‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 62 sur 76 · GUY I'\ I IN · texte numérisé non relu

GUY I'\ I IN

rempli de chimères, à ce que l'on me mande.

Nous avons icy depuis peu le jeune Hedovn, que vous ave/, veu à Paris lequel va disant qu'il n'a point veu de bons .Médecins en vostre Ville ; mais comment voudriez vous qu'un aveugle, comme celui-cy. jugeât des couleurs. Peut-estre passera-t'il un jour par nostre examen, et alors on uerra s'il a dequoy se faire tant valoir.

J'admire auec vous, comment les Antijansénistes n'ont point drappédans leur Rabat-jove, les .Médecins approbateurs du prétendu miracle du Port-Royal. Ce sont des pas bien glissans pour des Médecins, que de signer des miracles. Nil admirari. propè ?-es est una, Patine, etc. .Mais comme je voulois passer outre, et prendre une autre dernière feuille pour continuer cet entretien innocent avec vous, uoilà quelques visites de malades, qui m'obligent à cesser, et remettre la partie, à cause de l'approche de la nuit. Vous trouverez donc bon que j'en use ainsi, pour me dire avec tout respect,

.Monsieur, Vostre très humble et très obéissant

servit.

Spon.

De Lyon, ce 20 feur. no-.

Monsieur,

Vous m'excuserez, s'il vous plaist, des fréquentes importunitez que je vous donne, tant pour mov, que pour mes amis : Vostre seule bonté

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vous attirant de si mauvaises pratiques, suvuant le vers proverbial que vous m'auez autrefois appris : Semper inhumanos habet officiosus amicos. Ce sera à moy, à cercher toutes les occasions de vous tesmoigner mes re.ssentimens des grâces que vous me faittes.

A présent donc j'av à vous dire. .Monsieur, qu'un de mes bons amis de cette ville, ayant un procez à Paris, nomme M. Najat, m'a prié de vous escrire ce mot de recommandation en sa faveur, afin qu'il vous plaise avder au donneur de la présente, à voir ceux de ses juges, qui seront de vre cognoissance, ne doutant point, que vostre assistance ne luy puisse beaucoup servir à luy maintenir son bon droit, lequel aujourdhuy se trouue avoir toujours besoin d'appuy. Je vous supplie d'aggreer la prière que je vous en fais pour luy, vous asseurant que je seray toute ma vie,

.Monsieur, Vostre très humble et obeyssant seruitcur.

Spon. D. M.

De Lyon, ce XX .Mars 1607.

Monsieur,

Je vous suis parfaitement obligé de tant et tant de bontez que vous avez pour moy, entr'autres de trois lettres que j'ay receu de vre part en peu de jours : l'une en datte du 1. du courant, que m'a rendue céans Monsr le Rov de Poitiers, l'autre

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du G. et enfin la derne du i3. dudit pour ausquelles respondre, je uous diray que j'ay esté rauy de uoir ledy S' le Roy, qui m'asseura de ure bonne disposition, et partit d'icy par eau, pour continuer son uoyage du costé de Montpel' le i3. de ce mois, en fort bonne compaignie. Je luy baillay un mot de lettre de recommandation, pour Mons1 Cortaud le Doyen.

Je n'ay point encore pu apprendre de personne, ce que uous me mandez de la mort de Mons' de Belleval, et ne la crois pas véritable : mais c'est chose asseurée que l'Vniuersité de Montpel1" est fort malade, et à la ueille de perdre ce reste d'antique splendeur qu'elle auoit tasché de conseruer jusques icv. Nous commençons d'en uoir sortir d'aussi chetifs Médecins que des autres Yniversiiez. Hier encores il s'en présenta un à nostre Collège pour s'y faire aggreger, lequel se trouve si mal ferré, qu'il fut renuoyé pour six mois à refaire son premier acte, qui est l'Explication d'un Aphorisme d'Hippocrate tel qu'il se rencontre à la fortuite ouverture du livre. Cependant ledit Aspirant plein de bonne opinion de sa suffisance, menace de se pouruoir en justice contre nostre Collège : Nous le uerrons venir, et sommes résolus de ne point souffrir, à quelque prix que ce soit, que de tels ignorans s'introduysent parmi nous.

J'esperois de voir à nostre assemblée Monsr Sauvageon pour luy présenter vos baisemains, mais il n'y fut pas, et l'on m'a dit du depuis qu'il estoit malade, et mesmes Ton vient de m'apporter céans une Espreuue du Yarandœus, pour la lire à son

défaut. Je le ueux aller uoir, pour sçauoir ce qui luy manque, et ne faudray à luy faire rapport de •ce dont uous m'avez donné charge.

Monsieur Guillemin auquel j'ay fait vos baisemains, m'a prié de vous faire ses excuses, sur ce qu'il ne vous a pas encor fait response, sur celle que vous luy auez cydeuant adressée sous le ply de Monsr Rousselet, laquelle il avoue auoir bien receùe, mais la disette de subjet (à ce qu'il m'a dit) l'a retenu de s'acquitter si long temps de son deuoir, ce qu'il fera pourtant de prez, à ce qu'il ■espère.

Je vous supplie de m'apprendre, si uous le sçauez (mais que ne sçauriez vous pas?) qui est un certain Joannes Franciscus Grandis, duquel on m'a fait uoir icy depuis peu un liure in 40 intitulé, Disserlaliones Philosophicœ et Criticœ. J'en ay leu quelque chose, qui me semble d'assez bon goust: sur tout sa dissertation in Epicuream Philosophiam : par laquelle il tesmoigne d'avoir eu des habitudes particulières avec Monsr Gassendy : cependant le Sr de la Poterie m'a asseuré qu'il ne le cognoissoit nullement, dequoy je suis estonné. Seroit-ce quelcun qui se voulut donner de la vanité par là ? pour se relever par l'esclat d'un si excellent homme, en se qualifiant de ses intimes amis ?

J'escriuis dimanche dernier au Sr Jean Daniel Horstius à Darmstad, par la voye de Francfort, et luy donnay aduis du decez de Monsieur Riolan. Si je luy rescris par cy après, je ne faudray à luy faire vos baisemains comme vous m'en donnez •charge par utre dern'.

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Je me suis informé des Mémoires de Mons' de Tavanes, et ay sçeu qu'ils estoyent imprimez en cette uille in fol0 chez Champion et Formy, mais vous ne direz pas, s'il uous plaist, à personne leur nom, parce qu'ils attendent encor l'expédition du Priuilege pour le susdit liure, dans lequel (à ce que m'a dit Mr l'Advocat Huguetan), il y a des choses un peu hardies, et des ueritez que mesmes Mons1" de Thou n'a pas sceùes, ou n'a pas ozé escrire dans son Histoire, principalement sur le fait des massacres. A propos de Monsr de Thou, l'on vient de me dire que le Roy a en fin fait donner de l'argent à Mons' le Président de Thou pour son Ambassade vers les Estais de Hollande, et qu'il doit partir au premier jour pour ce pays-là, où il est bien nécessaire qu'on enuoye quelque habile homme pourles Interests de cette Couronne.

Les Suysses Protestans sont mal-satisfaits de Mr de la Borde, ntre Ambassadeur en leur pays, et ont depesché en Cour pour sçauoir, s'il a eu ordre de leur parler aigrement comme il a fait, dans leur derne assemblée d'Arau.

11 est uray que l'Impératrice s'est deliurée d'un fils, comme uous me le mandez : Nous avons sceu d'Allemagne, qu'il a esté baptisé, et nommé Ferdinand-Joseph-Aloysius ce que vous ne sçauiez peut-estre pas. Dieu luy fasse la grâce (s'il a à vivre) d'estre plus humain que ses Pères, et moins esclave des passions de famille Ignatienne, qui ont failly à perdre de fonds en comble la pauure Allemaigne, et qui ne cessent encor à présent à la troubler, tant qu'ils peuvent.

Il court \cy un bruit sourd de la mort de Monsr le Duc de Guise, de deux charbons pestilentiels que l'on dit qu'il a eu. Mais je ne le puis croire si legerem1. Je regrette fort, auec beaucoup d'autres, la perte de Mons1" le Premr Président de Beliévre, en ayant ouv dire beaucoup de bien par cy-deuant, et sur tout. Justtssimus unies quodfuit in Francis et servantissimus œgut, qui est une très-rare qualité en ce misérable siècle. L'on m'a asseuré que leur race est sortie d'un village de nostre voisinage nommé Givors, et que le premier qui fit fortune, fut Pompone de Beliévre qui fut fait Chancelier de France. Je pense que celui cy sera le dernier de la race. Voilà comme va le monde, S fiwç Tpoybs,

BCroCTOÇ 0//jOÇ.

