‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 63 sur 76 · V.w V.J..W \* »^.<.V>.~~ «GÙÙÔ&gQW«lU*gC<àOQOCC · texte numérisé non relu

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en tout et par tout, des gaste-mestiers, et des atlronteurs. Je n'en cognois que très peu qu'on puisse excepter de cette généralité, Vix sunt totides quoi Thebarum porta:. Laissons les tels qu'ils sont, et ne nous meslons de leurs affaires, que le moins que nous pourrons. Celuy-cy est de la patrie, et peut estre mesmes de la trempe des Renaudots et si ce n'eut esté pour taire plaisir à Mr Gras, qui le porte quelque peu, je me serois bien détendu de luy avoir donné vostre adresse.

Au reste vous avez eu le contenîem1 de voir le bon homme M Sauvageon par delà, lorsque vous l'attendiez le moins. Aluns ( iras dit plaisamment, que quand le Collège s'est advisé de l'envoyer à Paris, il a envoyé Nocluam Athenas, taisant allusion à ses yeux, qui ne ressemblent pas mal à ceux des chouettes. Cependant je viens d'apprendre qu'il est party de Paris en intention de se retirer dans leNivernois, pour aller mourir dans son giste natal à l'imitation des lièvres.

Je n'ay pas encore pu savoir, au vray, quelle issue a eu sa sollicitation dans l'affaire contre le Sr Basset, sinon que l'on m'a dit que la sentence de Lyon avoit esté continuée, concernant le criminel. Si vous en avez appris quelque chose de sa bouche devant son départ, vous m'obligerez de me le communiquer. Le Seigneur Basset auroit (ce me semble) mieux t'ait de songer à s'accommoder, que de pousser plus avant l'affaire : de laquelle il ne sera jamais bon marchand, de quelque costé que tourne la chance.

Le 4P du courant me vint voir céans un honneste

homme, auquel je ne songeois pas, venant traischement de Paris. C'est le bon Mons' Lyonnet du Puy en Auuergne, lequel je n'avois encore jamais veu, ne le cognoissant que par lettres, que nous nous estions souvent escriltes l'un à l'autre. Il reconût d'abord vostre portrait dans ma salle, et m'asseuradeuousavoirlaissé en bonne dispositionayant eu le bien de uous uoir quelquefois pendant son séjour dans Paris qui a esté de neuf mois entiers. J'ay sçeu de luy, qu'il auoit obtenu grâce pour son fils, Profess. à Valence, qui estoit embarqué dans un mauvais atfaire, où il s'estoit commis quelque meurtre, luy estant dans la compaignie. Il m'a aussi entretenu de la mort du pauure Mr Des-françois, vostre Collègue lequel s'estoit donné, devant que mourir, par un effet de légèreté d'esprit quelques coups de cousteau dans les flancs : dequoy pourtant il ne mourut pas, mais pour lesquels la justice parloit de le faire appréhender et punir ce qui n'arriua pas, à la considération dud. S1' Lyonnet, qui s'y employa fortem1.

Ledit S' Lyonnet est party d'icy pour son pays et m'a chargé de vous asseurer de ses très humbles seruices. Le S1' Ravaud vous en fait autant, lequel songe tout de bon (à ce qu'il dit) à imprimer les œuvres de Cardan, quand il aura achevé d'imprimer son Athénée, et son Heurîiïus.

A propos du premier, Mons1' de la Poterie s'estant ressouvenu, qu'estant à Paris, il avoit ouv parler de quelques Animadversions sur Athénée faittes par un Conseiller de Thoulouse qui passe pour habile homme nommé Mons' Fermât, s'ad-

visa de luy escrire dernierem1 et luy donner advis de la nouvelle impression, que l'on faisoit icy dudit autheur afin de sçavoir s'il auroit pour aggreable qu'on y adjoûtat ses Animadversions : ce que ce Coner a trouvé bon, et les a envoyées : mais il n'y en a qu'une fueille escritte à la main ; encor n'v a-t'il de luv qu'une seule petite remarque ; le reste estant d'une autre main à sçavoir d'un Conseiller audict Parlement, nommé M' Joussaud, qui est aussi fort habile homme en fait de Critique, et qui a eu autrefois correspondance avec le sçavant Casaubon.

J'ay tiré de Mons1 Devenet le Mémoire des livres derniers-imprimez chez luy et M' Anisson, que vous desiriez de luy, et lequel je vous envoyé cy-joint de sa part, avec ses très respectueux baisemains. Il ne croid pas, qu'il y ayt rien là dedans qui vous puisse estre propre, au moins pour en fournir vostre Bibliothèque.

L'on m'a fait uoir icy depuis peu le Duret du Sr Meturas, qui est richem" laid, de mauvais papier, et de charactere usé : Il s'en faut bien qu'il n'approche de la beauté des impressions précédentes. Quantum mulalus ab il lof C'est dommage d'avoir ainsi profané ce bel ouvrage, digne de n'estre tenu que dans le cyprez.

Vos livres pour M* Volcamer, sont dès à présent bien auant en chemin pour Nuremberg.

Je uous supplie de uouloir asseurer Monsr Nicolas Piques, quand vous le verrez, de mes très humbles respects. Je vous prie d'estre tres-persuadé en vostre particulier, que je vous honore Je

tout mon cœur, n'ambitionnant rien avec plus de zèle, que d'estre toute ma vie

Monsieur, vostre très-humble et tres-obevssant

servit.

Spon D. M.

Vous m'obligeriez, de me dire un peu ce qui vous semble, du liure nouveau du S* Restaurand du Pont S' Esprit, intitulé, De Monarchiâ microcosmi, le Sr le Bon, Doyen des Profess. de Valence m'en a demandé ces jours passez mon sentiment; mais je ne puis gouster cet autheur, qui donne trop la géhenne (à mon advis au bon Hippocr. luv voulant faire dire des choses, ausquelles il n'a peut-estre jamais pensé. Adieu, Mons1 voilà la nuit qui tombe, par où je quitte vostre charmant entretien, jusques à une autre fois. Dieu aydant.

De Lyon, ce XVIII Décembre u'ôj.

Monsieur mon singulier Amv.

J'espère qu'au mesme temps que je receus icy la uostre très aggreable, en datte du 18e du courant, vous en aurez aussi receu une de ma part de mesme datte, par laquelle uous aurez appris quelques infortunes qui me sont arriuées.

Du depuis asçavoir le 24'' du courant, qui estoit mon jour natal, auquel j'entray en la XLvij an-

LETTRES INÉDITES DE CH. SPON \ GUY l'Ai IN li 5 7

née de ma vie, je fus attaque tout à coup d'une furieuse douleur néphritique, ou Colico-ncphritique, à la région du rein senestre, cum gravibus et repetitis vomitibus et sudoribus frigidis, urinis rubris et turbidts, levi stranguriâ, tous lesquels accidens s'esvanoûyrent par un seul lavement, ce mesme jour là. Et le 26 je me purgeay, ex animi sententiâ me trouuant fort bien quant à présent, dont je loue Dieu.

