CHAPITRE XXII
Le premier objet qui frappa ses yeux dans la cuisine fut un homme {jrand et robuste, vêtu d'une ample redingote, qui paraissait être un campagnard : c'était le propriétaire du cheval qui était sous l'appentis . Il s'occupait à dépecer d'énormes tranches de bœuf bouilli cl froid , et jetait de temps en temps un coup d'œil par la croisée I our voir si son coursier s'occupait de sa provende. Un grand pot (l'aie flanquait son plat de viande , et il avait soin de l'approcher de ses lèvres de temps en temps. La bonne femme de l'auberge mettait son pain au four. Le feu , comme c'est l'usage dans cette contrée ,
surprendrait ayant qu'il gagnât le territoire écossais, qu'on regardait comme le plus sûr. Mais Fi gh tin g Charlie, quoique «'étant laissé retenir plus long-temps que ne le voulait la prudence , ne regardait pas Mump's-Hall comme un endroit assez sûr pour y passer la nuit. Il partit donc , malgré la promesse d'un bon souper et les paroles engageantes de Meg ; il monta sur son cheval , après avoir d'abord visité ses pistolets et s'être assuré parla baguette si la charge y était encore.
Il fit environ un mille ou deux au petit trot ; et lorsque le Waste devint plus noir , la terreur commença à venir dans son esprit , en se rappelant la bonté inaccoutumée de Meg , qu'il ne put s'empêcher de regarder comme un mauvais augure. En conséquence , il résolut de recharger ses pistolets, de peur que la poudre n'eût pris de l'humidité ; mais quelle fut sa surprise , lorsqu'il les débourra , de ne trouver ni poudre ni balle : chaque canon avait été soigneusement rempli d'étoupes jusqu'à la haateur qu'aurait dû occuper la charge ; mais l'amorce , laissée intacte , ne pouvait trahir l'insuffisance de ces armes qu'au moment même où on aurait eu besoin d'en faire usage. Charlie prononça de tout son cœur une malédiction de Liddesdale sur ton hôtesse , et rechargea ses pistolets avec soin et attention , ne doutant pas qu'il serait attaqué dans sa route. Il n'avait pas parcouru une longue partie du Waste , qui n'était traversé que par quelques routes telles qu'on les décrit dans le texte , lorsque deux ou trois coquins déguisés et armés sortirent d'un taillis. Charlie marchait, comme dit l'Espagnol, la barbe sur l'épaule : un coup d'œil lui fit voir que la retraite était impossible , car il en aperçut deux autres derrière lui à quelque distance. 11 ne perdit pas de temps à réfléchir, et il trotta hardiment vers les ennemis qu'il avait en face de lui , et qui lui criaient d'arrêter et de jeter sa bourse. Charlie donna des éperons à son cheval , et leur présenta son pistolet. « Au diable votre pistolet! )> dît le premier voleur , que Charlie , même à son lit de mort , protesta être le maître de MumpVUall ; « au diable votre pistolet ! je m'en soucie peu. — Hé ! mon parçon, dit Fighting Charlie avec sa grosse voix; mais l'étoupe n'est plus dedans. » Il n'eut pas besoin d'en dire davantage. Les coquins , surpris de trouver un homme d'an courage reconnu , bien armé, au lieu de le surprendre sans défense , s'enfuirent de tous côtés , et il continua sa route sans autre rencontre fâcheuse.
L'auteur a entendu raconter cette histoire à des personnes qui la tenaient de Charlie lui-même ; il a aussi entendu dire que Mump's-Hall fut ensuite le théâtre de plusieurs assassinats qui menèrent les habitants de cette auberge à la potence. Mais tout cela est arrivé il y a un demi-siècle , et le Waste est depuis bon nombre d'années aussi sûr que tout autre endroit du royaume.
(Note traduite sur la nouvelle édition à? Edimbourg, a. m.)
était sur un foyer en pierre au milieu d'une immense cheminée, sous le manteau de laquelle étaient deux sièges. Sur l'un d'eux était assise une femme très grande , portant une robe rouge , un chapeau rabattu , et qui ressemblait à une chaudronnière ou à une mendiante. Elle avait à la bouche une petite pipe bien noire qu'elle était occupée à fumer.
Brown demanda quelque nourriture; aussitôt l'hôtesse essuya avec .<on tablier plein de farine un coin de la table de sapin, plaça une assiette de bois, un couteau et une fourchette devant le Voyageur, lui montra l'énorme pièce de bœuf, et lui recommanda de suivre le bon exemple de M. Dinmont ; ensuite elle servit, dans un pot brun , de la bière qu'elle avait brassée elle-même. Brown le tarda point à faire honneur au repas. Pendant quelque temps Son voisin et lui , trop sérieusement occupés pour penser l'un à Fautre , ne se donnèrent d'autre marque d'attention qu'une inclination de tète chaque fois qu'ils portaient le pot de bière à la bouche. A la fin , notre piéton ayant songé aux besoins du petit Wasp, le fermier écossais, car telle était la profession de M. Dinmont, se trouva disposé à entrer en conversation.
« Un joli basset! monsieur; je pense qu'il doit être bon pour le gibier, c'est-à-dire s'il a été bien dressé, car tout dépend de là.— En vérité , monsieur, dit Brown, son éducation a été un peu négligée , et sa meilleure qualité est d'être un compagnon agréable. — Vraiment, monsieur, c'est un malheur, je vous demande pardon , c'est un malheur pour bètes et gens qu'une éducation négligée. J'ai à la maison six bassets, outre deux couples de lévriers, cinq dogues et d'autres chiens. Il y a le vieux Peper et la vieille Mustard, et le jeune Peper et la jeune Mustard, et le petit Peper et la petite Mustard. C'est moi qui les ai dressés , d'abord en les lançant contre des rats, ensuite contre des furets et des belettes, enfin contre lis renards et les blaireaux , et maintenant ils ne craignent aucun animal portant poil. — Je ne doute pas , monsieur, qu'ils n'aient été bien dressés j mais , ayant un si grand nombre de chiens, vous me semblez n'avoir pas varié beaucoup leurs noms? — Oh! c'est une idée que j'ai eue pour distinguer leur race. Le duc luimême a envoyé jusqu'à Charlies-Hope pour avoir un Peper et une Mustard des bassets de Dandie Dinmont. Oui, par Dieu, monsieur, il a envoyé Tarn Hudson , le garde, et Tarn a passé une journée à chasser le renard et le putois , et une journée à foire bombance. Une journée ! c'était la nuit. — Je suppose que vous avez beaucoup