LE CARDINAL DAVY DL' PERRON
(Gravure de Edclinck.)
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étoit un i;rand fourbe que je sçai de bonne part être mort de la vérole.
«=$» 7 ;mï/2 r6\5o. — Un moine m'a autrefois appris la définition d'un cardinal : me permettezvous bien de vous la dire? Est animal rubrum, callidum et rapax, capax et vorax omnium beneficiorum. faites-moi la faveur de m'en donner une meilleure si vous la sçavez.
<=§^ y octobre i65o. — Il parlait des deux procez que j'ai eus et que j'ay moi-même plaides et gagnés, l'un il y a huit ans contre le Gazetier et
l'autre il v a quatre ans contre les apothicaires.
c§» 28 juin [652. — L'archevêché de Toulouse a été conféré à M. de Marca,évêque de Couserant, moyennant cinquante mille écus qu'il a donnés au cardinal Mazarin. Voilà une grande fortune pour cet homme ambitieux '. Il étoit de bas lieu : après avoir étudié il devint ministre du parti des Ré-
1. M. de Marca alla beaucoup plus loin, il devint archevêque de Paris par brevet royal du 25 février [I
Mais comme les bulles n'arrivoient pas pour le confirmer, il s'unit avec les Jésuites pour dénoncer le livre de Jansénius. Cette fois les bulles partirent de Rome, mais le jour même où elles arrivaient à Paris, de Marca mourut. Ce qui donna lieu à cette épitaphe plaisante :
Ci gist l'illustre do .Marca Que le plus grand des rois marqua Pour le prélat de son église.
Mais la mort qui le remarqua.
Et qui se plait à la surprise.
Tout aussitôt le démarqua.
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formez, dont il étoit. S'étant changé, il devint
Jésuite: puis avant quitté la Société il se maria et devint conseiller du Parlement de Pau, puis président. Ensuite il vint à Paris et par la laveur de M. le chancelier Seguier, il fut t'ait conseiller d'Etat ordinaire, après intendant de justice en Catalogne, puisévèque de Couserant, après avoir longtemps attendu ses bulles, qu'il ne pouvoit avoir de Rome à cause de la querelle qu'il avoit avec les Jésuites depuis qu'il les avoit quittez et qu'enfin il n'a eues qu'en se raccommodant avec eux. A la fin le voilà archevêque de Toulouse. Quand il aura pavé ses dettes, si un bonnet rouge se présentoit il est sur qu'il l'achèteroit aussi.
<&> 21 octobre i653. — Il faut donc prendre courage; une autrefois nous gagnerons '. Le temps est pour les médians, les chicaneurs, les voleurs, les charlatans, les partisans et autres pestes du genre humain; les gens de bien n'ont qu'à se cacher.
<=%=> 25 octobre i653. — Tâchez d'éviter les procès. Les juges sont ravis que tout le monde tombe dans leurs pièges. Quand je dis à notre rapporteur en l'allant remercier le jour même de l'arrest que depuis 20 mois que ce procès avoit duré (lequel pouvoit être terminé en un quart d'heure)
1. Il venait de perdre son procès contre Jean Chartier, qu'il avait fait rayer du tableau de la Faculté. (Voir Introduction^
il s'étoit fait beaucoup de dépense, il me répondit gravement et magistralement : « Monsieur mon ami, personne ne plaide à bon marché. Nemo gratis litigat Parisiis. »
Et quand je demandai au président, qui se dit fort mon ami, quo jure j'avois été condamné aux deux tiers des despens, veu que je n*avois point offencé ni méfait à personne.il me répondit que j'avois péché dans les formes, si bien que pour les formes ■ j'ai perdu mon procès. Ces messieurs sont de vrais mocqueurs.
Ce même président, comme s'il devoit quelque jour avoir affaire de moi. m'a mandé par un ami commun, qu'il ne prétendoit pas avoir perdu mes bonnes grâces. Ad populum phaleras2.
<=%<* 21 octobre i653. — Je pleure incessamment jour et nuict M. Naudé. Oh ! la grande perte que j'ai faite en la personne d'un tel ami ! Je pense que j'en mourrai si Dieu ne m'aide :!.
25 novembre i653. — La plupart des traductions ne vaut rien et la meilleure est toujours fort imparfaite au prix de son original. Nous avons depuis peu ici une traduction de Juvénal en vers
i. La tôôrme, la-a-fô-ôrme, dit le Bridoison du Mariage de Figaro.
2. Un des dictons favoris de Patin. II le cite et le recite sans jamais s'en fatiguer.
3. Heureusement Dieu aida ce pau\re Patin, qui se consola plus tard très aisément de la mort de son tils aîné, comme de celle de sa belle-mère.
Il»4 Gltt PATIN
françois. Je n'entends guères bien ce latin, mais je vous jure encore moins ce nouveau françois. /;; eodem censu repono toutes autres traductions et de Cicéron et de Sénèque et de tant d'autres. Il y a plus de huit mille fautes dans le Plutarque d'Amiot '.
<=§» 25 novembre i653. — Pour mon procès, c'est une infamie du siècle, mais elle n'est pas unique. Guenaut se vante d'en avoir fait lui-même l'arrest avec son gendre, qu'il avoit donné luimême pour avocat à l'héritier.
