FRONTISPICE DL' MEDECIN CHARITABLE
THERAPE1 riQUE PERSONNELLE DE PATIN J[)
Avec cela cinq ou six bonnes saignées de précaution par an, et autant de breuvages faits de casse et de séné avec une once de syrop de roses pales achèveront et accompliront le mistère d'une parfaite santé.
<=?t> ^ février i65o. — Mon beau-père a pensé mourir ce dernier mois, mais il a encor obtenu quelque terme de la Parque, lui cette dernière attaque il a été saigné huit fois des bras, et chaque fois je lui en ai fait tirer neuf onces, quoi qu'il ait Ko ans; c'est un homme gras et replet. 11 avoit une inflammation de poumon avec délire, et outre cela il a la pierre dans les reins et dans la vessie.
Après les saignées je l'ai purgé quatre bonnes fois avec du séné et du syrop de roses pâles dont il a été si merveilleusement soulagé que cela tient du miracle, et il semble qu'il est rajeuni.
Il en témoigne bien du contentement, mais quoi qu'il soit fort riche, il ne donne rien non plus qu'une statue. La vieillesse et l'avarice sont toujours de bonne intelligence. Ces gens-là ressemblent à des cochons qui laissent tout en mourant et ne sont bons qu'après leur mort, car ils ne font aucun bien pendant leur vie. Il faut avoir patience ; je ne laisserai pas d'avoir grand soin de lui.
^ft> i<) avril i65o. — Votre M. de la Guilleminière ' a tort de vous accuser d'avoir purgé votre malade le quatrième jour, vu que cette entreprise
i. Il s'agit de Guillemin, médecin de Lyon.
Gl Y PATIN
vous a réussi et au malade pareillement. Il e^t mal
ié de dire que de purger le quatrième jour soit contre la doctrine d'1 lippocrate et de Galien. Tur génie materid. quotidie lieei purgare. Ce que vous avez donné pour le purger n'a été qu'un minoratif et les Anciens en avaient de semblables au commencement des maladies.
Je suis honteux de l'innocence de cet homme qui croit si simplement qu'on n'oseroit purger avant le septième. Depuis vingt-six ans je l'av entrepris plus de cent fois et toujours avec bon succez. Feu M. Nicolas Piètrequi a été mon bon maître, mais à dire vrai un homme tout à fait incomparable, m'en avoit montré l'exemple. Et comme un jour en pareil cas, l'an i633 je luy alléguay l'aphorisme 22 du premier livre, il me répondit en peu de mots: « C'est un bel aphorisme, mais il n'en faut point abuser. Nos malades n'ont que faire de nos disputes scholastiques ' ».
<^> 16 septembre i65o. — Pour empêcher les taches de la petite vérole, nous nous servons ici fort fréquemment de l'huile d'amandes douces tiède tirée sans feu, et feu M. Piètre en faisoit grand état. Mais je pense que le meilleur remède de tous est de saigner hardiment dès le commencernent du mal, ad contemperandum fervorem et extinguendam acrimoniam sanguinis exhuberantis ex utrdque basilicd: et d'estuver les douze
1. Il semble, d'après cet exposé de ses principes, que Pierre avait infiniment plus de bon sens médical que son élève Patin.
THÉRAPEUTIQUE PERSONNELLE DE PATIN 8l
premiers jours du mal les yeux et le visage du malade, ex aquà optimâ tepidâ, quakm habemus sequanicam ', afin de procurer l'évaporation de cette humeur maligne enfermée sous la peau. Je m'en sers très heureusement, non omissis frequeniibus enematis, neab excrementorum copia supramodum sordescant viscera, a quibus iota Ma fœtida eluvies in habit uni corporis deponitur atque effunditur.
Après l'huile d'amandes douces, la pommade de lard fondu, et l'eau de roses est ici fort en usage. De aquà millefloruni, nihil audivi.
<=§<=> 7 mars i65i . — J'ay aussi vuidé autrefois des urines rougeàtres et noirâtres, comme de la
i. A cette heureuse époque l'eau de Seine passait donc encore pour pleine de vertus. Il n'y a guère plus de 5o ans qu'elle les a perdues définitivement. Cependant les Registres des délibérations du Bureau de la Ville témoignent que la Seine servait alors aux Parisiens de décharge publique. Chacun allait vider ses ordures au port voisin, si bien que les bateaux ne pouvaient se mettre à quai pour décharger leurs marchandises. L'approvisionnement de Paris se faisait alors surtout par eau ; notamment par les bateaux des gens de Corbeil qui portaient le nom de corbillards.
