‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 25 sur 76 · Le quinquina · texte numérisé non relu

Le quinquina

j. Daquin, nommé peu après médecin du Roi. 3. Jeu de mot valant la plupart de ceux que Patin fait en français.

de crédit du tout. Ce ne sont que des injures mal fondées et mal digérées. M. Merlet dit que ce sont les antimoniaux de notre Faculté qui en ont payé

l'impression.

Elle est ici méprisée des uns et des autres à cause des injures atroces et cruelles et fausses qui v sont contre M. Riolan. Pour toutes les miennes elles sont grotesques et gaillardes. Ce livre n'a jamais été fait par Courtaud à Montpellier, mais à Paris par M. de Gorris, Gastier, Madelin et autres tels coquins et cocus.

26 mai 1654. — L'antimoine, duquel on ne parle plus guère ici qu'avec détestation, reçut hier ici un vilain coup de pied chez un Conseiller de la Cour, nommé M. de Villemontel, dont la fille mourut, âgée de 14 ans. ex duplici stibii dosi porrectâ à reverendis viris,magistris nostris,turpissimis pharmacopeorum mancipiis, D. de Bourges et Rainssant, quibus taie facinus est familiare; l'un est gendre d'apothicaire, l'autre est fort leur serviteur, tous deux fort affamez.

26 août 1654. — On dit qu'en Hollande ie nombre des malades est effroyable. Ils meurent tous nonobstant le fréquent usage des sudoritiques.

Où est-ce que ces gens-là ont appris la médecine? Saigner très peu ou point du tout ; purger peu et avec des poudres, des pilules ou de l'antimoine, et puis faire suer les malades, qui ont les vaisseaux, le ventre et l'habitude du corps pleins

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d'ordures et de beaucoup d'impuretez : n'est-ce pas la être des bourreaux plutotquedes médecins?

6 février i<>55. — Hier 5 février mourut M. Lienard âgé de 66 ans. avec pluralité d'enfans et assez peu de bien, quoique toute sa vie il n'ait rien épargné pour en attraper : travail effroyable et tout à fait immodéré, finesse, fourberie, imposture, impudence, mensonges, apoticaires, chirurgiens, sage-femmes, opérateurs, artes Guenaldicœ, pravœ, ventitœ, tout lui étoit bon pourvu qu'il en vint de l'argent.

23 février i655. — C est Guenaut qui a causé tous les désordres que l'antimoine a produits dans Par s par son avarice.

On peut dire très véritablement de cet homme : Habet frontem meretricis, nescit erubescere.

o avril i655. — Notre maitre Akakia, par ci-devant Professeur du Roi à la place de M. Seguin, n'osant entreprendre de faire des leçons publiques, après avoir occupé cette chaire plusieurs années sans en faire1, enfin Ta quittée et a mis en sa place M. Deniau, lequel fera demain sa harangue d'entrée.

2i avril i655. — A Paris il y a point de police ; aussi est-ce une chose honteuse combien

i. Un professeur qui reste des années sans taire son cours, et qui. relativement conscient de son devoir, quitte la place à un plus jeune !!! Rien de tout cela ne se verrait plus de nos jours. Le sens moral du public s'améliore.

les barbiers en tuent ici tous les ans. sans qu'aucun en soit châtié.

Je vous assure que nous haïssons à Paris les chirurgiens à l'égal et peut-être plus que les apothicaires, vu qu'ils sont également insolents, joint que ce sont des compagnons du païs d'adieusias qui promettent merveilles de leurs secrets à ces pauvres jeunes gens quos impura Venus ut plurimum momordit.

^ 21 avril i655. — Du Galien grec-latin de M. Chartier cinq volumes restent à faire.

La maison est ruinée, la veuve est chargée de six enfans. Elle est chicanée par trois autres enfans du premier lit dont l'aîné. Jean Chartier, est gueux comme un peintre, il n'a point de pain ; il est si misérable que pour épargner le louage de sa chambre, M. l'évêque de Coutances lui a permis d'aller occuper une chambre dans le Collège Royal d'où les autres professeurs du Roi veulent le chasser, et plaident pour cet effet contre lui '. Il doit

i. Patin injurie les Chartier, quand l'occasion s'en présente, et leur t'ait un crime de leur misère. Celle-ci apparaît cependant bien honorable quand on considère l'œuvre à laquelle René Chartier avait consacré sa vie et sa fortune. Cette œuvre comporte i3 volumes in-folio, et représente un véritable travail de bénédictin qui aurait dû attirer à Chartier l'admiration enthousiaste de Patin, si celui-ci n'avait été aveuglé par la passion.

