M. DE MARCA
Archevêque de I
pour les eaux. La rivière est tellement grosse que tout le monde a peur d'être submergé ; elle est aussi grande que jamais, mais elle est vingt fois plus rapide qu"elle ne fut en if>5i en ce même mois de février. On ne voit passer sur la rivière que bois, paille, paillasses et lits qui sont des marques qu'elle a puissamment fait des ravages par où elle a passeen venant à Paris.
Il n'est pas jusqu'à la petite rivière de Bièvre, Bibara, vulgo Rivière de Gentilli ou des Gobelins qui n'ait fait rage dans le fauxbourg Saint .Marceau où elle a bien nové du monde et abattu des maisons. La grève est si pleine d'eau que l'on n'en approche que par bateau, toutes les rues prochaines en regorgent. Les eaux sont si grosses qu'elles passent les marques de débordement de l'année i65i.
<^> 22 mars i65H. — La rivière est ici tellement accrue que Tonne va queparbateaux dans la moitié de la ville1. Elle a fait d'étranges ravages à Rouen.
Le premier de mars entre minuit et une heure une bonne partie du Pont-Marie qui va dans l'isle de Notre-Dame est chù dans la rivière avec environ 5o personnes : quelques-uns en disent moins.
Cela est arrivé tandis que le roi, la reine de Suède et la plupart de la Cour, étoient au bal et balet chez M. de la Basinière, trésorier de l'Épargne. Ce sont deux arches dudit pont du coté
1. La cote atteinte par le niveau de la Seine en i65S fut de 20 centimètres environ supérieure à celle que nous avons constatée à nos déper 3 anvier dernier.
de l'isle qui se sont enfoncées, qui contenoient vingt-deux maisons, onze de chaque côté, qui sont chutes dans l'eau.
Les débordemens de l'eau ont fait d'étranges ravages à Compiègne, à la Fère, à Amiens et à notre pauvre ville de Beauvais iaquelle a pensé être submergée, et il n'y a eu que trois rues qui n'ont point été inondées; pareil malheur est arrivé à Troyes et en beaucoup d'autres endroits.
<^ 26 juillet i658. — Il v a ici un livre in-4de 5o pages intitulé Discours fait en l'assemblée de l Hôtel de Ville tenue le 24 mai i658 touchant les remèdes qu'on peut apporter aux inondations de la rivière de Sei)ie, donné au Public par l'ordre de ladite assemblée avec la carte nécessaire à l'éclaircissement d'icelui par le sieur Petit, conseiller du Roi, intendant des fortifications, etc., à Paris chez Pierre Rocolet, i658 ; on recommence à travailler dans l'isle Notre-Dame à ce pont qui chut dans la rivière le mois de mars dernier où l'on a encore trouvé de nouveaux corps.
c*» i3aoùt i658. — Enfin l'Hôtel de Ville a résolu après beaucoup d'assemblées et de consultations faites avec les experts, de ne point entreprendre de nouveau canal de la rivière de Marne vers Saint-Ouen, mais plutôt de continuer le canal que l'on commença l'an i652, dans les fossés de la porteSaint-Antoine jusque à la porte duTemple, Saint-Martin, Saint-Denis, Montmartre, Richelieu et Suint-Honoré.
MlŒ LOTIS DE M.4RILZAC
DOCl'MfcNTS HISTORIQUES Ij3
L'exécution de ce dernier avis ne coûtera pas plus d'un million que l'on espère obtenir du roi, au lieu que l'autre selon l'avis de M. Petit, savant ingénieur, couteroit près de huit millions que l'on ne sait où prendre.
Cet avis a encore d'autres incommodité/ qui ne se peuvent essuyer qu'avec grande peine et entre autres qu'il y a beaucoup de terres à acheter pour ce canal et beaucoup de ponts à faire sur les grands chemins, qui sont depuis une extrémité à l'autre, lesquels même coùteroient beaucoup à entretenir.
<=§» 24 décembre t658. — M. de Guise le balafré disoit autrefois :
Par la guerre nous vient Le crédit de demain.
C'étoit ce duc de Guise qui fut chef de la Ligue et que Henri III, par un fort bon et généreux conseil, fit tuer à Blois l'an [588 la veille de Noël.
Feu mon père, qui haïssoit la Ligue et les Ligueurs, disoit (j'étois encore fort petit) que ce massacre avoit été le meilleur coup que fit ce roi en sa vie.
24 décembre i658. — Le cardinal de Richelieu fit faire exprès le Parlement de .Metz pour avoir des juges et des commissaires à sa porte afin de taire condamner à mort plus aisément le maréchal de Marillac.
