PIÈCES A L'APPUI
Je ne saurais mieux appuyer Texposé de mon projet de création des orchestres féminins qu'en réunissant ici quelques-unes des appréciations dont il a été Tobjet, à ses divers points de vue, de la part d^hommes spéciaux et compétents. Quelques savants médecins ont bien voulu Texaminer sérieusement, sans parti pris aucun, et n'ont point hésité à se prononcer en faveur d'une idée qui se trouvait être en contradiction flagrante avec des théories depuis longtemps acquises, parce que personne n'avait songé à les combattre. En dehors du domaine scientifique, des publicistes estimés, de consciencieux écrivains ont loué mon initiative et, rendant pleine justice à mes intentions, ont franchement adhéré à Tœuvre humanitaire autant qu'artistique dont je me faisais le promoteur. A ces écrivains, à ces savants, je garde une sincère et vive reconnaissance, et je profite de l'occasion qui m'est offerte pour les remercier publiquement des encouragements
qu'ils m'ont donnés. Si, comme on doit y compter, le triomphe de Tinstitution nouvelle produit^ avec le temps^ beaucoup de bien, ceux qui m'ont les premiers soutenu de leur approbation auront le droit d'être fiers, car ils n'auront pas peu contribué à amener le précieux résultat en vue duquel je continue de lutter.
En tête des documents sur lesquels je crois devoir appeler l'attention du public, il me faut placer une excellente étude physiologique de M. le docteur B. Lunel, directeur du Bulletin médico-pharmaceutique. Les réflexions qu'il contient (numéro du 1«' novembre 1862), ainsi que le dit l'auteur lui-même, lui furent suggérées par ma lettre au Courrier médical citée à la page 40 de cette brochure. Voici cette étude :
La musique instrumentale au point de vue de l* hygiène.
Il est un fait à signaler et qui est tout à l'honneur de notre époque, c'est la tendance bien prononcée à la réalisation d'idées qui ont pour but le bonheur des hommes, leur conservation, c'est-à-dire leur perfectibilité physique et morale.
Si les premiers instituteurs des sociétés, les philosophes, les législateurs, ont fait de l'hygiène la base de leurs institutions et une partie de leur législation ; si, pour rendre leurs lois plus imposantes, ils ont fait înteryenir la Divinité, reconnaissons que le sentiment de la yérité, du besoin, ainsi que la force de l'exemple, ont dû introduire les sages pratiques d'Hygie, et concluons de là, avec l'illustre Halle, que les hommes ont été portés à se perfectionner par les pouvoirs réunis de la raison^ de l'autorité et de l'habitude.
Ces réflexions nous sont suggérées par la lecture d'un intéressant article de M. Alphonse Sax jan-ior sur la musique instrumentale au point de vue de l'hygiène, publié dans un des derniers nuniéros du Courrier médical.
Nous allons examiner la valeur des arguments exposés dans cet article par l'habile facteur d'instruments de cuivre.
M. Sax regarde comme un préjugé l'idée émise par les pathologistes : que rasage des instruments de cuivre pré' dispose à laphthisie pulmonaire; et il s'appuie, pour détruire cette croyance, sur ces faits importants :
1°Que, dans ses nombreux rapports avec des artistes jouant des instruments de cuivre, trois seuls, à sa connaissance^ sont morts de la phthisie ; encore cesderniers, la chose fut constatée, périrent-ils plutôt des excès auxquels ils se livraient que victimes de leur profession;
2« Que, sur onze personnes de sa famille jugées phthisiques, huit périrent, en effet, mais que les trois qui sont aujourd'hui pleines de vie et de santé sont précisément celles qui, depuis leur enfance, jouent des instruments de cuivre;
3° Que les artistes qui jouent des instruments à vent sont ordinairement robustes, vigoureux, tandis que les disciples de Paganini, de Lislz, etc., se font remarquer dans les orchestres par leur faible constitution, etc.
Enfin, tellement convaincu, par expérience, des résultats heureux que peut amener pour la société l'exercice bien dirigé des instruments à vent, M. Alphonse Sax voudrait voir même les femmes s'y adonner.
Examinons rapidement les nouvelles idées émises par M. Alphonse Sax.
i° Il est certain que Vusage modéré des instruments à vent peut être considéré comme un moyen prophylactique de la tuberculisation pulmonaire, puisqu'il exige des inspirations prolongées et fréquemment répétées, moyens que le savant professeur Piorry a proposés pour obtenir la dilatatioi^ du thorax et celle dij parenchynie pulmonaire. Les appareils à inhalation, à air comprinaé, etc., n'ont pas d'autre but, et Ton sait que ces moyens ont été parfois couronnés de succès, alors que l'affection redoutable dont nous parlons était développée chez les malades.