L'exemplaire que possède la Faculté vient de la bibliothèque de Tournefort, le célèbre botaniste. Le premier tome, qui comprend les volumes i. 2 et 3, est daté de 1679 et porte en tète le privilège roval daté de 1 '"177 et la composition du tableau de la Faculté en [679. Les volumes 4. 3. 6, 7 et 8 étaient datés de i63q, mais une surcharge les

MEDISANCES ET CALOMNIES PROFESSIONNELLES i~

cent tois plus qu'il ne vaut ; sus gages de Professeur du Roy sont arrêtés et saisis ; depuis 4 ans ils n'en ont reçu que six mois.

Il se dit médecin du Roi ; la charge en appartient à sa belle-mère, saut' à lui den donner douze mille livres dont il n'a pas les 12 premiers sols. Ils voudroient bien la vendre, mais n'en trouvent point de marchands, et la vente n'en vaut rien depuis neuf ans.

<=§° 21 avril i(>55 II arrive ici mille mal-

heurs par la trop grande crédulité des malades, qui s'adressent à des garçons chirurgiens, apothicaires, charlatans, opérateurs et autres animaux ignorans et affamez du gain. Et notez que la plu-

a rétablis à 1679, date du [" tome. Les tomes 9 et 10 sont datés de 1679 : le tome 11 est daté de 164') et le 12 de |. Enfin le tome i3 porte le millésime de 1679. .Mais il se termine par le privilège royal accordé à l'origine le 8 avril 1639. et le texte de ce privilège donne des uv médicaux à cette époque une notion curieuse. Il dit :

René Chartier a humblement remontré que « Combien qu'Hippocrate et Galien ayent été recogneus de tout temps premiers Autheurs de la vraye .Médecine rationnelle et Princes de tous les .Médecins, que. sans la lecture de leurs œuvres et la doctrine de leurs escnpts et préceptes aucune personne ne puisse bien sçavoir ny heureusement pratiquer la .Médecine, iceux œuvres neantmoins n'ont encore jusques à présent estez tous ensemble imprimez, in folio e regione, Grecs et Latins: par cette négligence des siècles précédens. plusieurs ont été perdus au détriment de la doctrine, santé et vie de tous les hommes, considérant les services que ledit sieur Chartier a rendu près de notre personne, de nos très chères et très aimées sœurs, et les grandes despences qu'il a faites jusques à présent... ordonnons... que ledit sieur Chartier puisse seul... imprimer, vendre et débiter tous les œuvres desdicts princes de .Mé-

part de ces coureurs sont Provençaux, Languedociens et Gascons.

10 juillet i655. — M. Bourdelot est toujours en son abbaye de Macé en Berri, où il plaide fort contre ses moines et les moines contre lui. Il a eu peur de l'imposition de leurs mains, et afin d'obvier à ce malheur qui pourroit arriver une autre fois, il va se faire Prêtre afin que, s'il vient à être battu et bien froté, qu'il puisse faire faire le procès à ces gens-là comme à des batteurs de prêtres.

^ juillet i655. — Saint-Jacques est celui qui est cause de tout le désordre, car c'est lui qui a fourré, inconsultâ Facultate, dans le Codex Medicamentarius son vinum emeticum d'où est venu tout le bruit et qui pour défendre ce forfait a falsifié les Registres de la Faculté l'an 1637 '. Et la

decine... pendant l'espace de vingt ans suivans et consécutifs.

« Et d'autant que notre célèbre Faculté de Médecine de Paris, légitimement assemblée, a déclaré que tous ceux qui professent la Médecine doivent avoir un exemplaire de ladite Edition... ordonnons que tous candidats et aspirans à la Médecine en touttes les facultés de Médecine de ce Royaume ne puissent estre admis à aucuns actes ni receus à aucuns degrés ordinaires de Médecine, de Baccalauréat, Licence et Doctorande que premièrement ils ne soient pourveus et munis chacun d'un exemplaire des œu\res d'Hippocrate et Galien de l'édition dudit sieur Chartier et sans avoir préalablement fait paraistre avoir receu et payé ledit exemplaire... sous peine de cent livres d'amende au profit dudit sieur Cliarticr... »

1. Malgré tout ce que put dire Patin, la Faculté assemblée solennellement le 29 mars i656 décida à la majorité de 92 docteurs sur 102 que le Vin Emétique resterait au

MED1SANI ES l I CALOMNIES PROFESSIONNELLES 2()

fausseté est toute notoire, outre qu'elle est attestée par les Experts ' à qui elle a été montrée, et qu'il a été publiquement appelé faussaire dans les deux livres de M. Merlet et Perreau sans qu'il se soit mis en peine de se purger de ce crime.

