Chapitre lv
encore auparavant, répondit l'autre. Je dois connaître la figure d'un Ellangowan. »
« Moi et les miens, nous y sommes depuis trois cents ans, ajouta un troisième -, et je vendrais jusqu'à ma dernière vache pour voir le jeune laird rétabli dans ses droits. »
Les femmes, qui aiment toujours les aventures romanesques, surtout quand un beau jeune homme en est le héros 3 joignirent leurs voix perçantes à la clameur générale. . . « Bénédiction sur lui ! c'est lé portrait de son père... les Bertram ont toujours été l#s protecteurs du pays. »
« Ah ! pourquoi sa pauvre mère , qui est morte du chagrin de ravoir perdu , tf a t-elle pas vécu jusqu'à ce jouir ! » s'écriaient quelques voix de femmes.
« Oui , disaient d'autres , oui , nous l'aiderons à rentrer dans ses biens j et si Glo^sin veut rester en possession du château dUtlangowan, nous l'en chasserons avec nos ongles. •
D'autres formaient un cercle autour de Dinmont , qui n'était pas en reste de raconter ce qu'il savait de son ami, et de se glorifier de l'honneur qu'il avait eu de contribuer à le faire reconnaître pour ce qu'il était. Comme il était connu des principaux fermiers , son témoignage vint accroître l'enthousiasme général. En un mot, c'était un de ces moments d'émotion entraînante , où la froideur écossaise se fond comme la neige , et où le torrent débordé emporte dans sa course digues et écluses.
Ces elameurs soudâmes interrompirent les prières du ministre • et Meg, qui était dans un de ces accès d'assoupissement léthargique qui précèdent la fin de la vie, se réveilla eh sursaut : « Entendez-vous?... éntendez-vous?... il est reconnu, il est reconnu! je ne vivais plus que pour cela... Je ne suis qtfuhè pécheresse ; mais si ma malédiction a attiré le malheur sur lui , ma bénédiction l'en a éloigné. Et maintenant , je voudrais en avoir dit davantage -, mais cela ne se peut. Un moment, » continua-t-elle en tournant la tète vers la faible clarté qui pénétrait dans la chambre à travers une petite ouverture qui tenait lieu de fenêtre , « n'est-il pas ici? retirezvous du jour ; laissez-moi le voir une fois encore. Mais les ténèbres sont dans mes yeux , » ajouta-t-elle en tombant à la renverse après avoir lancé un dernier regard qui se perdit dans le vide... « C'est fini : maintenant ,
ttort,«pprcciie, *
408 GUY MÀNKERING.
Et s'étendant sur son lit de paille , elle expira sans pousser un seul gémissement. Le ministre et le chirurgien dressèrent un procèsverbal circonstancié de tout ce qu'elle avait dit , regrettant beaucoup tous deux qu'on ne l'eût pas interrogée juridiquement, mais moralement convaincus de la vérité de ses déclarations.
Hazlewood fut le premier à complimenter Bertram sur la prochaine espérance qu'il pouvait concevoir d'être remis en possession de sa fortune et de son rang dans la société. Les spectateurs , instruits par Jack Jabos que Bertram était celui qui avait blessé Hazlewood, admirèrent la générosité de ce dernier, et joignirent son nom à celui de Bertram dans leurs cris d'allégresse.
Quelques personnes demandèrent au postillon comment il n'avait pas reconnu Bertram quand il l'avait vu quelque temps auparavant à Kippletringan ; il leur répondit très naturellement : « Qui pensait alors à Ellangowan?... C'est en entendant dire que le jeune laird était retrouvé, que j'ai cru apercevoir de la ressemblance... On ne pouvait pas s'y tromper, une fois prévenu. »
La férocité d'Hatteraick, pendant la dernière partie de cette scène, sembla , jusqu'à un certain point, ébranlée. On remarqua qu'il fronçait les sourcils... 11 essaya de soulever ses mains garrottées , pour enfoncer son chapeau sur son front. Il regardait avec un air d'impatience du côté de la grand'route, comme s'il eût désiré voir arriver la voiture qui devait l'emmener , car il appréhendait que la fermentation populaire ne se tournât contre lui. Enfin Hazlewood ordonna qu'on le fît monter dans la chaise de poste pour le conduire à Kippletringan, où il serait mis à la disposition de M. Mac-Morlan, à qui il avait déjà expédié un exprès pour l'informer de ce qui venait de se passer.
« Monsieur, dit- il à Bertram, je serais heureux si vous vouliez bien m'accompagner à Hazlewood-House ; mais comme je crois que cela vous sera plus agréable dans quelques jours que maintenant , vous me permettrez de retourner avec vous à Woodbourne. Mais vous êtes à pied!... — Si le jeune laird voulait prendre mon cheval!... ou le mien... ou le mien , s'écrièrent une douzaine de voix. — Acceptez le mien ; il fait dix milles à l'heure , sans qu'il soit besoin de lui faire sentir l'éperon ou le fouet ; il est à vous dès ce moment , si vous voulez le prendre comme un herezeld f , » dit un vieillard respectable.
t. Ce mot , fort peu connu maintenant , est mis , observe l'auteur, dans la bouehs de quelque yieux fermier. Dans les redevances féodales , le herezeld était une cou-