3i janvier i65<). — On dit ici que le prince
de Conti et sa femme sont guéris; il y a eu quelques médecins et chirurgiens enfermes avec eux à Saint-Maur. Personne ne doute que la syphilis n'ait été ce qui les a occupez ; à la bonne heure qu'il soit bien guéri.
On dit qu'un des nôtres nommé le Cocq en parlant de François Ier par qui il étoit consulté, voyant qu'il avoit cette syphilis, dit à Kernel qui proposait son opiate : « C'est un vilain qui a gagné la vérole. Frottetur comme un autre, et comme le dernier de son royaume. » Cela fut rapporté à ce bon roi qui ne lit qu'en rire et lui en sçut bon gré.
«=§» i5 août i65g. — Je suis fort content de notre écolier Noël Falconet) ; il est doux comme un agneau. Je le menay lundi à la ville avec moy, et luy dis qu'à cause de luy je voulois aller à pied ' , à la charge qu'il apprendroit quelque chose de moy.
Quand nous fumes à l'Horloge du Palais, je luy demandoy s'il sçavoit bien les deux vers latins qui sont au-dessus de cette horloge. 11 me dit qu'il y voyoit bien de l'écriture mais qu'il ne pouvoit lire -'. Je le luy dis à la charge que dès qu'il seroit au logis, il le mettroit dans son cahier.
Machina quœ bis sex tam juste dividit horas Justitiam serrure monet, legesquc tueri.
i. Les régents ne circulaient qu'à cheval ou à mule. II y avait dans la cour de l'École de la rue de la Bûclierie un échelon de pierre spécial pour permettre aux régents de se mettre en selle.
2. L'Horloge du Palais datait de près d'un siècle. Le distique disparaissait sous les couches de la poussière de Paris.
f}M crus cft fcubtorc:tuos auiaawhbSos
VilliTit,illc iuam nouent cffîaim.
jL (
Jean Passerat (Gravure de Th. de Leu
Jean Passer at, professeur du Roy, qui mourut l'an 1002, fort vieux et aveugle, est auteur de ce distique1.
<=$^ o avril 1660, — Ilier une charge de Maître des requêtes fut vendue trois cent cinquante mille livres. Voilà bien de l'argent pour du vent et de la
fumée !
22 juin 1660. — Me pardonnerez vous si je vous écris la débauche que je lis hier ; je me laissai entraîner avec ma femme et nos nouveaux mariés à Saint-Denis, où je vis la foire qui est une chétive chose. L'Eglise est belle, mais un peu obscure ; le trésor où il y a bien du galimatias et de la badinerie, pro more gentis, et les tombeaux des rois où je ne pus m'empôcher de pleurer, voyant tant de monumens de la vanité de la vie humaine.
Quelques larmes m'échappèrent aussi au monument du grand et bon roi François 1er qui a fondé notre Collège des professeurs du roi. Il faut que je vous avoue ma faiblesse, je le baisov même, et son beau-père Louis XII qui a été le Père du peuple et le meilleur roi que nous avons jamais eu en France.
Il n'y a point encore de tombeaux érigés pour les Bourbons, quorum cadavera servantur in quâdam cellâ. Ma femme étoit ravie de ces bagatelles et prenoitpourautantde vérités les petits contes qu'un Moine luidébitoit,en les autorisantaveesabaguette.
1. Jean Passerat est l'un des principaux auteurs de la Satyre Menippée.
c§» 22 juin iGGo. — On dit que notre nouvelle Reine a bon appétit, et qu'elle mange comme sa belle-mère. 11 ne faut pas tant manger si on veut vivre longtemps. Natura paucis contenta.
«^ /.Ï juillet 1660. — Je vous prie de dire à Mme Falconet que je lui demande pardon de la débauche que j'ai fait d'aller voir l'église, les tombeaux et le thrésor de Saint-Denis avec ma femme et nos nouveaux mariés. Elle peut bien me pardonner; ce n'est point ma coutume; je n'en fais jamais tant et peut-être que jamais je n'y retournerai '.
c§^ 14 janvier 1661 . — M. Colbert a vendu sa charge de secrétaire de la reine 5oo.ooo livres à M. Brisacier, maître des comptes, et lui se fait président des comptes.
*=§<=> 18 janvier 1661. — La princesse d'Orange qui est morte depuis peu à Londres n'avoit que 28 ans. Elle n'est point morte de la petite vérole, mais d'un remède fort violent qu'elle avoit pris pour un soupçon qu'elle avoit de quelque mal caché qui eût duré plus de six mois. Ce sont des désordres de princes -.
«=5° 4 mars 1661. — Le cardinal Mazarin prit