<=§=» // mai i655. — Tardi est un fol, bête et glorieux ; son livre est en françois. Je ne l'ai point encore vu: il l'a dédié à Guenaut, et l'a loué dans l'Épître d'avoir été le premier qui a mis l'antimoine en crédit. Ne voilà pas trois bonnes bète.s : Guenaut. Tardi et l'Antimoine?

3o août iC>55. — M. Tardi est un pauvre, fort glorieux et impertinent, qui ne fera jamais rien qui vaille. Il est gueux, caimand, superbe, étourdi, présomptueux, vantard, etc.

Dicam verbo, ce Tardi est un méchant et impertinent coquin, artis nostrœ vomica et opprobrium aussi bien que des Fougerais, Guenaut. et autres imposteurs antimoniaux.

5 ocl. i655. — Nous avons ici un de nos bons compagnons bien malade, qui est le bon homme M. de Gorris.

Il a toute sa vie été fort cocu, mais on dit qu'il

Codex. Depuis celte époque la signature de Patin, battu mais pas content, ne parait plus guère sur les registres. Il bouda ses collègues antimoniaux et chimistes.

Voir plus loin 14 décembre 1660) la note relative à ce Harduin de Saint-Jacques.

1. Des experts en écriture ! Déjà! Patin est tellement en colère que son style devient ici vraiment pitoyable.

Gl 1 l'A 1 IN

ne l'est plus à cause que sa femme est morte il y a environ iS mois. Vous direz que l'on avoit peur que cette pauvre femme qui avoit tant fait de plaisir à de bons compagnons en sa vie, n'en rechapât, car étant affligée d'une fièvre quarte, on lui donna tant de grains de laudanum et tant d'antimoine qu'enfin elle a été obligée de déloger de ce monde. Pour son mari la perte n'en sera jamais si grande. Il a été savant homme et parle fort bien, mais il a été mauvais praticien et combien qu'il ait fait une thèse fort belle. Defrequenti venœsec tione, en faveur, c'est néanmoins une ciiose certaine que tota vita 3«p.aTO{po{3ia laboravit et qu'il a bien laissé mourir de pauvres malades en sa vie faute de s'être servi de cet excellent et divin remède.

^ ig octobre i655. — Je viens d'une consultation avec MM. Riolan et Moreau, où j'ai appris que Yalot est fort mal en cour, que la reine l'a rudement traité et presque chassé, que le roi l'a menacé et qu'il ne tient qu'à un filet. Le roi l'a appelle ignorant et charlatan.

<=?=» 26 octobre i655. — Le Cardinal Mazarin a depuis deux jours fort maltraité Valot. l'a appelle charlatan et ignorant, et que c'étoit lui qui avoit fait malade le roi. On croit qu'on le chassera alors qu'il n'y pensera plus.

«3e» 26 octobre i655. — Mme d'Esguillon, nièce du Cardinal Richelieu, l'a envoyé visiter (Gas-

sendi par son médecin qui est des Fougerais, qui lui a ordonné un cautère au bras gauche. Os hominis .' Jugez si cet homme n'a pas trouvé la pie au nid. et si ce n'est point là un bon remède pour un poumon pourri et ruiné dans une lièvre hectique ? .Mais ce charlatan là omnem pudorem exuit. Il est animal très effronté et très impudent. Je pense que s*il l'eut ose il lui eut ordonné de l'Antimoine. .Mais il n'en a que faire, il mourra assez tôt sans cela et sans être empoisonné.

/"' août i65C>. — 11 y a ici des Guénaut, des Fougerais, des Gorris, et autres charlatans qui ont aussi bon appétit que lui M. Bellay de lîl et qui tâchent aussi bien que lui de faire valoir leurs fourberies. Rainssant, Bodineau, Vignon, Mauvilain, Hureau, Mares, Petit, Garbe, Tardi, Maurin, Dieuxivoye, les deux Renaudot, de Bourges, Lopès et autres affamez courent après.