Au reste, Monsieur, je ne vous sçaurois assez remercier du bon accueil que vous avez fait à Monsr Breton, qui vous a présenté ma lettre escrite en faueur de MMrs Najat, et des bons offices que vous luy auez rendu, et à ces Messrs en ce rencontre. Il en a icy escrit merveilles et j'en av esté remercié comme il faut. Je sçay bien que j'abuse de vostre bonté en ces sortes de commissions et de courvées, mais je n'ay pas assez d'addresse pour m'en défendre. Monsr Jujat le Prieur a estécause de cette derne prattique, car ayant hautement vanté à Mess" Najat. la part que vous me donniez en l'honneur de vos bonnes grâces, ils se sont voulu servir de ma recommandation enuers vous, ce que je n'ay pu leur refuser, pour l'anciene affection que j'ay à leur maison, de laquelle je suis le Médecin.

L'on m'a fait voir icy un Factum imprimé pour Monsieur de Chenailles, auquel il tasclu de faire paroistre son innocence, respondant à tous les chefs d'accusation qu'on luy objecte ; mais je ne vois pas qu'il se justifie bien nettcm1 et crois avec vous, que s'il n'y a pas eu beaucoup de mauvaise intention en son fait, il y a du moins bien eu de cette graine infortunée de Libo Orusus, que les Latins nomment Vecordiam. Il a fait des pas de clercs dans ses responses, qui sans doute luy seront fort desavantageux.

Je suis bien fasché que le fils de Monsr Moreau avt tenu si peu de compte de conseruer les Escrits de feu Monsr Moreau son Père. J'ay veritablem1 quelques lettres de luy pleines d'érudition, mais qui ne sont pas propres à estre publiées. Il faudroit avoir les additions, qu'il avait dessein de faire à ses Comment6, de l'Eschole de Salerne, et faire réimprimer ce livre, qui est fort demandé.

Je pensois vous auoir donné aduis par cy-devant du liure de Gabriel Fontany Médecin de Marseille, intitulé, Anti-hermetica Medicina, dans lequel il combat les dogmes de van-Helmont. C'est un liure in-40, imprimé depuis peu chez Mess's Borde et Arnaud : et qui n'est pas mauvais, à mon goust.

Vous me rendez tout glorieux, de vouloir placer mon tableau entre tant d'Illustres personnages. Prenez garde que ceux qui le remarqueront, n'ayent subjet de s'escrier, que c'est Saiil inter prophetas, ou anser inter oloresl Mais enfin vous le tenez, vous en estes le Maistre, disposez en comme il vous plaira et tenez pour certain, que vous pos-

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séiloz bien mieux l'esprit et le cœur de l'Original qu'il représente.

Je vous félicite de tout mon cœur, de la première administration Anatomique que vous célébrez aux Escholes, — en qualité de successeur de feu Monsr Riolan, priant Dieu, que ce soit pour longues années, et pour le bien des auditeurs qui ayment la bonne et pure science de Médecine. J'ay porté parolle à i\lonsr Huguetan le Libraire de vous enuoyer un Sennertus, de la seconde impression,comme vous le désirez, ce qu'il m'a promisde faire, et m'a dit que Mons1' Ravaud ne luy en auoit rien escrit, dont il estoit estbnné.

Le S1 Cellier, qui a imprimé en cette ville les Institutions de Riuière, est bien en cholere, de ce qu'on luy a contrefait à Genève le dit liure. et dit qu'il en a veu un dans Avignon, où il ne l'a pu saisir. Si l'on a encor imprimé led. liure à Leipsic. comme vous dittes, — il en sera bien plus fasché: mais il n'y a remède. Les marchands Libraires n'ont plus aujourdhuy de déférence les uns pour les autres : c'est à qui pourra supplanter son compagnon, ut faciant rem.

Vn médecin de Basle, nommé Bernhardus Yerzascha m'a mandé, qu'il estoit après à faire un Compendium de la Prattique dud. Rivière. Je m'asseure que ce sera un plaisant scelet : il le faut laisser faire pour en rire un jour — ■ si Dieu nous fait la grâce de le voir.

Je ne pense pas que Mons' le Gaigneur me cognoisse plus. S'il vient en ce pavs, nous verrons peut estre sa contenance. .Mais j'ay bien peur, s'il

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passe les monts avec Mons* le Prince son patron, qu'il n'y laisse les os, n'estant pas des plus robustes, à ce que j'ay pu cognoislrc.

Je souhaitte de voir un jour l'Avicenne de la traduction du Sr Plempius. Je pense vous auoir mandé cy-deuant, comme l'Hippocr. de Foësius estoit acheué d'imprimer à Genève, et qu'il y en avoit desja en cette uî lie à uendre, pour le prix de 14 livres reliez en veau. J'en ay achepté un, pour un beau-frère que j'ay à Oranges, et le luy ay envoyé. Je suis au bout de ma page, qui me sert de tasche, et n'ay plus à adjouster autre chose, que les asseurances de ma dévotion perpétuelle à vous estre, comme j'ay toujours esté.

Monsieur. Votre très humble et très obeyssant serviteur.

De Lyon, le mardy au soir, 20 Mars i65j.

Spox D. M.

De Lyon ce VI avril 1657.

Monsieur,

Je ne croyois pas de vous escrire ce jourdhuy, mais uenant de receuoir de la part de Mons1" Garnier mon Collègue, la cy-jointe, je l'ay voulu accompagner de ce peu de lignes, qui uous asseurcront au moins, que — supers um, et vescimur aura JEiheria : et que j'ay receu avec un plaisir

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nomparcil vostre belle et grande lettre de six pages, en datte finale du 27 mars, pour laquelle je n'ay qu'à vous rendre très humbles actions de grâces, et avouer franehem'mon impuissance à vousrendre la pareille oturÇ toi \uxp<a, xaî Xwiov, comme porte le précepte d'Hésiode. Je n'y arriueray jamais, et je n'ay garde aussy d'en avoir la présomption. Au reste vous sçaurez, que ces jours passez je receus de Montpelier de la part de Mons1" le Roy de Poitiers, une belle lettre de civilitez. pour certaine obligation putative qu'il a crû m'avoir, à cause d'un mot de lettre de recommandation que je luy baillay passant par icy pour Mons' Cortaud, qu'il me mande avoir esté le bien-venu.

J'ay appris que le Sr de Belleval, (lequel on nous faisoit mort), cstoit encor plein de vie et de santé. Je reviens de la campagne d'une lieue loin seulem1, où j'ay sceu que là autour, se commettoyent plusieurs voleries et brigandages par des pauures soldats affamez, de sorte qu'en estant revenu sain et sauf, et sans estre destroussé, je tay vœu de n'y pas retourner de long-temps : n'y ayant pas beaucoup de satisfaction de tomber entre les mains de semblables gens, que la misère rend tout farouches et sans mercy.

Nous avons icv malade un de nos marchands Libraires, nommé Champion qui est celuy qui faisoit imprimerie Varandœus. Il est en grand danger de sa vie, son mal estant un Miserere, procedéde l'engagement du boyau iléon dans les bourses, qui trousse souvent son homme, comme vous sçauez, à mesure que l'inflammation et la gangrené de fin-

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testin y surviennent. Ce bon homme portait à la vérité un bandage, mais il s'amusa l'autre jour à jouer au déquillage, pendant lequel exercice, l'intestin se glissa par dessous, et gaigna la pente du scrotum, avec des vents et matières fécales dont il se trouuait farcy. Je prie Dieu qu'il le vueille restablir. Vous m'avez amplement instruit du malheureux affaire du Conseiller de Chcnailles, et de l'issue qu'il en a enfin eue à sa confusion. C'est l'ancien dire de Pybrac, A ton Seigneur et maistre ne te joue. Je plains ceux à qui cet homme appartenoit, entr'autres il me fasche fort qu'il soit entré dans l'alliance de Mons'' d'Heruart : c'est sans doute que l'on ne le cognoissoit pas bien, et qu'on le croyoit tout autre, qu'il ne s'est trouvé du depuis. O ! qu'il est important de bien cognoistre devant que d'aymer, et qu'il est arrivé, et arrive tous les jours de malheurs pour faillir en ce point.

L'on mande icy de Paris, la prise de Saint Guilhin par les armes du Rov Catholique et l'alarme du Quesnoy de se voir bien tost investy. Ce sont là de mauuaises nouvelles, et qui ne nous donnent pas grand subjet d'espérer, que nos affaires aillent bien cette année. Toutefois il en faut remettre la suitte à la Providence d'enhaut, qui sçait quelquefois destourner des orages contre l'opinion de tout le monde, et accabler tout à coup les plus grands vainqueurs.

Puis que Monsr Lyonnet du Puy est à Paris, et que vous le voyez quelquefois, obligez moy, s'il vous plaist, de luv présenter mes très humbles baisemains. Quant à la rencontre, que vous me

mandez avoir faitte, de Monsr Marion mon beaufrère, chez Mons' Poron, je vous prie me donner advis. si vous l'avez trouvé de si mauuais visage, comme l'on me l'a représente, a sçavoir jaune comme un coing, défait et abbatu, et panchant à l'hydropisie, chose qui me met fort en peine, et qui m'avoit obligé d'escrire cy-devant à ma sœur sa femme, qu'elle vous appeliât, pour vous le faire voir, et entendre quel jugement vous en faisiez.