Au reste vous sçaurez que comme d'ordinaire, après la pluye le beau temps, ou pour parler avec

Artemi'd lib. 2 OnirOCr. C. 8. aîxà T7)ç y.r;x/.7„- yv.- [xwvaç, raxéwç EÙSia yivetae : aussi après toutes mes distraces, il m'est arrivé enfin une heureuse aventure, c'estqu'hier matin, 27-du courant machère femme, (que j'oserois comparer à cette bonne Paulline Romaine, si je pouvois me mettre en parallèle, avec ce grand Seneque son mary) se déliura fort heureusem1 d'une fort jolie fille : ce qui a extrêmement réjoûy toute nostre famille, ne doutant point que vous ne vous en conjouvssiez aussi avec nous, suyvant l 'affection dont il vous a plû jusques icy nous honorer, sans que nous l'avons pourtant aucunement méritée. Xostre accouchée vous baise très humblem1 les mains, à .Mad« Patin, et à MMM vos deux fils.

Le 2& du courant, est mort assez promptem1 en cette ville un fameux Prédicateur, nommé Monsr Yoysin, lequel avoit esté lon^ temps Jésuite, et qui est celuy-là mesme qui faillit à perdre autrefois le Poète Théophile, comme il s'en plaint dans son Apologie au Roy Louys XIII. Il estoit dans

son année 71 et avoit toujours continué de prèscher d'une façon et boufonne. et séditieuse, avec grand applaudissement de tout nostre petit peuple, qui luy servoit de rampart contre les entreprises des Jésuites, lesquels sans cela l'eussent fort malmené, et peut-estre mis in pace, pour avoir secoué leur joug, et s'estre sécularisé, malgré leurs dents, depuis sept ou huit ans: dont je n'ay pu sçavoir subjet, tous les deportemens domestiques de ces gens là, estans des mystères imperscrutables.

Vous m'avez fait part d'une historiette qui m'a fait rire de la bonne sorte : je veux dire, la prise qu'ont eu ensemble dans vostre salle les S's Boulanger et Basset. Hà que c'eut esté un ravissant duel, que de ces deux petits Mars, acharnez l'un contre l'autre. Notabile jurgium, sed tua moderatione diremtum. Et certes très à propos, de peur de plus grand mal. Qui sçait si le S'' Basset n'eut point voulu accuser nostre Collège, de luy avoir suscité cet aduersaire.

D'ailleurs le Sr Boulanger auroit par cette action, davantage animé contre son Collège, la rage du Sr Valot, qui a juré sa ruine, à ce que nous apprenons de ce qu'en a mandé par deçà Mons'' Robert nostre collègue. Car il fautque voussçachiez que ledit S' Robert s'advisa il y a quelque temps d'aller proprio motu, et sans en avoir aucune charge de personne de nostre Compaignie rendre visite à mondit S1' Valot, luy raconter le différent meu entre nostre Collège, et le S'' Basset, et implorer sa faveur pour notre Collège en cette cause. Sur quoy il fut très mal receu par le Sr Valot, en

présence du S1 Daquin qui s'y trouva par hasard car il luy dit, qu'il ne pouuoit approuuer l'action de nostre Collège en ce rencontre, non plus que le renvoy du S1 Dourlens par le Collège d'Amiens, quoy qu'il le luy eut envoyé et recommande : mais qu'ils s'en repentiroyent, et qu'il sçauroit bien trouver les moyens de destruire tous les Collèges de France, qui n'estoyent qu'autant de monopoles pour empescher les jeunes .Médecins, d'user et de jouyr du bénéfice que les lettres Doctorales émanées des Universitez, leur accordoyent à tous, de prattiquer ubique terrarum. Au reste qu'il vouloit accommoder laditte affaire d'entre nostre Collège et le Sr Basset.

Si jamais homme fut estonné, ce fut nostre Mons' Robert, qui eut sans doute voulu estre à cent lieues de là. Nous ne sçauons à quoy abboutira le tout : mais je vous puis dire avec sincérité, que nous sommes tous bien faschez du pas de clerc de notre Député, d'estre allé visiter cet homme, sans ordre, et nous avoir insensiblem1 engagé dans un pas si glissant, auquel nous semblons à ceux, qui tienent un loup dangereux par les oreilles.

Le Sr Formy, marchand Libraire m'a remis entre mains uostre pacquet des Coi-n. Celsus, dont je suis allé faire distribution tout à l'heure, à Messieurs Gras, Guillemin et Falconet, qui uous en remercient bien fort, comme je fais aussi très particulierem' pour l'exemplaire que j'ay gardé pour moy : ce petit Hure, outre la beauté et netteté de l'impression, me deuant estre infiniment cher,

iÔO i,l V PATIN

pour vous avoir esté dédié de si bonne part.

Je n'av rien pu apprendre du Fernel in-fol° de Rigaud, dont vous me parlez, et ne puis croire qu'il soit sur la presse, n'attendant rien de bon de cette boutique. Je uerrav le Sr Formy sur son Catalogue des œuvres de Th. Erastus, qu'il ne m'a point encor montré. L'histoire de Savoye du Sr Guichenon. advocat de Bourg en Bresse, s'imprime chez le Sr Guillaume Barbier, mais ne sçauroit estre achevée de long temps à cause des tailles douces, ausquelles il faut donner temps au graveur de travailler.

Je n'ay point encore veu cette nouvelle Méthode d'Astrologie d'Allœus Arabe-chrestien : mais je crois auec uous que le monde s'en passeroit fort bien, aussi bien que d'un tas d'autres meschans liures. qui ne seruent qu'à faire perdre miserablem1 le temps à la jeunesse follement curieuse.

Je uous prie de présenter mes baisemains dans les rencontres à Mess* Robert, Sorbiere. Duprat, Dinckel.

Je uoudrois auoir de grand cœur quelque chose de meilleur à uous communiquer pour la conclusion de cette année, vous souhaittant tout heur et prospérité pour la prochaine que nous touchons du doigt, et qui aura desja fait son entrée, quand le présent mot de lettre nous tombera entre les mains. Dieu me fasse la grâce de pouvoir pendant tout son cours, uous témoigner par effet, avec combien de zèle je demeure,

.Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur Spon, D. M.

LETTRES INÉDITES DI CH. SPON V GUI PATIN 2Ôl

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P. S. MONSIEl R,

L'on m'a asseuré, que le S Alexandre .Morus estoit tort malade en llolande, et que son mal estoit une phthisie, dont il ne pouvoit guérir. Si uous en apprenez quelque chose, je uous prie de m'en taire part. J'av fait escrire, il y a long temps, à Gènes, pour sçauoir qu'est devenu le pauvre Alcide Musnier, mais on n'en a encor aucunes nouvelles : si uous estes plus heureux en cela que moy, tirez moy de la peine où je suis, et )e uous en auray une obligation extrême. Le Heurnius s'auance fort, et doit estreacheué à Pasques pour tout asseuré. 11 est fort demandé du costé d'Angleterre. Yale.

De Lyon, ce Mardy i5 janu. 1 658.

MONSIEl R

Je receusà souhait le 6. du courant, la belle et aggreable vostre du 28. Decemb. pour laquelle je vous remercie de tout mon cœur, espérant que vous en aurez aussi receu une de ma part de mesme datte : Depuis laquelle j'ay à uous dire, que le Sr Formv nostre marchand libraire a receu ses balles, avec les traittez d'Erastus que vous luv auez confiez, lesquels il m'a fait voir, en passant, dans sa boutique. Je ne croyois pas que cet autheur eut tant escrit que cela.