24 octobre i656. — M. Guillemeau a été un courtisan recuit et rusé, qui privatœ rei sues studuit, ex eo tamen laudandus qu'il a toujours été du bon parti, et dans les bons sentimens de la méthode, de la saignée, de la paucité des remèdes, de l'antimoine et de toute la chimie qui est, à purement et proprement parler, la fausse monnoye de notre métier.

^ /"'" novembre i656. — Notre pauvre docteur .M. Chasles s'en va; il n'en peut plus; cis paucos dies penetrabit ad plures. Il a trop été au cabaret.

32 GUY PAIIN

Ier novembre i65(>. — La Reine avoit mandé notre Guénaut (qui est une méchante peste antimoniale mais dès le lendemain on le renvoya de deçà; c'est un dangereux homme, auquel on auroit peine de se fier. Il n'y a que trop de médecins à la cour. Valot et La Chambre, Seguin et Esprit, Yvelin et Bodineau.

7 novembre i656. — La mort est bien affamée et semble ne pouvoir se rassasier de médecins. N'étant pas contente de deux excellens hommes \ elle en a pris un troisième, qui étoit bon médecin et bel esprit, mais grand yvrogne ; c'est M. Charles Le Clerc âgé de y3 ans. C'est beaucoup vivre pour un homme déréglé.

<=$=> 23 février i65j. — M. Riolan le bon homme est en grand danger, il pisse beaucoup de sang ; il n'a pu se réduire à vivre sobrement et à mettre beaucoup d'eau dans son vin. Quand je l'en avertissois il me disoit qu'il avoit l'estomach vigoureux et accoutumé au vin. que celui qu'il buvoit étoit de Bourgogne, du vin vieux de trois ans, et qu'il n'étoit pas besoin d'y mettre de l'eau, qu'il étoit doux comme du lait, que je ne vivrois jamais tant que lui à cause que je mettois trop d'eau dans mon vin -.

i. R. Moreau, mort le 17 octobre : Guillemeau. le 20 octobre i656. Tout excellens qu'ils Fussent, ils n'ont échappé aux brocards de Patin ni l'un ni l'autre.

2. Riolan fut bon prophète. Patin mourut à 70 ans, battu de sept longueurs par l'amateur de vieux Bourgogne.

JEAN BIOLAN Lt Fil S.

MÉDISANCES El l VLOMNIES PROFESSIONNELLES 33

Enfin ce bon homme Riolan est mort le lundi H) de ce mois de lévrier i65j) âgé de 77 ans moins un jour.

<=S» 1 3 mars i65j. — M. Bouvard a 83 ans et de plus a aujourd'hui au matin reçu Notre Seigneur, more romano. 11 dit qu'il ne reçut aucun soulagement que de la saignée, mais ce n'est pas assez. Son poumon est usé, et ne peut plus guères mouvoir.

Il est homme dévot et caffard, qui entend deux messes plutôt qu'une, qui va à matines, à vêpres et au salut. Cœtero vit bonus et parum sanus qui ne pense qu'à son profit.

<=§■=• 24 avril i65y. — La duchesse de Savoie est tort malade et l'on parle à la Cour d'envoyer un médecin à Turin, et que Yalot a nommé d'Aquin à la Reine à cet effet. C'est un médecin par quartier, fils d'un juif d'Avignon, qui servit de taux témoin au procès de la marquise d'Ancre.

Celui ci était garçon apothicaire de la feue Reine mère. Yauiier et Valot et l'impunité ou plutôt l'iniquité du siècle l'ont fait passer pour médecin à la Cour, et apud idiotas, ce qu'il est comme je suis peintre. Mais il faut de tels médecins aux Princes, genus hominum quod decipit et decipitur.

8 may i65y. — La duchesse d'Orléans n'est plus grosse et ne l'a pas été. ce n'étoit qu'une suppression qui a fait faire à Guénaut un voyage à

Blois d'où il est revenu tout tel qu'auparavant, j'entends aussi méchant, aussi charlatan, et autant déterminé à tout pourvu qu'il y ait des écus blancs à mettre dans son saquet. Sunt verba hominis super omnia lucro addicti.

2 juin i65j. — Gargantua c'est Valot qu'on appelle ainsi à la Cour depuis qu'il tua Gardant, intendant des finances, avec son antimoine ne peut pas entrer en comparaison avec un si honnête homme.