Le 23 octobre i5g8 le Bureau de la Ville donnait commission à « Anthoine Le .Maire voicturier par eau » pour le nettoyage du port de l'École (à la hauteur du Pont Neuf, sur la rive droite). « Attendu qu'il s'est faict amas sur lesdicts portz depuis la Vallée de Misère jusqu'à la Porte Neut've de grande quantité d'ordures et d'immondices provenant tant des basteaux chargez de marchandises qui y arrivent ordinairement que des bourgeois qui v font porter de leurs maisons, la plus part des quelz les jectent dedans la rivière, ce qui est defTendu par les ordonnances,
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lessive, quelquefois même de purulentes, mais la nature a tout surmonté et je ne m'en sens en aucune façon.
Je me tais saigner cinq ou six fois l'an et prends autant de médecines telles que les vouloit défunt M. Nicolas Piètre, homme incomparable, sçavoir avec l'infusion de trois dragmes de séné et une once de syrop de roses pâles que je fais faire exprès dans ma maison pour mon usage et celui de mes plus précieux amis. Je bois peu de vin. mais beaucoup d'eau.
cf~ 21 avril i65i . — Pour vos douleurs néphrétiques, je ne pense pas qu'il y ait deux meilleurs
et qui peult causer une infection dedans ladite rivière pour engendrer des malladies, joinct à i'empeschement que cela apporte à la navigation et qu'à faulte de commettre quelqu'un pour nettoier lesdicts portz. les dictes immondices augmenteront...
« Il nous pleust luy permettre de nettoier et taire nettoier les boues et immondices... et rendre ladicte place nette à la charge qu'il pourra prendre et recepvoir de chacun basteau. tant grand que petit, chargé de marchandises, la somme de six sols tournois. » [Arch. nat., 11. t885.)
Dans son Paris Ridicule, Claude Le Petit réserve à la Seine quelques-uns de ses couplets ironiques et licencieux qui le conduisirent un beau jour en place de Grève.
Vous Madame la mal nommée Qu'on meta sec avec un seau, Qu'on bride avec un batardeau Comme un bourg avec une armée ; Vous que l'on peut boire et manger Et dans qui se vont descharger Mille tombereaux d'immondices, Cachez vous, laide; je voudrois Du jus de quatre chaude pisses Faire un ruisseau plus sain cent lois.
remèdes au monde, tant pour la précaution que pour la guérison, que les deux que Galien a tant recommandez dans les fièvres continues :pXe(3oro|jua xat <|>uypo7coffi'a, la saignée et la boisson d'eau froide; sans ces deux secours on ne peut rien avancer.
La saignée arrête la lluxion et apaise la douleur. L'eau froide éteint le ieu et arrête l'inflammation. Le vin est l'ennemi des reins, qu'ils ne peuvent souffrir. Abstenez-vous-en et attendez d'en boire que je sois à Lyon ou que vous soyez à Paris.
Je souhaiterois au moins pour vous en désaccoutumer petit à petit que vous ne bussiez que de l'eau à déjeuner et à souper, à chacun de ces repas trois grands verres. L'eau froide et pure est merveilleusement amie des reins et de la vessie. Pour le dîner vous boirez un petit de vin avec huit fois autant d'eau ; j'entens vin de païs, blanc ou clairet, il n'importe. Mais j'exclurois de votre table tout vin de Bourgogne, de Coindrieu, de Grave, et tout celui qui vient de Guïenne ou du Languedoc. Si vous pouviez ne boire que de l'eau, ce seroît encore mieux, et en ce cas vous n'auriez que faire de penser aux eaux minérales d'Auvergne, de Vichy ni de Saint-Myon. Je crois que la meilleure ne vous vaut rien, puisqu'elles sont diurétiques et qu'elles charrient à la partie affectée.
