‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 28 sur 76 · II. Guerre à l'Antimoine · texte numérisé non relu

II. Guerre à l'Antimoine

<=§*> <V janvier i65o. — Le vin émétique pour l'ordinaire n'est ici que l'infusion de Crocus metallorum dans du vin blanc. Pour le Gobelet d'Antimoine il v a plus de vingt ans que j'en ai veu ici. et mcme feu M. Guenaut en avoit un dont il se servoit quelquefois aussi. Il en est mort à la fin et de la main propre de son cher oncle, qui ipse mihi narravit et qui en a bien tué d'autres à l'imitation de son fortuné ami l'archiatre.

6 décembre i65o. — Nous avons perdu ici M. d'Avaux, frère de M. le président de Mesmes. 11 étoit revenu de Fontainebleau malade d'une lièvre continue avec une fluxion sur le poumon. Notre compagnon M. Piètre le soignait.

Quelque parent y amena M. Vautier lequel promit de le guérir. Le pauvre homme avala l'antimoine sur la bonne foi et la qualité de M. Vautier. Une heure après il commença à crier qu'il brùloit

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et qu'il voyoit bien qu'il étoit empoisonne. 11 mourut en vomissant trois heures après l'avoir

pris.

<=§=> 6 décembre i65o. — Madame la Princesse douairière est fort malade à Châtillon-sur-Loing.

On dit ici que son médecin (menant qui est un grand empoisonneur chymique) lui a l'ait prendre trois fois de l'antimoine, mais je ne la tiens pas encore échappée pour cela. Je sçai bien qu'il est hardi joueur et téméraire entrepreneur.

Ce même jour vendredi 2 décembre mourut après avoir quatre fois pris de l'antimoine de la main de Guenaut, grand empoisonneur chymique, Mme la Princesse douairière à Châtillon-sur- Loing, âgée de 55 ans. Il n'v a que douze jours qu'il écrivoit à M. Yautier qu'il falloit avouer que l'antimoine est un grand secret pour les grandes maladies, et le vrai remède des princes. Plut à Dieu que tous les princes qui nous font mal, en eussent pris autant qu'elle.

^<=> 3o décembre i65o. — L'antimoine fait ici beaucoup d'homicides tous les jours; il a fraîchement tué M. d'Avaux, plénipotentiaire cidevant à Munster; et depuis trois jours Mme Gazeau, Mme de Gilliers et M. de Mirepoix, sans compter ceux quos fama obscura recondit. L'on dit même que Mme la Princesse douairière se meurt d'en avoir pris quatre fois par l'ordre de Guenaut, lequel n'épargne personne.

Gl ERRE V L'ANTIMOINE 53

<=S» 5 juillet i652. — I lier est mort dans son lit d'une fièvre continue maligne, le sieur Vautier qui était le Premier Médecin du Roi, et le dernier du Royaume en capacité. Et afin que vous sachiez qu'il n'est pas mort sans raison, il a pris de l'antimoine par trois fois, pour mourir dans sa méthode par le consentement et le conseil de Guenaut.

S'il fût mort il y a sept ans il auroit épargné la vie à plusieurs honnêtes gens qu'il a tuez par son Antimoine.

11 diboit que les médecins de Paris avoient raison de dire que l'antimoine étoit un poison, mais qu'après sa préparation il ne l'étoit plus: néanmoins cette bonne préparation lui a manqué.

2 y juin i653. — Constat enim slibium esse venenatum. Les fourbes qui se vantent de sa bonté ne sont point si traitres que d'en prendre lorsqu'ils sont malades. Vautier en prit l'an passé, mais il en trépassa aussi '.

<=§« i>5 novembre i653. — L'antimoine est ici fort décrié. La troisième fille de Guenaut fut enterrée le 18 de ce mois, âgée de 21 ans. Elle est morte en couche de son deuxième enfant ; son bourreau de père est si méchant qu'en cette der-

1. La haine de Patin contre l'antimoine l'aveugle à tel point qu'il ne se rend pas compte qu'il se contredit ici d'une façon grotesque. <.< Vautier n'est pas si traitre que d'en prendre, et il en prit l'an passe. » Voilà de singulière logique.

nière maladie, elle a par ses ordres pris six fois du vin émétique. Je pense que cet homme est enragé ou qu'il a le diable au corps.

La plupart des familles se plaignent de ce poison: néanmoins Guenaut et quelques autres se piquent d'en donner, et disent en se mocquant: « // n'est pas si mauvais que l'on dit. S'il n'est bon pour ceux qui en prennent, il est bon pour leurs héritiers ' . » [1s se jouent de la vie des hommes pour l'impunité qui règne partout. Dieu nous garde tous deux de telle drogue et de tels médecins.

«S» 25 novembre i653. — Le Comte d'Alais étoit le plus sçavant gentilhomme de France. 11 avoit chez lui un médicastre chymiste qu'il avoit emmené de Provence, qui dit. vovant son maître malade, que ce n'étoit rien. Comme le mal augmenta, on y appela un des nôtres, qui dit que c'étoit un catharre suffoquant et qu'il le falloit saigner au plutôt et avoir du conseil, ce que le Provençal refusa d'abord, et puis après y fit venir deux ouvriers tels que lui, qui lui donnèrent de l'antimoine eu jus vapore maligno statim ext inclus fuit, et per stibium sligias ebrius hausit aquas.

Il n'a été que trois jours malade. Ainsi par poi-

i. « Bone Deux! Pendant la fermentation calomnier à dire d'experts. Concedo ». a dit Beaumarchais imitant le style de Guy Patin. Le doyen ne se doutait pas qu'il serait lui-même accusé plus tard par un médecin allemand, nommé Axtius, d'avoir voulu empoisonner son propre fils avec l'antimoine. C'est d'ailleurs de pur roman, débité dans une lettre jointe à un traité de Arboribus coniferis, publié à Gênes en 1679.

LrjVlS DE VALOIS COMTE d'aLAI^ COLONNEL

de la Caualcric Icoere de franee, gouverneur: et lieutenant

ceneral pour lu Rcy en. prouence.

pour in Kcy en pr (Gravure de Montcornet.)

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