8 juin i65j. — Le bon homme Riolan avoit l'esprit étonné et quasi perculsam gerebal menton metu mortis quasi proximœ, vel saltem non admodum abfulurœ ; tertio angebatur de lucro admodum imminuto, imô potius penè nullo, se voyant méprisé des malades chez lesquels il étoit tort incommode, et des médecins même, desquels il se voyoit abandonné, nec ampli us ut antea vocatum pr opter senilem imbecillitatem suis gravem et morosam, aliis autem odiosam ; je puis bien vous alléguer une autre cause, c'est qu'il étoit presque toujours malade propter incautam victus legem. Il buvoit tous les jours du vin tout pur. ou n'y mettoit guères d'eau et me disoit pour excuse que c'étoit du vin vieux de Bourgogne de deux ans, de l'abbaïe de son fils à Flavigny près de Sainte- Reine, et se moquoit de moi de ce que je mettois beaucoup d'eau en mon vin, et disoit que je ne vivrois guères longtemps. Chacun a son vercoquin dans la tète, et son malheur fatal.

/.'>' juillet i65y. — Nous sommes ici en procès avec nos Chirurgiens-Barbiers, qui ont voulu faire une union avec les chirurgiens de Saint- Cosme nos anciens ennemis. Cosmiani illi étoient des misérables coquins, presque tous arracheurs de dents, et fort ignorans qui ont attiré les Chirurgiens- Barbiers à leur cordelle, en les faisant participer de leurs maisons et de leurs prétendus privilèges, et entr'autres d'avoir dans leur salle en leurs examens une longue robe noire et un bonnet quarré, et en ce cas-là ils nous demandent que nous assistions à leurs actes, j'entens notre Doyen . qui v va accompagné de deux docteurs quos tanquam Jidos comités sîbi deligit ad libitum. Ils parlent des dégrez de Bacheliers, et de licences et autres telles cérémonies et vanités tout à fait indécentes à de tels laquais bottez.

La cause s'en plaidera pendant un mois et je crois que les desseins audacieux de cette superbe racaille seront bridez et réglez et en attendant notre Doven n'assiste à aucun de leurs actes.

Ces chirurgiens de Saint-Cosme ne sont-ils pas plaisans ? Ils ont une permission du Roi d'environ 3oo ans dans laquelle il leur est fait licence de s'assembler : ils prétendent, ce disent-ils, de ce mot de licence qu'il leur est permis de faire des licentiez en chirurgie, ce qu'ils n'ont pourtant jamais entrepris par ci-devant, quod si iilis concèderetur, statim convolarent ad Doctoratum. et nous feroienl des docteurs pas latins, qui ne sauroient ni lire ni écrire '.

i. Le procès de la Faculté avec les chirurgiens barbiers

36 (.l'Y PATIN

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<^> ij juillet i65j. — M. de Solignac ne m'a jamais fait peur ni envie ; mais il s'est vanté qu'il ne voulait point taire de visite qu'on ne lui avançât une demie pistole ; et vouloit être pavé avant le coup, comme les bourreaux. Il faisoit des ordonnances de trois pages in gratiam pharmacopeorum, ut possel sibi perfidam istam gentem demereri.

5 octobre. 2 3 novembre et / décembre 1 65 >y. — Jeudi prochain nous avons une thèse touchant le thé. dédiée à M. le Chancelier qui a promis d'y venir. Le portrait dudit Seigneur y sera, qui a coûté trente pistoles à graver.

Le Mis d'un chirurgien nommé Le Large en dédiera pareillement une autre au sieur Guenaut, mais je ne sçai s'il permettra que l'on y mette son portrait car ce seroit une laide chose : il ressemble fort à un singe, ou à un magot et à une guenon.

Il y a ici une grosse querelle entre Guenaut et Valot. Ce sont deux méchantes bêtes. Le public n'y perdroit rien s'ils s'étoient mangez tous deux. aut mutuis vulneribus se confodissent.

Nous avons ici notre maître Guenaut fort malade d'une rétention d'urine qui ne lui est venue que d'avoir fait la débauche et d'avoir bu du vin d'Espagne qui lui a picoté la vessie. Si c'étoit un homme de bien il en pourroit mourir, mais comme

tient une place considérable au tome XIV des Commentaires de la Faculté, pendant le décanat de Blondel. L'arrêt coûta cher à obtenir: Blondel transmit la dette à son successeur Morisset (voir page 125, et La Présidence des thèses de doctorat au temps de Guy Patin. Passe para-médical. 1010, n° 6).