Demandez aux docteurs Mandl, Segond, Bonnati, Çolombat, Gruby, Stephen de la Madelaine et quelques autres savapts physiologistes, si Tusage méthodique des instruments à vent let l'exercice phonique sont plus utiles que nuisibles? Tous répondront que cet exercice est des plus favorables à l'hématose, par l'action énergique et régulière qu'il imprime aux poumons.
a La respiration dans le chant, dit Stephen de la Madelaine, devant comporter une ampleur bien plus considérable que la voix n'en exige pour la parole, il en résulte trois conséquences : 4«les poumons acquièrent, par l'exercice intelligent et méthodique du chant, la faculté de contenir plu3 longtemps de plus grandes masses d'air; 2® cette augmentation de vigueur et d'activité dans )a respiration produit peu à peu un accroissement réel dans Torgane^ qui devient moins accessible aux maladies dont il est sans cesse menacé, et la cavité thoracique se développe proportionnellement; 3° les poumons, offrant un passage plus libre au sang qui les traverse pour arriver au coçur, irnpriiqent à la circulation nn mouvement plus vif et plus régulier. »
La théorie est identiquement la même dans Tétade des instruments à vent.
Du rest^, les faits cités par M. Alphonse Sax, bien que n'émanant pas d'au médecin, ont une valeur pour nous , il lui a été facile, dans sa longue pratique avec les artistes, de les observer avec soin, et ils pourraient bien, corroborés par des faits nouveaux recueillis par des médecins, démontrer une erreur répétée sans preuves concluantes jusqu'à ce jour.
2*» L'observation recueillie par M. Alphonse Sax sur sa propre famille a également une certaine valeur. Onze personnes sont reconnues prédisposées à la phthisie; la " prédiction se réalise fatalement pour huit d'entre elles, et les trois qui survivent sont précisément celles qui font leur profession d'arlistes, jouant des instruments à vent! 3° Les artistes qui jouent des instruments à vent ont une corpulence, une vigueur, qui tranche avec celle des violonistes, des pianistes, etc.
Bien qu'il y ait quelques exceptions à cette règle, ce fait est réellement constaté partout, et il s'explique on ne peut mieux par la gymnastique des poumons qu'exige le jeu des instruments à vent. C'est le même fait qui se passe pour tous les individus exposés au grand air, pour les laboureurs, les cultivateurs, voyageurs, cochers, etc.
Par une hématose plus souvent renouvelée, plus complète, telle qu'on l'obtient par l'exercice des instruments à vent, par le chant, la déclamation, la voix acquiert plus d'étendue, de fermeté; le développement du thorax est favorisé, les fonctions circulatoires et digestives se font mieux et exercent alors une action tonique sur les autres fonctions, d'où résulte un accroissement plus rapide du système musculaire et des différents organes de l'économie.
i"" Quant à la question si iatéressiuto au poiat de vue physiologique, hygiénique et moral de l'étude des ins- Irumenls à vent par les femmes, elle fera Tobjet d'un article spécial.
La question si intéressante au point de vue physiologique, hygiénique et moral de l'étude des inlruments* à vent par les femmes, mérite d'être examinée spécialement dans notre Bulletin.
L'influence mécanique de la respiration sur la circulation pulmonaire a été bien étudiée par les docteurs Jules Cloquet et Isidore Bourdon*
Il y avait longtemps, du reste, que le savant physiologiste Haller avait démontré que les vaisseaux du poumon, repliés pendant l'expiration, ne laissent plus un libre passage au sang qui les parcourt.
Pour faire comprendre le rôle important de la gymnastique des poumons, entrons dans quelques détails anatomiques et physiologiques sur les fonctions de la respiration. Cet article pouvant être lu par des artistes serait peu compris sans les quelques notions qui suivent.
La respiration a pour objet d'introduire dans les poumons l'air atmosphérique, afin de mettre les matériaux du sang (sang veineux mêlé à la lymphe et au chyle) en contact avec cet air, pour en compléter l'hématose et donner au liquide les qualités vivifiantes propres au sang artériel.
Les divers organes qui concourent au phénomène do la respiration sont :
r Le pharynx ou arrière-bouche, qui reçoit l'air de la bouche ou des fosses nasales, et le transmet au larynx;
2* Le larynx, qui le transmet à la trachée-artère, laquelle n'en est que le prolongement;
3*^ La trachée-artère, qui se divise en deux canaux
appelés bronches^ lesquels, en se ramifianl à TiriBni, forment les poumonSy où Tair va purifier le sang.
Le mécanisme de la respiration est tout entier dans les mouvements successifs de contraction et de dilatation de la poitrine ou thorax, et par suite des poumons euxmêmes, mouvements qui produisent successivement Taspiration et l'expiration de Tair atmosphérique. Chaque mouvement respiratoire est ainsi composé de deux temps : celui par lequel Tair est introduit dans les poumons {insptratiçn)^ et celui par lequel ce fluide est rejeté au dehors {expiration). L'homme respire environ 35 fois par minute pendant la première année de la vie, 25 la seconde année, 20 à la puberté et i 8 dans l'âge adulte.
La respiration fait éprouver à Tair des changements notables, qui consistent spécialement dans la perte d'une portion de son oxygène, dans la formation d'une quantité d'acide carbonique proportionnée à Toxygène absorbé, dans le dégagement d'une certaine quantité d'eau ou de vapeur aqueuse, qui accompagne l'air expiré. On évalue à 4,500 centimètres cubes la quantité d'air contenue ordinairement dans les poumons, et à 605 centimètres cubes celle qui entre dans la poitrine à chaque inspiration^ ou qui en sort à chaque expiration.