Pannv lesdits traittez, comme je les visitois, j'ay trouvé Consilia Fernelij frippcz, annotez de vostre main, que vous avez mis avec, par mesgarde, et

que j'ay dit au libraire de vous conserver.

Melchior Adamus, qui descrit la vie dudit Erastus, m'a appris qu'outre les traittez de Médecine qu'il a faits, il avoit aussi escrit quelque chose en Théologie : mais nous n'avons pas besoin de cela pour nostre dessein. Au reste je teray tout mon possible de persuader au S' Formv, d'entreprendre ce labeur, pour lequel il luy faudra (à ce qu'il m'a dit) un millier d'escus, pour le moins : qui est la plus grande accroche que j'y uoye, et à laquelle il y a bon remède, n'estant pas fascheux de semer, quand on se peut asseurer d'une belle et ample récolte.

Je lisois hier leDuret sur les Coaques, et trouvay en la page 164 lin. 32 une faute typographique que je ne puis corriger : tensio duritasque incidil in hyyochondriorum \ per oppressionem accidit. Mandez m'en, s'il vous plaist, utre pensée. Ce qui me faisoit jetter l'œil sur ce passage, c'est que je m'amuse quelquefois à mettre en vers Latins héroïques, les Prognostiques d'Hippocr. et en estois à présent au chap. de Hypochotidrijs. C'est un divertissement innocent que je me donne, pour charmer en quelque façon les ennuis qui m'arrivent. Je ne doute point que d'autres n'ayent eu mesme volonté que moy, et n'en soyenl mieux venus à bout

1. Spon barre or pour rétablir la leçon correcte: hypochondrium.

LETTRES INÉDITES DE Cil. SPON A Gl 1 PATIN 2Ô3

que je ne feray jamais, mais en fin trahît sua quemque voluptas.

Peut-estre n'aurois-jc pas songé à cela, si les vers de Franciscus Portus sur le mesme subjet s'estoyent conservez. Cependant ce travail ne me semble pas entièrem' inutile, parce qu'il m'oblige à bien envisager les termes dont Hippocr. se sert. Sur quoy il faut que je vous die qu'en traduisant le ch. 6 qui parle de Stridore dentium. et qui est couché comme s'ensuyt : OSovtocç 3e -:•:•/

£V TrupeTOÏfflV, — ÔxÔffOtfft pLTj \yrrjliz EffTIV OLTZQ 7ra(8(i)V, y.y-

vixov xat BavarioBeç' a/./.à icpoXeyetv dhc' îxjjlsoTv xîvouvov Eoojxevov : Ces mots à-' à^cpoîv m'ont tenu longtemps en suspens, pour sçavoir à quoy on devoit les rapporter: mais ayant conféré ce texte, avec un autre qui se trouve dans les Coaques, où je trouve ( iBôvraç rj auvepiÇetvîj rcpietv, j'ai recogneu que le texte du Prognostique pouvoit estre défectueux de cette particule truvepiÇeiv, sans laquelle ces mots de i~* £|x<poïv, ne se pouvoyent soustenir. ny bien expliquer. C'est pourquoy j'ay inséré, ou expliqué dans mes vers, ledit mot de iruvepiÇeiv.

In febre si frendat,vel stridat dentibus œger. Qui tamen hoc facere à tenero non sucrera! ungue, Fac maniam, aut hominis fatum opperiare supremum: Intereà impendens prœdic ab utroque periclum .

Toutefois si je me trompe, on non. je vous en fais juge, uous suppliant de supporter mes foiblesses. Ce Mons' le Président Nicole de Chartres, duquel vous me mandez qu'on imprime un Clau-

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dian en François, me semble un excellent Poëte Franççis, dans le recueil de ses pièces curieuses, qu'il a cy-devant données au jour, et que j'ay veûes chez le Sr Duhan, Libraire de cette ville. A propos de Poètes et de Poésies, ma femme a apporté de Paris un livre en vers, intitulé J: manuel ou Paraphrase Evangelique, fait par un certain Philippe le Noir, je vous prie de me dire un peu qui est cet homme là. C'est un nommé René Rousseau en rue Gallande, qui a imprimé son liurc, lequel je trouve bien joly, et à mon gré, pour le subjet qu'il traitte.

Xostre accouchée, qui vous baise très humblem1 les mains, se porte fort bien, grâces à Dieu, aussi bien que sa petite, que nous fismes baptizer le 3o°Decemb. et qui a esté nommée Dorothée.

Par uotre dernière, en me parlant de l'Euesque de Nismes, uous m'avez dit la pure vérité, me disant que c'estoit un dangereux garçon : puis qu'en effet à peine estoit-il bien arrivé dans Nismes, qu'il a failly d'y causer une combustion generalle, luv et le Conte de Bioule, Lieutenant de Roy dans ce pays là. Il y a eu des morts et des blessez dans ce desordre, que vous pourrez avoir sçeu d'ailleurs par le menu. Dieu nous garde de ces esprits violens et brouillons, qui ne taschent qu'à troubler l'eau pour y mieux pescher.

L'on m'a dit que le Chevalier Pol avait passé par cette ville, revenant de la Cour et qu'il alloit en Provence, pour un embarquement qui se minute, sans qu'on sçache pourquoy faire.

Le S' Pierre Rigaud m'a dit, qu'il faisoit im-

LETTRES INÉDITES DK CH. SPON A Gl \ PATIN 2f"ô

primer in fol" le Kernel, sur la copie du dernier imprimé in 4" en Hollande, où il y a quelques notes, et beaucoup de fautes, ausquelles je l'av adverty de faire prendre garde. Il m'a monstrequelques .Manuscrits qu'on luv a enuoyé d'Espagne, pour les imprimer, dont l'autheurest Dom Pedro Michèle, dernier Archiatre du Roy Catholique decedé depuis peu. J'en ayleu quelque chose, qui m'a fort édifié. Il y a des Comment, sur les Histoires Fpidemiques d'IIippocr. où il enchérit, et épilogue par fois sur Mercurial et Phrygius. Item un beau et ample traitté De febribus malignis. Il me souvient que feu Monsr Moreau avoit battu le mesme fer dans ses leçons publiques, je dis tant les Histoires Epidem. d'Hippocr. que le subjet des fîéures malignes. Et qu'est devenu tout cela ?

.Monsr Robert nostre Procureur a fait sçavoir à nostre Collège, qu'il avoit esté dans l'assemblée de vostre Faculté, pour l'asseurer des respects que nostredit Collège avoit toujours eu pour elle. Je vous prie me mander, si cela est vray, et comment son compliment a esté receu. Obligez moy aussi, je uous prie de luv présenter mes très humbles baisemains. Je uous conjure de m'aymer toujours, et d'estre très persuadé que je suis

.Monsieur. Votre tres-humble et tres-obeyssant serviteur.

Spon, D. M.

De Lyon, ce xij leur. [658.

Monsieur

Depuis le i5° janvier la rigueur du froid ayant gelé mon encre, je me suis tenu dans le silence, mais à présent voilà que je recouvre la parole, et non sans subjet, puis que c'est aujourdhuy Ste Eulalie: et que uos deux belles et admirables lettres du 18e janvier et 5'' du courant me font prendre exemple sur vous, à ne point tant dépendre des bizarreries du temps, et à ne me pas priver pour cela de nos petits entretiens familiers.