Un de mes juges m'a dit que j'eusse gagné mon procès en un autre tribunal, mais que la Tournelle est trop déréglée, que le rapporteur étoit trop fort contre moi. C'est la recommandation qu'on lui a faite de la Cour, à laquelle il a le bruit de ne manquer jamais -,
Le greffier m'a fait voir qu'il y a eu en cette affaire cinq rapporteurs nommez que la corruption du siècle a fait changer l'un après l'autre, pour enfin en avoir un qui fit ce que voudroit Guenaut, que la reine même en a parlé qui n'a jamais
i. Patin avait écrit le 10 nov. 16.44. * Le passage du vin contre la peste est tiré de Riolan. mais il n'est pas dans Plutarque ainsi : c'est une faute de M. Amiot qui l'a traduit, il y en a plus de six mille autres. »
2. Ne nous voilà-t-il pas bien loin de l'ironie que Patin trouvait si fière après avoir gagné le procès de la Faculté contre Renaudot ! « Vous ave\ gagné en perdant, puisque vous êtes entré ici camus et en sortes avec un pied de ne%. » La Tournelle elle-même était tort réglée à cette date, sans doute.
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sceu de l'affaire que ce que Guenaut lui en a tait dire par l'organe des charlatans qui sont à la Cour.
Quatre juges ne vinrent point ce jour-là au palais, a quibus sperabam plurium. L'un fut malade, l'autre alla aux champs, l'autre faisoit donner la question à un criminel, l'autre y vint îrop tard. Il y en eut quatre pour moi et six contre, l'un desquels se montra fort passionné pour l'antimoine contre moi.
Je parle au nom d'une Faculté de cent et douze hommes contre l'antimoine, pour le bien public, et ces messieurs les juges me condamnent aux dépens !
<=f» 16 décembre i653. — Maintenant on ne parle plus que de nouveaux impôts pour avoir de l'argent, et entr'autres d'un parlement à Poitiers. France, misérable France ! jusques à quand seraslu misérable !
^» 3o janvier 1O54. — On parle ici de nouveaux impôts sur le sel et sur le vin, sur les chapeaux et les passemens d'or et d'argent dont les femmes font de grands trophées en leurs braveries. 0 mores, o tempora ! tout deviendra insupportablement si cher à Paris qu'il n'y aura plus moyen d'y demeurer '.
Entre plusieurs matières de fondemens d'impôt
1. C'est une plainte qu'on entend tous les jours à Paris maintenant et Paris s'augmente toujours.
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que l'on cherche, on parle de deux sols pour livre et de mettre tant sur chaque baptême et chaque mariage. Ne voilà pas de belles inventions pour autoriser le bordel ! Pauvre France que tu es malheureuse !
<=§•=• 20 mais 1654. — On n'emprisonne point ici seulement les hommes mais les femmes aussi. La reine en a envoyé plusieurs caressées dans la Bastille.
Ce sont des femmes de ces élus et autres officiers supprimez lesquels crioient et faisoient du bruit. Cette Dame veut que l'on souffre patiemment son mal. et sans se plaindre, tamquam victima quœ ad necem ducitur.
26 may 1654. — Un bruit sourd continue que le Mazarin a la pierre dans la vessie qui solâ sectione detrahitur.
Ainsi la taille sera nécessaire à celui qui a si bien taillé le peuple.
«g» 16 juin 1654. — J'ai ce matin entretenu un homme de Cour qui sait bien des choses. Il m'a dit qu'à la vérité le Mazarin a eu des douleurs néfrétiques avec vomissements et nausées, mais que depuis il ne s'en est point senti ; de sorte qu'il est aujourd'hui en parfaite santé et qu'il n'a point de pierre, si ce n'est la pierre philosophale par le moyen de laquelle il amasse merveilleusement de grands trésors.
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<=§<* 23 février i655. — Il n'y a plus rien qui ne puisse arriver, puisque tout se fait pour de l'argent. Quid facient Leges,ubi sola pecunia régnât?
c§o 0 avril i655. — J'ai vu ce matin le roi, la reine et M. le duc d'Anjou à Saint-Germain notre paroisse. Il y avoit grande piaffe d'officiers du Louvre : c'est le roi qui a rendu le pain bénit.
Dieu sait combien il y a du mérite d'avoir vu toutes ces grandeurs de la terre ! Aussi en suis-je tout glorieux.
<=^> 21 avril 1 655. — Le roi a pris lui-même la peine d'aller au Palais bien accompagné, où de sa propre bouche sans autre cérémonie, il leur a défendu de s'assembler davantage contre les édits qu'il fit l'autre jour publier.
Il y en a plusieurs fort odieux et entr'autres un pour le papier des notaires, afin qu'ils soient obligez d'en faire leurs actes publics, ce qui ne se peut exécuter sans bien du désordre '.
«S» 2i avril i655. — Je ne connois point ce M. Bary, auteur de la Rhétorique française, mais je puis bien vous dire qu'il est ici en bonne réputation d'un honnête homme -.
i. Nouvelle preuve de la perspicacité de Patin. Le papier timbré est entré dans les usages sans les difficultés extrêmes que prévoyait Patin ; il craignait sans doute qu'il ne lui en coûtât quelques écus.