Or, que se passe-t-il dans le jeu des instruments à vent? C'est que, dans la respiration ordinaire, les muscles diaphragmes et intercostaux agissent seuls, tandis que les puissances musculaires qui déterminent l'inspiration dans le chant ou dans le jeu des instruments à vent sont : le diaphragme, les intercostaux, les surcostaux et souscostaux, les grands et petits pectoraux, le grand dentelé, les petits dentelés postérieur, supérieur et inférieur.
Que résulte-t-il de là?
Que, par une hématose plus souvent renouvelée, plus
complète, telle qu'on Tobltienl par Texercice des instrumeats à vent, par le chant, la voix acquiert plus d'étendue, de fermeté ; le développement du thorax est favorisé, les fonctions circulatoires et digestives se font mieux et exercent une action toûique sur les autres fonctions et sur les diiférenls organes de Téconomie.
On voit, par cette démonstration des avantages de Fhygiène instrumentale, tout le parti qu'en retireraient les dames pour le développement des organes important le plus à la conservation de la santé, à la vie. Nous savons toutes les objections qui nou9 seront faites, relativement : 1« à la grâce de la physionomie, 2o à la fatigue du jeu des instruments de cuivre pour les dames, 3*» aux dangers de la profession d'artiste, A cela nous répondrons :
1® Que, pat une bonne éducation musicale, prouvant qu'il n'est nullement nécessaire de gonfler les joues autant que le font certains musiciens, la physionomie des dames ne perdra pas plus sa grâce naturelle, que celle de ces divinités inarines que nos grands peintres nous représentent soufflant dans dos instruments à vent.
20 Que, par les exercices méthodiques réguliers de la gymnastique pulmonaire, il n'y aura nul désordre produit dans Téconomie; au contraire, le sang, par un mouvement plus rapide, plus souvent répété, portera à la périphérie la chaleur et la vie, et les mouvements qui sont une cause de déperdition de la névrosité exigeront qu'une alimentation proportionnelle vienne réparer les forces de l'organisme, d'où accroissement réel de toutes ses parties, robuste constitution, éloignement de toutes causes de tubercuUsation pulmonaire ; en outre, régularité, état normal de toutes les fonctions, de celles même particulières à la femme.
30 Enfin, sous le point de vue moral, la femme qui
obtiendra de son talent d'artiste une juste rémunération, pour quelques heures de travail, se trouvera dans une condition infiniment supérieure à celle qui doit donner douze à seize heures de son temps pour recevoir un salaire insuffisant. Ajoutons que l'ouvrière est le plus souvent obligée de quitter le matin le seuil de sa maison pour n'y rentrer qu'après le coucher du soleil, accablée de fatigues^ et plus avide de repos que d'intimité. À peine connue de sa famille, de ses enfants, vivant de la vie des ouvriers, la femme perd ainsi sans' retour j^a douce et salutaire influence; elle porte sa part des maux de la vie commune; mais sans pouvoir les alléger.
Pour nous résumer sur la grave question soulevée par M. Alphonse Sax, disons que celui qui se livre à Tétude du chant, de l'exercice des instruments à vent, se trouve, sous le rapport de l'hygiène, de la santé, dans les meilleures conditions possibles. Loin donc de produire la phthisie pulmonaire, suivant la croyance vulgaire, ces exercices tendraient, au contraire, à prévenir cette terrible aflection, et même à enrayer sa marche, lorsque les premiers symptômes se présentent; c'est là, du reste, l'opinion récente d'un des médecins les plus distingués de Bordeaux, commanous allons le voir en terminant.
Dans une des dernières séances de l'Académie impériale de médecine, M. le docteur Henri Gintrac, professeur de clinique interne à l'École de médecine de Bordeaux, a fait connaître la relation qui f eut exister entre rétroitesse de la poitrine et le développement de la phthisie pulmonaire.
Après avoir établi :
4" Que la poitrine, chez les phthisiques, oflre une cir-
— ÔT —
conférence moindre que chez les individus dont les poumons sont exempts de tubercules ;
2" Que cette dimînulion dans la largeur de la poitrine, appréciable dès le début de la tuberculisatiou, augmente avec les progrès de la phlhisie, — le savant professeur ajoute, comme conséquence pratique de ses observations : que rhygiène et une gymnastique spéciale des organes respiratoires doivent constituer des éléments essentiels dans le traitement prophylactique de la phthisie pulmonaire. A cet effet, dit-il, le thorax sera dilaté par des efforts gradués d'inspiration^ etc. En un mol, il faut demander à Tacte même de la respiration le remède contre une insuffisance de développement dont les pou mons subissent la funeste influence.
N'est-ce pas là la consécration des idées émises par M. Alphonse Sax, aussi profond observateur que les maîtres de Tart ?
Cette dernière phrase du travail du docteur Gintrac est la sanction pleine et entière des idées émises par M. Alphonse Sax, et nous allons le prouver.
Lorsque M. Sax^ a démontré, par des faits qu'il a pu bien observer, et que nous avons cités, que Vusagedes instruments de cuivre ne prédispose nullement à la phthisie pulmonaire f comme on\e croit journellement, il a servi la science, selon nous, en combattant un préjugé d*autant plus fatal , que la gymnastique pulmonaire est précisément le seul moyen de combattre les prédispositions à celte cruelle maladie.
