GUERRE A L'ANTIMOINE
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son chimique passent les Princes en l'autre monde ; mais il n'y a pas Je quoi les regretter bien tort, puisqu'ils le veulent bien ; volenti enim et patienti non fit injuria.
3o décembre i653. — Il est mort ici une très riche veuve, .Mme de Bretonvilliers. File eut quelque tremblement et se plaignit de la tète. On lui donna un lavement laxatif dans lequel on ajouta quatre onces devin émétique; cela la lit aller par le haut et par le bas. De plus on lui donna de ce même poison par la bouche, il s'en suivit une tort grande évacuation ; elle mourut au même lieu en six heures.
Les charlatans allèguent qu'elle avoit un abcès à la tête ; si cela étoit (mais elle n'a pas été ouverte) on lui a donc très mal à propos donné de l'antimoine. Les quatre opérateurs turent Yignon, Guenaut, des Fougerais et le Gazettier.
<=^ 6 janvier 1654. — Je me suis trouvé ce matin chez un hidropique en consultation, où un frère Frappard de Capucin m'a demandé si le vin émétique ne seroit pas bon à ce malade. Je lui ai sur le champ et en peu de mots répondu que le vin n'étoit jamais bon à tels malades et qu'en tant qu'émétique il étoit poison très pernicieux.
Sur quoi un des parents du malade présent a dit nettement en ma présence et sérieusement : « .Messieurs les .Médecins ne se servent plus de vin émétique que sur leurs femmes lors qu'ils s'en veulent défaire pour en prendre de plus jeunes. »
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«§t> /(j um7 /6Vy. — Depuis deux jours Guenaut et des Fougerais ont donné de leur vin émétique à un .Maître des Comptes nommé de la Grange, lequel en mourut dans l'opération. Tout cela fait ici bien du bruit, aux dépens de la réputation de ces deux bourreaux qui ne s'en soucient guères. Nulla enim pœna in /aies nocentes a judicibus statuta est prœter infamiam.
<=%* 21 janvier i655. — M. le Garde des Sceaux, par ci-devant premier président, est mort ce matin d'un choléra morbus ' avec 1 antimoine que Guenaut, Rainssant et Valot lui ont donné.
<=§» 21 avril i655. — Un méchant et infâme est Le Fevre, soi-disant médecin de Troyes, bailleur de petits grains lequel en donna au cardinal de Richelieu . 11 mourut le i5 de ce mois à Troves de deux prises de vin émétique qu'il prit le jour d'auparavant. 11 s'est traité lui-même comme il traitoit les autres et en a bien tué en sa vie avec ses petits grains qui étoient de l'opium fardé et déguisé.
<=S~ 21 juin i655. — Le gazettier Eusèbe Renaudot, auteur de l'Antimoine, justifie là tout fraîchement et fait triompher, par une étrange rencontre, M. de Bautru-Sery, fils aîné du vieux Bautru, qui avoit épousé la fille de feu Al. de la
i. Il est étonnant que Patin semble admettre ici le choléra comme cause adjuvante du décès.
Gl ERRE A l'an I [MOINE 5j
Bazin 1ère, trésorier de l'Épargne. Cette femme encore toute jeune, grosse de son troisième enfant et étant en travail, afin d'accoucher, disoit-il, plus
aisément, lui donna un verre de vin émétique, dont eile mourut sans accoucher, et n'accoucha que de la vie.
c^ juillet i655. — L'antimoine ne dit plus ici mot ; on ne parle point d'en donner, et comme personne n'en donne, personne n'en meurt. Sic peribit ejus memoria cum sonitâ.
Les sonneurs y ont autrefois profité davantage, car il en a bien fait enterrer.
3o avril i656. — Ce grand homme Simon Piètre mourut l'an iiJiX âgé de 54 ans; hélas, j'en aurai demain autant et je ne mérite pas d'être l'écolier d'un si grand homme. Il a été propre frère de la mère de M. Riolan et fils d'un autre Simon Piètre, lequel mourut l'an 1584.
In eu jus Decanatû anno 1 566 latum fuit decrelum contra stibium tanquam venenatum.
O beau décret. que n'as-tu toujours été bien gardé !
«=3» 5 décembre i656. — Le vin émétique donc joue des siennes à Lyon comme à Paris. Quelquesuns de vos docteurs en ont donné à leurs femmes qui n'en prendront plus jamais. Elles en sont toutes mortes par la grâce de Dieu, et quelques-uns d'iceux en ont pris de plus jeunes en leur place.
Guenaut en a fait porter trois fois le deuil à sa
famille, et en a tant tué en divers endroits qu'il n'en ose plus proposer nulle part.