Quelques-uns m'ont asseuré, que Monsieur Bouvard s'estoit despestré de sa grande maladie, et se porte maintenant fort bien, dont je loue Dieu. Je crois qu'il doit estre à présent vostre Antiquior Magister. Vous m'auez bien appris des mystères au subjet de la personne du vénérable Joan. Francisons Grandis, que j'aurois sans doute ignoré toute ma vie sans uous. C'est un plaisant homme auec ses vanteries et ses liures, qui en happelourderont plus de quatre, sur tout aux climats plus reculez.

L'on a tout fraischement acheué d'imprimer à Orange, le livre de S' Restaurand, du Pont S1 Esprit intitulé de Monarchia microcosmi duquel je pense qu'il nous viendra cy-après des Exemplaires.

J'av fait vos baisemains au S' de la Poterie, lequel vous remercie, et resaluë de grande affection. 11 me vient quelquefois communiquer des doutes, touchant les Ms. de son pauure maistre défunt, qui ont beaucoup perdu, de n'avoir pas receu la dernière bénédiction de sa main.

.Monsieur Huguetan m'a envoyé céans un Sennertus in-fol0 de sa derne impression, pour vous l'envoyer à Paris, ce que je feray, Dieu aydant, en bref, avec uostreMs.de Casp. Hofmannus. A propos duquel je voudrois bien vous demander, si uous n'auez point eu depuis long-temps, des lettres de Mons1' Volcamer de Nuremberg, et s'il ne vous a rien mandé de l'impression des Notes dud. Hofmannus sur tout le Galien. Je uoudrois bien qu'il se put résoudre à faire part au public de ce bel ouvrage : lequel je croirois le meilleur de tous ses labeurs. L'on seroit bien plus curieux de voir tout le reste, si cette pièce venoit une fois au jour, mais je ne sçav si nous le verrons jamais : le temps se couvrant de plus en plus d'espais et sombres nuages de la guerre, et de la barbarie qu'elle sème par tout.

Je lis dernièrem1 vos baisemains, suyvant uostre souhait, à Monsieur Jean Daniel Horstius, et luv mandav que vous auiez succédé à la place de feu Mons' Riolan, et que je vous avois donné advis de sa première Décade d'Observations Anatomiques, et du dessein qu'il avoit formé, d'en donner par cv-après d'autres au jour.

Je m'eschaufre mal à propos à vous tracer un plus long entretien, car voilà de tous costez des obstacles qui me vienent quereller. L'un me vient quérir pour un malade, l'autre m'apporte une espreuue de l'Athenée Grec-Latin à corriger: et d'autre costé la nuit tombe, et m'advertit qu'il est temps de fermer mon paquet, de peur qu'il ne reste à la poste. C'est pourquoi je brise là-

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dessus, et vous conjure de me conserver toujours clans l'honneur de vos bonnes grâces, comme celuy qui sera toute sa vie,

.Monsieur, Vostre très humble et très obéissant

.serviteur.

Spon D. M.

De Lyon, ce 24 avril 1657.

.Monsieur, nostre cher et pretieux Amy,

Vous sçaurez que toutes vos trois lettres du courant, a sçavoir du r"', 4'' et 1 3° Auril m'ont esté fort bien rendues : la preme par Mons' Mazuray d'Orléans, la seconde par Mons1' Parker Anglois, et la derne par la poste ; pour toutes lesquelles, et tout ce qu'elles contienentde bon, je vous rends grâces très humbles. Quant à Mons' Mazuray, il partit d'icy le 1 5e pour son voyage de Montpel'" où je l'accompagnav d'un mot de lettre adressé à Monsr Cortaud, par lequel je le priois de depescher bien tost ce jeune homme, afin qu'il puisse en bref revenir proche la personne de Mons'' son Père. Monsr Parker, lequel outre uostre lettre me délivra aussi le paquet de liures, duquel nous l'auiez chargé, partit le 20e d'icy, pour continuer sa route vers l'Italie. Au reste j'ay recognù l'un et l'autre de ces deux jeunes hommes, fort honnestes gens, et vous remercie très particulièrem1 de m'avoir procuré leur cognoissance.

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J'ay remis entre les mains de Mons' Gras, les 17 lettres des Jansénistes, que vous luv aviez destiné, dont il vous remercie de grand cœur, el uous asseure de ses obéissances, m'ayant prié de vous dire de sa part, qu'il feroit moyen deuous faire avoir un exemplaire du livre du Sr Restaurand, imprimé à Oranges, De Monarchia microcosmi ; à quoy je le solliciteravde ne pas manquer, pour vous en faireavoirle passetemps :cepauvreautheurayant cette maladie d'esprit, qu'il ne croid point qu'autre que luy, ayt jamais compris le vray sens d'Hippocr. et qu'il n'y a que luy qui en porte les clefs, comme S1 Pierre celles de Paradis. Galien mesme passe en cela pour un novice chez luy. Cependant il a retiré par deuers soy toutes les copies de son liure, de sorte qu'il y aura de la peine d'en avoir que de sa main, ce qui faschera beaucoup de curieux.

Pour les deux liures in-8" reliez lesquels uous désirez faire tenir à Monsr Volcamer à Nuremberg, je ne faudray point par la première occasion que je pourrav rencontrer de nos Marchands, faisans balles pour ces quartiers là, de les envoyer. Je m'en suis desjà informé de quelques endroits, mais l'on n'envoyé rien pour cette foire, à cause des bruits qui courent d'une prochaine rupture que nous allons auoir avec l'Empire, au subjet de l'Alsace.

J'estois en volonté de vous envoyer par le Coche le Sennertus que j'ay céans pour uous. ensemble les Ms. de Hofmannus, mais ayant appris que l'on avoit depuis peu volé un de ces Coches, et crai-

gnant que le mesme accident n'arrivât à tel autre coche, auquel j'aurais remis ledict paquet, je me suis résolu de patienter encor un peu pour voir si je trouverois occasion de l'envoyer par quelque balle de marchandise, moins subjettes aux dangers des vols, qui se t'ont aujourdhuv sur les grands chemins. En effet, ce seroit une perte irréparable que ces Ms. de Mons' Hofman se perdissent, estans des pièces excellentes et très bien digérées, selon mon petit goust.

Vous avez très bien deviné, de ce qui devoit arriver au S' Champion libraire. Il est mort de son engagem1 d'intestin, n'ayant voulu souffrir, qu'on luy rit l'Operaiion nécessaire, comme on la luy auoit proposé. Le S' Formy, son gendre et associé, hérite de son tonds, et continue l'impression du Varandœus. C'est aussi luv qui a en son pouvoir l'impression des Mémoires de M. de Tavanes, pour laquelle il attend priuilège, avant que de la distribuer hardiment. Vous m'avez fait plaisir de me mander Testât, auquel uous avez veu Mons' Mario n mon beau frère, l'ayant crû cy-devant plus mal que cela. Obligez moy de luy donner une visite à vostre commodité, et luy prescher la sobriété, contre les reigles de laquelle il s'émancipe assez aysément à son grand dommage et au déplaisir de tous ceux qui ont intérest à sa conseruation .

J'ay fait part à Mons' Garnier mon Collègue, de ce que vous m'avez mandé touchant M. Merlet, dont il uous remercie. Je m'asseure que depuis m'avoir escrit, uous aurez receu le livret du S1 Bonav. Basset, de la part de Mons' Faîconet, le-

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quel nous certifie de vous l'avoir envoyé. Ce Basset est Gis d'un Contrepointier de cette uille, homme qui s'estime l'un des plus sçauans du siècle, et qui menace nostre Collège de le ruiner s'il peut, parce qu'il n'a pas trouvé son Explication d'Aphorisme digne d'estime, comme il se figure qu'elle est par excellence. Nous allons auoir gros procez ensemble : ce qui nous obligera de députer queleun de nostre Collège à Paris, pour soustenir nostre droit contre ce fanfaron, qui ne fut jamais qu'un ignorant. Peut estre qu'auec le temps uous pourrez l'y voir et le cognoitre de plus près.

Mons1' Guillemin, nostre Collègue, a esté mandé pour aller à Turin, y voir malade Madame Royalle, et partit pour cet effet de cette uille, le i 3 du courant. En prenant congé de moy, il me pria de vous présenter ses très humbles baisemains, avec excuse de ne uous avoir point encor fait response. L'on me vient de dire, que led. S' Guillemin estant à mv-ehemin, avoit receu nouvelle que la malade qu'il alloit uoir, se portoit mieux, qu'elle n'avoit fait, ce qui sera cause qu'il fera tant moins de séjour par delà.

