‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 26 sur 76 · Encore un feu de mots en latin · texte numérisé non relu

Encore un feu de mots en latin

2. Patin ne pardonne pas aux gens d'être gueux: nous avons insisté sur ce petit côté de son caractère dans l'Introduction.

4<ï GUY PATIN

10 septembre 1660. — Nos chirurgiens sont la plupart de grands coquins, putidissimi nebulones, iniquissimi ardeliones. Par le moyen du premier Barbier du Roy. qu'ils aimeroient mieux avoir pour chef que d'être soumis à notre Faculté, qui les a élevez, conserve/, et entretenus jusques à présent, ils ont obtenu un arrêt d'en haut portant detl'ense d'exécuter notre arrêt contr'eux.

Dès le lendemain ils ont commencé à nous morguer et à faire remettre sur leur porte le mot de Collegium qu'ils avoient effacé. Voilà une race de vipères qui continuellement se rebelle contre la justice et l'honnêteté. Les voilà pourtant sanglez et réduits au devoir.

Il y a encore d'honnêtes gens en France qui sçavent combien un médecin est incomparablement au-dessus de ces misérables ignorans, et je ne me glorifie pas peu d'avoir contribué à leur abaissement.

Les chirurgiens de Saint-Côme veulent continuer leur félonie, disant que le premier Barbier est leur chef. Ne voilà pas de méchantes pestes! Ils sont fous, enragés et ne savent à quel saint se vouer de peur de perdre leurs robes et leurs bonnets cornus.

<=$=> 14 décembre 1660. — Le doyen de charge a environ six cents francs pour les peines extraordinaires qu'on a pendant les années du Décanat, et encore davantage s'il veut dérober comme on dit que quelques uns ont fait autrefois, entr'autres le Vignon et le petit Saint-Jacques qui tous deux

MEDISANCES El CALOMNIES PROFESSIONNELLES 41

O O Ol Ol O'O'OOOOO'O O'O'O O Ci

sont morts ; ce dernier étoit fou ; il avoit autrefois représenté Guillot Gorju à l'hôtel de Bourgogne '.

7 mars 1661. — Ce matin le Mazarin a reçu l' Extrême-Onction, et de là est tombé dans une grande faiblesse: il a reproché à Valot qu'il

1. Le renseignement si bref que donne ici Patin sur ie doyen Harduin de Saint-Jacques est des plus intéressants; il semble avoir échappé aux chroniqueurs qui se sont occupés de l'Hôtel de Bourgogne et de ses principaux protagonistes.

Victor Fournel, dans son volume, les Spectacles populaires et les artistes des rues iParis, i863 . consacre tout un paragraphe à Guillot-Gorju; mais, selon lui, Harduin « appartenait probablement à la famille de ce Harduin de Saint-Jacques qui était doyen de la Faculté de médecine pendant que Guillot-Gorju brillait à l'Hôtel de Bourgogne ».

Si l'on en croit ses biographes, Bertrand Harduin était rils d'un apothicaire de la rue Saint-Jacques. Il commença ses études de médecine, mais bientôt il abandonna l'Ecole de la rue de la Bûcherie pour courir la province avec une compagnie d'opérateurs. C'était lui qui faisait le boniment sur l'estrade et attirait par ses bons mots les chalands, amateurs de panacée universelle.

De retour à Paris, il se sentit de force à remplacer à l'Hôtel de Bourgogne Gaultier Garguille qui venait de mourir, et il débuta dans la farce en 1Ô34 sous le nom de Guillot-Gorju. Il jouait principalement les rôles de médecins ridicules. Les études médicales qu'il avait amorcées lui permettaient d'aiguiser singulièrement les traits de ses satires; aussi obtenait-il les applaudissements du public, et il est probable que .Molière proiita beaucoup du souvenir de ses saillies. Doué d'une mémoire prodigieuse, il énumérait avec une volubilité imperturbable les noms d'une infinité de drogues, ou de maladies, ou d'instruments. « La gravure de Leblond, dit Fournel. le représente en manteau long, ses grandes jambes maigres dessinées sous un maillot collant, le couteau de bois passé à la ceinture, coiffé d'un chapeau mou à larges bords relevés devant et derrière et abaissés sur les oreilles, avec une figure rébarbative, des

est cause de sa mort. Hier à deux heures dans le bois de Vmcennes, quatre de ses médecins sçavoir ( ruenaut, Valot, Brayer et des Fougerais aller-

quoient ensemble et ne s'accordoient pas de l'es pèce de la maladie dont le malade mouroit. Brayer dit que la rate est imitée ; Guenaut dit que c'est le foie ; Valot dit que c'est le poumon et qu'il y a de l'eau dans la poitrine ; des Foulerais dit que c'est

moustaches de chat en colère, et au menton des houppes pointues de poils blancs. »

Tel est bien le portrait que nous trouvons de lui dans une collection théâtrale du xi.v siècle et que nous reproduisons.

Patin affirme que ce Guillot-Gorju fut doyen de la Faculté de médecine, et il l'accuse d'avoir volé ses collègues.

Les Commentaires de la Faculté nous montrent qu'au xvii'' siècle, il y eut trois docteurs régents du nom de Harduin de Saint-Jacques, et que tous trois parvinrent au décanat. Duquel veut parler Patin ?

Le plus ancien, Philippe Harduin, fut doyen de 1616 à 1618. Fn 1626, sous le premier décanat de Nicolas Piètre, il était Vantiquior magister. En 1627-28, il disparaissait du tableau.

Le second, Gabriel Harduin, fut doyen de 1620 à [622. Il meurt et disparaît du tableau en 1645.

Le troisième, Philippe Harduin filius, fut doyen en 1 636 et 1637. C'est à lui que Patin fait la guerre pour avoir introduit frauduleusement, dit-il, l'antimoine dans le Codex Mais ce ne peut êtrele doven qui jouait à l'Hôtel de Bourgogne, puisque Patin écrit en i65o : Tous deux sont morts Le Vignon et le petit Saint-Jacques); or Philippe Harduin filius figura au tableau des régents jus.ju'en 1677.

L'accusation de Patin ne pourrait donc s'appliquer qu'à Gabriel Harduin.

Mais, en dehors de la différence des prénoms, il suffit dénoter que Gabriel mourut en 1645 et Bertrand (Guillot- Gorju) en 1648. Il ne peut donc rien subsister de l'entrefilet venimeux de Guy Patin.

Page 1