‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 92 sur 215 · LA CHASSE AU RENARD · texte numérisé non relu

LA CHASSE AU RENARD

Allons , Bretons, livrei-Tons à Totrt amour pour h chaste , poursuive! sans relâche le brigand noetuni qui pille vos enclos ; obligea-!* de sorti* du repain obscnr et tortueux où il se cache , et faites gronder sur lai le tonnerre de la chasse.

Thompson. Les Saisons.

£e fendemain Jîrown se leva (Je bon matin , et sortif ppur examiner rétablissement de son nouvel ami. Pans je voisinage de la maison tout était négligé et inculte. Le janjip était pitoyable : aucun soin pour je rendre productif, nulle précaution pour en Jjannir des eaux qui en inondaient une partie , et absence totale de cette élégance qui donne un aspect si agréable aux ferpies d'Angleterre. Néanmoins, il était évident que ces défauts provenaient ç}u manque 4e goût ou de l'ignorance des propriétaires , plutôt que 4 e U pauvreté et de la négligence qui l'accompagne ; une érable , remplie de belles vaches laitières ; dans une autre , dix jaunes bœujs de la plus bel je apparence ; deux bons attelages c|e chevaux ; des domestiques actifc, industrieux/ et qui paraissaient contents de leur sprt : en un mot > un air d'abondance répandu sur tous- les point; > annonçait up fermier à son aise.

La maison , située sur une petite éminence , était au bord de la rivière, à J'abri du dangereux voisinage des eaux stagnantes. 4 peu de distance Brown vit la bande d'enfants; ils jouaient, et s'amusaient à bâtir des maisons avec de l'argile, autour d'un énorme chêne garni d'épithym , qu'on appelait le buisson de Cbaries, par suite d'une tradition sur un vieux maraudeur qui avait autrefois habité ces lieux. Entre la ferme et la colline , où étaient les pâturages , il y avait un profond marais appelé dans ce pays S lac h ; il avait autrefois servi à la défense d'une forteresse dont il ne restait plus aucun vestige , mais qu'on disait avoir été habitée par le héros dont nous venons de parler. Brown s'efforça de lier connaissance avec les enfants, mais les petits coquins lui échappaient comme le vif-argent , quoique les deux aînés s'arrêtassent pour le regarder à une certaine distance. Le voyageur, dirigeant alors sa marche vers

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1$ colline , traversa le marécage sur une chaussée de pierres qui n'était ni des plus larges ni des plus solides. Il la gravissait encore, lorsqu'il rencontra un homme qui la descendait.

Il reconnut bientôt son digne hôte, quoique un mau4, comme on appelle le plaid gris des bergers , eût remplacé son costume de voyage , et qu'un bonnet de fourrure de chat sauvage couvrît sa tète plus commodément que n'aurait pu le foire un chapeau, à cause du bandage qui l'enveloppait. Brown , accoutumé à juçer les hommes par leurs muscles et par leurs nerfs , ne put s'empêcher d'admirer à travers le brouillard qui l'entourait, la taille de Dandie, la largeur de ses épaules, et l'assurance de son pas. Dinmont de son c$t<J payait le même tribut d'admiration à Brown , dont il examinait les formes athlétiques plus à loisir qu'il ne r avait encore fait. Après [es çomplimens d'usage, Brown s'informa de son hôte s'il ne se ressentait pas de sa blessure.