Que d'erreurs n'a-t-on pas faites relativement.à cette cruelle affection? Depuis bien longtemps, dit Thé vend, on a regardé les pays chauds comme étant très-favorabies au traitement de la phthisie pulmonaire; encore un préjugé. La statistique» en effet, indique que sur 1,000 individus, il en meurt de phthisie pulmonaire :
Angleterre,
Bermudes,
Gibraltar,
Antilles,
Iles Ioniennes,
Cap,
Malte,
Sainte-Hélène,
Catiada,
Ile Maurice,
Les phthisiques dont la santé s'est améliorée dans les pays chauds, n*ont dû la suspension de leurs accidents qu'au changement de localité.
Tous les jours on prescrit à ces malades le séjour de Nice; c'est hâter leur fin, car cette ville présente, comme Ta démontré le docteur Ghampuuillon», toute proportion gardée, presque autant de poitrinaires parmi ses indigènes que Paris en offre parmi les siens, c'est-à-dire un cinquiènie environ.-
Certaines localités marécageuses ont à peu près seules le privilège d'arrêter les progrès de la phthisie tuberculeuse. Les Espagnols atteints de cette redoutable maladie vont chercher l'amélioration aux bords des marais de la Hollande, et sont souvent assez heureux pour rencontrer la guérison.
Rome est de toutes les villes italiennes telle qui semble offrir le plus de chance de longévité aux malheureux atteints de /)^^^?5î>.
Pourquoi donc a-t-on voulu que la gymtiastique du poumon développât la luberculisation?
il est prouvé, au conti-aire, et cela est d'accord avec l'expérience acquise par M. Sax,que « Texercice trop répété de la parole rie détermine que très-exceptionnellement la phthisie pulmonaire. C'est ce que démontrent les recherches de M. Benoislon de Châleauneuf, qui, en compulsant les causes de mortalité indiquées sur les registres de quatre tiôpitaux de Paris, pour une période de dix ans, n'a pas h^ouvé un seul cas de décès par phthisie
pulmonaire parmi les crieurs publics^ les chanteurs^ et tous ceux dont la profession commande un abus prolongé des organes de la voix, »
Ce fait a une impoitance immense pour appuyer la valeur des idées de M. Alphonse Sax.
Dans un ouvrage publié récemment, on a voulu grouper des chiffres tendant à prouver que la phthisie était assez fréquente dans Tarmée, surtout chez les musiciens qui jouent des instruments de cuivre.
La cause de la phthisie dans l'armée tenait au méphitisme des casernes, à la fatigue des gardes à monter, aux longues factions, à une nourriture trop uniforme. Aussi, l'administration militaire, qui s'occupe avec tant de sollicitude du bien-être du soldat, a-l-elle proposé, pour diminuer les causes de la phthisie, les améliorations suivantes :
40 II faut que le soldat soit mieux logé, car un grand nombre de casernes sont humides, adossées à des remparts et privées de lumière. Il est indispensable d'accoi^der au moins 30 mètres cubes d'air à chaque homme, et d'établir des ventilateurs dans toutes les chambres. Depuis qu'un meilleur système de ventilation a été introduit dans les nouvelles casernes, on a vu la hiortalité diminuer d'une façon notable.
2** Le pain de soldat est très-bon et devra être conservé ; mais la ration de viande doit être portée de quatre à cinq cents grammes jpar jour. Elle subira différentes préparations et le règlement autotisera Tachât d*une plus grande quantité de légumes.
3** Le soldat ainsi nourri n'aura pas besoin de vin. Lots de rappel des contingents, on n'enverra pas tout d'un coup à cent cinquante lieues de leur département les jeunes soldats, mais on les placera dans les régiments qui avoisinent la partie de la France où ils sont nés. On don-
nera ainsi moins de prise à la nostalgie, et Torganisme des militaires se pliera plus facilement à leur nouveau genre d'eiistence.
La cause de la phthisie dans les corps de musique de l'armée ne tient donc nullement à Tusage des instruments à vent , mais à des conditions d'hygiène publique, que la sollicitude de l'administration s'applique à faire disparaître chaque jojar.
Dans l'ouvrage que nous avons cité, nous avons dit que l'auteur avait groupé des chiffres tendant à prouver que la phthisie était assez fréquente dansTarmée, surtout chez les musiciens qui jouent des instruments de cuivre. « L'usage de ces instruments, dit*il, en déterminant de? congestions sanguines pulmonaires, favorise le développement des tubercules, n Mais nous ne pouvons partager cette opinion. Que deviendrait alors la prédisposition^ cet état inné qui rend l'économie sujette à contracter certaines maladies sous l'influence de causes qui seules ne la produisent pas ordinairement?