MÉDISANCES t I I VLOMNIES PROI ESSIONNELLES 3y <*C3°3C3°3C3°3C3<*c^o3C3o9(3c8c^^

il ne vaut rien, Dieu le laissera ici plus longtemps pour lui donner le loisir de s'amender.

i îuenaut est fort embarrassé de son mal : il pisse mieux qu'il ne faisoit par ci-devant, mais ce n'est jamais sans douleur, Inde suspiciu calculi in vesicâ latentis. Ht en cas qu'il ait la pierre, il ne sait s'il doit se faire tailler ni par qui. vu que le roi des tailleurs est mort, qui étoit feu M. Colot. Si cette maladie l'emporte à la fin, nous avons ici vingtcinq ou trente petits coquins qui deviendront bien penauds et à qui l'oreille baissera bien. Il à la tète d'or et d'argent, car il ne parle que de cela ; hoc union habet in votis, mais le reste est de terre et de fange.

^§=> i\> novembre i65j. — Les carabins de Saint- Cosme n'ont osé venir à la preuve de leurs prétendus privilèges au Parlement.

C'est une race de médians coquins, bien cxtravagans, qui ont des moustaches et des rasoirs et outre cela disent qu'ils ont des secrets contre la vérole. Talibus officiis et verbis mendacibus s tu l ta plebccula deluditur.

iH juin i658. — M. de Lorme, médecin de Cour et surintendant des Eaux de Bourbon y est mort : il n'étoit pas ignorant, mais grand charlatan et effronté courtisan.

<=$=> L>4 septembre i658. — Bourdelot n'est guère mieux à ce que m'en ont appris deux des nôtres qui l'ont quitté pour ses inepties. Il est tout atra-

bilaire de corps et d'esprit, sec et fondu, qui dit que tout le monde est ignorant, qu'il n'y a jamais eu au monde de philosophe pareil à M. Descarte.v que notre médecine commune ne vaut rien, qu'il faut des remèdes nouveaux et des règles nouvelles, que tous les médecins d'aujourd'hui ne sont que des pédans avec leur grec et leur latin, et qu'ils n'ont pas l'esprit de s'attacher à la recherche de quelques remèdes non vulgaires, quorum novitate capiantur et alliciantur cegri, qui volunt decipi.

■=$=> 10 décembre i658. — Champier valoit cent fois mieux que ce Cornes Archialron d'aujourdhui ' qui nihil est aliud quam ignarus et itieptus, nebulo, magnus agyrta, qui fait l'entendu par l'authorité que lui donne sa charge, et dans laquelle il n'est entré que par une grande porte dorée -,

Il importe aux gens de bien que l'on sçache qui ont été ces trois hommes Héroard, Vautier et celuy-ci et comment on choisit les médecins à la Cour.

i3 may i65g. — Notre des Fougerais, M. Elie Beda est allé à Bourbon, mais il est malaisé qu'il en reçoive grand soulagement. Il a été homme fort déréglé toute sa vie: il buvoit beaucoup et du vin tout pur.

i. Antoine Vallot.

2. Allusion à la somme que Vallot avoit, disoit-on, versée à Mazarin pour obtenir la charge de premier médecin du Roi. Cornes archiatron.)

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Ce seroit grand dommage de lui, à ce qu'il dit. Noire siècle est plein de charlatans in uirâque mater iâ medicâ et politicâ.

<=g» i3 juillet 1660. — J'ai vu un malade depuis trois jours que Picoté de Belestre avoit entrepris de guérir et d'où il a été chassé ignominieusement.

Je vous le dis en vérité, ce n'est qu'un malheureux coquin, fort étourdi, bien ignorant, nequidem medicus sed plané mendiais '. Il est si gueux qu'il en feroit pitié s'il n'étoit fou et que la tête lui tourne de vanité 2. 11 cherche des amis qui luv donnent aide et secours pour envoyer ses enfans en Amérique, n'ayant point moyen de les nourrir. Ht certes s'il gagnait beaucoup il seroit bien heureux, il vivroit d'un métier où il ne connaît rien.

3 août 1660. — Les chirurgiens ont fait dresser une chaire à présider dans Saint-Côme en leur grande salle ; notre Doyen s'y est opposé et a présenté requête contre eux ; il a les conclusions du Procureur général, lesquelles portent que la chaire sera ôtée. Cela fera connoître à la postérité l'obstination et la malice de ces laquais bottez qui briguent pour être nommez chirurgiens de robe longue, ou médecins de courte robe, aussi bien que de courte science.

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