de la grandeur d'un acre environ , entourée d'arbres et de buissons qui formaient une clôture sauvage et irrégulière. Même en hiver, c'était une retraite solitaire, séparée du reste du bois, et presque inaccessible; mais quand elle était parée de la verdure du printemps, quand la terre était émaillée de fleurs, les buissons d'alentour couverts de verdure, et que les bouleaux qui s'élevaient au dessus du taillis laissaient pendre leurs longs rameaux garnis de feuilles, comme pour intercepter les rayons du soleil , c'était un asile convenable à un jeune poète pour

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