Premierem1 donc je uous remercie tres-affectueusem1 de toutes uos bonnes félicitations et congratulations, au subjet de l'heureuse couche de ma femme, laquelle vous en rend aussi très humbles grâces, se portant très bien, tant elle, que sa petite. L'histoire que vous me mandez de ce Boquet, Chartreux Profès, est fort scandaleuse pour son Ordre. Si cela fut arrivé du temps d'Henry Estienne, il ne l'eut pas oublié dans son Apologie pour Hérodote. Je uoudrois que cet affronteur fut repris, et fourré in pace, ou plutôt envoyé en galère, avec tous ceux qui luy ressemblent.

Je ne doute point que l'accident funeste du cadet Mancini, n'aytfort affligés. E. puis qu'il est si bon parent, et si curieux à leur faire du bien, afin qu'ils puissent un jour dire après luy comme disoit l'autre dans le Baron de Feneste, eiiam nos poma natamus.

Mais à propos de fractures de teste, et de trépans, il faut que je uous die, que le 19. janv. dernier mourut en cette ville un Compagnon Chirurgien nommé François Arnaud, natif de Clisson proche de Nantes en Bretagne, qui auoitesté blessé à la teste d'un coup d'arpi, il y avoit 5 semaines, avec fracture du crâne, et solution de continuité tant aux deux méninges, qu'à la propre substance du cerveau.

L'ouuerture de ce corps fut faitte en ma présence, par un de nos Maistres Chirurgiens le 21. dud., dont nous a von s fait nostre rapport contenant que nous avions trouvé sous le crâne, la dure et pie mère divisées et sphacelées deux doigts aux environs de la playe, et enflammées en toute leur estenduë, et de plus la substance du cerveau, (qui avoit esté vulnerée) gangrenée et abscedée de la grandeur de la paume de la main, et de la profondeur de 4 travers de doigt, avec quelques esquilles d'os, qui auoyent esté portées par l'instrument vulnerant dans lad. substance du cerveau : outre quantité de serositez dont tous les ventricules se sont trouvez remplis.

Ce que j'ay trouué de mémorable en ce subjet, c'est que le patient ayant esté trépané le lendemain de sa blessure, il n'a jamais eu gueres de fièvre, et quov que l'inflammation des méninges fut fort grande, il n'a eu aucun accident paraphorique devant que de mourir ; estant tombé tout à coup, deux jours devant sa lin, dans une affection carotique qui l'a emporté.

Quant à ce qu'on peut auoir observé dans fou-

2ÙS GUY PATIN

vcrture du Cadavre de feu M' le Duc de Candale, Mess"» Gras, Garnier, Falconet,et Guillemin, qui y ont assisté, vous en pourront mieux dire des nouvelles, que moy qui n'y fus pas.

J'avois donné charge à un marchand de cette Ville, d'escrire à un de ses cognoissans et correspondans à Gènes, pour sçavoir qu'estoit deuenu le Sr Alcide Musnier : ce qu'ayant fait, il a eu response dud. lieu, en datte du g janu. par laquelle on luv mande au bas de la lettre : Mi scordai la preterila d'avvisarvi, corne il Signor Alcide Musnier. Medico di Lorena, passo in compagnie! di sua moglie ail altra vita. Iddio li habbi ingloria ! Par où vous vovez, que le pauvre garçon a esté enveloppé avec tant d'autres dans les ruines funestes de la derne peste de Gènes, dequoy je suis fort fasché, m'estant toujours flatté d'espérance qu'il en seroit eschappé.

Je uous remercie de la correction que vous m'auez indiquée du passage de Duret sur les Coaques. Voilà l'avantage que l'on a d'avoir en son pouvoir diverses impressions et des meilleures des bons autheurs. Je uous supplie me faire encor la grâce de m'enseigner ce qui manque, au bout delà page dud. autheur, 170. ^■j.y/MGv., qua una,curatio : Car ce qui suit en la page 171 asçavoir, qualia leguntur nephritica, n'a point de liaison avec ce qui uient de précéder, si je ne me trompe : si bien que je soupçonne, qu'il y a icy omission d'une ou de plusieurs lignes.

Vous m'auez fait plaisir, de m'esclaircir du doute où j'estois, touchant la prétendue présentation de

nostre Députe dans l'Assemblée de vostre Faculté, dont il nous avoit asseuré par ses lettres ; mais comme nous le tenons un peu suspect de fourberie, nous avons este curieux de sçavoir d'ailleurs que de luy, ce qui en pou voit estre. Mess'- Guillemin et Garnier eurent advis la semaine passée de sa fausseté, et voilà que vous me confirmez encor le mesme : de sorte qu'après cela nous ne sçavons que dire du personnage. Nous voilà bien en Député! Jesouhaitterois de bon cœur qu'il fut icv de retour tout breneux, puis qu'il fait si bien son deuoir ! Il faut ou que cet homme s'enwre. ou qu'il soit visionnaire, ou qu'il y avt de la malice en son fait, de nous faire entendre des choses pour autres, comme nous uoyons en ce rencontre. On a accoustumé de dire Experto crede Roberlo, mais doresnavant je me resous de dire. Jurato etiam ne crede Roberto : car après un tel pas de clerc, il en peut, sans doute, bien faire d'autres.

Enfin donc vostre M' Guenaut est de retour à Paris de son voyage de Flandres, avec la gloire qu'il se donne, d'avoir remis en bonne santé la personne de M' le Prince. Voilà un homme fortuné, d'arriver toujours si à propos, après les grands coups ruez : cela vaut beaucoup à la réputation : semperenim quod postremum adjectum est, rem tolam videtur traxisse, disoit quelque part Tite Live, liv. 21. Cependant il y a grande apparence, que les S''* Chifflet et le Breton, ont bien plus opéré que luv en la susditte cure, comme vous dittes l'avoir sçeu de bonne part.

Le Seigr le Gaigneur est fort affectionné à soustenir la personne dud. Sr Guenaud, à ce que j'ay pu reconoistre par une lettre qu'il a escrite à Mons1 Guillemin,dont il m'a leu quelques paroles. Neseroit-ce point qu'il est de ses créatures, et qu'il en reçoit de Pemploy. De fait il me semble, que vous m'auez autrefois donné ad vis que led. le Gaigneur n'estoit entré au service de M1' le Prince de Conti, qu'à la recommandation dudit S'' Guenaud.

Puis qu'il est uenu à propos de faire mention du S1' Chifflet, lequel a escrit de la poudre des jésuites, il faut que je vous die, que j'ay appris, qu'un Jésuite, nommé le P. Fabri. de présent à Rome, a escrit un traitté sur le mesme subjet, lequel on m'a promis de me faire voir.

Je uous enuoye cy-jointe l'effigie du P. Théophile Raynaud,et cède la part de M1' Garnier mon Collègue, qui vous en fait présent, et vous baise les mains, et qui vous prie, si vous luy pouuez avoir une des Thèses dédiées à M1' le Chancelier, sur le subjet du Thé, de l'en vouloir gratifier.