Les deux remèdes que je vous ai dit avec les fréquentes purgations de séné, casse et sirop de roses pâles, avec le demi bain y feront plus que toutes les eaux minérales de France, et vous pourrez facilement obtenir à Lyon ce que vous ne trouverez pas en Auvergne.
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Si vous allez à Vichy pour essayer de ces eaux, préparez-vous auparavant fort exactement pour leur usage, et quand même vous les rendriez fort bien, prenez garde qu'elles ne vous soient un bien présent et un mal à venir, car, étant chaudes et purgatives, elles me sont fort suspectes, et je crains qu'elles n'augmentent l'intempérie chaude des viscères.
Pour le fromage, il est remarquable que tout le monde en dit du mal '. Hippocrate même l'a condamné. Pour moi je n'en use jamais et je ne l'aime point. Et néanmoins les Suisses en mangent beaucoup et ne sont guères sujets à la pierre.
3 novembre i65i. --Je suis bien aise que vous ayez réussi en l'ophtalmie de M. A. et hoc summo jure, car vous y avez employé le vrai secret, qui est la saignée. Toute la chymie n'en a point de meilleur.
«=5» ig octobre i655. — Le bon homme Gassendi a mieux dormi la nuit passée qu'il n'a fait par ci-devant. Unicœ venœ sectioni salutem suam adscribit. mais il reconnaît bien que le soulagement qu'il en a ne peut durer longtemps, propter vîtium partis quod superesi.
22 février i656. — Je viens de consulter avec M. Moreau pour une dame Lorraine qui a eu trois fois la peste et qui ressent des douleurs à
i. A l'exception de Sganarelle, dans le Médecin malgré lui.
tous les changements de temps aux endroits où elle a eu des charbons et des abcès pestilcns. Nous l'avons renvoyée à la saignée, à la fréquente punition, au bain d'eau tiède, au lait d'ânesse, et à un exact régime de vivre qui la rafraîchisse et l'humecte, car elle est toute de soulfre, fort sèche et presque hectique.
C'est une chose pitoyable de voir comment le peuple abuse des remèdes. Les propriétés spécifiques comme celle du harang contre la goutte, sont des brides à veaux ' et des illusions d'empiriques.
<=§e> 26 mars iG5j. — La coqueluche avec fluxion sur la gorge a été ici fort commune, mais peu de gens en sont morts, à cause qu'ils ont été saignez de bonne heure.
25 mars i65j. — M. le premier Président est ici fort malade ; il a été saigné pour la sixième et septième fois; au commencement il ne le vouloit point être, mais de présent il ne demande pas mieux, et dit qu'il voit bien qu'il ne peut guérir que par là. Tandem bona causa triumphat.
M. le premier Président fut encore saigné hier pour la dixième fois. Les médecins qui l'entourent et l'obsèdent délibérèrent de lui donner quelque petit purgatif, se sentant parvenus au 8 8e jour). Enfin ils lui en donnèrent un qu'on dit être casse, séné et manne. A quo longé deterius habuit, de
i. C'est-à-dire choses absolument superflues : veau était une injure fort usitée aux xvil* et xviii* siècles.
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sorte qu'il a fallu le ressaigner cette nuit, ne suffocaret.
Je ne dis rien du temps qu'ils ont pris, mais je suis bien certain que la manne est un tort mauvais remède in tali morbo et tali œgro.
Nous n'en avons point de naturelle, ce n'est que du miel, du sucre et de la scamonéc : Siticulosum medicamentum, malignitaiis argumentum, qui n'est nullement propre à un corps bilieux comme celui-ci.
<=§■=> 26 mais i65j. — M. de Bellièvre, premier président, est mort par sa faute toute pure et l'ignorance de ses médecins. C'étoit un homme voluptueux, sanguin, pléthorique qui haïssoit la saignée et qui ne croïoit guères aux règles de notre profession.
Trois mois avant que de mourir, il fut attaqué de la goutte, à laquelle il étoit sujet et ne fut point saigné à cause qu'il faisoit froid. Voïez la belle raison de Valot, qui le llatoit ! La saignée lui étoit nécessaire et encore plus en hyver que la transpiration des humeurs est arrêtée.
Etant échappé de sa goutte sans seigner, il luy vint des érysipèles par le corps, qui étoit une marque que le sang lui bouilloit dans les veines. Cela s'effaça avec quelques topiques.
