‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 40 sur 76 · LA UEINE MÈRE RÉGENTE ET SKS DE1 X ENFANTS · texte numérisé non relu

LA UEINE MÈRE RÉGENTE ET SKS DE1 X ENFANTS

Frontispice do 1 Histoire de France de Mézeray (:, vol. in-folio,

Paris, 1685K

DOCUMENTS D ORDRE Ml M

que la mort de M. le Cardinal de Richelieu, le jeudi à midi 4 de décembre. In dissecto cadavere deprehensus est abcessus insignis in parte infimâ thoracis, a qw> mirum in modum premebatur diaphragma.

Il n'a été que six jours malade, durant lesquels il a eu beaucoup de foiblesses. Argumentumpuris intus latenlis certissimum, prœsertim in corpore extenuatissimo et emaciatissimo.

Tout le sang qu'on lui a tiré étoit pourri, sans aucunes fibres, avec une sérosité laiteuse. Ejusmodi sérum -yy.'/y./.-^li: sanguini suprematum indicium est infebribus certissimum malignitatis.

Le quatrième jour de sa maladie, desperantibus Medicis, on lui amena une femme qui lui fit avaler de la fiente de cheval dans du vin blanc, et trois heures après un charlatan qui lui donna une pilule de laudanum, et hœc omnia frustra. Contra vim mortis, non est medicamen in hortis.

Il ne faisoit qu'aller et venir; stare loco nesciebat; mais la mort qu'il portoiten son sein l'a enfin empêché d'aller plus loin.

cf» 18 janvier 1644. — Or est-il que plusieurs ne l'ont jamais eue (la petite vérole) ; et j'en ai veu en ma vie une infinité, et ceux qui n'ont jamais mangé de bouillie en sont beaucoup plus exempts.

Je crois que c'est aussi une des raisons qui m'en a exempté, feu ma mère ne m'ayant jamais nourri que de ses mammelles; la bouillie étant un aliment grossier qui fait beaucoup de colle et d'obstruction dans l'estomac et dans le ventre, et qui

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fournit beaucoup de disposition à une maladie de pourriture : mes enfants n'y ont point été sujets aussi, quia eos a pulticulœ usu substractos volui, etiam invitis nutricibus, et interdum reclamantibus ; mais j'en ai été le maître, idque prospero successû.

«=§=> 18 janvier 1644. — M. de Baillou a fort parlé en ses Épidémies d'une certaine toux à laquelle sont sujets les petits enfants, que les Parisiens appellent une quinte, quod quintâ quâque horâfere videalur recurrere '.

Un de mes petits garçons, âgé de trois mois, avant été mal à propos porté dans la rue durant le grand froid par sa nourrice, en prit un tel rheume et une telle toux que cinq semaines durant il en pensa étouffer. Quand la toux lui prenoit, c'étoit un accès à supporter de demie heure ou de trois quarts d'heure, en toussant perpétuellement sans aucun relâche. 11 me sembloit à toute heure qu'il s'en alloit étouffer. Deux saignées et force lavements le garantirent. Il est aujourd'hui un des plus forts de mes cinq petits garçons, sine 11 lia noxâ pulmonis.

Ce mal est ici assés commun, je l'ai vu mille fois. La saignée, les lavemens, la bonne mammelle, l'abstinence de la bouillie, et les tenir chaudement en sont les grands remèdes.

1. Le portrait de de Baillou, que nous reproduisons, fut gravé par Jaspar Isaac aux frais de Thévard, d'après le tableau à l'huile qui fait encore partie de la collection de la Faculté de médecine. (Voir pour Thévard, p. 11.)

Wltvm balloni cernis svb imagine, cvivs prastaxti in"gtenrio hoc nobilitatvpv opvs.

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A' mars 1644. — Je tiens la bouillie pour mauvais aliment, tant à cause de la farine, qui n'est pas souvent assez bonne, qu'à cause du lait de vache qui n'approche que de loin de la bonté de celui de la mammelle, qui est tiré tout frais, tout nouveau, tout chaud et tout spiritueux par l'enfant, au lieu que celui de vache est extrêmement faible en comparaison ; joint que c'est un aliment visqueux, grossier qui fait de la colle dans l'cstomach d'un enfant, et force obstructions dans son ventre. Les anciens Grecs n'ont point connu la petite vérole : hochabeo indubitatum atque certis-ï simum. Aussi les enfants ne mangeaient-ils pas de bouillie de leur temps, et solâ mammâ utebantur.