La banqueroute du S'' Cramoisi, a bien estonné du monde. Le S'' Compain de cette ville, qui y trempe pour 70000 11. fait espérer qu'on ne perdra rien avec luy, et que les affaires s'accommoderont bien tost : ledit Compain est un riche marchand banquier en Cour de Rome. Je ne sçache personne de nos marchands Libraires, qui soyent intéressez en lad. banqueroute.

J'ay fait vos baisemains à Messrs Gras, Guill., Falconet et Garnier et leur ay fait entendre, comme

vous leur vouliez envoyer à chascun un Enchirid. Riolani, de la nouvelle impression qui se fait,

dont ils m'ont donné charge de uous remercier par avance, avec offre de leurs tres-humbles services. Je n'ay pu encore voir le S' de la Poterie, pour le saluer de vostre part : mais je ne faudray à l'aller voir aujourd'hui, ou demain. Vous m'estonnez de me dire, qu'il ne vous traitte pas en amv : car estant avec moy, il m'a toujours tesmoigné qu'il uous honoroit bien fort : mesmes la derne fois qu'il me vint rendre visite, il me parla de uous. avec des termes tres-obligeans et tres-respectueux, et me demanda conseil touchant une lettre que uous luy aviez fait tenir, laquelle uous aviez addressée à Mons' Gassendi, et que vous desiriez que l'on imprimât auec les lettres que quelques autres amis dud. Sr Gassendi luy avoyent escrittes : sa difficulté estoit. que lad. lettre n'avoit pas été responduë par Je S'" Gassendi, comme les autres qu'on deuoit imprimer et qu'elle se trouvoit dattée de Paris, en un temps que Mons'' Gassendi y estoit présent, et non absent.

Je luy dis là dessus, que cela ne devoit pas empescher la susdite impression, parce que quoy que Mons1' Gassendi fut alors à Paris, Ton pouuoit aysem' trouuer Yinganno, qu'il estoit allé rusticatum, quelque part hors de la uille, lors que lad. lettre fut escritte. et que l'on pouuoit avsement feindre, qu'estant tost après reuenu dans la uille, il n'auoit pas mis la main à la plume pour respondre à lad. lettre, ayant eu moyen de conférer de bouche auec vous sur le contenu de lad. lettre :

lesquels expediens que je luy fournis, il tesmoigna d'approuuer entierem'.

De nouueau nous n'auons rien icy que vous ne sçachiez desja. Mons1 Ravaud vous baise les mains, lequel m'a dit qu'il auoit aduis d'Italie, de la mort du fameux Astrologue de Padoûe, Andréas Argoliits. Quelque autre m'a aussi asseuré, que Londres auoit perdu le Docteur Harvéus, célèbre par la Découuerte de la Circulation du sang, soit vraye, soit fausse, n'en estant point encore pleinem1 persuadé.

L'on me mande de Montpelr que les Disputes pour les Chaires vacantes des Professeurs Royaux, sont encore reculées, jusques après Pasques.

La Ville de Nismes a tellement pris l'allarme, de la menace qu'on luy a faitte, d'y enuoyer des gens de guerre en quartier d'hyuer, que toutes les meilleures familles de la Ville en sont sorties, auec le plus pretieux de leurs biens, pour se retirer ailleurs, dans une telle précipitation que si l'ennemy eut esté aux portes, on ne se fut pas pu haster dauantage. L'on croid que leur Kuesque a beaucoup aydé à faire jouer ce jeu : L'on espère pourtant que tout cela s'accommodera, y ayant à présent cinq Députez, des Principaux du Pays, qui sont allez trouuer le Duc de Mercœur, pour luy donner instruction du fait, afin d'y donner l'ordre qu'il uerra estre à propos, suyuant le pouuoir qu'il en a receu de la Cour.

J'aurav soin de uoir le Sr Formy touchant VErastus. Je sçav que cet homme, d'ailleurs fort bon garçon, se conseille à certains petits esprits

LETTRES INÉDITES DE Cil. SPON A GUY PATIN 27!$

de nostre Collège, qui font les entendus en Chymie,

et qui le dissuadent d'imprimer cet autheur, comme n'ayant rien de beau ny de curieux en Chymie, qu'ils uoudroyent bien faire passer pour la quintessence de la uraye Médecine. L'un de ces gens là, m'apporta dernierem1 céans un liure Allemand de Bartholomœus Carrichterus, qui est sa Médecine ou son Herbier Constellé, auec la Clauicule dudit traitté : et une petite méthode particulière : me disant, qu'il souhaitteroit auec passion, que je uoulusse entreprendre la uersion de ces traittez. en Latin, ou en François : estant persuadé, que c'estoyent des pièces merueilleuses. J'ay du depuis uoulu uoir ce que c'en estoit, et ay trouué justem1 ce que je m'estois desja figuré, asçauoir pro thesauro carbones. Je me garderay bien, d'ayder à infecter nostre Lurope d'une semblable marchandise, et rendray à la première occasion ce beau liure à mon presteur. Je crois qu'aujourdhuy diuerses personnes taschent à se creuer les yeux à eux mesmes, afin de ne pas uoir la uerité : prenans plaisir à estre amusez, comme les enfans, par des contes à la cigogne, et par des nouueautez aussi ridicules qu'inoùves. En fin mundus vuli decipi, mais ce ne sera pas par mon moyen, tant que je pourrav m'en défendre.

Mais je ne prens pas garde, que j'abuse de uostre loisir, et qu'il est meshuv temps de sonner la retraitte, puis que uoilà la nuit qui déployé uoiles. et que ma main commence à se lasser de griffonner le papier. Je uous laisray donc en repos, après uous auoir baisé les mains, comme fait ma

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femme, uous asseurant que je suis de toute mon ame, et seray toute ma uie, Monsieur, vostre treshumble et tres-obeissant seruiteur.

Spon, D. M.

De Lyon, ce Mardy gras. 5 Mars, i658.

Monsieur mon bon Patron, et thés cher Amy,

Toutes les Bacchanales que je prétens faire aujourdhuy, c'est de rrf entretenir familièrement auec uous. au subjet de Taggreable uostre dern'' en datte du 26 leur, dont je uous remercie de tres-bon cœur, n'y ayant point de délices que je ne trouue fades au prix de uostre conversation, de laquelle je prie Dieu que vous ne vous puissiez jamais lasser de m'honorer.

Vous estes bien plus heureux à Paris, pour y recouurer des liures curieux, que nous ne sommes pas icy : et uostre foire S1 Germain vous en peut plus fournir en huit jours, que tous nos Libraires ensemble ne ferovent en autant d'années. J'ay ueu autrefois en cette uille le Guil. Fabricius Hild. impression de Francfort auquel estoit adjoustésur la fin. un traicté de M. Aurel. Severinus, duquel autheur je n'ay encor pu sçauoir, s'il estoit mort dans la dernière peste de Naples, ou s'il vivoit encores.

I! I ["RES INEDITES DE CH. SPON A GUY PATIN -i~?

Je uoudrois bien sçauoir aussi, qu'est deuenu le Sr Thomas Bartholin, et le S Nicolas Heinsius : estant en peine du premier, à cause des sanglantes guerres de son pays, et de l'autre, à cause qu'ayant esté à la Reyne Je Suéde, et ayant tait quelques uoyages par son ordre, je n'ay point sçeu à quov le tout à abbouty, et s'il est retourné en son pavs natal, ou s'il est encore en Suéde. Je uous prie de m'apprendre ce que vous en sçaurez. et vous me ferez faueur.