Six jours après, un grand rhume le saisit dans cet état pléthorique où il étoit, et il ne fut point saigné. Il dit seulement qu'à la fin de son rhume il se feroit purger ; ce qu'il fit à très mauvaises enseignes, car ce purgatif troubla et bouleversa
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tout. Dans ce désordre de sa santé, la lièvre continue le saisit, avec une fluxion sur la poitrine, qui le mirent au lit.
11 avoit en sa maison un nommé Tevenin, neveu de l'oculiste, qui se dit médecin : je pense que c'est in partibus injidelium. 11 adhéroit à son hérésie de ne pas saigner parce qu'il faisoit trop froid. Valot y vint incontinent avec deux autres. Ils l'ont t'ait enfin saigner plusieurs fois, mais il n'étoit plus temps. Les pauvres gens des hôpitaux sont mieux traitez. Le huitième, ils lui donnèrent quelque purgatif dont il fut plus mal.
Il fallut le resaigner, et parce qu'il se plaignoit de grandes douleurs dans le corps, ils lui donnèrent du laudanum, qui n'est que l'opium ou plutôt un poison déguisé, et après, afin qu'il eut tous ses sacremens, ils lui firent prendre du vin, ou venin, émétique.
Cela ne fa pas empêché de mourir et n'en empêcha jamais personne.
<=$o (V may if>5j. — L'hématophobie est une dangereuse hérésie, et laquelle laisse mourir bien du monde qui en pourroit réchapper. Je m'étonne comment les Allemands ne se corrigent pas de cet abus si étrange et qui leur est si fort préjudiciable.
<^> 26 mars i658. — Votre religieuse a encor besoin d'être saignée et purgée, et de lotion des pieds trois fois la semaine, et même de ïartèriotomie à la tempe si cette cruelle douleur de têteluy
dure. Klle a aussi besoin de fréquentes purgations avec le séné, la rhubarbe et le sirop de roses paies dans une décoction rafraîchissante pour prévenir l'hydropisie.
«^ 3 janvier i65g. — I! est ici force malades de lièvres continues, d'inflammations de poumon, rhumatismes sur la poitrine avec mal de côté et crachemens de sang. La fréquente saignée les soulage fort, mais ce n'est point du sang qu'on leur tire, ce n'est que de la boue et encore quelque chose de pis, miserum tabum, qui est capable de tout miner et de tout perdre par la gangrène qu'il peut mettre dans le poumon et même dans le cœur.
14 juin i65g. — Nous avons ici quantité de fièvres continues avec douleurs de côté, crachemens de sang, pleurésie, et inflammations du poumon. Ils ne sont soulagez que par la saignée, car ce n'est point du sang qu'on leur tire, ce n'est que de la boue.
22 juin 1660. — M. Simonet est tin et rusé, comme un fin vendeur de perles et un jouallier rafiné ; je l'ai quitté ce matin, il est fort content de moi ; je l'ai fait saigner hardiment cinq fois, tam in nephreiico dolore quam in arthritico, qui ut moris est, priorem subsequutus est.
Il n'a point avalé d'huile d'amandes douces, et n'a usé d'aucun secret, car je n'en sçay point. Je n'en demande qu'un à Dieu, nempè bene medendi
methodum ', quœ est arcanum artis maximum. et secretum secretorum secretissimum,eheu paucis no tu m ! Quand on va par ce chemin-là on ne se fourvoyé jamais : c'est le chemin des gens de bien. Sed qui quœrunt lucrum per fraudera et u/iposturas\per vias obliquas gradiuntur, tels que sont Guenaut, des Fougerais, Bodineau et les deux Gazettiers, et aliœ pestes artis nostrœ.
=§o 20 juillet 1660. — Je me porte bien, Dieu merci, mon rhume s'est passé après deux heures de saignées et grandes boissons d'eau. Je me moque de tous ces petits secrets d'apothicaires qui n'approchent point de ces deux remèdes, et ne sont bons que pour ceux qui les vendent.