Il vaudrait beaucoup mieux accoutumer les enfans à prendre du bouillon avec la cueiller, ou humer petit à petit, ajoutant quelque mie de pain à mesure qu'ils croitroient, que de les réduire à ce grossier et visqueux aliment dont les nourrices crèvent leurs en fans et durant qu'ils sont à la mammelle et après qu'ils sont sevrez.

<=§o 2 juin 164.5. — Nous avons dans nos registres un insigne décret de la Faculté de l'an i565 contre l'antimoine.

Si quelqu'un se peut servir de ce remède, qui est de sa nature pernicieux et très dangereux, ce doit être un bon médecin dogmatique, fort judicieux et expérimenté, et qui ne soit ni ignorant, ni étourdi. Ce n'est pas une drogue propre à des coureurs. On ne parle ici que de morts pour en

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avoir pris de quelque barbier ignorant ou de quelque charlatan suivant la cour.

«^ 2 juin 164.5. — François Cocquet, contrôleur de la maison de la Reine, était le plus beau dineur et le plus grand buveur de Paris. 11 étoit tombé dans une jaunisse de laquelle il est mort sans fièvre. Il prit trois fois de l'antimoine, et ce venin acre et violent ne put passer à cause du feu qui étoit dans les viscères.

On luy a trouvé la partie convexe du foyc toute verte comme un pré, et la concave toute pleine de pus, dont il y avoit environ deux livres. La vessie du fiel extrêmement pleine de bile épaissie, et le poumon sanieux et purulent. Le vin pur qu'il a bu a fait tout cela.

cf» 10 mars 1648. — Nous avons ici jeudi prochain une thèse dont plusieurs se plaignent qu'elle est fort mal faite: en voici la conclusion : Ergo The Chinensium menti con/ert. J'ai fait avertir le président ' que Chinensium n'est pas latin, que Ptolémée, Cluverius, Scaliger et tous ceux qui ont écrit de la Chine écrivent sinenses, sinensium ou

1. Cette thèse fut soutenue le 12 mars i858 par Armand- Jean de Mauvillain, sous la présidence de Morisset. (Voir Introduction.) C'est une des premières thèses de l'ancienne Faculté où le titre de Moderator, attribué jusque-là au Président, est remplacé par celui de Prœses. Quelques mois auparavant, Pierre Gresse avait soutenu une thèse quodlibétaire, dont la conclusion était : Ergo Artliritidi Thee Sinensium, avec l'orthographe réclamée ici par Guy Patin, mais concluant en faveur du thé.

PHILIPPE CLUVIER

Géographe.

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since, stnarum. Ce président, badin et ignorant,

m'a mandé qu'il y a bien d'autres autheurs que les miens qui disent Chineuses. Les lièvres quartes, s'il y en eut jamais un bon !

Ce président n'a fait cette thèse sur cette herbe, sur le thé. que pour flatter M. le Chancelier duquel est venue la réputation de cette drogue, quœ statitn evanuit cum sonitu ' et de la bonté de laquelle ceux mêmes qui la vantent n'oseroient jurer, n'en pouvant assigner aucun bon effet.

<=§o 1 5 mars 164g. — Une affliction particulière nous vient d'arriver, non pas seulement à notre compagnie, mais à toute notre ville et à la France même par la mort de feu .M.Nicolas Piètre, notre ancien, qui a été un homme incomparable. Il est mort âgé de 80 ans, le samedi 27 de février entre 2 et 3, accablé d'une hydropisie de poumon.

Il a été un des grands personnages de son temps, et plane Roscius in arte sud verèque incomparabilis. Quiescai in Christo.

Il a été, tant qu'il a vescu, l'ennemi juré de la forfanterie de notre mestier, et de l'ignorance de ceux qui s'en mèloient mal à propos, et surtout de la pharmacie arabesque, de la chimie, des empiriques, charlatans et autres pestes : homme à peu

1. Nous aurons dans un prochain volume d'anecdotes l'occasion de rectifier la légende qui attribue à Mme de Sévigné : « Racine passera comme le café »; sottise qu'elle n'a jamais ni dite, ni écrite. On voit ici que Patin ne peut être défendu aussi équitablement pour le thé, qui n'est pas mort plus que le cale.

de remèdes, mais bons, et hardi à les employer; homme fort sçavant dans toutes les bonnes lettres, fin et rusé, stoïque et fort retiré, et qui ne soucioit point de se trouver seul de son advis ; non ponebat enim rumores ante salutem.