«Je l'ai déjà oubliée, répondit T intrépide fermier; mais, ce matin que je suis frais et à jeun, je pense que si vous et moi nous étions au latch de Withershin, avec chacun un bon gourdin de chêne, nous ne fuirions pas, y eût- il une demi-douzaine de ces coquins.— Mais ètes-vous bien prudent , mon bon monsieur Dinmont, dit Brown , de ne pais prendre une heure ou deux de repos de plus après avoir reçu de telles contusions? — Confusion! répliqua le fermier en riant; mon Dieu, capitaine, jamais je n'ai de confusion dans la tête! pn jour je suis tombé du haut du Chr istenbiiry-Craig ; eh bien! sans avoir de confusion pour cela, je .me suis relevé, et j'ai été rejoindre mes chiens qui couraient le renard. Non, non, je n'ai jamais de confusion que lorsque de temps en temps je bois un peu trop. En outre, il fallait que je lisse un tour ce matin pour voir comment vont les troupeaux. Les bergers sont né^i^nts, aiment à jouer à là balle au pied, sont toujours en fête et en plaisir quancj le maître est absent. J'ai rencontré Tom de TTodsJiaw, et quelques autres de Vautre côté de Learr ; ils vont chasser le renard ce matin. Mettez-vous de la partie; ie vous donnerai Dumpïe, et je prendrai pour moi ma grande jument.— Mais je crains bien d'être obligé de vous quitter ce matin, monsieur 'Dinmont, répondit Brown. ^— Du diable si cela est! s'écria le fermier; vous rie noua quitterez pas, quoi qu'il arrive , avant quinze jours. Non , non ; des amis tels que vous ne se rencontrent pas toutes les nuits dans les bruyères de BeWcastle.» '

Brown n'avait pas l'intention de voyager rapidement ; il aceepta

donc en partie cette invitation cordiale , et promit de passer une semaine à Charlies-Hope.

Ils retournèrent à la ferme , où la ménagère avait préparé un copieux déjeuner. En apprenant la partie de chasse au renard, elle s'écria d'un ton qui ne marquait pas l'approbation, mais aussi sans surprise et sans alarme : c Dandie ! vous êtes toujours le même, et vous ne serez prudent que lorsqu'on vous aura rapporté chez vous les pieds en avant.

— Bah , folle ! répondit Dandie , vous savez bien qu'après toutes mes courses , je ne vaux pas une épingle de moins.»

A ces mots il engagea Brown à se hâter de déjeuner, parce que pendant le dégel le fumet du gibier ne resterait qu'un jnoment.

Ils se mirent donc en route pour Otterscope-Scaurs; le fermier conduisait la marche. Ils quittèrent bientôt la petite vallée et s'en foncèrent dans des collines très escarpées , mais sans précipices. Leurs flancs présentaient souvent des ravines qui pendant l'hiver, ou après une grande pluie , servaient de lit à des torrents impétueux. Quelques brouillards couvraient encore le sommet des montagnes : c'était le reste des nuages du matin , car une petite pluie avait fait fondre la gelée. A travers ces nuages floconneux on voyait, comme à travers un voile, cent ruisseaux ou petits torrents descendre des montagnes et sillonner leurs flancs comme des fils argentés. Dinmont trottait avec une confiance intrépide par des sentiers accessibles seulement aux bestiaux; enfin ils arrivèrent près du lieu de rendez-vous, aperçurent d'autres personnes , soit à pied , soit à cheval , et qui s'y dirigeaient également. Brown avait de la peine à concevoir comment on pouvait chasser le renard dans des collines impraticables pour un poney habitué à la plaine, et où le cavalier qui s'écarterait du sentier seulement de la moitié de la largeur d'un yard, s'exposait à être enseveli dans une fondrière , ou à tomber du haut des rochers : son étonnement ne diminua pas lorsqu'il fut arrivé sur le lieu de l'action.

Après avoir gravi une pente longue et rapide , ils se trouvèrent au sommet d'une montagne qui dominait un vallon très profond et très étroit. Les chasseurs s'étaient rassemblés avec un attirail qui aurait choqué un membre de Pychely hunt ' ; car l'objet de leur réunion étant la mort d'un animal nuisible et destructeur , autant que le plaisir de la chasse, le pauvre renard aurait moins d'avantages que lorsqu'il était poursuivi dans une plaine. Cependant la force

t. Société de chasseurs . a. m.

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