‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 59 sur 215 · Sani détona. ▲• m · texte numérisé non relu

Sani détona. ▲• m

CHAttTAS XVI. t»

on peu tard dans mon cabinet , qui est situé précisément sous là ehambrç de miss Mannering; à ma grande surprise, non seulement j'entendis diitinotement le flageolet, mais je m'assurai que les sons partaient du lao qui baigne les murs de mon château. Curieux dé connaître quel était celui qui nous donnait une sérénade à eette heure indue , je m'approchai doucement de la fenêtre , mais il y avait d'autres personnes que moi qui veillaient. Vous pouvez vous rappeler que miss Mannering préféra l'appartement qu'elle occupe* à cause du baleon qui donne sur le lae. Eh bien, j'entendis lever le châssis d'une fenêtre , ouvrir les volets , et sa voix que je reconnus me convainquit qu'elle était en conversation avec quelqu'un qui lui répondait d'en bas : ce n'est point là beaucoup de bmtt pour rien ' . Je ne pouvais me tromper, c'était sa voix si douce et si insinuante ; et , pour dire la vérité , les accents qui s'élevaient d'en bas étaient tout aussi tendres. Mais que disait-on ? c'est ce que je ne pus distinguer. J'ouvris ma fenêtre afin de saisir plus que le simple murmure de ce rendez* vous à l'espagnole , mais , malgré toutes mes précautions , le bruit alarma les causeurs ; la fenêtre de la jeune dame retomba, les volets furent refermés à l'instant, et le bruit de deux rames qui frappaient l'eau annonça la retraite de l'autre interlocuteur : j'entrevis même sa barque qui manœuvrait avec autant d'adresse que d'agilité et qui sillonnait le lae comme si elle eût contenu douze rameurs,

< Le lendemain matin j'interrogeai, comme par hasard , quelques uns de mes domestiques, et j'appris que le garde-chasse, en faisant sa ronde» avait vu deux fois sur le lac, près de la maison, cette barque conduite par une seule personne, et avait entendu le flageolet. Je m'abstins de pousser plus loin mes questions , de peur de compromettre Julia dans l'opinion des gens auxquels je les avais adressées $ mais, à déjeuner , je touchai quelques mots de la sérénade du soir précédent, et je vis que miss Mannering rougit et pâlit alternativement. Je m'empressai de donner k la conversation une tournure qui pût foire croire à Julia que mon observation était parement accidentelle; mais dès ce moment j'ai pris la résolution de placer de la lumière toute la nuit dans ma bibliothèque, et d'en laisser les volets ouverts, pour empêcher les visites de notre rôdeur nocturne. J'ai allégué la rigueur de l'hiver qui approche, et l'humidité des brouillards, comme un obstacle aux promenades du soir et du matin. Miss Mannering consentit à tout avec un calme qui.

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if est pas dans son caractère , et qui , pour tous dire ce que j'en pense , est un pronostic qui me déplaît un peu. Julia a trop du caractère de son cher papa pour se laisser contrarier dans ses volontés , s'il n'y avait quelque petite explication qu'elle juge prudent d'éviter.

c J'ai fini mon récit , et maintenant c'est à vous de juger ce que vous devez faire; je n'ai rien dit à ma bonne femme, qui , portée à çxcuser les faiblesses de son sexe , m'aurait certainement conseillé de ne point vous faire connaître ces particularités, et aurait pu, au lieu de cela , se mettre dans la tête d'exercer son éloquence sur miss Mannering ; mais quelque puissante qu'elle soit lorsqu'elle est dirigée contre moi , ce qui est très légitime , elle pourrait, du moins je le crains , faire plus de mal que de bien dans la circonstance présente. Quant à vous, peut-être sera-t-il plus prudent d'agir sans faire aucune remontrance, ou même sans paraître avoir eu connaissance de ce qui s'est passé. Julia ressemble beaucoup à un de mes amis ; elle a une imagination vive et ardente et des sentiments romanesques , propres à peindre de couleurs trop sombres ou trop riantes les événements de la vie. Au total , c'est une fille charmante, aussi bonne et aussi spirituelle qu'elle est aimable. Je lui ai rendu de tout mon cœur le baiser que vous m'avez envoyé pour elle; et en retour elle pressa amicalement ma main dans la sienne. Je vous engage à venir le plus vite que vous pourrez. En attendant, comptez sur les soins de votre fidèle

t Arthur Mervyn. »

P. S. « Vous désirerez naturellement savoir si j'ai quelque soupçon sur l'homme à la sérénade ; en vérité je n'en ai aucun. Il n'y a point dans nos environs de jeune gentleman que son rang ou sa fortune mettrait à même d'aspirer à la main de Julia , qui soit capable de remplir un tel rôle. Mais de l'autre côté du lac , presque en face de Mervyn-Hall , est une diable d'auberge qui sert de rendez-vous à des aventuriers de toute espèce : poètes , peintres, acteurs et musiciens s'y rendent pour rêver, déclamer et extravaguer dans les sites pittoresques et romantiques de nos environs. C'est payer un peu cher ces beautés de la nature qui attirent un tel essaim déjeunes vagabonds. Si Julia était ma fille , ce serait de ce côté que je craindrais pour elle : elle est généreuse et romanesque ; elle écrit six pages par semaine à une jeune fille avec laquelle elle est en correspondance , et il est quelquefois dangereux d'avoir , en pareil cas, à chercher un sujet pour exercer ses sentiments ou sa plume. Adieu

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