Gymnastique des poumons
Jamais, on peut le dire, les mots de civilisation et de progrès n'ont été plus souvent prononcés, lit plus hautement invoqués qu'à répoque où nous vivons^ C'est que jamais non plus la nécessité du progrès dans la civilisation n'a été plus énergiquement affirmée par l'état de la société ; à ce point que la loi en a pénétré dans toutes les consciences et y a du même coup implanté la notion d'un devoir dicté par les légitimes exigences de l'humanité. Les vieilles choses jugées insuffisantes, les traditions de la routine à jamais condamnées par leur impuissance, demandent à être remplacées par des institutions nouvelles, plus jeunes à la fois et plus larges, s'harmonisant mieux surtout avec les idées et les mœurs de notre temps, répondant enfin d'une manière plus complète aux besoins d'une société qui n'a pas cessé de marcher.
Telle est la loi, et personne aujourd'hui n'oserait la
contester. Pour moi, qui m'incline humblement devant elle, je me borne à Tindiquer ici, sans avoir autrement .intention de Tapprofondir, ni d'en tirer toutes les conclusions que pourrait comporter un pareil examen. J'ai cru devoir seulement la rappeler, parce que c'egt d'elle que découle Tidée exposée dans les pages qui vont suivre, et parce qu'elle explique pourquoi cette idée a pu enfin, malgré d'inconcevables difficultés, sortir de la théorie et entrer dans les voies de la réalisation.
A ce propos, qu'on me permette encore une réflexion. Personne, ainsi que je l'ai dit plus haut, n'oserait contester, à cette heure, la nécessité de perfectionner autant que possible notre civilisation, essentiellement et inévitablement perfectible; Turgeuce d'accomplir certains progrès est même si généralement re(X)nnue, que tout le monde, sans excepter les esprits en apparence les plus rebelles, y travaille dans une certaine mesure, quelques-uns parfois y apportant leur pierre presque malgré eux. Gomment donc, puisqu'il en est ainsi, expliquer les murmurés de réprobation qui s'élèvent de toutes parts pour repousser, avant même qu'elles aient pris un corps, les* idées nouvelles signalées à l'horizon, étouffer les conceptions, les inventions, les projets de tant d'hommes qui, au fond, n'ont en vue que le bonheur de l'humanité? Comment se fait-il qu'au lieu d'aider ces hommes à rendre à leur pays, ou plutôt à la grande famille humaine, de si précieux services, on semble prendre à tâche de les dénigrer, de les dégoûter, de leur nuire, jusqu'à ce qu'on les tue enfin, eux et ce qu'ils apportaient au monde, — quelque germe fécond, sans doute, qui ne demandait qu'un peu de patience et de bienveillant appui peur mûrir et donner ses fruits? Pourquoi, enfin, ce mot cruel à! utopie, qualification perfide incessamment appliquée à des œuvres qu'on ignore la plupart du temps, et aux-
quelles l'événemeat, nom TavoDs tous vérifié, donnera raison peut-être plus tôt qu'on ne le pense?
Explique qui voudra ces contradictions, ces résistances opiniâtres qui entravent à tout moment la marche déjà si lente des hommes de progrès et trop souvent les empécheat de réussir, de mettre au jour leurs idées, de doter rhumanité de leurs découvertes pour longtemps perdues. Heureusement, et c'est là la grande consolation, les hommes auxquels il a été donné de concevoir et de marcher les premiers ont en même temps reçu les qualités nécessaires à Taccom plissement de leur tâche : la ténacité, le courage, le désintéressement, la patience, qui leur permettent de ne regarder que le but et de continuer leur route sans se soucier des obstacles amoncelés sous leurs pas, ni se laisser distraire ou effrayer par les rumeurs jalousas qui ne cessent de gronder autour d'eux. Fortifiés en secret par une ferme conviction, par une espérance robuste, ils vont, Tœil fixé en avant, creusant lentement mais sûrement leur sillon, et finissent par trouver la récompense de leurs efforts dans Taccomplissement même de leur œuvre. Quelques-uns, moins heureux, tombent parfois en chemin, pareils à ces navigateurs dont le bâtiment échoue à la veille d'entrer dans le port. Nobles victimes, disons-le, qui montrent la voie à suivre, le péril à éviter, et par là servent encore d'enseignement aux autres. Leur sort a son beau côté ; il a sa gloire aussi. Ce sont les martyrs de la science. Honneur à euxl D'autres viendront ensuite, qui, marchant sur leurs traces, s'éclairant de leurs travaux, achèveront ce qu'ils avaient commencé, et, grâce à cette fraternelle union des uns et des autres, l'humanité, en définitive, ne perdra rien pour avoir attendu.
Ces réflexions, dont la rigoureuse vérité ne saurait être méconnue, je me suis personnellement trouvé à même.
hélas! d'en apprécier toute la justesse. L'expérience en a été pour moi longue et cruelle, mais aussi ai-je conquis le droit d'être fier et de lever la tête, car il m'est permis aujourd'hui de proclamer hien haut le résultat acquis : les obstacles ont cédé devant moi, le chemin peu à peu s'est aplani sous mes pas, et le but que j'avais en vue a été atteint dans des proportions qui laissent maintenant la porte ouverte à une réalisation complète.