PROJETS
Qttè dlt-ttt , homme sage ? Que le pouvoir 4* lltMr peut renverser loue lea obaiaclea dt la fortune , ai qu'il n'est point étonnant de voir l'alliance de deux êtres qui en sont dignes , l'orgueil du génie épouser l'orgueil de la naissance. CbâBbS.
V. Broww (je n'ose écrire en entier son nom trois fois malheureux) avait été, depuis son enfance , le jouet de la fortune. Mais la nature lui avait donné cette trempe d'esprit que l'infortune ne fait fléchir que pour en montrer toute la force. Sa taille était grande, il avait un air mâle , et tout en lui annonçait la vigueur , l'activité ; sans *tre régulier, son visage ouvert portait l'empreinte de la gatté; mais lorsqu'il s'animait, sa physionomie expressive devenait plus intéressante encore. Ses manières annonçaient la profession militaire qu'il avait embrassée avec ardeur , et il était alors capitaine , le colonel qui avait succédé à Mannering dans le commandement a ïant voulu réparer l'injustice que son prédécesseur, tout entier à
ses préventions , avait Me à cet officier. Mais sa promotion , de même que sa sortie de captivité , n'avait eu lieu qu'après le départ de Mannering. Le régiment ayant été rappelé dans la mère-patrie, le premier soin de Brown fut de s'informer de la résidence de son ancien colonel ; il sut que Miles Mannering s'était dirigé vers le nord , et il suivit la même route dans l'intention de revoir Julia. II se croyait dispensé de garder aucune mesure avec le père de sa jeune amie; car, ignorant les perfides soupçons qu'Archer avait fait naître dans l'esprit du colonel , il le regardait comme un tyran qui avait abusé de son autorité pour le priver de l'avancement dû à ses services, et qui, en l'amenant à se battre avec lui, n'avait voulu que le punir de ses assiduités auprès d'une jeune demoiselle qui était loin de s'en offenser et dont la mère les autorisait. Il était donc déterminé à remettre son sort entre les mains de Julia seule , regardant la blessure qu'il avait reçue , l'emprisonnement et les malheurs qui s'en étaient suivis , comme une excuse légitime d'un tel manque d'égards pour le colonel. Nos lecteurs savent jusqu'à quel point ce plan lui avait réussi lorsque ses visites nocturnes forent découvertes par M. Mervyn.
Dans cette circonstance fâcheuse, Brown quitta l'auberge où il logeait sous le nom de Dawson , ce qui rendit inutile la tentative du colonel Mannering pour découvrir l'artiste qui donnait à sa fille des sérénades sur le lac. Toutefois il résolut de ne point se désister de son entreprise , tant que Julia lui laisserait un rayon d'espérance. L'intérêt qu'il avait su inspirer à la fille du colonel était si grand, elle avait su si peu le lui cacher, qu'il se détermina à suivre son plan avec une constance romanesque. Mais le lecteur aimera mieux apprendre de Brown lui-même quelles sont ses pensées et ses intentions ; nous lui donnerons donc communication d'une lettre qu'il écrivait au capitaine Delaserre , d'origine suisse , qui servait avec lui , son meilleur ami et son confident.