Je receus il n'y a que six jours aujourdhuy, une très funeste nouvelle d'Allemagne, du deceds d'un frère Cadet que j'y avois, à Breslau en Silesie, où il s'estoit marié depuis i3 ans en çà. Il y est mort d'une pleurésie, à ce que l'on me mande: et je ne crois pas estre mal fondé si je me figure, que c'est taute d'avoir esté suffisamment saigné : car c'est le malheur ordin0 de ces pavs septentrionaux, où l'on va à la mesnagere, lors qu'il faut estre pro-

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digue de sang. Cette nouvelle m'a tout mis en deuil, et m 'os te mesmes d'autres pensées, qui eussent pu alongercet entretien. Ce sera pourune autre lois. Dieu aydant. Cependant je vous salue de tout mon cœur : et demeure.

.Monsieur, Yostre humble et très obéyssant

servit.

Spon.

Du Lyon, ce i .May, iùb~.

.Monsieur,

Ce jeune homme qui uous doit rendre la présente, est natif de .Marseille, et a cy-deuant demeuré chez .Monsieur Chesneau .Médecin dudit lieu, lequel me le recommanda quand il vint en cette ville, où il a t'ait séjour depuis 7 ou 8 mois en çà. Maintenant qu'il s'est résout d'aller à Pans, j'ay eyté bien ayse de vous l'addresser afin que si uous luy sçauiez quelque lieu propre à le mettre, uous le luy pussiez indiquer.

Il est ambidextre, Pharmacien et Chirurgien, et a servy en cette qualité Monsr Chesneau, pendant qu'il a demeuré chez luy. Son nom est Claude Suffren. .Monsr Chesneau et moy uous serons obligez des courtoisies que vous luy aurez fautes. Je vous baise très humblement les mains, et vous conjure de me croire toujours.

.Monsieur. Votre très humble et très obéyssant serviteur.

Spon.

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De Lyon, ce [5 May, i * "> 3 — .

Monsieur,

Je profite de l'occasion qui se présente, pour uous aller rendre mes hommages, en la personne de Monsr Brusius Docteur Médecin de Valence, Escossois de nation, personnage que j'honore pour ses rares qualitez. et sur tout pour son sçauoir exquis, qu'il fait paroistre aux Thèses qu'il a fait imprimer en cette uille, avant que d'aller à Valence, dans lesquelles il soustient entre autres, que Remédia Antimonialia sunt 8ta|ioà5v x«peç. Il sera bien ayse de vous rendre ses respects, comme à l'un des premiers hommes du siècle : Vous suppliant de le voir de bon oeil, et de l'avoir pour recommandé. 11 appartient à un des principaux Médecins de Londres, nommé Mons1 Wederburn, lequel vous sera obligé des faveurs que vous luy rendrez.

Je uous envoyé par luy un paquet, duquel il a bien voulu se charger, contenant un Gabriel Fontanus, de Medicina Antihermetica, duquel Monsr Formy le Libraire uous fait présent, n'en ayant point voulu d'argent de moy : item vous y trouverez une feuille du Yarandœus, qui s'imprime icy chez ledy Formy, afin que par cet eschantillon, vous puissiez juger du reste de l'impression, laquelle pourra estre achevée dans deux mois.

Outre cela, vous trouverez dans ce paquet un petit livre in octavo, relié, lequel Monsieur TAdvocat Huguetan vous enuoye. J'y ay aussi mis les Obser-

vations de Johan. Daniel I lorsti us. comme aussy le Manuscript de Caspar llofmannus. De Calido innato et Spiritibus : me reservant de vous envoyer la copie que j'en ay faite et les deux autres traittez, De humoribus et de Partiaux Similaribus par quelque autre occasion, craignant que le paquet ne fût trop embarrassant, si j'eusse voulu les v adjouster. J'espère de vous les faire tenir par le Coche, avec le Sennertus que j'ay encore céans pour vous, si je ne trouve moyen de les mettre dans quelque baie de marchandise, comme vous le trouuez bon par uostrederne.du 8. de ce mois, que je receus hier, dont je vous remercie; et à laquelle aussi je ferav response à part, aussi bien qu'à une autre précédente du 2 j.,: Avril.

Le Prince de Conty est icy depuis 5 ou 6 jours. L'on m'a dit que le Sr le Gaigneur son Esculape y est aussi, mais je ne l'ay point veu, et peut-estre ne le verray-je point : Neque enim tantum est ab re meâ otij mi lu.

L'impression des ceuures de Mons1 Gassendy continué toujours, à quoy .Monsr de la Poterie travaille rigoureusem1. Je le vis hier, qui m'a chargé de vous faire ses tres-humbles baisemains: comme je fais aussv en particulier, avec toute la passion que je dois, comme estant.

Monsieur, Votre très humble, et tres-obeissant serviteur

Shon.

De Lyon, ce XV May [657.

Monsieur,

Je vous donne advis de la réception des deux uostres, l'une du 24 Aur. et l'autre du 8' du courant, dont je vous remercie auec tous les ressentimens que la gratitude peut inspirer à une personne accablée de vos courtoisies : vous suppliant de ne vous dégouster jamais de m'honorer de ces aggreables uisites que vous me rendez de loing, par un mouvement de bonté que vous avez pour moy, sans que je l'ave mérité.

C'est par uotre moyen que je sçay une grande partie de ce qui se passe par le monde, dequoy je vous ay des obligations infinies, ne souhaittant rien avec plus de passion que de m'en pouvoir acquitter quelque jour.

Ce matin est party de cette ville avec le Messager de Paris un brave jeune homme Escossois, nommé Mons' Brusius, lequel vient de se faire recevoir Docteur en .Médecine en l'Yniversité de Valence, où il a esté receu avec grand applaudissement, à ce que m'en a mandé Mons1' le Bon, Doyen de lad. Université. Je luy ay baillé un mot de lettre pour vous, afin qu'il se puisse donner l'honneur de vous aller faire la révérence, et jouyr de quelque moment de uostre entretien, pendant le séjour d'une année, qu'il fait estât de faire à Paris. Je l'ay aussi chargé d'un petit paquet de livres, qu'il m'a promis de vous rendre de ma part.

LETTRES INEDITES DE Cil. SI'ON A GUY PATIN 22(j

Tout présentement j'ay rencontré fortuitem1. par ui lie Mons1 le Gaigneur votre Collègue, lequel m'a sallué, et fait excuse de ne m'estre venu voir, disant n'en avoir eu la commodité, et qu'il partoit d'icy demain matin avec son patron. Dieu le vueille bien conduire, et destourner le mauuais prognostique de sa belle-sœur, qui n'est pas peutestre sans fondement. Il s'en ua en un pays, qui est assez souvent le Cimetière des François : mais particulierem". quand les maladies Epidemiques se mettent de la partie, comme elles font aujourdhuy en ces quartiers là.

.Mons'. Guillemin, mon Collègue, est toujours à Turin, au service de Madame Royale, de laquelle on nous asseure qu'il est très bien veu, par dessus tous les autres Médecins de Cour qui sont auprès d'elle : S'il peut réussir dans la cure de sa maladie, je ne doute point qu'il ne soit très-bien satisfait de ses peines : L'on dit desja, que l'autre jour elle luy fit présent d'une belle plaque d'argent du prix de cent pistolles.

Le Sr Daquin, que Monsr Vallot y a depesché, y est bien aussi arriué. mais il n'a pas encor fait parler de sov, comme l'autre. Peut-estre n'est-il pas si raffiné, ou bien il est venu plus tard qu'il ne falloit. La Cour de Savoye passe aujourdhuy pour estre l'une des plus délicates en fourberies qui soit au monde. Les duppes n'v sont pas les bien-venus : cela ne serait pas mon élément, qui n'ay pour partage qu'une simplicité sans artifice. Le S' Formy libraire n'a point encor obtenu le Privilège de ses Mémoires du Mareschal de Tavanes, ce qui l'em-

pesche de débiter led. livre. On luy en fait espérer un, dequoy je doute fort : mais il s'en faut encor donner un peu de patience.

Les lettres des Jansénistes que vous m'avez envoyées, sont d'excellentes pièces. Je suis bien ayse, que les Hollandois se soient advisez de les faire réimprimer : peut-estre trouuera-on moven d'adjuster les differens de cette nation là avec cette Couronne : ce que j'ay quelque interest de souhaitter, ayant un frère, Capitaine en ce pays là, qui s'en pourrait trouver mal, quoy qu'à la vérité il soit dans Bréda, ville qui appartient à la maison d'Orange, et non à Mess'"' des Estats. Il y a dequoy déplorer la calamité de nostre siècle, plein de malheurs, de confusions de toutes parts, qui semblent plustost se devoir accroistre que diminuer, veu la desunion des Grands, et la malice de ceux qui les gouvernent. L'on nous asseure icy, que depuis le deceds de M. Mestrezat le Ministre, l'on auoit résolu d'envover quérir en Hollande le Sr Alexandre Morus, qui est natif de Castres au haut Languedoc, et non de Genève comme l'on vous a donné à entendre. Il a bien esté Ministre dans Genève mais il n'en est pas.