Je n'ay jamais veu le Bravus sur les Prognostiques. non plus que le liure de Medicamentorum deleclu, dont vous me parlez. Il me souvient que feu Mr Moreau m'a autrefois fait estât d'un Phrygius sur les Prognost. mais lequel aussi je n'ay pu voir jusqu'à présent. Je prens garde, que des Enarrations de Duret sur les Coaques, on pourroit presques tirer un Commentaire complet sur lesd. Prognost. d'Hippocr.

A propos duquel Duret, je vous remercie infiniment de la correction du passage tronqué que je vous avois proposé, et que je n'aurois peut-estre jamais sceue sans vous. J'ay veu comme vous avez aydé à Mr Van der Lindempour la correction de son Celse, par sa confession ingénue dans son Epistre dedicatoire, dont tout le public vous a grande obligation, aussi bien qu'à luy. J'ay remarqué qu'il dit dans son advertissem' au Lecteur, que M' Rhodius trauoilloit sur le mesmedessein.ee que plusieurs autres m'ont aussi asseuré. Je souhaitterois bien de uoir un jour cela : ayant à vous dire, que feu M' .Moreau m'enuoya il y a quelques

270 GUY ]'.\l in

années un Celse in 8° de l'impress. de Guil. Rovillc, [566, qu'il me pria de confronter soigneusem1 auec un Ms.que je possède, sorty delà Bibliothèque d'un certain Cardinal de la maison de Ruvcre. du titre de S' Clément, et de luy enuoyer mes Diuerses leçons: ce que je fis très exacterr^et les luy enuoyay. Quelque temps après le Sr Nicolas Heinsius passant par cette uille pour Italie, m 'estant uenu uoir, je luy lis voir mondit Celse Ms. ensemble lesd. diuerses leçons : sur quoy il demeura un peu surpris, et se tournant vers un honneste homme qui l'accompaignoit, j'entendis qu'il luv dit, que c'estoit ce que Mr Moreau leur avoit aussi fait voir. Je leur dis que c'estoit à sa sollicitation que j'auois entrepris led. trauail, et que je luy en avois enuoyé une copie.

Du depuis le S1" Erasme Bartholin estant allé à Padoiie, et y avant ueu Mons1' Rhodius. m'escriuit qu'il auoit ueu en sa bibliothèque mesdittes Varice Lectiones, qui luv auoyent esté portées par Monsr Heinsius. Par où je descouuris. que feu M' .Moreau auoit chargé led. S* Heinsius desd. Yariœ Lectiones, pour les porter à Mons1' Rhodius, sans m'en auoir jamais rien mandé, dequoy je suis estonné. quov que j'en sois d'ailleurs bien ayse, espérant que peut-estre un jour la postérité en pourra receuoir quelque profit, qui est toute l'ambition des honnestes gens.

Apres une si longue digression, j'ay à uous dire, qu'en fin le pauure moine bourru Hoquet, Chartreux défroqué, s'est laissé mettre la main sur le colet en cette uille. et a este, par ordre de nostre

Archeuesque, remis entre les mains des Chartreux que nous y avons. De vous dire ce qu'ils en feront, je ne m'y bazarde pas : mais je crois que quelques sanglades de discipline expieront aysem1 tout le passé : car pour des personnes de cette robbe. il s'en pend et empale tres-peu, que je sçache : solas rcxal censura columbas : et non ceux-cv. qui sunt lupi rapaciss. sub, etc.

Nous ne uoyons point encor paroistre icy nostre Député le S' Robert, lequel se haste le moins qu'il peut, parce que ses gages courent toujours, et qu'il a sa vie toute gaignée par delà, a nos despens. Le bon Dieu l'ameine bien tost. auec son Arrest. Le jeu ne valoit pas la chandelle que nous y avons miserablem' brûlée par la seule opiniastreté de ce double Contrepointier de malheur, qui a mieux aymé voir terminer son ailaire par une voye de rigueur, que par un accommodem1 à l'amiable, qui luv eut esté sans doute autant ou plus avantageux, surtout s'il eut aggreevostremediation.com me uous la luv auiez offerte, et comme nostre Collège l'auoit acceptée.

Quant au Sr de la Poterie, il m'est uenu uoir depuis la lettre que je vous lis du 12. féur. et m'a témoigné qu'il estoit bies fasché. d'auoir appris par une lettre d'un M' Henry qui est à Paris, que vous estiez mal-satisfait de luv, à cause qu'escriuant à M* de Mommor. il luy auoit marqué quelque difficulté ou perplexité, où il se trouuoit touchant uostre lettre à M' Gassendi ; mais qu'il n'auoit point fait cela à dessein d'en empescher la publication, ains seulem' pour monstrer à M* de Mommor,

•-:7S Gl Y PATIN

qu"il ne uouloit rien faire sans le luy communiquer en semblable chose. Je n*ay pas fait semblant que vous m"en eussiez rien touché par les vostres, et l'ay prié de me faire voir vostre lettre : ce qu'il a fait, l'avant sur sov.

Nous l'auons donc leùe ensemble, et n'auons point hésité qu'elle ne meritast d'estre imprimée, comme il m'a prié de uous mander qu'il désire faire.

Il y a. une période là dedans, conceùe en ces mots, si j'ay bonne mémoire : Ad le, luumque os exosculandum.

Cette phrase, quoy que d'ailleurs excellente, luy semble un peu rude : ces caresses d'homme à homme luy semblent trop nouvelles, et je pense qu'il soupçonne que vous ne vouliez user trop priuem' de la personne de son Maistre. Si uous le trouuez bon : on mettra, ad te devenerandum. ou quelque autre mot semblable, afin de s'accommoder à son infirmité. Je le trouve assez bon garçon, et bien zélé pour la mémoire de son Maistre, dont les œuures pourront estre acheuées d'imprimer au mois de Septemb. prochain.

Le Heurnius s'auance fort, de sorte que deuant Pasques il sera acheué pour très-certain, à ce que m'a dit Monsr Ravaud : qui m'a prié de rejetter les veux sur leur Sennertus de la derne édition in fol" pour en oster les plus grosses fautes, parce que dans un an il le leur faut encor reimprimer de mesme lettre, qui est signe qu'il ne s'est pas mal débité.

Quant à Eraslus, le Sr Fourmy m'a remis entre

M l THE S INEDITES DE CH. SI'O.N A GUY PATIN 2J«j

mains, le Catalogue des oeuures que vous luy auez dressé, auquel je ne sçache rien à adjouster, ny changer. Ledit Fourmy ne se peut encor bonnement déterminer sur l'impression de cet autheur, et à uous dire le urav. je ne sçay s'il aura les reins assez forts pour cela. Je l'y exhorte puissamment, et continueray a le faire, par cv-apres : et uous en manderav le succez, Dieu aydant. Son Varandœus s'en va des mieux : ce qui luy pourra donner courage à en entreprendre une seconde édition auec le temps.

