CHAPITRE LY
gardèrent avec étonnement. « Oui , » reprit-elle d'une voix pics forte et plus rude, c je dis Henri Bertram d'EIlangowan. Retirezvous de la lumière ,. que je le voie. »
Tous les yeux se tournèrent sur Bertram , qui s'approcha du lit de la mourante. Elle lui prit la main, c Regardez-le, vous tous qui avez vu son père ou son grand-père, et déclarez si ce n'est pas leur vivante image? » Un murmure parcourut l'assemblée; la ressemblance était trop frappante pour qu'on pût la nier. « Maintenant écoutez-moi j et que cet homme (montrant Hatteraick qui était acsis , au milieu de ses gardiens , sur un coffre , à quelque distance) conteste , s'il le peut, ce que j'avance. Voici Henri Bertram, fils de Godefroi Bertram , baron d'EIlangowan ; voici l'enfant que Dirk Hatteraick enleva dans le bois de Warroch, le jour où il assassina le douanier. J'étais là comme un esprit errant. Je voulais visiter ce bois avant de quitter le pays. Je sauvai la vie à l'enfant. Combien je priai, combien je suppliai pour qu'ils me le laissassent!... mais ils l'emmenèrent avec eux. Il a été long-temps sur mer, et maintenant le voilà revenu pour reprendre possession de son bien. Qui oserait l'en empêcher?... J'avais juré de garder le secret jusqu'à ce qu'il eût atteint sa vingt-et-unième année... Je savais que jusqu'à cet âge il devait obéir au destin. J'ai été fidèle à mon serment ; mais je me promis aussi à moi-même que , si je vivais jusqu'à son retour, je le rétablirais sur le siège de son père, dût chaque échelon être un cadavre... J'ai tenu aussi ce serment, je serai moi-même un de ces degrés... Celui-ci (montrant Hatteraick) en sera' bientôt un autre , et il y en aura bientôt un troisième. »
Le ministre prit la parole, et fit remarquer combien il était à regretter que cette déposition ne fût pas régulièrement reçue et consignée par écrit; le chirurgien insista pour qu'on examinât la blessure de cette femme avant de l'épuiser par des questions. Mais quand elle vit qu'on Élisait sortir tout le monde de la chambre et Hatteraick lui-même, pour laisser le chirurgien plus libre dans l'exercice de ses fonctions, elle poussa un grand cri, et se tenant sur son séant : « Dirk] Hatteraick , nous ne nous retrouverons plus qu'au jour du jugement... Reconnaissez-vous que j'ai dit la vérité > ou bien osez-vous le nier ? » Il tourna vers elle son front sauvage , avec un regard menaçant et féroce. « Dirk Hatteraick , vous dont les mains sont teintes de] mon sang, osez- vous nier un mot de ce que ma voix mourante a prononcé ?» Il la regarda avec la même expression de férocité mêlée de satisfaction, remua les lèvres, mais
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te proféra pas une parole. « Alors, adieu.- Que Dieu vous pardonne!... Votre main a donné la force à mon témoignage. Vivante, j'étais une misérable folle de Bohémienne ; j'ai été fouettée , bannie, marquée Au fct rouge ; ... j'ai mendié mon pain de porte en porte ; ... j'ai été chassée, comme une bête fauve, de paroisse eh paroisse... Qui eût voulu donner la moindre confiance à mes paroles ? Mais maintenant je. suis une femme mourante , et mes paroles ne tomberont pas plus à terre que la terré ne couvrira votre dernier
crime. »
Ici elle s'arrêta : tout le monde sortit , excepté le chirurgien et deux ou trois personnes. Après avoir examiné sa blessure , le docteur secoua la tète , et céda sa place au ministre.
Un constable avait arrêté sur la grande route une chaise de poste qui retournait à vide l Kippletringan , pensant qu'elle serait utile pourtransporterHalteraickàla prison. Lepostillon, apprenant ce qui se passait âDerncleugh, laissa ses chevaux à la garde d'un enfant, se confiant satis douté davantage à leur sagesse, fruit de leurs longues années , qu'à celle de leur nouveau gardien, et courut à toutes jambes pour voir, comme il le disait, « quelle farce se jouait là-bas. > h arriva au tootaent où les paysans et les fermiers, dont le nombre S'accroissait d'uû tnomerit à l'autre , las de contempler les traits sauvages de Hatteraick, tournaient îeifr attention sur Bertram. Presque tous, les plus âgés Surtout, qui avaient vu Ellangowan dans sa jeunesse , «oufirmaient les déclarations de Meg Merrilies. Lu circonspection est une qualité innée chez ITÉcôïsaïs; en songeant qu'un autre était en possession dû domaine dlllangowàn , ils se Bornèrent à se communiquer , à voix basse, le résultat de leurs réfl'eX"îWfô. 10b postmon (c'était notre ami Jack Jabos) s'ouvrit un passage atl Itiftieu du groupe ; il n'eut pas plus tôt fixé les yeux sur freïtram , qu'il recula frappé d'étonnement , et s'écria d'une voix ftftennefte t « Aussi sur que j'existe , c'est le vieux Ellangowan sorti
dutombeatil »
Cette déclaration publique d'un témoiû désintéressé fut l'étincelle
<M devait faire éclater l'enthousiasme populaire ; cet enthousiasme tfeïprîtaa par ttois exclamations distinctes : « Bertram pour toujours!... longue vie à r héritier d'Ëllangowanl ... Que le ciel le rétfi&tthse flans ses biens , pour vivre au milieu de nous , comme ses ancêtres ont fait! »
« !Pai êtê soixante ans sur leur domaine , » dit l'un.
y ï«oï tttesmiens, twws y avons été soixante ans, et puis soixante