Il me semble qu'il seroit bien tantost temps, que l'assemblée du Clergé se separast. Ils ont bien assez mangé les pauvres curez de village, et ont bien assez fulminé contre les pauures Religionnaires. Ces jours passez se tint en cette uille un Synode de tous les Curez d'icy autour pour estre avertis chascun en son particulier de la contribution qu'ils ont à fournir pour le Roy. et pour les

LETTRES INÉDITES DE Cil. Sl'ON A GUY PATIN 23 1

despens des supérieurs qui ont tenu leurs assises à Paris.

Je ne doute point que les Mémoires de la vie et fortune du défunt Cardiir'1 de Richelieu, nesoyent des pièces pleines de flatterie, puis que c'est de la part de .Madame d'Eguillon qu'elles doivent estrc imprimées.

Je vous prie me mander, quand vous m'escrirez, si vous n'avez point pu retirer quelque ouvrage, ny mémoire de feu Mons' Riolan. Je ne sçay comment on pourrait faire pour mettre au jour les traittez de Mons1. Hofman qui uous restent. Celuy de Humoribus me semble très-beau : je crois que si l'on pouvoit trouver à le faire imprimer, séparément, que cela réveilleroit l'envie à plusieurs de voir les 2 autres traittez du mesme, de Spiritibus, et de Partibus Similaribus.

Nostre Mons1 Cellier est allé en quelque vovage, au retour duquel il m'a dit qu'il imprimeroit les Observations de Rivière, ses Institutions se uendans fort bien. Je pensois d'aller plus loing, mais le jour commence à faillir, et il est temps de prendre congé de vous comme je fais, vous asseurant d'estreinviolablement. toute ma vie.

Monsieur, Votre tres-humble et tres-obeyssant serviteur.

Spon D. M.

De Lyon, ce 8 Juin, 1657.

Monsieur

Voilà un prurit qui me prend tout à coup de vous escrire, ne pouvant mieux célébrer, à mon advis, la S1 Medard, que par cette petite débauche : outre que je ne me suis pas donné l'honneur de vous escrire depuis le i5e du passé, si j'ay bonne mémoire : auquel jour je remis entre les mains d'un brave jeune homme Escossois, nommé Monsr Brusius, Docteur Médecin tout frais émoulu de Valence, un petit paquet de liures pour vous déliurer. Vous me donnerez, s'il vous plaist. aduis de la réception, quand vous l'aurez faitte.

Vous y trouuerez entre autres un livre nouveau imprimé en cette uille, sous le titre de Gabrielis Fontani deMedicina Anti-hermetica : lequel liure vous est envové en présent par le Sr Formy, marchand Libraire de cette ville, gendre et héritier du Sr Champion, autre Libraire décédé depuis peu : pour lequel vous serez memoratif, que vous obtîntes, il y a un an, le privilège de l'impression des œuvres de Varandœus, duquel ledy Champion a cédé le droit à sondit gendre le Sr Formy, qui a fait continuer, et fait encore la susdyte impression, laquelle tend à sa fin. mais en visitant le privilège du Roy, obtenu par vostre moyen pour led. livre, il s'est apperceu qu'il est porté là dedans, que ledit priuilege doit estre enregistré dans les Registres des Svndics des Marchands Libraires et Imprimeurs de Paris, à peine de nullité: ce qui

n'ayant peut-estre) encore esté effectué par mesgarde du défunt, le S' Formy désire de s'asseurer de

cecosté là. C'est pourquoy il m'est venu trouver, et supplié de vouloir luv faire la grâce de faire enregistrer comme dit est; led. privilège, s'il ne Testait desja. sur les registres de ces Mess" les Syndicqs: pour lequel effet il m'a remis entre les mains copie dudy privilège, et de plus une expédition du transport que luv en a fait feu son beaupere le Sr Champion, avec promesse de vous rembourser incontinent de tous les fraiz que vous aurez fait pour subject et mesmement du port de la présente, dont il uous prie luv tenir compte, avec le reste.

Enfin ce livre est achevé excepté l'Indice, et la première feuille : de sorte qu'en peu de temps le public en pourra jouyr. Au reste j'ay des baisemains à vous faire de la part du S' Joan. Daniel Horstius lequel témoigne d'estre extremem1 joyeux de sçauoir que vous estes estably successeur d'un si grand homme qu'estoit feu Monsieur Riolan, ce qui fera moins regretter la perte de sa personne. Voicy ses termes : Ab obi tu Cl. Riolan i Artem nostram nildamni accepisse nunc demum statuo, cùm succenturialum scribas Magnum Dm. Patinum, Virum longé Celeberrimum cujus favorem ipse non inlermillam literis officiosissimis ambire. A quoy uous pouvez vous préparer par advance.

Il seroit bien ayse, que je fisse imprimer icy son Manuductio ad Medicinam, mais je ne sçay si j'en pourray venir à bout. Il y a là dedans

quelque invective contre le bon homme Mons1 Hofmannus, à cause de ce qu'il a drappé, entr'autres dans les Institutions le Père dudy S1' Horstius : mais luy ayant représenté qu'il devoit laisser en repos les mânes du grand personnage qu'a esté le Sr Hofman, et qu'il ne luy pouuoit reprocher que d'auoir usé d'une chose permise, qui estoit la Liberté philosophique, et la recerche de la Vérité, il m'a donné parole qu'il luy pardonnoit de bon cœur, et qu'il consentoit que j'ostasse de sond. livre tout ce qui pouvoit choquer la mémoire du defunct.

Il me mande que le bruit court dans la Cour de son Maistre le Landgrave de Darmstad, que le Roy est en volonté de s'aller poster à Mets, et que le Suédois a dessein d'entrer en Allemaigne, pour muguetter l'un et l'autre la Couronne impériale à présent vacante : ce qui pourrait peut-estre bien arriver. L'on avoit fait icy courir le bruit d'une grande defaitte des Polonois par les Suédois et Transsylvains, lequel s'est en fin trouvé imaginaire et controuvé à plaisir. L'on nous asseure icy que la ville de Valence dans le Milanois, se trouve investie par les Espagnols, mais que nos gens s'assemblent, pour les repousser et recoigner bien loing.

L'on nous fait aussi entendre, que Madame Royalle de Savoye se porte mieux, et que nostre Monsr Guillemin est fort bien uenu auprès d'elle, veu qu'elle se confie entierem1 à luy. Pour le Sr Daquin qui y est allé, il ne s'en parle non plus que rien. Portez uous toujours bien, et croyez que

je seray toute ma vie, après mille salutations que

je vous fais, et à .Messieurs vos tils.

Monsieur. Votre très humble, tres-obeissant, et

très passionné serviteur.

Spon D. M.

De Lyon, ce mardy, 10 Juill. 1657.

Monsieur,

Quoy qu'il ne se présente gueres rien, qui mérite de vous estre mandé de ces quartiers, je ne laisrav pas de vous tracer quelques lignes, en reconoissance de vos deux belles et amples missives, l'une du 8e, l'autre du 19" Juin, pour lesquelles je vous rens grâces infinies, ne pouuant assez admirer tant de bontez que vous avez pour moy, tout chetif et indigne que j'en suis.

Je serois bien ayse de sçauoir de vous, que vous a fait le Sr Chesneau de Marseille, parce que vous m'en parlez avec quelques termes de ressentiment, qui me fait croire qu'il vous a desobligé en quelque chose. Je n'ay point grande habitude avec luv, mais il m'auoit recommandé ce Suffren, que je vous adressay dernierem' et qui a esté quelque temps son domestique. Il est vray qu'en gênerai, ceux de cette nation là sont des humeurs dangereuses et matoises, aussi ne sont-ils gueres en bon predicament dans Lyon, et les marchands ne veulent leur vendre qu'à beaux deniers comptans, quand ils vienent icy aux emplettes.

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Je vous av très-grande obligation, d'auoir daigné aller rendre visite à Monsr Marion mon beau frère» et de luy auoir departy vos bons aduis sur son indisposition. Je souhaitterois bien qu'il vous crût, et se rangeât à vivre plus reiglément par cy-apres, qu'iln'afait jusques à présent; peut-estre sortiroit-il encor du labyrinthe où il se void aujourdhuy.

.Monsieur Sorbiere, qui me vint voir céans le 16 du passé, allant en Avignon, m'asseura qu'il avoit laissé mondit beau frère en fort mauvais estât, atrophié et en chartre : J'en suis fort en peine, pour n'en point mentir, et plains non seulem' luy, mais aussi sa famille, qu'il eut peut-estre mieux fait de laisser icy, que non pas de la faire transmarcher à Paris. Je ne sçav si uous trouueriez bon, qu'il usât des eaux de Forges pendant quelques jours, devant que de prendre du laict d'asnesse, afin que cettui-cv trouvât les passages plus libres, et se distribuât facilement, sans hésiter autour des hypochondres, et y former des nouvelles obstructions.