Judicieux, entier et homme fort particulier, qui ne trouvoit guère son compte en la compagnie d' autrui , q u i sibi soli plaudebat, qui ne s'est jamais soucié d'argent, et guère plus de cette réputation qui met un médecin en vogue et en pratique : maluit enim esse vir bonus quam videri aut haberi.

■=§=• 1 3 juillet 164g. — J'ai dessein de ne faire qu'un petit livret de \i sols1 afin que personne ne puisse se plaindre de grande dépense à l'acheter, et qu'on n'ait guères de choses à me reprocher si on ne le trouve bon ; même je mettrai dans ma préface que si quelqu'un a regret de l'avoir acheté, que je m'offre de lui en rendre l'argent.

«^ ig octobre 164g. — Je ne doute pas que dans les campagnes et dans les petites villes il n'y ait trop de médecins - et iceux même fort ignorans.

Dans Amiens qui est une yjllejj^solée-de guerres et de passages d'armées il y a aujourd'hui 2c mé-

1. Le titre de ce « modeste » Manuale Medicum, sive de morborum internorum naturâ cl curatione libri très, tient

quatorze lignes d'impression en petit texte. Si Patin condensait son texte comme son titre, l'acheteur avait au moins du papier pour ses douze sols. Et on rendait l'argent ! ! i. Voilà certes qui a bien changé aujourd'hui.

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decins. .Mais ce dont il v a infailliblement trop en France sont des moines et des apothicaires et qui coupent misérablement la bourse et la gorge à beaucoup de pauvres peuples. En récompense il est fort peu de bons et sages médecins qui ayent été bien instruits et bien conduits. J'en vois même ici qui malunt errarequam doceri, combien qu'ils ayent de beaux moyens de s'amender.

Pour la campagne elle fourmille de chétifs médecins qui de se nihil nisi magnifiée sentiunt parce qu'ils ont mis le nez dans le « Perdulcis ».

La principale cause de ce malheur est la trop grande facilité des Universités à faire des docteurs. On baille trop aisément du parchemin pour de l'argent à Angers, à Caen, à Valence, à Aix. à Toulouse, en Avignon. C'est un abus qui mériteroit châtiment.

21 janvier i65o. — Ce que l'on donne aux médecins pour le bien qu'ils font est honorarium et non pas merces '.

Pourquoi travailleriez vous pour rien puisque la maison est riche ? Quand vous ne prendrez plus de gages et que vous aurez envie de servir la maison gratis, cette charité doit-elle et peut-elle augmenter le droit que vous avez de préséance par-dessus les .Marchands? Pas un brin; idem est jus quod antea.

Ne quittez donc point vos gages de peur de vous faire tort et à ceux qui vous suivront.

i. Il s'agit de l'indemnité attribuée pour leurs services aux médecins de l'hôpital de Lyon.

«=§~ /" avril i65o. — On dit ici en grand secret que M. d'Esmery le surintendant des Finances est

fort malade, qu'il est bien empiré depuis huit jours. Il est maigre, sec et tout fondu.

Son médecin, ou au moins celui qui en fait la fonction près de lui du mieux qu'il peut, nommé- Valet, qui est la créature du premier médecin, l'a mis au lait, et n'use plus d'autre viande. Le matin il prend du lait d'ànesse, à midi du lait de vache, au soir du lait de chèvre, et entre deux du lait de femme.

Vous souvenez-vous de quelque bon auteur qui ait fait mention du lait de femme pour la guérison de quelque maladie d'importance?

Spon a répondu et Patin réplique :

Je vous remercie de la peine qu'avez pris de m'indiquer les passages de Galien, de lacté muliebri. Je sçavois bien qu'il y en a dans Galien. Je vous demande quelque choix des médecins qui en ont écrit depuis cent ans.

<=5=> 3 may iG5o. — La reine de Pologne est grosse d'environ cinq mois. Comme c'est son premier enfant, elle a peur de mourir à l'accouchement, c'est pourquoi ne se voulant point lier à aucune sage-femme de Pologne, elle a envoyé quérir à Paris un chirurgien adroit, entendu et expérimenté, peritum in arte obstetricandi lequel est parti d'ici depuis trois jours, auquel elle donne mille escus tous les mois jusqu'à ce qu'elle l'ait remis et renvoyé à Paris. I! s'appelle Bouchet et est

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gendre d'un autre nomme la Cuisse, qui est fort entendu à ce métier d'accoucher les femmes.

4 octobre i65o. — Votre observation touchant les huit vers trouvés dans l'appendice du boïau CcBCum est belle, rare et curieuse. Je la mettrai. Dieu aidant, dans mon Manuel de Médecine, pourvu que j'aie le loisir de le faire.

