‹ Guy ManneringChapitre 13 sur 45 · TA · texte numérisé non relu

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laissant Sampson au milieu d’un : «Mais, monsieur Kennedy » Le pédagogue pensa d’abord

à les suivre, mais le cheval couroit au grand galop : d’ailleurs^ Kennedy avoit la confiance d’Ellangowan ; et comme ap surplus il n’étoit 'pas lui -même très -curieux de sa compagnie, à • causé des plaisanteries profanes qu’il se permefyôit souvent, il se détermina à retourner doucement au château.

Lés spectateurs que nous avons laissés sur les ruines du vieux château regardoient toujours la . chaloupe canonnière, qui, après avoir perdu bien du temps , étoit parvenue à regagner la pleine mer. Elle doubla alors la pointe de Warroch, et disparut à leurs yeux. Quelque temps*après on entendit une nouvelle canonnade, qui fut bientôt suivie par une explosion semblable au fallut que fait un vaisseau en sautant. A l’instant une fumée épaisse parut derrière les arbres, et forma un nuage qui s’éleva jusqu’au ciel. Alors chacun se sépara, en formant diverses conjectures sur le sort du,lougi*e, mais en convenant généralement que sa capture étoit inévitable, s’il n’étoit pas déjà englouti dans la mer.

— Voici l’heure du dîner, mon ami, dit mis-

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tress Bertram à son mari dès qu’il arriva; monsieur Kennedy tardera-t-il beaucoup à venir ?

— Je l’attends à chaque instant, ma chère.

Peut-être arnenera-t-il quelques officiers de la chaloupe.

— Mon Dieu, monsieur Bertram, pourquoi ne pas m’en avoir informée plus tôt? j’aurois fait mettre la grande table. Ensuite tous ces officiers sont las de viandes salées, et, pour vous dire la* vérité, un morceau de bœuf sert de fondation à * vôtre dîner. Enfin j’aurois mis une autre robe, et vous-mèrne vous n’en seriez pas plus mal avec une cravate blanche. Mais vous aimez à me surprendre, à me mettre dags l’embarras. Je ne puis plus supporter une pareille manière d’agir !..t,. C’est quand on n’a plus les gens qu’on les regrette.

— Allons, allons! au diable le bœuf, la robe, la. table et la cravate ! tout ira bien. Mais où est Dominus? John, dit-il à un domestique qui arrangeoit la table, où sont Dominus et Henry?

— Monsieur Sampson est rentré depuis plusse * deux heures , mais monsieur Henry n’étoit pas a,vec lui.

— N’étoft pas avec lui! dit mistress Bertram. Allez vite dire à M. Sampson que je Je prie de > venir sur-le-champ.

Monsieur Sampson, lui dit-elle dès qu’il arriva,

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u’est-ce pas la chose du monde la plus extraordinaire que vous qui êtes ici logé, nourri, blanchi, éclairé, chauffé, qui recevez douze livres 1 par an, le tout uniquement pour veiller sur un enfant, vous puissiez le laisser éloigné de vous pendant trois heures?

A chaque pause que fit la dame en colère, dans l’énumération de tous les avantages qu’il trouvoit au château , Sampson reconnut par une hurq^le inclination de tète la vérité de tout ce quelle avançoit, et lui dit, d’un ton que nous n’entreprendrons pas d’imiter, que M. Frank Kennedy avoit pris l’enfant malgré ses observations.

— Si M. Kennedy s’attend que je le remercie, dit la dame de mauvaise humeur? il se trompe. II n’a qu’à laisser tomber l’enfant , le ? ramasser avec une jambe cassée! ou peut-être un boulet des vaisseaux sera venu à terre et l’aura tué, ou peut-être..... . 4 . ..

— Ou peut-être, dit Ellangowan, et cela est plus vraisemblable, il se sera rendu à bord de la clfiloupe ou de la prise , et il arrivera dans la baie avec la marée.

— Et ils seront noyés! dit la dame.

r— En vérité, dit Sampson , je croyois M. Ken-

- 1 *88 liv. argent de France. • v

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nedy dé retour. Il me sembloit avoir entendu son cheval.

— Oui, dit John en faisant une grimace, c’étoit Grizzel qui ramenoit la vache dans l’étable.

