CHAPITRE XXII
de gibier? — De gibier, monsieur ! je crois que sur ma ferme il y a plus de lièvres que de moutons ; et quant aux oiseaux de marais et aux perdrix grises , il y en a autant que de pigeons au colombier. Avez-vous jamais tiré sur un coq noir, monsieur? — Non en vérité; je n'ai pas même eu le plaisir d'en voir un , excepté au musée de Keswick. — Vous venez du côté du sud ? je m'en étais bien douté à votre accent. C'est singulier, quand des anglais viennent en Ecosse , il n'en est presque aucun qui connaisse un coq noir. Vous avez l'air d'un brave garçon ; eh bien ! si vous voulez venir chez moi , chez Dandie Dinmont , à Charlies-Hope , je vous ferai voir un coq noir, en tuer et en manger aussi, l'ami. — Certainement, la meilleure preuve que je le verrai sera de le manger; et je serai heureux si je puis trouver le temps d'accepter votre invitation.—' Le temps! qui vous empêche de venir avec moi à la maison aujourd'hui? Comment voyagez-vous? — A pied, monsieur ; et si ce beau poney est à vous, je ne me sens pas de force à le suivre. — Non, à moins que vous ne puissiez foire quatorze milles en une heure. Mais vous pouvez aller ce soir jusqu'à Riccarton, où il y a une auberge; ou si vous aimez mieux vous arrêter chez Jockey Grieve, près du Heuch, on vous recevra bien. J'y vais justement, je m'arrêterai à sa porte pour boire un coup, et je lui dirai que vous venez. Ou bien, attendez : Bonne femme, pouvez- vous prêter à ce gentleman le galloway de votre mari? je le renverrai demain matin par un de mes garçons. »
Le gallovay n'avait que la peau sur les os, et était rétif.
« Bien, bien, on ne peut s'en servir; mais n'importe venez demain matin, je compte sur vous. Et maintenant, bonne femme, il faut que je monte à cheval pour arriver à Liddel avant la nuit, car votre Waste n'a pas une bonne réputation, vous le savez bien.
— Oh fi , monsieur Dinmont ; ce n'est pas bien à vous de donner une mauvaise renommée au pays. Je vous réponds qu'il n'y a eu personne d'arrêté dans le Waste , depuis Sawney Colloch , le marchand forain ; et Rowley Overdees et Jack Penny ont été pendus pour cela à Carliste il y a deux ans. Il n'y a personne à Bewcastle pour foire une chose pareille, nous sommes tous de braves gens.
— Ah! Tib , cela sera vrai quand le diable sera aveugle, et il a encore de bons yeux. Mais voyez-vous, bonne femme, je suis allé dans les meilleurs endroits du Galloway et du Dumfrieshire , j'ai fait un tour jusqu'à Carlisle, je viens aujourd'hui de la foire de Slaneshiebank, et je ne voudrais pas être volé si près delà maison;
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c'est pour quoi je vais jpartir. — Vous avez été dans le Galloway etle Dumfrieshire? » dit la vieille femme qui fumait au coin du feu et qui n'avait pas encore dit une parole. • Oui vraiment, bonne femme, et j'ai fait une assez bonne tournée. — Alors vous devez connaître un endroit nommé Ellangowan? — Ellangowan qui appartenait à M. Bertram ? sans doute je le connais; le laird est mort il y a environ quinze jours , ài-je entendu dire. — Mort ! » dit la vieille femme en ô tant sa pipe desabouche et en s'avançant vers lui. « Mort! êtesvous bien sûr de cela? — Oui, en vérité, j'en suis sûr; et sa mort n'a pas fait peu de bruit dans le pays. Il mourut au moment où on allait vendre son château et tout ce qu'il y avait de meubles ; cela arrêta la vente, et beaucoup de gens furent désappointés. On dit qu'il était le dernier d'une ancienne famille, et cela fait de la peine,
car le bon sang devient plus rare de jour en jour en Ecosse. — Mort! » répéta la vieille femme que nos lecteurs ont déjà reconnue pour leur ancienne connaissance Meg Merrilies. « Mort ! cela balance nos comptes. Et vous dites qu'il est mort sans laisser d'héritier mâle? — Oui, bonne femme, et c'est ce qui a fait vendre le domaine; car on dit qu'il n'aurait pu être vendu s'il y avait eu un héritier mâle. — Le domaine vendu ! répéta l'Egyptienne en jetant un cri perçant; et qui a osé acheter Ellangowan sans être du sang des Bertram? Qui peut dire que Fenfant ne reviendra pas revendiquer son héritage? Qui donc a osé acheter le domaine et le château d'Ellangowan? — En vérité, bonne femme, c'est un de ces écrivains* qui achètent tout. On l'appelle Glossin , je crois. — Glossin! Gibbie Glossin! lui que j'ai porté cent fois dans mon panier, car sa mère n'était pas beaucoup plus que moi. C'est lui qui a osé acheter la baronnie d'Ellangowan. Que Dieu nous protège! nous sommes dans un singulier monde. Je lui ai souhaité du mal, mais non, non, rien de semblable. Malheureuse que je suis! je verse des larmes, rien que d'y penser. » Elle resta pendant un moment dans le silence, s'opposant avec la main au départ du fermier, qui après chaque question était prêt à tourner le dos, mais qui, par complaisance, s'arrêtait en voyant l'intérêt profond que ses réponses paraissaient exciter.
c On verra, on en entendra parler ; le ciel et la mer ne seront pas en paix plus long-temps ! Pouvez-vous me dire si le shérif du comté est encore celui qui était en place il y a quelques années?— Non;