Mons' Yolcamer m'a escrit de Nuremberg, et m'a fait entendre, comme il auoit bien fait tenir vos liures au S'' Rolfinckius, lequel souhaitteroit fort, que le traitté que uous auez de feu Monsr Hofman.De/7rtr//6Ms similaribus put uoir le jour. Je le uoudrois bien aussi, si la chose estoit faisable : mais je sçay qu'il ne tient pas à vous, et ne doute point que les nouueaux diflerens suscitez entre les Maistres Imprimeurs et les Compaignons de leur mestier ne soit un nouvel obstacle à cette édition. Vousen userez suvuant uostre prudence, et suyvant l'amour que vous auez toujours eu pour le bien et l'auancement des bonnes lettres.

Si uous auez les eaux bien grosses par delà, nous ne les auons gueres moindres icy. et l'on nous mande de tous costez qu'on s'en trouue incommodé. C'est la subite fonte des neiges, qui ont esté plus copieuses cette année qu'elles ne turent de long temps.

J'espère d'escrire bientost au Sr Jean Dan. Horstius, en response d'une des siennes : je ne

manqueray pas de luy présenter uos baisemains comme uous m'en chargez. Je pensoisd'escrire par

îe présent ordin' à Mons' Dinckel sous uostre pi y : mais je uois qu'il est trop tard : ce sera pou ru ne autre fois, et cependant je uous prieray de luy continuer uos faueurs, et de le saluer de ma part, comme une personne que j'honore. Son Camarade, le S'' de la Fontaine, doit bien tost partir de Montpelr pour s'acheminera Paris, à ce que l'on m'a mandé dud. Montpel'.

Je receus l'autre jour une lettre de Serieres du S' Monin, lequel me prie de uous présenter ses tres-humbles baisemains : ce lieu de Serieres n'est esloigné d'icy que de sept lieues. Il ne me mande chose quelconque de son dessein pour l'auenir, ce ne sont que complimens, dont je me passerois aysement, s'il plaisoit à Dieu.

Au reste ma femme reçoit à honneur tres-particulieruos recommandations, maiselle uous supplie de luy uouloir espargner les éloges de tres-sage, très bonne, et Incomparable, que vous luy donnez: si ce n'est que vous les luy ayez uoulu donner, pour luy donner enuie de s'efforcer à s'en rendre digne, en se perfectionnant de plus en plus : uous offrant, telle qu'elle est, ses treshumbles baisemains, comme fait le scribe de la présente, qui se ua enfin taire, après assez de babil, pour uous asseurer qu'il sera toute sa uie auec des empressemens extrêmes, Monsieur, vostre tres-humble et tresobeyssant seruiteur.

Spo.n, D. M.

Ll [TRES INÉDITES DE CH. Sl'ON A GUI PATIN 28l

\k- Lyon ce mardy 23 avril 16

Monsieur,

Je m'en uay employer ce peu de temps qui me reste, à m'entretenir tout doucement auec uous, persuadé que je suis que vous n'en serez pas fasché. Et premierem1 j'av à uous donner aduis, de la réception des deux uostres dernières. L'une du 29. Mars, et l'autre du 9. du courant, lesquelles m'ont fort réjouy par la uariété des nouvelles qu'elles m'ont appris, et sur tout par celle de uostre prospérité et santé, dont je vous souhaitte la continuation tant que vous durerez:, qui sera bien longtemps, si la chose pouuoit dépendre de moy.

Nostre Mons1' Robert a rendu tellemlquellement compte de son dernier uoyage de Paris. Nous n'y uovons pas encor bien clair, maison le soupçonne de connivence, auec le petit-chien de chasse qui Collegium a/Lxlrabat et qui est encor par delà. dont nous ne nous tourmentons guère-.

.Monsieur Devenet m'a dit, que le Gassendi sera bientost acheué, mais que le Paracelse de Geneue ne seroit pas si tost prest. Yostre Epistre à M ( iassendi sera mise en son rang, suyuant sa datte, à ce que Mons' de la Poterie m'a fait entendre lequel je n'av pas ueu du depuis.

Le Ciaco?iius, de \itis Pontificum à ce que m'a dit Mons' Arnaud le Libraire, s'imprime à présent à Rome, avec plusieurs augmentations. Que s'il peut une fois estre fait, ledit S Arnaud et sa Comp"'' font estât de l'imprimer icy sur cette dern

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copie, et non deuant. afin cTeuiter toute mauvaise prophétie. Vous aue$ sçeu, que le Sieur Andr. Argôlus, grand Mathématicien de Padoiïe, y mourut lexij Septemb. de l'an passé. Cela est cause, que ses liures sont à présent plus de requeste qu'ils n'estoyent : c'est pourquoy l'on imprime de nouueau en cette uille ses Ephemerides. comme la pièce la plus curieuse de toutes, et puis l'on viendra aux autres ceuures.

J'escriuis dimanche dernier au S' Jean Daniel Horstius et luy fis uos baisemains, luy marquant aussi, (comme uous m'en donniez charge) qu'il ne uous enuoyàt pas Mœbij fundamenta Medicinœ physiolog.

Ces jours passez un braue jeune homme, allié dudit Sr Horstius, Estudiant en Médecine, et reuenant de Montpel' me uint saluer céans. Il se nomme Laurenlius Straussius, et me tesmoigna de se repentir d'estre allé perdre son temps à Montpelr où il n'auoit ueu que quelque lambeau d'Anatomie cet hyuer, au lieu que s'il fut allé à Paris, il auroit pu se saouler d'en voir, comme c'estoit son plus grand souhait, venant en France. Il s'en va à Basle pour y prendre ses degrez, par ordre de ses parens, mais auec regret de d'auoir pas ueu Paris, et particulierem1 mal satisfait d'auoir déféré au Sr Horstius son Parent, qui luy auoit si fort conseillé d'aller à Montpelier. Il m'a dit qu'il avoit autrefois demeuré à lene dans la Thuringe chez Monsr Mœbius et qu'il y avait cogneu le Sr Rolfinckius, Professeur anatomique qui estoit un grand et puissant corps : que l'un et l'autre de

LETTRES INÉDITES DE Cil. SPON A Gl 1 PATIN 2<S3 ♦oi o"o' o 01 o: o: o; o: o: o{.o;:o;.o:.-ç>:.o;.o

ces deux .Messieurs estovent souuenten campagne, absenta ns ainsi l'Académie, à cause qu'ils esioyent

Archiatres de quelques Princes voysins, à la Cour desquels ils estoyent obligez de rendre leurs serti i ce s.

Je uous remercie de l'auis que vous me donnez touchant la béveûe faitte par ceux d'Vtrecht dans la vie du bien-heureux Fernel : je tascheray d'y faire corriger une si lourde faute, si l'on me donne à prélire le prem. volume; sinon j'en advertiray ceux qu'il appartiendra, qui uous en auront l'obligation, aussi bien que la Postérité, à laquelle ce livre paruiendra.

Je receus, il y a dix ou douze jours, par un amy venant de Vérone, une lettre fort obligeante du Docteur Petrus a Castro, auec un petit liure nouueau qu'il a fait. avant pour titre. De peste Neapolitanâ, Romand et Genuenai dont je l'ay remercié, luy ayant fait responseen François, comme il m'escriuoit aussi. Il est en grande réputation parmy les Septentrionaux, et se Test acquis par son humeur obligeante enuers les Escholiersen .Médecine, qu'il meine uers ses prattiques, et mesmes les reçoit en pension dans son logis. ,Monsr Yolcamer auoit autrefois esté son pensionnaire, comme a esté du depuis Monsr Dinckel que vous auez veu à Paris : à propos duquel, je vous prie me mander, s'il ne uous a point laissé l'addresse du lieu en Poictou, où il est allé, nv le nom de ce gentilhomme, auec lequel il s'est retiré, pour y passer l'esté prochain.