«$=> 3i août 1660. — Les Marseillois nous envoyent du séné de deux sortes. L'un vient d'Alexandrie qu'ils appellent séné de la Palte. N'est-ce point un nom corrompu de Ripalla qui est une isle près d'Alexandrie où pourroit croître ce bon séné, qui est petit et pointu comme le fer d'une pique, et qui est excellentissime quand il est verd.
i. Si ce n'est Patin, c'est son imprimeur qui emploie ici un mot absent des lexiques de bonne latinité. D'ailleurs, le mot était en usage à la Faculté. Le Large soutient le 2.1 février 1657 une thèse : Estne recta quœdam Methodus medendi omnium saluberrima ? Nicolas Robin conclut sa thèse soutenue le rr décembre 1661 : Ergo Hippocratis medendi methodus posterorum inventis mutari non potest.
2. Patin se sentait décidément ce 22 juin en train de faire concurrence à Sganarelle.
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L'autre est nommé séné de Seyde, qui est l'ancienne ville de Sidon, dont il est parlé dans la Bible. Celui-ci est grossier, impur, à feuilles plates et plus grandes. C'est un séné bâtard et une espèce de colutea. Il n'est pas si bon de la moitié que l'autre, quoique la teinture en soit plus belle.
<^=> 2g décembre 1660. — Aujourd'hui a été vespérisé. en nos écoles, un nouveau licentié nommé de Caen. Mon rang étoit d'y faire du latin comme j'en ai fait pro laudabili Scliolœ consuetudi ne, et la question étoit : An vino madidis décoction ceparum ? De la soupe à l'oignon aux yvrognes, que j'ai proposée au Sr. de Caen, qui y a satisfait '.
<=§=• ij mai 1661. — Notre M. Courtois est encor malade, et le sera. Dégénérai enim morbus acutus in diulurnum : reliquœ magnœ nos exercent. Il a été saigné seize fois et purgé huit fois, et tamen aliquid superest. C'est le meilleur ami que j'aie dans la Faculté et le plus honnête homme-'.
«§^ 20 May 1661. — Je trouve Al. Barbier en bonnes mains puisque vous le traitez, mais je crois qu'il le faut purger souvent avec demie once de séné, une once et demie de syrop de roses pâles de l'an passé, v ajoutant quelquefois deux dragmes de diaphenic.
1. Autant que nous pouvons être renseignés sur ce point, la soupe à l'oignon passe encore aux yeux des ivrognes pour la drogue bénie.
2. Le manuscrit 23j de la B. F. M. contient des consultations de Patin avec Piètre et Courtois.
«=§« 24 may 1661. — M. Courtois est tout autrement mieux d'aujourd'hui ; il commencera demain à se lever et à mettre le pied hors du lit. Il l'a échappe belle moyennant dix-huit saignées et vingt purgations. Gallum débet Esculapio.
J'ai fait aujourd'hui une fort bonne leçon de J: pi le psi a '.
«#=» ij juin 1661. — J'eus hier une grande douleur de dents laquelle m'obligea de me faire saigner du côté môme. La douleur s'arrêta tout à l'heure comme par une espèce d'enchantement. J'ai fait piquer l'autre bras, j'en ai été guéri aussitôt. Je suis. Dieu merci, sans douleur.
Je prétens que ces deux saignées me serviront pour pouvoir me purger sûrement: je le ferai la semaine prochaine, si j'en ai le loisir.
^ 26 décembre 1662. — Singulari Dei bénéficia evasit uxor mea per octies seclas venas superiores, saphenamque semel, post depleta majora rasa. La soif étoit inextinguible. Maintenant nous la purgeotons avec casse et sene et elle est, Dieu merci, hors de danger. Débet illa Gallum JEseulapio pour être rechapée d'un tel mal, duquel cent autres seroient mortes. Vive la bonne méthode de Galien et le beau vers de Joachim du Bellay :
0 bonne, 0 sainte. 0 divine saignée!
1. Patin n'attend pas qu'on le loue. Il opère lui-même, comme certain photographe qui couvrait jadis les murs de ses affiches.
Je voudrons bien qu'elle fût guérie et qu'elle fût moins colère à l'avenir.
Mon fils Carolus a été son principal médecin.
Elle a youIu se fier particulièrement à lui plus qu'à moi et à son frère aîné. Pourtant elle ne l'a aimé que depuis qu'elle a connu que tout le monde l'aimoit, car naturellement elle n'aimoit que son aîné.