Sampson rougit jusqu’au blanc des yeux, non 4e l’insolence du valet qui s’amusoit à ses dépens, ce dont il étoit loin de s’apercevoir, mais à cause d’une idée qui lui vint à l’esprit. Il est sûr, pensat-il, que j’aurois dû suivre l’enfant. En même temps, prenant sa canne et son chapeau , il prit sa course du côté du bois de Warroch d’un pas si précipité que jamais, ni avant ni après cette époque, on ne le vit marcher aussi vite.

Le laird resta quelque temps à s’entretenir du même sujet avec son épouse dont il cherchoit à calmer les alarmes. Enfin il vit reparoître la chaloupe canonnière. Elle étoit en pleine mer, portoit toutes ses voiles, marchoit vers l’ouest ; et, loin de s’approcher du rivage, elle fut bientôt hors de la vue. Les craintes et les inquiétudes de mistress Bertram étoient un état si ordinaire chez elle, quelles ne firent aucune impression sur l’esprit d’Ellangowan. Mais il fut alarmé par une espède de trouble et d’agitation qu’il remarqua parmi les domestiques. L’un d’eux vint le prier de sortir un instant, et l’informa en particulier que le cheval de M. Kennedy étoit revenu seul à üécurie , avec sa bride cassée, et sa selle renver-

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sée; qu’un fermier l’avoit informé en passant qu’il avoit vu brûler un lougre de contrebande de l’autre côté du cap de Warroch, et que quoiqu'il eût traversé tout lé bois, il n’avoit ni vu ni entendu Frank Kennedy ni le jeune laird. Il n’avoit rencontré que M. Sampson rôdayt partout, pour les chercher comme un homme privé de raison.

Tout fut en mouvement au château. Le laird et tous ses domestiques mâles et femelles coururent au bois de Warroch. Les paysans et les,, fermiers du voisinage se joignirent à eux, partie par curiosité, partie pour les aider dans leur recherche., On prit des barques pour visiter la côte de l’autre côté du promontoire , qui* étoit bordé de rocs escarpés, du haut .duquel on avoit un soupçon vague, trop affreux pour le faire entrevoir, que l’enfant avoit pu se laisser tomber.

Le jour commençoit à baisser lorsqu’ils entrèrent dans le bois. Ils se dispersèrent de différents côtés pour chercher l’enfant et «on conducteur. L’obscurité qui commençoit à chaque instant, le vent d’automne qui siffloit à travers les arbres dépouillés de leur feuillage, le bruit que ceox qui s’occupoient de cette recherche faisoient, les feuilles sèches sur lesquelles on marchoit, les cris qu’on poussoit de temps en temps pour se rappro*

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cher; tout contribuoit à entretenir les plus funestes pressentiments. , .

Enfin, après avoir inutilement battu tout le bois, on commença à* se réunir, pour comparer . les informations. Le père ne pouvait plus cacher son désespoir, mais à peine égaloit-il celui qu’éprouvoit Sampson. Plût à Dieu , disoit la digne créature d’un ton d’angoisse inexprimable, plût à Dieu que je fusse mort en sa place! Ceux qui prenoient moins d’intérêt à l’événement discu- Voient tumultueusement les chances et les probabilités. Chacun donnoit son opinion et écoutoit celle des autres. Les uns disoient qu’ils étoient sûrement à bord de la chaloupe, les autres qu’ils étoient peut-être dans un village éloigné de trois milles; quelques - uns disbient tout bas qu’ils avoient pu se trouver à bord du lougre dont la mer jetoit encore des débris sur le rivage.

En cet instant on entendit sur le bord de la

mer pousser un cri si perçant, si effrayant, que personne ne douta un instant que ce ne fût l’an- * nonce d’une nouvelle désastreuse. Chacun courut du côté où le bruit se faisoit entèndre, et marcha sans hésiter dans des chemins par où , en toute autre circonstance , personne n’auroit osé passer. Enfin tout le monde descendit, par un sentier

escarpé, au pied d’un rocher «ù ceux qui condtii-

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soient une barque venoient de prendre terre. Ici , erioient-ils, ici! pour l’amour de Di«u! c’est ici, c’est ici! Ellangowan perça à travers la foule qui s’étoit déjà amassée et qutcontemploit avec horreur le corps fnSnimé de Kennedy. A la première vue, il parut que sa mort avoit été occasionée par sa chute du haut du rocher qui étoit élevé de plus de cent pieds. Son cadavre étoit moitié dans l’eau , moitié dehors. La marée en s’avançant soulevoit ses bras et ses habits, et lui donnoit de loin l’apparence du mouvement, de sorte que ceux qui l’aperçurent les premiers crurent qu’il vivoit encore; mais en s’en approchant, ils reconnurent que toute étincelle de vie étoit éteinte en luidepuis long-temps.