Je ne doute point, que cette 18. lettre du Port Royal, dont vous me parlez, ne soit excellente, puis qu'elle a pour subjet l'infallibilité d'un homme mortel comme nous, qui ne doit pas estre mal-aysée à combattre par plusieurs raisons invincibles. Je m'attens à voir cette pièce auec plaisir, dont vous m'auez fait venir l'eau à la bouche par l'approbation que vous luy donnez.

Quant à l'impression des œuvres de Cardan, dont vous me demandez des nouvelles, il ne s'en parle point encor, et ay peine à croire qu'elle s'en-

LETTRES INÉDITES DE CH. SPON A GUY PATIN il"]

treprenne de long temps, veu les fléaux qui affligent le monde, et troublent le commerce, je dis la peste d'Italie, les guerres d'entre les Couronnes, et le mépris des lettres, plus gênerai que jamais. .Mais en tout cas, si elle a à se faire, ce ne sera qu'après le retour du Vénérable M Ravaud, lequel on ditestre à présent en Portugal.

J'ay fait récit au Sr Fourmy de tout ce que vous me mandez touchant son Privilège du Varandœus, dont il uous remercie, et m'a dit que puisque .Monsr Bechet estoit maintenant Syndic de la Librairie, duquel il auoit l'honneur d'estre cogneu assez particulierem' il vouloit luy escrire un mot, pour sçavoir de luy. s'il vouloit qu'il luy enuoyàt 1 Original de son Privilège pour l'enregistrer et que s'il luy mandoit qu'oûy, il le luy enuoyeroit, et vous envoveroit aussi un Exemplaire des Mémoires de Tavanes, quoy qu'il n'en ayt pas encor obtenu le privilège, ne doutant point que vous ne mesnagiez ses interests, ne les faisant voir qu'à personnes non-suspectes, de peur qu'on ne luy fasse pièce. Depuis auoir escrit cecy, le Sr Fourmy estant venu me voir, m'a appris, qu'il vous avoit enuoyé il v a 8 jours, par le Messager de Lyon, l'Original de son Priuilege, et les Mémoires de Tauanes, qu'il uous prie de faire retirer, et en payer le port, dont vous luy tiendrez compte, et prendrez soin de faire enregistrer sond. Privilège, par Mr Bechet.

J'ay eu lettre la semaine passée, de Mr Melchior Sebizius, Profess. de Strasbourg, qui me recommande un de ses compatriotes, Fscholier en Mede-

cinc. venant de Padoue. C'est un raue jeune homme, qui a demeuré quelque temps à Vérone, chez le Sr Petrus à Castro, pratticien renommé de lad. Ville. Il m'a dit, que les Sr* Sylvaticus,Fortun. Licetus. et Joan. Rhodius sont toujours vivans, qu'un nommé Marquetus, et un autre nommé Molinettus estoyent en grande réputation dans Padoue. Que la circulation du sang passoit en ce pays-là pour article de foy, et qu'un Médecin de Vérone avant fait un liure pour la réfuter, s'estoit fait moquer de luy; quoy qu'en ayant fait la dédicace au duc de Mantoue,ce Prince en reconoissance de cet honneur, l'auoit annobly luy et sa race, et honoré du titre de Comte Palatin. Les grands en France ne sont point si généreux à recompenser les gens de lettre. Les Mecenas y sont des oyseaux très rares au temps où nous sommes plus que jamais.

J*av fait response aud. Sieur Sebizius, et luy ay donné aduis de la mort de Mess" Moreau et Riolan si peut-estre il ne l'a desja sceûe d'ailleurs.

Je pense que ce Monsr Sebizius est aujourdhuy le plus vieux Profess. en Médecine, qui soit en Allemaigne. Il auoit un Collègue, aussy fort uieux, qui s'appelloit M' Saltzmannus, mort seulement depuis peu de mois en çà.

J'av aussi eu lettres de Montpelier, du S1 Mazuray lequel me mande, qu'il n'a pu encor faire aucun acte public pour prendre ses degrez, mais que MrCortaud luy faisoit espérer, que deuant les vacations, il fera son acte de Baccalauréat : dequoy je doute fort, ayant appris de bonne part que les

LETTRES INÉDITES DE CH. SPON A GUY PATIN 23q

Professeurs de Montpel1" désertent fort les Escholes. le S' de Solignac estant encor à Paris; le Sr de Belleval à Vsez, proche M* le Duc d'Ysez malade: et le Sr Sanche quelqu'autre part : si bien que Mr Cortaud demeure solus in prœsepi equus pour parler avec le docteur Zacutus. Je suis bien ayse. de ce que le Sr Brusius vous a veu, et vous a remis mon paquet. Je ne vous ay pas encor renvoyé le reste de vos Ms. de Hqfmannus, ny uostre Sennertus, parce que Monsr Devenet m'auoit fait espérer de faire quelque baie, dans laquelle il les pcurroit mettre, ce qui n'est pas encor arriué. Si je ne puis rien faire de ce costé là, hazard de le bailler au Coche de Paris.

J'ay aussi encore céans les deux liures que vous m'auez enuoyé, pour faire tenir à Monsr Volcamer, afin qu'il les fasse aller plus loing vers .M Rolfinckius. Nos marchans n'ayans fait de long tempsaucunes balles pour Allemagne. L'on me fait espérer, que dans la foire prochaine d'Aoust, il partira quelques baies pour Nuremberg, dans lesquelles je pretens de les mettre, et de les bien recommander : avant au reste beaucoup de regret de ce retardement, auquel je n"ay pu trouuer du remède. Ce que vous me mandez de la peste de Gènes, n'est que trop ueritable. Elle y est furieuse et l'on m'a dit qu'ils manquoyent de gens de seruice dans cette extrémité et qu'ils demandoyent à Messrsde Marseille des Médecins et des Chirurgiens. Ce qui met en peine jusques à nostre uille, a cause de la foire de Beaucaire prochaine, où l'on vouloit empescherque nos marchands n'allassent,

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de peur de s'infecter parmy le grand abord d'Italiens, et marchandises d'Italie qui s'y ameinent; mais ceux de Marseille ayans promis d'empcsclier qu'aucune marchandise de ces pavs-là ne fust deschargée sur leurs costes, l'on souffrira que lad. foire soit fréquentée à l'ordin" par nos marchands et negotians. A peine avois-je achevé d'escrire ceste page qu'il m'a fallu sortir pour aller voir un malade qui pressoit, et voilà une crie qui se faisoit tout de nouveau par laquelle il est défendu d'aller à ladite foire de Beaucaire sous des grosses peines, de sorte que l'on n'y ira pas.

Je voudrois bien sçauoir, que fait le pauvre Mons" Musnier dans cette désolation publique, où il se trouue enveloppé. Je n'ay pu encor apprendre au vray qu'estoit deuenu à Naples le braue Marcus Severinus ; quelques uns m'asseurans qu'il estoit mort, et d'autres disans le contraire.

Je n'av point sceu encor trouver en cette ville

d'autre Introductio ad Médicinaux que celle que

l'autheur (c'est à dire le S1' Jo. Daniel Horsiius)

m'a enuoyée, toute corrigée de sa main et pleine

de petites apostilles, pour la faire imprimer de

nouveau s'il s'en trouvait occasion, dont je doute

fort : nos Libraires n'ayans jamais battu plus froid,

pour l'impression des liures, qu'ils font à présent,

si l'on ne promet de leur graisser la main et de

foncer aux frais de l'impression. Nous n'avons

point encor veu icy les livres d'Italie dont uous

me faittes mention, asçavoir Comment. Phrigii in

llist. Eptdem. Pars posterior : Consilia medica

Sylvaiici; Ochus, de Febrib.cum paj-adox; Fran-

ciscus Je Francisco, de Venœsect. abusû. Si par

cv-apres il en peut venir quelcun à ma cognoissance, je ne manqueray à uous en donner advis.

Rainaldus ne s imprime point chez Mr Borde, à ce qu'on m'a asseuré. Ledy Sr Borde a esté derechef grievem1 malade, mais on m'a dit qu'il y a de l'amendement depuis quelques jours en çà.

Monsr Gras m'a prié de vous faire ses baisemains, et vous dire, qu'il vous enuoye par le Sr Basset (qui est cet Aspirant à nostr. Aggregation, lequel ayantesté refusé, plaide contre nostre Collège à Paris le Hure du Sr Restaurant qu'il vous auoit promis, intitulé De Monarchia microcosmi, où vous verrez à foison des maturinades, dignes d'entrer en parallèle auec celles des habitans des petites maisons.