« A rinstar de toute sécrétion normale, a dit le professeur Andral, la sécrétion du tubercule est précédée, dans le poumon comme ailleurs, d'un travajl de congestion sanguine active. Mais cette congestion ne ivffit pas pour produire le tubercule. Seule, elle ne peut pas plus rendre compte de leur formation que de celle des nom* breuses altérations qui peuvent frapper un organe enflammé. Pour que, sous l'influence d'une congestion sanguine, des tubercules se développent dans le poumon, iV faut qu'il y ait une prédisposition spéciale. Souvent même on peut dire que ce n'est pas parce que la congestion sui^ vient que des tubercules se forment, mais bien parce qu'il y a tendance à la production de ceux-ci que, sous l'influence d'une cause qui nous échappe, la congestion s'établit. »
M. Alphonse Sax, en souleyant la question^ si intéressante, au point de vue physiologique, hygiénique et moral de rétude des instruments à vent par lesfemmes, a donc fait une chose louable et utile^ car nous maintenons^ après avoir examiné cette question dans nos précédents numéros, que, par une hématose plus souvent renouvelée, plus complète, telle qu'on l'obtient par Texercice des instruments à vent, parle chant, la déclamation, la voix acquiert plus d'étendue, de fermeté; le développement du thorax est favorisé, les fonctions circulatoires et diges* tives se font mieux, et exercent alors une action tonique sur les autres fonctions, d'où résulte un accroissement plus rapide du système musculaire et des différents organes de réconomie.
Docteur B. Lunel.
J'ai eu , dans le cours de mon travail, Toccasion de citer le discours de réception prononcé par moi, à la Société des Sciences industrielles. Arts et Belles-Lettres, dans la séance tenue le 9 janvier 1862, sous la présidence de M. Gastaing et la vice-présidence de M. le docteur marquis du Planty et de M. Thorel-Saint-Martin, avocat à la Cour impériale. Ce discours motiva de la part de quelques membres des observations dont je crois devoir reproduire ici quelques extraits :
M. LB D' MARQUIS DU PiANTY, vicc-président. — J'ai admiré, Messieurs, dans ce discours -de réception, les faits cités parM. Sax, relativement à l'influence de la musique sur l'organisme. Le passage concernant Beethoven
est palpitant d'intérêt, et le fait rapporté par Descuret, de la guérison d'une malade par la musique, est plein d'enseignementprécieux. Voilà trente-deux ans. Messieurs, que j^exerce la médecine, et plus d*une fois j*ai pu apprécier Timportance de l'art qu'exerce M. Sax. J'en rapporterai une seule observation que m'a fournie une de mes parentes, personne aussi spiritiielle que bonne musicienne. Ma belle-sœur, à la suite d'une fièvre typhoïde, était excessivement souffrante et ne pouvait supporter le moindre bruit. Elle aimait beaucoup là musique, touchait admirablement le piano. Persuadé que l'audition des sons de son instrument lui serait favorable, je lui portai quelques morceaux de musique et la pressai, la suppliai de mettre les doigts sur le clavier. Je parvins à la décider, et son attention, soutenue sur les sonsqu'elle n'entendait plus depuis longtemps, produisit TefiFet le plus favorable. Peu à peu le sommeil se rétablit, de même que les autres fonctions, et la convalescence, sous l'influence de cette médication, se termina par le retour à la santé.
M. TuRPiN DE Sansat. — Je crois, Messieurs, comme Ta dit mon honorable collègue, M. Alphonse Sax junior, que la musique est relative aux tempéraments, et qu'elle est ressentie d'autant plus vivement que le sujet est plus itapressionnable. Il doit eh être de l'influence de celar siir rorganisme, comme de toutes les influences externes auxquelles est assujettie notre économie.
Led'B. Lunel, secrétaire perpétuel. — Lediscours prononcé par M. Sax junior. Messieurs, me paraîtbien conçu et bien exécuté, c'est-à-dire bien pensé et bien écrit. L'historique de la musique me parait fidèlement tracé, la puissance de cet art sur le système nerveux bleu appréciée, enfin la partie qui a trait à Tacoustiqùe savamment raisonnée.
La partie du discours de M. Sax junior qui traite de la puissance de la musique est remplie de faits curieui^ et l'exemple de la mort de Mme Malibran est heureuseriient choisi pour indiquer cette puissance, même sur une organisation toute particulière. En indiquant, en outre, qu'un chant méthodique, des instruments bien faits/ ne fatiguent pas Texécutanti M. Sax junior donne la raison physique (vibrations transversales) pour laquelle des instruments mal faits constituent un véritable supplice pour Tartiste.
Notre collègue n'a guère ménagé les physiciens dans son discours, et a presque renversé, à mes yeux du inoins, le système des vibrations circulaires, celui relatif à la théorie des pistons, aux formes qui contournent les tubes des instruments de cuivre, à la disposition des instruments dont le pavillon est en haut; enfin, il a apprécié habilement Tartiste digne de ce nom, c'est-à-dire à Tesprit croyant, au cœur plein de sensibilité, à la volonté ferme. De tels discours. Messieurs, honorent autant notre Société que celui qui les prononce.
M. Stephen de la Madelaine, dont le nom rappelle à la fois un savant professeur, une grande intelligence artistique, un critique consciencieux et sévère, ?'est prononcé ainsi, àdiUsl* Univers mmical (9 et <6 octobre 4862), sur la question soulevée par ma lettre au Coumier médical :
Etudes sur l'appareil respiratoire,
. Lé Courrier médical, auquel M. Alphonse Sax avait communiqué , comme à moi , son étudb sut l'appareil
respiratoire, lui a fait la réponse suivante^ que nous lisons dans son numéro du 28 août :
« Nous remercions M. Alphonse Sax junior de Tintéressante communication qu'il a bien voulu nous adresser^ et à propos de laquelle, renvoyant à un autre jour son examen approfondi, nous ne nous permettrons, poar aujourd'hui, que quelques réflexions.