<=5^ 16 février i65j. — Il y a quinze jours la duchesse de Mercœur, nièce de Mazarin, était en couche. Avant-hier la jambe lui devint paralitique: cette nuit elle est tombée en apoplexie. On lui a donné de l'antimoine, et elle est morte tam a morbo quam a veneno. Valot, Guenaut et l'Esprit lui ont donné trois fois de l'antimoine, je pense que c'etoit de peur qu'elle n'en rechapât; si elle en fût rechapée, ils auraient tâché de la faire canoniser.
<=§=> 2 juin i65j. — M. du Gué de Bagnols étoit un des chefs du parti des Jansénistes. 11 a tant jeune et tant fait d'austéritez qu'il en est mort, et de peur qu'il n'en échapât, Guenaut et un des Gazettiers luy ont donné du vin cinétique dont il est mort dans l'opération.
<=§» 16 octobre i65y. — Il est ici mort un conseiller de la Grande Chambre, nommé Gratian Menardeau qui étoit un très inique juge et des plus corrompus de son métier. Il est mort ex suppressd podagrà qu'il avoit bien méritée, et d'une suppression d'urine, supra renés. Pour de laquelle le délivrer notre Maître du Clédat, autant ignorant que charlatan, après l'avoir fait bien saigner et purger, lui a fait avaler deux fois du vin émétique de peur qu'il n'en rechapât, alléguant qu'il ne savoit plus que lui faire et qu'il ne lui a ordonné que comme son dernier sacrement.
',i i rre \ l'antimoine 5g
i S décembre i65y. — Mme de Roquelaure n'étoit âgée que de 20 ans. Elle est morte tertio die a parlu, ensuite d'une prise de vin émétique que Yalot lui a donnée, dont on crie fort contre lui.
24 décembre i(>5X. — Il va chez M. le président de Mesmes, un terrible deuil pour la mort de l'ahbé de Mesmes, et l'on y déteste bien le vin émétique qui leur a ôté un grand fils de 26 ans et 25.000 livres de rentes en deux abbayes.
Quand Guenaut eut reconnu que ce poison avoit rallumé la fièvre et donné le grand assoupissement duquel ce pauvre abbé est mort, il lui fit boire du lait de vache trois jours durant, et puis après de la ptisane laxative de séné tout pur qui fit rage de vuider ; mais il n'en fut jamais soulage.
Copiosœ istœ dejectiones tantum valent quantum levant. Xo?i est reposita artis ?wstrœ dignitas in perpétua cacatione. Yenenum emeticum tetram labem impresserat visceribus, quœ deleri non potuit.
Il faut que Guenaut ait perdu l'esprit d'avoir recours au lait en ce cas-là, quod fuit alterum venenum.
4 mars i05g. — Le même jour mourut ici le pauvre M. Morin, Père de l'Oratoire, le troisième jour de sa maladie, à qui Guenaut fit avaler impitoyablement quatre onces de vin émétique, hérétique ou énétîqùT.
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<^> 6 juillet 1660. — Un des nôtres, nommé M. Morisset, traitoic un riche bénéficier âgé de
28 ans. Guénaut y fut appelé à l'insceu de Alorisset ; il dit qu'il le guériroit avec deux verres de ptisane laxative; il ordonna donc deux apozèmes chez l'apothicaire.
Le malade nan prit qu'un, a quo mullo dejecit. Guenaut qui vit cette grande opération dit qu'il étoit guéri et qu'il falloit qu'il prît encore le lendemain matin l'autre verre et dit aux parens qu'il leur avoit parlé de ptisanne laxative, mais que c'étoit du vin émétique: qu'il leur avoit caché de peur qu'on l'empéchàt de si bien faire et s'en alla.
Une demi-heure après le malade se trouva mal; on courut chercher Guenaut qui ne demeure qu'à 400 pas du malade; il y vint et le trouva mort. Les bénéfices sont perdus. Toute la famillle crie et se plaint fort de lui.
Ier février 16G1 . — Il mourut ici il y a trois jours, un président des Monnoies, nommé M. le Tanneur, d'une apoplexie où un apoticaire lui donna du vin émétique. Les apoticaires s'en mêlent encore, et les médecins n'osent plus en donner de peur de se décrier davantage.
<=§^ 4 may i663. — En moins d'un mois le vin émétique, donné de la main de M. Guenaut, a tué ici quatre personnes illustres, sçavoir : Mme la présidente de Nesmond, la présidente de Brion, M. Colbert de Saint-Pouange et la marquise de Richelieu.