<=§=> ig janvier i663. — J'ai fait saigner autrefois un enfant de trois jours pour unerysipelle qu'il avoit dans la gorge. 11 est encore vivant, âgé de 35 ans. J'ai fait saigner le fils de M. Lambert de Thorigny le 62'- jour de sa vie, qui a aujourd'hui lo ans. L'application des grands remèdes dans un âge si tendre demande beaucoup de jugement.
<^=> 8 avril 1664. — Le lait d'ànesse sera dans sa grande force dans dix jours. Je souhaite que votre chère moitié s'en trouve bien. Si je la pouvois guérir jepartirois dès demain pour Lion, mais il y a trop loin d'ici.
Nous avons du lait d'ànesse très bon à l'entour de Paris. Ma belle-mère, morte âgée de 84 ans d'une apoplexie, avoit pris Go ans durant ce lait d'ànesse. Il fait ici des merveilles, particulièrement
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au printems et en automne, notamment quand on le prend avec précaution.
Je n'en donne jamais que les entrailles ne soient bien nettes et préparées par de bonnes et douces purgations.
<=§» 6 may 1664. — J'ai mauvaise opinion des eaux de Vichy pour .Madame votre femme : feu M. Merlet qui y avoit été les disait fort contraires à la poitrine, et de fait ces minéraux desséchans sont fort ennemis du poumon.
J'aimerois mieux en cette belle saison un changement d'air, et du lait d'ànesse en se purgeant de dix en dix jours avec la casse et le séné. Toutes ces eaux métalliques ont un certain sel desséchant et ennemi des entrailles.
<=§■=> 1 g juin 1664. — Le demi-bain est le meilleur remède dont elle puisse se servir, pourvu qu'elle ait été suffisamment purgée avec séné, rhubarbe et sirop de roses ou de fleurs de pécher, pour revenir ensuite au lait d'ànesse qui lui sera fort bon, principalement les mois de septembre, octobre et novembre.
<=§=> 10 juillet 1664. — Je me réjouis bien fort de la santé de Mlle Falconet '. Le bain et la fréquente purgation de séné et de casse lui seront deux souverains remèdes, mais il ne faut pas qu'elle s'en
1. Au xvir siècle, on qualifiait les femmes mariées tantôt de Madame, tantôt de Mademoiselle. Patin écrit souvent à Falconet : Mademoiselle votre femme.
lasse jusqifàce que sa maladie soit tout à fait finie. Klle aura encore besoin d'être purgée une fois la semaine jusques dans l'hyver. Verum apage scammoniatorum omnegenus; ils ladessécheroienttrop.
<$& 14 octobre 1664. — Dans le llux de bouche syphilitique il ne faut pas purger tandis qu'on le veut entretenir; mais quand il est trop fort ou qu'il le faut arrêter, comme après seize ou dix-huit jours, particulièrement si les pustules et les ulcères sont desséchez. La ptisane laxative y est fort bonne, ou bien le séné avec le syrop de roses pâles ou de fleurs de pêcher. Le flux d'en bas arrête celui d'en haut. La nature ne peut pas soutenir deux mouvemens contraires. Celui qui sonne les cloches no peut pas aller à la procession.
<=%* 3o juin i665. — J'ai vu depuis peu en consulte un gentilhomme breton âgé de 19 ans naturellement fort dévot, qui devint dans peu de jours mélancolique, et à cette mélancolie succéda une espèce de manie avec une fièvre continue et des convulsions effroyables.
Un moine avoit peur qu'il ne fût possédé ; il est vrai qu'il avoit un grand scapulaire. Il fut si rudement tourmenté de ce démon de fièvre continue, qu'il en devint frénétique et qu'il falut le lier.
A ce délire frénétique succédèrent deux autres svmptômes, des mouvements épileptiques et une passion hydrofobique, comme ceux qui ont été mordus par un chien enragé, avec la soif et l'aversion des choses liquides. Pour tout cela il fut
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saigné des bras et des pieds jusqu'à 22 fois, il fut purgé de plus de 20 lavemens et d'environ 3o apozémes purgatifs avec la casse et le séné, auxquels
nous ajoutâmes à la fin le sirop de roses ci de fleurs de pécher avec tel succès qu'enfin il est tout à fait guéri, et remis en son bon sens.
