‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 89 sur 215 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

voyageur courut à son secours ; mais avant qu'il fût arrivé, un coup sur la tète renversa le fermier, et l'un des voleurs, pour achever la victoire , continua de le frapper ; l'autre courut à la rencontre de Brown , en appelant son camarade et lui disant que celui-là était content , ce qui probablement signifiait qu'il ne pouvait plus résister ou se plaindre. Un de ces brigands était armé d'un coutelas, l'autre d'un gourdin; mais, comme la route était étroite, c s'ils n'ont pas d'armes à feu , pensa Brown , je leur en ferai voir de . belles. » Ils arrivèrent à lui, et l'attaquèrent en proférant des me* naces épouvantables ; mais bientôt ils reconnurent qu'ils avaient affaire à un homme résolu et vigoureux ; et après avoir échangé deux ou trois coups, l'un d'eux lui dit : « Suis ton chemin dans la bruyère, au nom du diable , nous n'avons rien à démêler avec toi ! »

Brown , ne voulant pas abandonner à leur merci l'infortuné fermier qu'ils allaient voler, si peut-être Us ne l'assassinaient , ne tint nul compte de ces paroles; et le combat recommençait, lorsque Dinmont, qui venait de reprendre ses sens, se releva, saisit son bâton, et se mit à courir vers le lieu du combat. Comme c'était un antagoniste dont ils avaient eu de la peine à venir à bout , quoiqu'il fût seul et qu'il eût été surpris , les brigands n'attendirent pas qu'il joignit ses forces à celles d'un homme qui leur prouvait qu'il pouvait les occuper tous les deux , et s'enfuirent à toutes jambes à travers les fondrières, poursuivis par Wasp qui avait pris une part glorieuse au combat en attaquant l'ennemi sur les derrières et opérant ainsi une diversion en faveur de son maître.

c Diable! comme votre chien chasse le gibier, monsieur! » tels furent les premiers mots que prononça le joyeux fermier qui arrivait la tète baignée de sang , lorsqu'il reconnut son libérateur et son petit compagnon.

« J'espère, monsieur, que vous n'êtes pas dangereusement blessé ? — Oh! ce n'est rien... ma tête peut supporter une blessure... Cependant je ne les remercie pas , c'est à vous que je rends grâces. Mais maintenant, l'ami, il fout que vous m'aidiez à attraper mon cheval , et que vous montiez en croupe derrière moi , car nous devons nous enfuir comme des belettes, avant que les coquins viennent tomber sur nous ; le reste de la bande ne doit pas être bien loin. » Heureusement ils attrapèrent facilement le galloway , mais Brown faisait quelque difficulté dans la crainte de surcharger l'animal.

< Au diable vos craintes , monsieur! répondit le fermier; Dumple pourrait porter six personnes si son dos était assez long. Mais,

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f m GUY MANNEÏÙNG.

pour l'amour de Dieu, hàteé-vous, montez vite , car je tàîs Hrbàj Tenir vers nous certaines gens qu'il né serait pas Bon d'attendre. »

Brown pensa aussi <Jue r apparition de cinq ou six hommes aûïquels les brigands venaient de se Joindre, et qûï traversafént \i bruyère dan* leur dit-ecfioh , devait abréger toute cërémoifré ; if sauta donc silr Dutnple , se mit en croupe, et lé bîdét ^îeirk de feu, quoique portant deux hoinfne* d'une haute faille et d'uii grand poids, partit aussi vite que s'il eût emporté deux enfants de six ans. Le fermier , qui connaissait parfaitement lés chemins de ceS sotitudfes , le faisait avancer rapidement , ayant soin , avec unie grande habileté, de choisir la route la plus sûre, bien secondé par la sagacité du galloway qui de manquait Jamais dé traverser les passages difficiles à l'endroit le plus convenable. Cependant, malgré ces avait tagés , la route était tellement mauvaise , et ils étaient si souvent obligés de foire de longs détours; qu'ils ne gagnaient que jfèu de terrain sur ceux qui les poursuivaient. « Ne craignez riefa , dit l'intrépide fermier à son compagnon ; si nous étions tirié fois aii delà dii tetch * de Withershin, la route n'est pas si marécageuse et' nous leur ferions voir du pays. •