» L'usage des instruments à vent a toujours été regardé comme pouvant déterminer la phtbisie pulmonaire ; mais, comme l'a très-bien dit notre correspondant, ce fait est-il bien prouvé , et , de quelques cas particuliers, n'aurait-on pas déduit une règle générale? En présence des observations de M. Sax, nous serions presque tenté de le croire.
» Pourquoi Ymage modéré des instruments à vent, loin d'être classé ^ans le chapitre de Tétiologie de raffection tuberculeuse, ne serait-il point, au contraire, considéré comme un moyen prophylactique très-efficace? N'a-t-on point, en efifet, conseillé les Inspirations prolongées et fréquemment répétées , pour obtenir le développement des parois thoraciques, et» partant, celui du parenchyme pulmonaire?
» L'appareil à air comprimé, dont on a, dans certaines villes, tant usé (et peut-être un peu abusé), n*est-il pas employé pour atteindre le même but? Nous croyons devoir appeler, toute l'attention de nos confrères sur la question soulevée par Tintelligente initiative de M. Alphonse Sax [junior]. »
La question soulevée par le Courrier médical me paraît d'unenaïvetétout à fait ébouriffante ; elle montre avecquelle légèreté coupable la science, qui devrait guider l'humanité dans remploi régulier d'une des principales forces vitales, traite la plus importante question de la physio • logie pulmonaire.
yGcx)gle
La feuille savante se demande pourquoi cette question , résolue jusqu'ici négalivement , ne le serait pas affirmativement?
C'est tout simplement parce que messieurs de Thonorable corporation des médecins parlent de ce qu'ils ne connaissent pas, et qu'ils en parlent avec le redoutable aplomb de Tignorance. La physiologie est la science du fonctionnement des organes; or les médecins, qui ne sont pas chanteurs, ne voient, comme on dit, que du feu dans le mystérieux travail de l'appareil respiratoire pendant Vexercice de la phonation^ qui est à peu près identique, pour ce qui concerne les poumons, à celui des instruments à vent. Or, encore, les médecins n'entendent rien à la physiologie des poumons, qui est une science à part. J'en excepte les docteurs Handl, Ségond^ Bonnati, Colombat, Griibi, Cabarus et quelques autres, dont les savantes éludes font loi sur la matière.
Ceux-là ne se demandent pas pourquoi Tusage modéré des instruments à vent et l'exercice phonique ne seraient pas considérés comme utiles, au lieu d'être regardés comme nuisibles. Us affirment très-nettement que le chant, et par conséquent remploi des instruments à vent, sont trè.^-favorables à l'hématose, à cause de l'aclion énergique et régulière qu'ils impriment aux poumons.
Il y a dix ans qu'en ma qualité de physiologiste dûment exercé et quasi-patenté, j'ai traité cette matière dans mes Théories complètes du chant. Il faudrait citer le chapitre tout entier pour élucider convenablement la question: l'extrait suivant suffira du moins pour indiquer Targumentation qu'on pourrait employer pour donner scientifiquement gain de cause à M. Alphonse Sax :
a La respiration, dans le chant, devant comporter une
ampleur bien plus considérable que la voix n'en exige pour la parole, il en résulte trois conséquences : 1« les poumdiDs acquièrent, par l'exercice intelligent et méthodique du chant {le Courrier médical dirait modéré) y la faculté de contenir plus longtemps de plus grandes masses d'air; 2«> cette augmentation de vigueur et d'activité dans la respiration produit peu à peu un accroissement réel dans Torgane, qui devient moins accessible aux maladies dont il est sans cesse menacé, et la cavité thoracique se développe proportionnellement; 3** les poumons, offrant un passage plus libre au sang qui les traverse pour arriver au cœur, impriment à la circulation un mouvement plus vif et plus régulier. »
Je dis un peu plus loin :
« L'influencé que les mouvements de la respiration impriment à la circulatioil n'est point du tout une affaire d'opinion. Il y a longtemps que le célèbre physiologiste Hàller a établi que les vaisseaux du poumon , repliés pendant l'expiration, ne livrent plus utl libre passage au sang qui les parcourt. Les recherches d'Isidore Bourdon ont complètement démontré cette influence mécanique de la respiration sur la circulation pulmonaire. »
Et après beaucoup d'autres observations, je concluais ainsi :
« Le chanteur se trouve donc, sous le rapport de la santé, dans les meilleures conditions possibles, et le chant, loin de produire la phthisie dans certains cas, suivant les croyances vulgaires^ tendrait plutôt à la prévenir et mêm£ à la guérir^ lorsque les premiers symptômes se présentent. Mais on comprend que les bénéfices du travail vocal ne s'appliquent qu'aux études systématiquement et sûrement dirigées. Les autres, au contraire, peuvent amener de graves désordres dans tout l'organisme. »
Ainsi ropinion vulgaire , c'ést^à-dire celle des médecins, a tout à la fois tort et raison; l'exercice du chant est, comme la langue, suivant Esope, ce qu'il y a de meilleur et de pire.