«=§» 4. novembre i65o. — Nous n'avons qu'un doyen, c'est celui qui s'élit tous les deux ans, le premier samedy d'après la Toussaints. Il est le maistre des bacheliers qui sont sur les bancs; il fait aller la discipline de l'école, il garde nos registres qui sont de plus de 5oo ans ; il a les deux sceaux de la Faculté ; il reçoit notre revenu et nous en rend compte ; il signe et approuve toutes les thèses ; il fait présider les docteurs à leur rang.

Il fait assembler la Faculté quand il veut, et sans son consentement elle ne peut s'assembler que par un arrêt de la Cour qu'il faudroit obtenir.

Il examine avec les quatre examinateurs à l'examen rigoureux qui dure une semaine. Il est un des trois doyens qui gouvernent l'Université avec M. le recteur, et est un de ceux qui l'élisent. Il a double revenu de tout et cela va quelquefois bien loin.

Il a une grande charge, beaucoup d'honneur et un grand tracas d'affaires. Il sollicite les procès de la Faculté et parle même dans la grande Chambre devant l'avocat général.

La charge est fort honorable, mais bien pénible.

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Un honnête homme est bien heureux de ne le point être; c'est assez qu'il en soit réputé digne par l'élection qu'on en lait, et voici comment elle se lait.

Toute la Faculté assemblée, speciali articuloAc doyen qui est prêt de sortir de charge remercie la Compagnie de l'honneur qu'il a eu d'être doyen et la prie qu'on en élise un autre en sa place. Les noms de tous les docteurs présens, car on ne peut élire aucun absent, en autant de billets sont sur la table.

On met dans le chapeau la moitié d'en haut, et c'est ce qu'on appelle le grand banc. Nous sommes aujourd'hui 112 vivans ; c'est donc à dire les 56 premiers. Quand ces billets ont été bien balotés et remués dans un chapeau par l'ancien de la Compagnie, qui est aujourd'hui M. Riolan, le doyen qui va sortir de charge en tire trois, l'un après l'autre. On en fait de même tout de suitte du petit banc. On n'en tire que deux afin que le nombre soit impair. Voilà cinq docteurs qui ne peuvent ce jour-là être fait doyens; mais ils sont les électeurs. Lesquels, après avoir publiquement prêté serinent de fidélité, sont enfermez dans la chapelle, où ils choisissent de tous les présens trois hommes qu'ils jugent dignes de cette charge.

Ces trois billets sont mis dans le chapeau, par l'ancien, et le Doyen y fourrant la main bien étendue, en tire un. Celui qui vient est le doyen.

Et j'ay plusieurs fois été électeur, j'ay môme été élu et mis dans le chapeau trois fois, l'an 1642, 1644 et 1648 ; je fus électeur en 1(340 et 1G4G, et

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toutes les trois fois je suis demeuré dans ie tond du chapeau, là si jamais on m'y remet, je ne serai point marri d'y demeurer, faute de loisir pour faire cette charge.

Le plus vieux docteur de la Compagnie s'appelle l'ancien Maitre, et ne peut s'appeler Doyen, cela lui est défendu par un arrêt de la Cour.

^ 3o décembre i65o. — Un honnête homme de mes amis sachant que j'avais été élu doyen de notre Faculté, m'a remis entre les mains un vieux registre de nos écoles en lettres abrégées et presque gottiques, de l'année i3oo, dans lequel sont marquez de deux en deux ans le nombre des docteurs et des licences. Celui des docteurs est quelquefois de i5, 20, 25 et va même jusqu'à 40.

Je l'ai prêté à M. Riolan qui a trouvé qu'il y étoit fait mention d'un honnête homme qui légua par testament un manuscrit de médecine qu'il avoit de Galien, De usu partium. Ce legs est de l'année 1009 et est d'autant plus de conséquence qu'il prouve contre ceux qui en voudroient douter qu'en cette année-là et auparavant il y avoit une Faculté de médecine à Paris.

<=§» 28 juin i652. — Voici le temps de nos licences, auxquelles de deux ans en deux ans on fait des jettons pour donner à nos docteurs.

La coutume étoit d'y mettre les armes du doyen d'un côté et de l'autre celles de la Faculté. J'ai retenu les dernières, mais au lieu d'y mettre celles de ma famille, qui sont de Gueules au chevron d'or,

accompagné de deux étoiles d'argent en chef et d'une main de même en pointe, j'y ai fait mettre mon portrait. Le sculpteur, tout habile qu'il est.

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