Ils arrivèrent bientôt à l'endroit qu'il venait dé nommer ; c'était un étroit canal dans lequel urté eau stagnante, couverte de plantes marécageuses et vérd&tres , paraissait dOrôfir plutôt que édùlef . Dinmont dirigea son coursier vers un passage où l'eau paraissait couler plus en liberté et sur un fond plus Uni ; mais Dûraplé recula devant ce gué , baissa la tête comme pour reconnaître le rivage de plus pfès , frappa la terre de ses pieds dé devait, et resta ensuite aussi tranquille que s'il eût été de marbre.

c Ne ferions-nous pas mieux, dit Brown , dé descendre et de laisser le cheval à son sort, ou ne pouvons-nous pas le forcer à eiitrer dans le ruisseau? — Non , non , dit son guide, il ne faut pas forcer Dumple ; il a plus de bon sens que certains hommes. » A ces mots il lui lâcha la bride et le laissa aller en liberté. • Allons, maintenant, mon garçon , choisis ton chemin , vois celui que tu veux prendre. »

Dumple, ayant la liberté du choix, trotta gaiement vers un autre endroit du latch, moins favorable, à ce que pensait Brown, mais que la sagacité ou l'expérience de l'animal lui faisait reconnaîtra comme plus sûr; il s'y plongea, et atteignit le rivage opposé sans grande difficulté.

« Je suis content d'être sorti de ces bruyères marécageuses , où

f* Ilot étoffais <pki figure rabfeav bourbeux , marécageux, a. k.

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ilfà plus écuries pour les chevaux <Jue d'âtfbérgës pour lés h6&mes, dit ftinmont. Maintenant il faut arriver; n'importe comment ; S la route dès Filtés, et hoiis sommes sauvés, i En conséquence, fis gagnèrent bientôt une espèce de chaussée rabotéùlë , reste d'une vieille rotrte romaine qui traversait ces solitudes sauvages dans ta direction du nord. Ils purent alors faire de neuf à dix milles par heure, Dumple ne demandant d'autre soulagement que dé changer lé galop pour le trot. < Je pourrais te faire aller plus vite, dit son maître , mais il porte deux gaillards aux longues jambes, et ce serait une pitié de forcer Dumple. tl n'y avait pas son pareil à Staneshiebank le jour de la foire. »

Brown conseilla aussi au fermier de ménager son éhevàl ; et • comme ils ne craignaient plus d'être atteints par tes brigands, il ajouta que M. Dinmont ferait bien de mettre un mouchoir autour de sa tète , dé peur que l'air froid n'aggravât sa blessure.

• Et pourquoi cela? répondit le brave fermier; le mieux est dé laisser figer le sangf sur la plaie : cela épargne des emplâtres... »

Brown , comme militaire , avait vu recevoir beaucoup de blessures , mais il ne put s'empêcher de remarquer qu'il n'avait jamais tu personne en supporter d'aussi gravés avec un pareil sang-froid. t Bah , bali ! je ne ferai jamais de bruit pour une égratignure i la tète. Mais nous serons dans cinq minutes en Ecosse , et il faut venir avec mol à Chàrlies-Hope , c'est une chose arrêtée. »