Il v a bien des gens qui crient au miracle de moindres événemens, mais la nature seule, la connoissance des maladies et l'application des bons remèdes vont bien loin.
^ 28 juillet i665. — Dans la maladie de .Marie de Médias, M. du Laurens désaprouvoit la saignée, trompé par un passage d'Hippocrate qui dit qu'il ne faut pas saigner pendant le cours de ventre. M. de Lorme soutenoit et pressoit la saignée. Sur cette difficulté la reine fut ramenée à Paris et trois des nôtres furent mandez au Louvre. Ces trois messieurs furent de l'avis de M. de Lorme, que M. .Martin confirma en disant que ce passage d'Hippocrate mal entendu avoit coupé la gorge et coûté la vie à-cinquante mille personnes.
La reine mère fut saignée et guérit. Elle avoit un flux de ventre d'avoir mangé trop d'abricots. Elle avoit la fièvre et étoit grosse.
<=$=> 16 mars 1666. — Il fait ici froid comme en hvver et il y a quantité de rheumatismes et de gouttes, et plusieurs femmes en couche fort malades pour avoir négligé de se faire saigner dans le temps de la grossesse. Galien a eu raison de dire que le fœtus est souvent étouffé par Tabondance
du sang, mais nos sottes femmes n'entendent pas ce secret.
<=?~ 14 may 1666. — Il me semble qu'après avoir fait des remèdes généraux, la H lie de .Mme la comtesse de Verdun sera plutôt soulagée du demi-bain et du lait d'ànesse que des eaux minérales ; entre lesquelles de Saint-Mion luy seroient plus propres que celles de Vic-le-Comte quœ sunt calidiores et acriores, et même elles purgent.
Solis enim mitioribus îndiget, cassia, sena et tamarindis aut floribus malœ persicce modo fuertnt non récentes, sed ante annum parati.
«^=» 18 juin 1666. — Les apoticaires enragent contre le Médecin Charitable et contre les médecins qui pour empêcher leur tirannie ordonnent en françoiset font faire des remèdes à la maison.
La casse, le séné, le sirop de fleurs de pêcher, de roses pâles et de chicorée composé avec rhubarbe suffisent presque à tout. Je n'ai jamais vu de maladie guérissable qui ne put guérir sans Antimoine. Quoi qu'à la vérité je me serve aussi, pour les plus sots tels que sont quelquefois les étrangers, de nos confections scammoniées, comme du diaphenic, Diaprum solutif, Diacarthame, Diaspyllium de cit?~o et succo rosarum.
Mais il faut regarder de près et ne pas prendre .Maître pour Renard.
<=§» i5 avril i66y. — Je n'ai vu le vrai Telan ' 1. Le tétanos.
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que trois fois en ma vie et une quatrième fois depuis huit jours qui venoit d'une plénitude des vaisseaux et intempérie chaude des entrailles avec un danger évident de cette suffocation que les Anciens ont appelle Ictus sanguinis, qui est la vraye et proprement nommée apoplexie.
Le malade en est heureusement échapé, mais il a été saigné dix fois en quatre jours, sans quoi il seroit mort avant ce temps-là. L'expérience nous fait voir à Paris tous les jours, combien est vrai tout ce que Galien a écrit de la saignée et de ses admirables vertus '.
«=50 2p avril i66j. — Nous avons ici quantité de fièvres tierces et môme des continues de même nature. Nous saignons pour la continuité, et pour l'intermission nous purgeons avec casse, séné et syrop de roses pâles. Cette méthode nous réussit fort bien.
<=§« i y juillet 1668. — Notre M. Préaux se porte mieux, Dieu merci : il y a cinquante jours qu'il est au lit ; il a été saigné vingt-deux fois. Voyez comme nous nous faisons justice les uns aux autres.
<^=> 7 juillet i66(j. — Nous avons ici quantité de rheumes qui étouffent le poumon en quatre
1. Le Médecin charitable contient : le Livre de Galien de l'art de guérir par la saignée, qui y a été vraisemblableniL'iu introduit par Patin (pp. (">oo à 672).
jours, par un catharre suffoquant, si l'on n'en prévient le danger par la fréquente saignée. J'en ai fait saigner un dix fois en deux jours qui est heureusement guéri et qui ne pouvoit guérir que par là.