Je fis il ya [5 jours un petit uoyage de 4 jours à Mascon pour affaires de tutelle; et à mon retour je sçeus, que nostre Doyen, le Sr Claude Pons, estoit fort malade d'une tluxion sur la poitrine, à laquelle il estoit subject depuis fort long-temps, et de laquelle enfin il mourut le dernier du passé — et fut enterré le lendemain à l'Hospital, dont il auoit esté le .Médecin ordinaire l'espace de 22 ans. Nous avons maintenant en son lieu et place de Doven, Mr de Rhodes, et pour Vice doyen Mr Gras. Dieu nous les conserue longuement !

En fin .Monsr Guillemin nostre Collègue, revint sain et sauf en cette uille. le 6 du courant, de son uovage de Piémont, ayant mis 3 mois (moins S jours) à ce uoyage, car il estoit party d'icy le i3 Auril : et a laissé Made Royalle en parfaitte

santé, à ce qu'il m'a dit luy mesme. dans le court entretien que j'eus dernièrem1 avec luy en son logis, où je l'estois allé complimenter comme les autres. Il me dit en passant, que les Médecins de Turin sont d'estranges pratticiens, et qu'ils luy auoit fait plus de peine pour les mettre à la raison, — que n'auoit pas fait Ja maladie de S. A. R. qu'il auoit esté fort mal secondé par Daquin, qui n'estoit pas Médecin, et qui begayoitetde l'esprit et de la langue, délirât linguaque mensquc. Au reste il paroit bien satisfait des honnestetés receues dans cette cour là! Je luy ay présenté uos baisemains, sur ce qu'il m'a le prem. demandé de uos nouvelles. Il uous escrira sans doute amplem'de toute son advanture, quand il se sera un peu reposé, et repris ses esprits.

Voilà bien prou d'histoires pour un coup : je ne pensois pas, quand j'ay commencé d'en auoir la moitié tant dans ma gibbeciere. Il n'y a que d'y fouiller hardiment, il en sort toujours quelque chose, vaille qui vaille. Je vous supplie de prendre le tout en bonne part, et me faire la grâce que je tiene toujours rang parmy ceux qui vous sont tout acquis, en qualité, Monsieur, de Vostre treshumble et très obevssant seruiteur.

Spon. D. M.

La datte est en teste, si vous en avez faute.

J'auois oublié de vous dire, que Monsr Sauuageon vous baisoit les mains et m'auoit asseure, qu'il n'auoit point fait imprimer la Pharmacopée

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de Bauderon en cette uille depuis son retour. Mons1 Huguetan s'est tort plaint à moy dudit S'Sauuageon, pour auoir laissé passer quantité de fautes insupportables dans le Zacutus qu'il fait réimprimer, et dont il luy auoit confié la correction. Pour Belestre, que Monsr Gras nommoit icy Bel-estron, Messrs Guillemin, et Garnier, vous en pourront dire plus de nouvelles que mov. Merus est nebulo, omniumque ignarissimus. Vale.

De Lyon, ce xiij Aoust 1CÔ7.

Monsieur,

Le procez intenté contre nostre Collège par le Sieur Basset, duquel je vous ay cy-deuant escrit, ayant obligé nostredit Collège de députer à Paris Monsieur Sauvageon, j'ay crû que vous ne seriez pas marry qu'il vous présente ces lignes, auec les asseurances de mes tres-humbles seruices, pour vous supplier de le vouloir assister de vostre bon conseil et de vostre crédit dans cette affaire que nous avons sur les bras, contre un estourdy, que la présomption et bonne opinion de soy mesme, jointe à l'appétit de vangeance, j'ay tailly à dire de vendange, — aussi l'ayme-t'-il passionnem1) font agir brutalem' contre une Compaignie, qui ne l'a pu ny deu flatter, comme il prétendoit que l'on fit.

Ses griefs sont d'auoir esté renvoyé pour six mois ; et du depuis d'auoir esté constitué prisonnier à nostre requeste. Quant au premier, on l'a traitté comme on en a traitté plusieurs autres, qui en sçauoyent plus que luy : et les soufflets frequens qu'il donnoit à Priscian, l'ignorance du Grec, la bassesse de ses pensées, la mauvaise méthode de tout son discours, ne permettoyent pas qu'on luv fit autre grâce. Quant à l'emprisonnement, qu'il ne s'en prene qu'à luy mesme, vx/'lj. yilu tj-.-7{ xaxov. Pourquoy escriuoit-il injurieusem1 contre le Collège? Cur irrilabat crabrones? On ne luy demandoit rien, et que ne nous laissoit-il en paix? Voilà où nous en sommes, et si la Cour n'est prévenue par quelques artifices, nostre bon droit ne peut manquer d'estre conservé à la confusion de nostre partie : quoy qu'il ayt eu l'effronterie de défier à la dispute toute nostre Compaignie, par une rodomontade des plus ridicules : sur quov il suffiroit de luy dire, ce que disoit Theocrite. 'j; -or' A0r,vatav eptv ïjpiffe, mais le pauure garçon ne l'entendroit pas, car du Grec il n'en casse point.

Je vous baise tres-humblem1 les mains, et demeure, Monsieur, vostre très humble et obéissant seruiteur.

Spon. D. M.

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De Lyon, ce Mardy 28 Aoust 1657.

Monsieur,

J'ay receu les deux uostres dernières, l'une du \" par Mr Formy, et l'autre du 21" du courant, par M Robert, Procureur de nostre Collège. Je ne sçaurois vous exprimer, auec quels sentimens de joye j'ay receiïe l'une et l'autre, les uoyans toutes remplies de marques visibles de uostre allection, dont je vous demeureray obligé toute ma uie : sçachant bien que quand j'aurois t'ait plus que mes forces ne portent, ce seroit toujours au dessous de ce que je vous doibs, et dont je ne m'acquitteray jamais.

Je mets au rang de tant d'obligations, les lettres et escrits derniers, qui m'ont esté deliurez de vostre part par led. S' Formy, dont j'ay baillé sa part à Mons' le Médecin Gras, mon Collègue, qui vous en remercie tres-affectueusem1. Ce sont des pièces mémorables, et elabourées, qui méritent d'estre conseruées soigneusement.

Quant à l'in toi" intitulé Asiœ nova descriptio. que vous adressez à Mons' Yolcamer de Nuremberg : je l'av baillé au mesme marchand, auquel j'auois remis, il v a 3 semaines, les 2 liurets in S que vous m'aviez enuoyé pour le mesme : Ce marchand qui est facteur du Sr Fermond de Nuremberg, fait balle cette semaine, (à ce qu'il m'a asseuré) dans laquelle il mettra tous les 3 susd. livres. Je me suis amusé à visiter un peu ce dernier, et ay reconu par quelques passages, entr'au-

24'» r'UY PATIN

très es pages 40 et 58 que l'autheur qui l'auoit compilé, estoit Jésuite. Je ne sçay si uous sçaucz son nom : c'est bien merveille que l'autheur l'ayt celé. Cette modestie est rare à ceux de cette société, qui sonnent ordinaircm' la trompette pour peu de chose.

Demain doit partir de cette uille pour Paris, un braue Escholier en Médecine, Allemand de Strasbourg, nommé Mons1' Dinckel, auquel je viens de bailler un petit mot de lettre pour vous : luy ayant aussi remis un paquet, qu'il m'a promis de mettre dans sa valize, pour vous le rendre estant par delà. Comme aussi une fueille de Y Heurnius qu'on imprime, que le S'' Huguetan m'a baillé pour vous seruir d'eschantillon pour tout le reste de l'ouvrage.

Vous trouverez dans ledict paquet, vos manuscrits du Sieur Hofman que j'avais entre mes mains depuis quelques années en çà.

1° Il y a une copie que j'ay faitte, du traitté de Calido innato et Spiritibus, dont je vous renvoyay l'autographe il y a quelque temps.

II0 Le traitté de Humoribus dont j'ay transcrit seulement les deux premiers cahiers, que je vous envoyé. Si j'eusse eu le loisir, je l'aurois tout transcrit, afin qu'une si excellente pièce ne se vienne à perdre.

III0 Le traitté de Partibus similaribus.

Outre lesquels MSS. je vous envoyé encor un petit livret, de Obsidione Fontarabice, fait par un Jésuite. Et uoilà le contenu dudit paquet, lequel Dieu vueille préserver d'infortune, aussi bien que

celuy qui s'en charge, qui souhaitte fort de vous voir, v avant très-Ion^ temps qu'il vous conoist de réputation. 11 est Disciple du Docteur Melchior Sebit ■; ius, parent de feule Sr Sa/l;>nannus autre Profess. de Strasbourg. Il vient depuis peu d'Italie, ayant le plus séjourné à Vérone, chez le Sr Petrus à (Castro. Il a eu lettres depuis quelques jours de ce pays là, par lesquelles on luy donne advis de la mort du bon homme Fortunius Licetus, Profess. de Padoùe, qui estoit en un âge décrépit.