L'emploi des instruments à vent est dans les mêmes conditions; il a besoin d'être dirigé avec modération, c'est-à dire avec méthode et prudence. Au moyen de quoi Texercice en est définitivement avantageux potir la santé.
. Quod erat démons trandum.
Mais le sujet n est pas épuisé ; je demande à mes lecteurs la permission d'y revenir dans le numéro prochain, et je traiterai aussi d'une seconde étude de Mi Alphonse Sax sur les conséquences pratiques de son système.
M. Alphonse ^dx junior traite l'emploi méthodique et inoffensif de l'appareil respiratoire à son point de vue, qui est celui des instruments à vent. Il a raison ; c'est son affaire. —Moi, je considère le même appareil sous le rapport de l'exercice phonique, et je n'ai point tort. — Nous avons raison tous deux, et doublement raison, puisque rargumenlation de l'un fait triompher celle de l'autre.
Dans le dernier numéro de YUnivers musical, j'ai posé des règles générales qui prouvent, de parla physiologie, que l'extension donnée aux poumons par les grandes respirations nécessaires au chant est pour eux la meilleure des gymnastiques. J'ai dit que l'exercice intelligent et normal du chant, loin d'être une cause de péril pour n'importe quel sujet, pouvait, dans certains cas (même celui d'un commencement de phthisie), devenir un excellent moyen curâtif. Je pourrais en offrir un grand nombre de témoignages irrécusables; je me borne-
rai à en citer un, que j'extrais de mes Théories complètes du chant :
« Les bienfaits de l'étude respiratoire sont tellement positifs, qu'ils ont fixé l'attention de la médecine, dont les tendances, en général, inclinent peu au chant ; elle en a tiré, dans plusieurs circonstances, un parti qui devrait recommander cet art à de plus sérieuses invesligations.
» Le docteur Grûby, Tun des plus grands anatomistes que la France ait conquis sur TAllemagne, fut frappé de l'importance des ressources que cette respiration, pour ainsi dire scientifique, dont je parlais dans ma Physiologie du chant, pouvait produire dans Téconomie animale. Il me présenta une jeune fille de seize ans, unique héritière d'une grande famille alliée aux Rothschild, et dont la santé demandait des ménagements inouïs.
» Le sujet paraissait d'une faiblesse extrême; il éprouvait des dispositions continuelles aux congestions cérébrales, par suite des désordres de la circulation. — Cet état d'alanguissement et de débilitation inspirait à juste titre de vives appréhensions pour cette précieuse existence* Le docteur Grûby, après Texamen appprofondi de la méthode en quelque sorte mécanique dont l'étude du chant demande l'application élémentaire, n'hésita pas à prescrire à la jeune malade le travail d^ la phonation, et je me chargeai résolument de cette éducation délicate et tout exceptionnelle.
» Mais un obstacle, qui semblait péremptoire à l'illustre médecin, se présenta tout d'abord. La jeune fille n'avait pas le plus léger soupçon de voix à l'état de chant; de.plus^ son oreille distinguait si peu la difiérence des sons , qu'elle continuait à répéter la même note, au lieu de monter le tou, comme je le lui demandais en Texécutant moi-même, ou bien elle faisait en-
tendre une note inférieure. Il y avait donc lieu de croire que, non-seulement cette voix n'existait pas sous le rapport phonique, mais qu'elle était fausse et ne pouvait obéir à aucune espèce de direction.
» Cette absence de moyens^ qui devait naturellement effrayer tout autre qu un chanteur physiologiste, ne pouvait pas m'arrêter bien longtemps. Je considérai que Torgane ne sonnait point, parce que les cordes vocales de la glotte , n'étant pas mises en vibration, ne pouvaient produire le timbre clair; je m.'appliquai, avec la patience qui caractérise les études minutieuses, à faire l'éducation de la glotte; et comme la jeune demoiselle était trèsintelligente , je réussis en peu de temps à établir une note de médium suffisamment sonore, puis une seconde, puis une troisième.
» Mais je marchais de difficultés en difficultés, car il me fallait habituer l'oreille à saisir la différence des sons, qu'elle percevait fort bien quand je les exécutais moimême, et dont l'élève n'avait plus Tidée lorsque sa propre voix cherchait à les faire entendre. J'y parvins également, et enfin je réussis à faire sortir assez librement une octave et demie en voix de tête. Qnant aux sons laryngiens, autrement dits notes de poitrine, je n'en obtins pas une seule qui offrit une apparence de timbre.
» L'étude des quintes me donna l'occasion d'insister sur la tenue des respirations, qui bientôt devinrent suffisantes, puis abondantes, complètes et même puissantes. J'arrivai par des gradations infinies à donner à ces poumons débiles et paresseux le ressort dont cet organe est susceptible , même chez les sujets les plus faibles , et le mécanisme finit par s'établir, plus lentement, il est vrai, que chez mes autres élèves, mais avec la même sûreté.