*=§=» <V septembre 166g. — Je traite malade un de nos médecins qui est M. Mentel, âgé de 72 ans. Il est heureusement échappé d'une dangereuse et sotte dysenterie et d'un dégoût étrange de toute sorte de liqueurs ; mais il a bien de la peine à revenir, tant est vrai ce que Cicéron a dit : Senectus ipsa morbus est.
.Mais l'auteur françois ' a encore dit autrement: L'an prochain vieillesse sera maladie incurable à cause des années passées.
M. .Mentel est ravi d'être saigné et porte bien ce remède, mais il hait fort toute sorte de médicamens et particulièrement tous les purgatifs.
12 octobre 166g. — M. Merlet disoit que l'opium et l'antimoine étoient deux méchantes drogues, qu'il ne vouloit ni de l'un, ni de l'autre, et n'en a jamais pris. Il eut en une même année deux grandes maladies avec fièvre continue, en chacune desquelles il fut saigné dix-huit fois, c'est trente-six fois en un an, et purgé plusieurs fois avec casse et séné, absque stibio, mannâ et scammoniatis.
1. Maistre Alcofribas Nasier, abstracteur de quinte essence, un des auteurs favoris de Patin.
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6' novembre 166g. l'mir ce qui est de l'usage de la glace dont vous me demandez mon avis, je ne le blâme point, ni celui de l'eau rafraîchie, mais je n'en ai jamais aprouvé l'excès qui est dangereux à tous ceux qui n'y sont pas accoutume/.
Cette fraîcheur subite est ennemie de l'estomac dont les tuniques doivent être conservées dans leur juste tempérament.
<=$=• 21 novembre 166g. — En Hollande la plupart des malades ne croient point à la médecine, et ne se servent point de médecins, en vertu de quoi la plupart des malades meurent aussi.
Les médecins n'y saignent que très rarement; aussi les malades y sont si stupides, nedicam adeo Batavi, et si sots qu'ils ne veulent point être saignés. Les médecins y purgent d'ordinaire avec des pilules et des poudres chimiques, avec l'antimoine et le vin émétique, dont ils sont fort mauvais marchands. Ils ne croient point à la méthode de Galien. à la place de laquelle ils cherchent des secrets de chymie qui les rendent ridicules et méprisables.
Les chirurgiens n'entendent rien à la vérole. 11 n'y a ni bon bain, ni bon vin et ce qui est encore bien pis il n'y a pas même de bonne eau.
<=$» 23 novembre i66g. — Ces bons Bataves sont bien badauds de n'entendre pas la saignée des Galénistes et de s'amuser cependant à aller à la chasse des secrets chymiques. Les beaux et bons
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secrets de notre métier sont dans les aphorismes et le prognostic d'Hippocratc et dans la méthode de Galien avec le livre de la saignée.
«=^> 20 mars iGjo. — Je traite ici M. Remy, qui est dangereusement malade de la double maladie que les anatomistes ont fort proprement appellée Pleuroperipneumunia : inflammation de la plèvre et du poumon.
On lui a déjà ouvert la veine plusieurs fois, mais on ne lui a pas tiré une goutte de sang, mais seulement de la pourriture et de la boue.
«^=» 23 may i6yo. — Mon fils aîné était allé à Lagnv pour y prendre du lait d'ànesse, qui n'a guères servi. Cela l'a obligé de revenir à Paris, où je le trouve bien mal fait, avec une lièvre lente et de mauvais crachats qui me font grand peur.
Je suis toujours en peine de l'issue de la maladie de mon fils aîné, Robert Patin. Nos remèdes font merveilles partout, mais il n'en reçoit guères de soulagement.
<=§<=• 3o may i6yo. — Mon fils aîné vient de partir pour s'en aller en notre maison à Cormeilles y prendre du lait d'ànesse tant qu'il voudra. L'air y est fort bon et rien ne luy manquera ; mais néantmoins j'ai bien peur du reste. Nos anciens n'ont point trouvé de meilleur remède que celuilà. Il est fort embarrassé d'un pernicieux mal qui a trop fortement attaqué son poumon par sa faute. Nos docteurs qui l'ont vu à ma prière ne peuvent espérer son salut que par ce remède.
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