Monsr l'Abbé d'Esnay, nostre Archeuesque, s'en est allé à Paris, où il doit estre desja arriué. L'on

dit icv que Mons' Pelaut, Intendant de la Justice dans la Prouince du Dauphiné, a esté appréhendé par le Parlement de Grenoble, estant accusé de diuers excez, commis par les troupes qu'il a mises en besongne, et sur tout pour auoir fait pendre une pauure femme, laquelle estoit enceinte, accusée d'auoir sonné le tocsin, ce qui auroit fait prendre les armes aux habitans du lieu, où elle demeuroit.

J'ay receu ces jours passez une lettre de Monsr Lvonnet, du Puy en Auuergne, qui m'encharge tort de uous présenter ses tres-humbles baisemains, m'asseurant qu'il uous auoit escrit depuis nostre entreueùe en cette uille. Il me mande qu'il a dessein de faire un Comment, sur le liuret d'Hippocr. ïrepi vojjltj, afin d'auoir occasion de monstrer, combien d'erreurs la malice et l'ignorance des personnes a fait glisser dans nostre Profession. Mais il se plaint de son peu de santé ayant eu depuis quelque temps quelques fascheuses attaques de Vertige, auec appréhension de quelque chose de pis : dequoy je prie Dieu le uouloir preseruer.

Nous voyons icv diverses personnes qui meurent assez subitement, et principalem1 de celles qui sont âgées. On escrit de S1 Gai en Suysse que le mesme s'y remarque aussi. Pour des maladies de longue haleine, nous n'en uoyons gueres à présent régner.

Nostre campagne commence à se rendre belle, et à nous faire uoir force Heurs d'arbres. Dieu vueille que l'abondance des fruits corresponde à une si riche monstre, et ne trompe point l'espe-

rance quelle nous donne ! Pour la guerre de cette année, vous en sçauez mieux sans doute les préparatifs que moy. Je crains fort que la principale fusée qu'on aura à démesler. ne soit en Allemagne, où selon toutes les apparences, les Suédois minutent de faire irruption du costé de la Silesie, après s'estre accommodés auec le Vénérable Electeur de Brandebourg et le Roy de Pologne, comme on croid qu'ils sont prests à faire. Le Roy de Dannemarc se doibt joindre à eux. comme l'on croid aussi, ce qui fortifiera beaucoup le party.

J'ay bien encor d'autres spéculations la dessus, mais comme je me doute fort qu'elles ne soyent trop creuses, je ne mv ueux pas enfoncer dauantage, aussi bien l'heure d'enuoyer à la poste me presse, et après tout je uous en ay assez compté, ce me semble, pour ce coup : et il est temps que je me prépare à uous entendre parler à uostre tour.

Adieu Monsieur, je uous baise les mains de toute mon affection. Ma femme qui est icy présente, uous en fait de mesme, comme nous faisons aussi, avec vostre permission à Mademoyselle Patin, et à Messieurs uos fils les Docteurs uous suppliant d'estre entierem1 persuadé, que je suis auec tout le zèle dont un homme est capable, Monsieur, vostre tres-humble et tres-obeissant seruiteur,

Spon, D. M.

De Lyon, ce xiij May [I

Monsieur,

Il me semble que je vous escriuis en dern. lieu le xj Auril, depuis lequel temps diverses occupations et quelques voyages m'estans survenus, j'ay esté contraint de me tenir dans le silence : je reprens avec vostre permission la plume pour le rompre, et pour vous convier d'en faire de mesme, à vostre loisir, afin que je sçache du moins Testât de vostre santé, à laquelle je m'intéresse autant, que s'il s'agissoit de la mienne propre.

Le xxij Avril le S'' Bouge, revenu depuis quelques jours de Paris, vint me rendre visite céans, et me faire vos recommandations, dont je vous remercie bien fort. Jecroisqu'il est àprésentallé faire un tour en son pays d'Antibes c'est (à mon advis) l'Antipolis de Ptolomée, qui est à l'extrémité de la coste de Provence. Il s'est fort loué de toutes les bontez que vous avez eues pour luy, et m'a asseuré d'auoir veu par delà Mons1' Gras, et de l'auoir accompaigné au logis de Monsr le Mareschal de Turenne, où il estoit à présent. Vous m'obligerez, quand vous le verrez, de luy présenter mes treshumbles baisemains.

Je vous avois cy-devant prié de vous mettre en peine de bien reconoistre le Sr Baumgarter, d'estudier son sçauoir et ses inclinations. Si uous l'auez fait, vous m'obligerez bien fort de m'en faire part en peu de mots : car on me sollicite de bonne part d'en apprendre quelque chose par vostre moyen,

LETTRES INÉDITES DE Cil. SPON A GUY PATIN 'i^~

comme je vous ay autrefois mandé. Songez à bon escient à cela, et ne me llattez point le dé là dessus.

Je me suis trouvé en consulte par 2 fois, la semaine passée, avec Monsr Falconet, qui me dit hier qu'il voulait vous escrire aujourdhuy, et que je luy envoyasse ma lettre pour joindre à la sienne, ce que j'eusse fait tres-volontiers, si je ne me fusse mis si tard à escrire, et si je n'eusse crû d'arriver après son paquet fermé. On ne nous entretient icv que des asseurances de la Paix générale, laquelle je veux bien, si vous la voulez : la guerre n'estant point mon élément non plus que le vostre. Mais tout de bon que vous en semble? Indici hœcstabit causa, cadétve luo.

Je me trouvay le x de ce mois, d'un estrange spectacle, qui fut de voir une femme àrcr-oç. imperforée âgée de 33 ans, mariée depuis xi ans. Elle estoit telle de naissance ; le trou de l'urethre estoit placé où il doit estre : mais plus bas entre les labiés, nulla ne minima quidem rima apparebat : l'Operateur perça auec la lancette dans le milieu de l'intervalle, qui estoit non membraneux, mais charnu, de l'épaisseur de deux pouces en travers, après quoy il plongea son scalpel dans le trou, en deux fois ou reprises, informam X. puis ayant encor dilaté auec les doigts, il introduisit là dedans un pessaire rond, de bois bien tourné enveloppé de linges imbus de medicamens vulnéraires: espérant que la malade pourra estre guérie de cette opération dans trois semaines.

Cecy est remarquable, que cette pauure femme

n a jamais eu nv ses mois, nv aucune évacuation de sang qui les ayt pu suppléer, si ce n'est qu'en l'espace de xi ans, elle dit s'estre fait saigner enuiron 6 fois, pour se sentir quelquefois incommodée de douleurs de reins et de teste. C'est une villageoise, boni habilus viridi coloris, habile au trauail, et qui pouuoit hardiment jurer d'auoir uescu pucelle jusques à présent, quoy que mariée.

Voila une observation qui mérite d'éstre mise sur vos tablettes, aussi bien que sur les miennes : puis que j'en ay esté témoin oculaire, comme je vous en asseure.

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