— * Mon enfant! mon enfant! s’écria le père désespéré, où peut- il être? Une douzaine de bouches s’ouvrirent à la fois pour lui donner des espérances que personne n’osoit concevoir. Quelqu’un dit enfin : — Mais les égyptiens? A l’instant Ellangowan remonta sur le promontoire, sauta ' sur le premier cheval qu’il put trouver, et courut comme un furieux vers le hameau de Derncleugh. Il n’offroit qu’une image de désolation. Il descendit de cheval afin de faire une recherche plus exacte, et il seheurtoit à chaque instant contre l,es débris des toits, des portes, des fenêtres qui , avoient été détruits par ses ordres. Il se ressou-

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viut en ce moment avec amertume de la prophétie ou de l’anathème de Meg Merrilies : Voyez si le toit de votre château en sera plus solide.

% . — Rends - moi mon fils, s’écrioit - il, rends moi mon fils ! tout sera oublié, pardonné! En prononçant ces mots dans une sorte de frénésie, il aperçut une foible lueur dans une des cabanes à demi détruites. C’étoit celle où demeuroit naguère Meg Merrilies. La lumière, qui sembloit venir du foyer, paroissoit non - seulement par la fenêtre , mais par le haut du toit dont la couverture avoit été détruite.

Il y courut. Elle étoit fermée. Le désespoir donnoit à ce malheureux père la force de dix hommes , il s’élança contre la porte avec une telle violence quelle céda à l’instant. Personne n’étoit dans la chaumière, maison voyoit qu’elle avoit été habitée tout récemment. Il y avoit du feu dans le foyer, un chaudron étoit suspendu au-dessus, et on voyoit quelques provisions de vivres. Comme il regardoit de tous cotés dans l’espérance de trouver quelque chose qui l’as, surât que son fils vivoit encore, quoique tombé au pouvoir de ces misérables, un homme entra dans la cabane; c’étoit son vieux jardinier.

— Ah ? Monsieur ! lui dit le vieillard, ai-je tant vécu pour voir une nuit comme celle-ci? Venc/. bien vite au château.

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— A-l-on trouvé mon (ils? Est -il vivant?

Dites- moi, André, a-t-on des nouvelles de mon fils. A-t-on trouvé Henry Best ram ?

„• — •Non, Monsieur, mais...... . # *

— Ils l’ont enlevé , André , aussi sûr que nous marchons sur la terre. C’est elle qui l’a enlevé! je ne sortirai pas d’ici qu’il ne me soit rendu!

— Mais il faut que vous veniez, Monsieur, il faut que vous veniez sur-le-champ. Nous avons envoyé chercher le shérif et nous laisserons une garde ici toute la nuit, en cas que les égyptiens y reviennent, mais venez, venez de grâce, Milady est sur sou lit de mort.

Bertram regarda d’un air stupéfait le messager qui lui annonçoit cette mauvaise nouvelle, il répéta les mots sur son lit de mort comme s’il n’avoit pu en comprendre le sens, et se laissa reconduire par le vieillard. Pendant le chemin, il ne put que dire : — Femme et enfant! — mère et fils! tous les deux! c’est trop! c’est trop!

Il est inutile de nous appesantir sur la scène déchirante qui l'attendoit. La nouvelle du sort de Kennedy avoit été annoncée à inistress Bertram sans aucune précaution. On avoit même gratuitement ajouté que le jeune lord étoit tombé du rocher avec lui , quoiqu’on n’eût pas retrouvé son corps, mais qu’étant si léger, le pauvre <^ifant , la mer l’avoit sûrement entraîné.

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GUY MAKMEUIKG.

Cette malheureuse mère étoit avancée clans sa grossesse; ce coup affreux détermina un accouchement prématuré, et avant qu’Ellangowan eût recouvré assez de présence d’esprit pour comprendre toute l’étendue de son malheur, il étoit père d’une fille, et son épouse n’existoit plus. A

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