‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 37 sur 76 · Ne croirait-on point ouïr Sganarelle · texte numérisé non relu

Ne croirait-on point ouïr Sganarelle

semble que je n'en ai point encore assez. Je suis bien ayse qu'ayez une petite fille. Nous n'en avons qu'une, laquelle est si gentille et agréable que nous l'aimons presque autant que nos cinq garçons '.

20 may 164.8. — Pour les Arabes je vous en dirai mon sentiment. Pour la doctrine tout ce qu'ils ont de bon, ils l'ont pris des Grecs. Pour leurs remèdes, ils ont vécu en un temps qu'il y en avoit de meilleurs que du temps d'Hippoerate, mais ils en ont bien abusé, et ont introduit cette misérable pharmacie arabesque et cette forfanterie de remèdes chauds, inutiles et superflus.

A quoi bon toutes ces compositions, tous ces altératifs sucrés et miellez contre l'abus desquels les plus sçavans hommes de l'Europe se sont déclarez et élevez depuis tantôt cent ans. Cela n'est bon qu'à échauffer un malade et à faire faire des parties à l'apothiquaire pour lui couper sa bourse.

Nous guérissons plus de malades avec une bonne lancette, et une livre de séné que ne pourroient faire les Arabes avec tous leurs syrops et leurs opiates. C'est la doctrine des indications qui fait vraiment paroître un médecin ce qu'il est, et c'est ce dont nous avons l'obligation entière aux Grecs, lesquels, s'ils n'ont point connu le séné et la casse, ce n'est point leur faute, mais leur malheur.

<^ 10 octobre 1648. — Pour le bézoar du Gazettier, c'est une fort belle drogue. Les quatre sai-

1. Dans son curriculum vitee, Patin ne parie que de quatre garçons, dontdeux seulement sonteonnus, Robert etCharles.

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gnées ont sauve la vie au Roy, encore dit-on qu'il n'a point pris de bézoar.

Cet homme n'est-il pas bien ignorant de nous dire que le Roy a guéri après avoir pris du bézoar. Hoc post hoc, ergo propter hoc. La conséquence n'en vaut rien du tout '. Cet homme raisonne comme si nous étions des bêtes.

^=> 1 8 juin 164g. — Si vous voulez empêcher que les apoticaires n'empiètent rien sur vous, il faut que vous les fassiez souvenir du Médecin charitable2 avec lequel, lorsqu'il ne valoit qu'un sol ou deux, nous avons ruiné les apoticaires de Paris. Faites-leur entendre qu'il y a chez les épiciers de la casse, du séné, de la rhubarbe et du syrop de roses pâles avec lesquels remèdes nous nous passons d'eux.

<=§~ 12 aoust 164g. — J'approuve fort l'usage du bain d'eau tiède in diathesi calculosâ, après les grands remèdes comme vous faites. Mais je pense que le meilleur de tous, et le plus grand secret qui soit en cette affaire est vînt privatio, vu que le vin est la chose du monde la plus propre à engendrer du sable et de la pierre.

C'est la raison qui m'oblige à ne boire que de l'eau ou du moins du vin bien trempé, ayant peur aussi de la pierre qui est Litteratorum carnifex.

1. Patin oublie qu'il raisonne exactement pour la saignée comme le Gazettier pour le bézoar.

2. Ouvrage de Guibert auquel Patin avait collaboré. Il en avait été publié une édition latine qui lui avait été dédiée.

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