On luy mande aussi qu'un autre Profess. dudit lieu, nommé Guida Anton. Albanesius,àgé de 4Ô ou 47 ans, auoit esté malheureusement assassiné, à la porte d'une Eglise, par un certain Escholier en Médecine, auquel il avoit refusé sa voix en quelque rencontre. O l'abominable pays, où l'on ne fait pas plus de difficulté de tuer un homme, qu'une mouche ! Gardez uous bien mon cher am\ , de penser d'aller jamais là, quelques belles offres que l'on vous fasse. Dittes leur, comme fit S1 Pierre à Simon le magicien, Pecunia tua tecum sit inperditionem, pour parler aux termes de la vulgate, ou pour parler avec Bèze

Pecunia tua tecum pereat !

Heufuge crudeleis terra !

Vous estes bien à Paris, grâces à Dieu, n'eu bougez point. .Mais vous estes trop sage pour faire autrement et mes conseils sont hors de saison sur ce point là. Toutefois vous permettrez bien, s'il vous plaist. que je vous tesmoigne par là, l'affection que je vous ay vouée. Res est solliciti plena

24 s GUY PATIN

timoris amor! Je tremble, quand je pense à la barbarie qui règne en ce climat là : et nous trouve encor heureux en France au prix de ces lieux là, nonobstant toutes les autres misères que nous v voyons.

Non obtusa adeô gestamus pectora Galli Sec tara aversus cquos nostris Sol jungit ab oris Speramusque Deum memorem fandi atque nefandi

Je ne doute point qu'un jour la Vengeance divine ne se réueille, pour faire périr toute cette mauditte nation avec d'autant plus de sévérité qu'elle l'a plus attendue à repentance. Consuevcre nimirum, (disoit César,/)// immortelles inlerdum hominibus diuturnîorem impunitatem concedere, quos pro scelere eorum ulcisci parant.

Malts i disoit Lactance) quanto seriùs, tanto vehementius mercedem scelerum exolvit Deus.

Mais trêve de lieux communs : Avez vous point encor receu vostre Sennerttts, que Monsr Devenet a enuové à Paris dans une de ses baies ? Si cela n'est fait, il ne doit guères plus tarder.

Je soupav le 20 du courant chez Mons' Gonzebac mon Compère, où estoit un marchand de Marseille, nommé Mons'' David, qui a long temps demeuré à Gènes, et qui en partit seulemlau commencement de la peste de lad. Ville : Je luy demandav. s'il ne cognoissoit point Monsr Mûnier le Médecin, et qu'est ce qu'il estoit devenu. Il me dit qu'il le cognoissoit fort bien, qu'il avoit appris que Madllc sa femme estoit morte de la contagion:

Il 1 ll<i:s INEDITES DE CH. SPON A GUY PATIN 241»

mais que pour sa personne il n'en auoit rien pu apprendre. Je crains fort que le pauure homme n'ayt passé le pas. s'il ne s'est sauvé de bonne heure, comme ont fait la plupart des meilleurs bourgeois de cette pauure ville, qui est dans une désolation espou van table.

J'estime bien fort avec vous, la générosité de ceux de Roterdam, de vouloir faire imprimer à leurs dépens toutes les œuvres de leur compatriote, le grand et incomparable Erasme. J'ay sçeu de ceux qui y ont esté, qu'Us luv ont érigé il y a long temps, une statue de bronze dans une place publique. A ce que je recueille de vostre lettre, nous ne manquerons pas de Celses à l'avenir, puis que le S'" Vanderlinden le S1 Rhodius, et le S' Mentel, en promettent chascun une Edition.

La Reyne de Suéde est toujours en nostre voysinage, au fauxbourg de la Guillotière, où elle est visitée de diverses personnes de toutes conditions. Je n'ay pas eu la curiosité d'v aller perdre quelque heure de temps : crainte de revenir de là tout aussi sçavant que j'y serois allé. L'on croid icy qu'elle a envie de retourner encor à Paris, et qu'elle n'attend la-dessus que la volonté des Puissances.

Le S Meyssonnier m'a fait présent de son livret intitulé Medicina spiritualis, aussi bien qu'à uous : mais je suis comme vous, je le trouve trop long et ennuyeux, tout court qu'il paroisse, et crois qu'il teroit beaucoup mieux, s'il s'abstenoit de tant gratter et gaster le papier.

Je vous remercie de ce que vous avez tasté le

poux à nostre partie, le S1' B. (Basset) touchant quelque accom modem1 entre nostre Collège etluv. Je crois que si au lieu de faire offre, de faire son Acte de prattique. il offroit de faire un autre acte de théoriecommele collège le lui ordonnoit,etqu'iltesmoignast estre marry de ce qu'il a publié contre le Collège, et qu'il remhourçast au Collège de bonne grâce les frais ausquels il l'a mis de gayeté de cœur : que son affaire seroist tantost vuidée et que tout bien compté, il trouueroit d'auoir plus gaigné à en user de cette façon, qu'à obtenir un Arrest à sa poste, qui ne luy causeroit un jour que des déplaisirs continuels, et une haine implacable de tout un corps considérable et (si j'ose dire) formidable à tout particulier.

Si uous luy en voulez encor toucher quelque chose, et continuer à luv offrir uostre entremise envers le Collège p«ur le mettre bien avec luy, \rous le pouvez faire et je sçay que s'il se relasche de son orgueil, le Collège fera pour luy tout ce qu'il pourra : Je souhaitterois que vous eussiez assez de bonheur pour ramener cet esprit àsondebuoir: mais je doute fort s'il sera assez docile pour cela. En tout cas Monsr Sauuageon ne manquera point à son ordinc à luy monstrer les dens, qu'il a belles, grandes et deschaussées.

A propos des deschaussez, il y a quinze jours, que le General de l'ordre des Capucins, après qui, le pauure monde court, comme il feroit après S1 Pierre, pour le pouvoir seulem1 toucher, passa par cette ville, d'où il a pris le chemin de Bourgoigne par eau.

L'on va imprimer en cette ville l'Histoire généalogique des maisons de Savoye, taitte par le S' Guichenon, Advocat de Bourg en Bresse, où il y aura plus de 5oo figures. C'est le Sr Barbier, qui doit y travailler, à ce qu'il m'a dit.

Je suis bien ayse que vous ayez eu des lettres du S1 Horstius, et que vous ayez rcceu son Manuductio ad Médicinaux, dont le bon homme se fait feste. Il n'est plus à présent Professeur : il est Médecin ordinc et Courtisan du Landgrave de Darmstad, lequel il a mené cet esté aux bains d'Ems, à ce qu'il m'a mandé. Les S's Huguetan et Ravaud menacent toujours qu'ils feront imprimer le Cardan, mais de sçavoir quand cela sera, il en faudrait aller au devin.

Voilà tout ce que j'ay à vous dire pour cette heure. Si quelque chose a eschappé à ma mémoire, pardonnez le, s'il vous plaist, à ma précipitation : n'ayant pas beaucoup de temps de reste pour le présent. Je vous baise très humblenV les mains, et cà MM" les Docteurs vos fils, vous suppliant de m'avmer toujours et d'estre très persuadé que je suis de toute mon àme,

Monsieur, vostre très humble et très obeyssant serviteur.

Spon D. M.

Mes baisemains, s'il vous plaist, à Mess1'- Sauvageon, et Duprat.

De Lyon ce Mardy XI Septembre 1657.

Monsieur,

Je prens fantaisie de m'aller divertir en rostre compaignie quelques momens de loisir que uoicy, pourveu que vous le vueilliez bien, et que cela se puisse sans vous incommoder, autrem' j'en aurois grand regret.

Vous receurez bien tost, Dieu aydant, une lettre que vous doit rendre de ma part une de mes bonnes voysines, laquelle je vous supplie de bien considérer, et luy faire voir mon portrait, pour voir si elle le recognoistra. Vous recevrez aussi dans peu de temps, si uous ne l'avez desja fait, des mains d*un Médecin Allemand de Strasbourg, nommé Monsr Dynckel, non seulem1 un mot de lettre que je luy ay baillé, mais de plus le reste des Manuscrits de Hofmannus que j'auois riere moy, et qui vous appartienent, estant en peine jusques à ce que j'aye appris qu'ils vous auront esté délivrez.

J'ay aussi baillé, par maxime d'estat, une autre lettre de recommandation pour vous, à un certain frater de la petite Spathule, autrem1 Chirurgien, qui se fait nommer le S1' Mondragon, mais à laquelle lettre je vous supplie de n'avoir aucun esgard, parce que ce jeune homme, aussi bien que le reste des Confrères de S1 Cosme, ne sont pas personnes (à mon advis) pour qui les Médecins se doivent aujourdhuv gueres employer, veu que ce sont des vipères qui taschent de nous nuire

LETTRES INÉDITES DE Cil. SPON K GU\ PATIN 253

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