CHAPITRE XXV
de son terrier , la nature du terrain qui l'entourait de tous côtés , suppléaient aux avantages que lui enlevaient les chasseurs peu courtois. Les côtés du vallon étaient formés par des bancs de terre coupés à pic et par des rochers qui descendaient jusqu'au petit ruisseau qui serpentait à son extrémité : ses bords étaient garnis çà et là de touffes de broussailles ou de bouquets de genêt épineux. Les chasseurs, à pied et à cheval, se rangèrent le long des bords de ce vallon, qui, comme nous l'avons dit, était très étroit et très profond. Chaque fermier avait avec lui au moins une couple de ces énormes et hardis limiers , de cette race qui servait primitivement dans cette contrée à la chasse au daim , mais aujourd'hui bien dégénérée par son mélange avec des races communes. Le veneur, espèce de gardebois à qui on accorde une récompense pour chaque renard qu'il détruit, était déjà au bout de la vallée, dont les échos retentissaient des aboiements de deux ou trois couples de chiens dressés à ce genre de chasse. Des bassets , au nombre desquels était toute la génération des Peper et des Mustard , avaient été envoyés en avant, sous la conduite d'un berger : des doguins, des chiens métis et de toute espèce , aboyaient en chœur. Des spectateurs , placés sur le haut des collines qui entouraient le vallon , tenaient leurs chiens en laisse , prêts à les lâcher sur le renard si , pour échapper à la poursuite des autres, il essayait de fuir de ce côté.
Ce spectacle , qui eût paru grossier à un chasseur de profession , avait pourtant quelque chose de séduisant: Ceux qui marchaient sur les sommets des collines , n'ayant que le ciel derrière eux , paraissaient se mouvoir dans les airs ; leurs chiens , impatients d'être retenus , animés par les aboiements qu'ils entendaient dans le fond de la vallée, bondissaient çà et là, mordant les courroies qui les empêchaient d'aller rejoindre leurs camarades dans la vallée , qui n'offrait pas un spectacle moins intéressant. Le léger brouillard n'était pas entièrement dissipé , en sorte que souvent l'œil ne pouvait distinguer les mouvements des chasseurs à travers une gaze flottante , qui , cédant parfois à une brise légère , découvrait toutà-coup la scène et laissait voir le ruisseau aux eaux bleuâtres serpentant dans son lit solitaire. Alors on voyait également les bergers qui, s'élançant avec une agilité intrépide de rochers en rochers, mettaient les chiens sur la trace : dans la profondeur du vallon , ils paraissaient des pygmées. Tantôt le brouillard venait les envelopper encore , et l'on ne pouvait plus reconnaître le lieu de la chasse que par les cris des hommes et les hurlements des chiens , qui sem-
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niaient sortir des entrailles de là terre. Lorsque lé renard, ainsi poursuivi dans toutes ses retraites , était obligé de quitter ïa vallée et dé chercher un asile plus éloigné, ceux qui, du haut dés codifies , examinaient ses mouvements , détachaient leurs limiers , qui , le surpassant en vitesse et l'égalant en forcé et en courage, avaient bientôt mis à mort le voleur nocturne.
î)e cette manière, sans aucune attention aux règles ordinaires et aux usages de la chasse, mais au grand plaisir des bipèdes et des quadrupèdes, quatre renards furent tués dans cette matinée. Cependant Brown lui-même , quoiqu'il eût vu lés chasses des princes indiens et chassé le tigre , sur un éléphant , avec le nabab d'Arcot , avouaj qu'il s'était beaucoup amusé. La partie terminée, plusieurs des ehasseurs, suivant la coutume hospitalière de ces contrées, vinrent dîner à Çharlies-Hôpe.
En retournant à là ferme, Brown se trouva à côté du veneur, et lui fit quelques questions sur sa profession ; mais cet homme paraissait vouloir éviter ses regards, sa compagnie et sa conversation, ce dont Brown ne pouvait se rendre compte. C'était un homme maigre, brun, actif, et bien taillé pour la profession pénible qu'il avait embrassée , mais son visage n'annonçait pas la gaité et la joie du chasseur: il avait toujours les yeux baissés, paraissait embarrassé , et évitait les yeux de ceux qui le regardaient. Après quelques observations sans importance sur la chasse , Brown lui fit un petit présent et rejoignit son hôte : ils trouvèrent que la ménagère avait pensé à leur retour. L'étable et la basse-cour avaient fait lès frais du dîner , et le bon cœur et là Joie suppléaient à ce qui manquait du côté de l'élégance et de la cérémonie.