CHAPITRE XVI
contre mon honneur ne me met-elle pas dans une situation semblable? Une insulte, en pareil cas, quelque légère qu'elle soit en elle-même , a sous tous les rapports une importance plus grande pour ma vie que le tort que peut me foire un brigand qui me volerait sur le grand chemin. Les lois ont moins de force pour me venger, ou, pour mieux dire, cette offense échappe à leur pouvoir. Qu'un homme veuille m'enlever ma bourse, si je n'ai pas le courage ou les moyens de m'y opposer, les assises de Lancaster ou de Carlisle 1 me feront justice en pendant le voleur! Qui dira cependant que j'étais obligé d'attendre cette justice, et de me laisser piller d'abord, si j'ai en moi le courage nécessaire pour protéger ma propriété? Et si l'on me fait un affront qui imprime une tache éternelle à mon caractère aux yeux des hommes d'honneur, et auquel les douze juges d'Angleterre, le chancelier à leur tète, ne peuvent apporter aucun remède , quelle loi ou quel motif peut m'empècher de protéger ce qui doit être et ce qui est infiniment plus précieux à un galant homme que sa fortune et sa vie? Je n'agiterai pas la question sous son point de vue religieux , jusqu'à ce que je trouve un révérend théologien qui condamne la défense personnelle lorsqu'il s'agit de la vie et de la propriété. Si on l'admet en ce cas, on ne peut me foire un crime de défendre mon honneur. Si ma réputation est exposée aux attaques de personnes d'une moralité peut-être sans tache ou d'un beau caractère, on ne peut encore me contester le droit légitime de la défense personnelle. Je serais ftché que les circonstances m'eussent engagé dans un combat singulier avec de tels hommes, mais j'éprouverais le même sentiment pour un ennemi généreux qui tomberait sous mon épée dans une guerre nationale. Toutefois je laisse aux casuistes le soin de décider cette question ; je ferai observer seulement que ce que je viens d'écrire n'est pas en faveur du duelliste de profession , ou de celui qui est l'agresseur dans une affaire d'honneur. Je veux seulement excuseroelui qui est amené sur le terrain par une insulte telle , qu'en la laissant passer impunie il perdrait pour toujours le rang l'estime dont il jouit dans la société.
« Quoique ftché que vous ayez l'intention de vous établir en Ecosse , je suis flatté que ce ne soit pas à une distance immense et dans une partie trop reculée. Aller du Devonshire au Westmoreland est un voyage qui ferait frissonner un habitant des Indes orien-
1. Villes principales de deux comtés de l'Angleterre , du Lanctstershire et du Cumbeiitnd. à. a.
I» QPT ftUVNKEtilift.
taies s mail partir du Galloway ou du comté de Pumirfos peur tenir nous v oir, c'est fcire un pas , bien petit , il est frai 9 pour ss rapprocher du soleil. D'ailleurs, si, comme je le soupçonne, le domaine que vous ave* en y ue dépend de ee vieux château où vous avea joué le râle d'astrologue lors de votre course dans le nord, il y a quelque vingt ans Je vous en ai entendu trop souvent «sire k description aveo un eutbouaias me très comique pour espérer de vous détourner dé l'acheto. J'espère cependant que le laird hospitalier > quoique un peu commère, n'a point enoor* coulé bas, et que son ofeapeiaiu * dont le portrait m'a feit rire tant clq fois , sst encore A» mm natow *.
c U c'est ici » won cher Mennering, que je voudrais m -arrêter, car je me décide avee peine à continuer cette lettre» quoique js sois sûr que dans ee qui va suivre, U n'y ait pat le moindre soupçon d'indiscrétion & élever contre la jeune pupille que vous aiei confiée momentanément } mes soins, Mais je dois encore me montrer digne du surnom de Dowurigbt Qunstable a qu'on m'avait donné au collège, fin un mot, voici ce dont il s'agit ;
« Votre fille a hérité en grande partie de la tournure romanesque de votre caractère j elle y joint un peu de ee désir d'être admirée, qui est plus ou moins le faible de toutes les jolies femmes. $e plus, elle parait devoir hériter de vos biens, circonstance indifférente pour ceux qui voient Julia avec mes jeu* , mais c'est ub app&t bien grand pour les hommes qui recherchent plutôt la fortune que la vertu . Vous savea combien je l'ai plaisantée sur sa doues mélancolie , sur ses promenades solitaires le matin avant que personne soit levé , et au clair de lune quand tout le inonde devrait être couché ou faire une partie do cartes, ce qui est la mto* chose. L'incident quo je vais vous raconter ne sort point des bornes de la plaisanterie , mais jo préfère qu'elle viennode vous plutôt que de moi-
« Deux; ou trois fois dqpuis quinte jours j'ai entendu % à un* heure avancée de 1$ nuit, ou le matin de tris bonne heure» up & geolet jouer le petit air hindou que votre fille aime tant* J'aipsM d'abord que quelque domestique ami de l'harmonie, et dont le goût pour la musique était contrarié pendant le jour, choisissait cetU heure silencieuse pour imiter les sons qui avaient pu frapper m* oreille dans votre antichambre. Mais la nuit dernière j'avais wW