Brown accepta d'autant plus volontiers l'hospitalité qu'on lui offrait que la nuit devenait plus épaisse. Enfin ils arrivèrent en vue d'une jolie rivière qui serpentait à travers une contrée champêtre. Les coteaux étaient plus verts et plus escarpés que ceux auprès desquels ils venaient de passer , et leurs flancs couverts de gazon descendaient jusqu'à la rivière. Quoiqu'ils ne présentassent pas des cimes élevées et pittoresques , et que l'œil ne fût arrêté ni par des bois ni par dés rochers sur leur pente douce et unie , le tableau n'en avait pas moins un air de solitude et de grandeur sauvage qui plaisait à l'imagination. On n'y voyait ni enclos , ni routes , peu de terres cultivées $ c'était comme un vallon choisi par un patriarche pour faire paître ses troupeaux. Çà et là les débris d'une tour démantelée et ruinée montraient que les anciens habitants de ces lieux, bien différents de ceux qui les occupaient alors , étaient surtout de ces maraudeurs dont les exploits sont consignés dans les guerres entre l'Angleterre et l'Ecosse.

Descendant un chemin qui conduisait à un gué bien connu de lui ,

Dumple traversa la petite rivière , et, redoublant d'ardeur, fit environ un mille au trot sur ses bords. Il se dirigea ensuite vers deux ou trois maisons couvertes de chaume , dont les angles étaient opposés, au grand mépris des règles de l'architecture. C'était la ferme de Charlies-Hope, ou , dans le langage du pays, la town. À l'approche des voyageurs , des aboiements redoublés se firent entendre : ils étaientjpoussés par les trois générations des Peper et des Mustard , et par quantité de leurs alliés dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous. Le fermier fit entendre sa forte voix, qui, bien connue, rétablit l'ordre. Une fille à demi nue, qui avait le soin de traire les chèvres , vint ouvrir la porte , mais elle la referma aussitôt pour courir dans la maison, en criant: cMistress, mistress , c'est notre maître , et un autre homme avec lui. » Dumple, débarrassé de son double fardeau , gagna la porte de son écurie, et se mit à frapper du pied et à hennir pour entrer ; ses camarades lui répondaient de l'intérieur sur le même ton. Pendant tout ce tumulte , Brown était obligé de protéger Wasp contre les autres chiens , qui , avec une ardeur plus en rapport avec leurs noms ' qu'avec le caractère hospitalier de leur maître , étaient très disposés à mal recevoir leur hôte.

Une minute après , un vigoureux montagnard vint introduire Dumple dans l'écurie , tandis que mistress Dinmont , femme de très bonne mine , reçut son mari avec un plaisir dont les transports n'étaient point simulés. « Eh , Dieu ! bon homme , vous avez été bien long-temps absent M >

1. Il faut «avoir que piper signifie poivre , et mutïard , moutarde, a. h.

2. L'auteur fait ici remarquer que le caractère de Dandie Dinmont n'est pas tracé d'après un seul individu. Une douzaine , au moins , de vigoureux yeomen du Liddesdate avec lesquels il fut lié , et dont il reçut l'hospitalité pendant ses courses dam cette contrée sauvage , à une époque où elle était autrement inaccessible que ne l'indique le texte , peuvent prétendre à être le prototype de ce fermier rude , mail fidèle , hospitalier et généreux. Mais une circonstance particulière fit donner le nom de notro fermier à un respectable individu de cette classe , qui n'existe plus maintenant. M. James Davidson de Hindlee, tenancier du lord Douglas, outre cette brusque honnêteté , cette force corporelle , et cette hardiesse qu'on trouve dam le caractère de Dandie Dinmont , avait la manie de donner à une célèbre race de baisets dont il était possesseur , les noms génériques de Mustard et Peper (suivant que leur robe était de couleur jaune ou gris-noir) , sans autre distinction particulière qve celle qui est désignée dans le teste. M. Davidson résidait à Hindlee , ferme solitaire sur le penchant des montagnes de Teviotdale et sur les frontières de Liddesdale , territoire que les rivières et les ruisseaux arrosent en portant leurs eaux à la mer soit orientale, soit occidentale. Sa passion pour la chute quelle qu'elle lût, mai*

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