)) £n même temps que les progrès devenaient sensibles en vocale , les symptômes morbides s'effaçaient à vue
d'œil, et la circulatîoo, depuis longtemps embarrassée, reprenait son cours normal. — Au bout de cinq ou six mois, la cure était assez avancée pour permettre à la jeune fille die retourner en Allemagne, d'où elle n'était partie que dans Tespoir de rétablir sa santé.
» Il n'est pas besoin de dire que les soins dont le sa vaut docteur entourait la jeune malade secondaient efficacement mes travaux. Je ne puis revencliquer dans ce succès que la part qui revient strictement au professeur d'après une méthode parfaitement rationnelle ; mais cette part suffit a constater les heureux résultats d'une respiration normale, telle que les chanteurs doivent l'employer.
y> Je dois à cette circonstance, outre Tavantage d'une preuve décisive, des relations qui ont été précieuses à mes travaux physiologique^, et je reconnaîtrais mal les bontés du célèbre praticien dont je parle, si je ne lui offrais pas ici l'hommage de ma profonde reconnaissance pour les conseils qui ont guidé mes études, et qui m'ont permis d'approfondir la science que je n'avais fait qu'effleurer jusqu'à ce moment. »
Je mentionne, à la suite de ce passage, divers cas où les enseignements du mécanisme vocal se sont confondus avec la pathologie, en amenant des résultats décisifs et inespérés (1). J'y renvoie mes lecteurs, qui achèveront de se convaincre des vérités physiologiques dont M. Alphonse Sax^t^mpret moi nous sommes faits les apôtres.
Stephen de là Madelainb.
(1 ) Voir aussi les Annales d*hygiéne, de M. Benoiston de Châteauneuf, t. IV; les Statistiques^ de M. Lombard, de Genève, t. IX, et VEygièm du docteur Ségond, p. 38 .
La Célébrité, îomndXot&ciél de Ulnstitulpolytechnique (numéro du 1*' janvier 1863), a également donné raison à mon projet dans les lignes qui suivent :
Un Relge, tout à fait Français, M. Alphonse SdiX junior^ vient de créer à Paris une école d'instruments en cuivre pour les femmes, au moyen de laquelle il compte organiser ses orchestres féminins. Il y a toute une question d'hygiène dans cette idée qui a certainement le mérite de la nouveauté. La science est d'accord avec M. Sax junior sur ce point. On a dit et répété que les instruments à vent étaient dangereux et prédisposaient à la phthisie pulmonaire; c'est une erreur grave. Il est certain, au contraire, que l'usage modéré des instruments à vent peut être considéré comme un moyen prophylactique de la tuberculisation pulmonaire, puisqu'il exige des inspirations prolongées et fréquemment répétées, moyens que le savant profes^seur Piorry a proposés pour obtenir la dilatation du thorax et celle du parenchyme pulmonaire. Ses appareils à inhalation, à air comprimé, etc., n'ont pas d'autre but, et Ton sait que ces moyens ont été employés parfois avec succès, alors que l'affection redoutable dont nous parlons était développée chez les malades.
Demandez aux docteurs Mandl, Segond, Bonnati, Go^ lombat, Gruby, Stéphen de la Hadelaine et autres savants physiologistes, si l'usage méthodique des instruments à vent et de l'exercice phonique sont plus utiles que nuisibles? Tous, sans exception, vous répondront que cet exercice est des plus favorables à l'hématose, par l'action énergique et régulière qu'il imprime aux poumons. M. Sax junior a donc bien mérité de la science et de la philanthropie en créant ses orchestres féminins et en fournissant surtout à la femme une occasion nou-
velle de gagner hoQoraWement sa vie en exerçant une profession honorable et libérale.
Julien de Block.
Un journal non moins sérieux au fond, quoique d'une forme plus fantaisiste, le Panurgcy iïsdJty à la même époque (U décembre < 862) :
Dans Tun de nosderniers numéros, nous avons effleuré en passant Tidée bizarre à première vue, lorsqu'on ne se donne pas la peine de réfléchir, que M. Sax junior propage et développe en apôtre inspiré.
Certes, nous avons ri de bon cœur à la pensée d'un orchestre ou d'une fanfare composée de jeunes filles armées^ les unes de cornets à pistons ou de trombones, les /autres de ces formidables instruments appelés par l'auteur : contre-basse-saxomnitoniques. L'étrangeté de la chose nous ayait amusée et nous ne pensions plus à ce que cette idée renfermait de beau et de moralisateur pour l'avenir^ lorsque la lettre que mademoiselle Julie- Victoire Daubié à adressée à miss Gareti est venue nous rappeler les idées progressistes de M. Sax.
Cette lettre, d'une jeune Française reçue Tan dernier bachelier es lettres par TAcadémie de Lyon, est un éloquent plaidoyer en faveur de la participation de la femme à l'exercice des professions scientifiques que l'homme s'est réservées exclusivement. Elle félicite et encourage la savante£cossaise miss Garett, qui poursuit aujourd'hui son diplôme de docteur devant le sénat académique.
Sans aborder les graves questions que notre jeune et savante compatriote soulève dans sa lettre, nous ferons amende honorable à M. Sax, et nous nous permettrons
aujourd'hui d'envisager son système au double point de vue de Tart et de la moralisation de la femme.
Certes, loin de nous la pensée d'applaudir à toutes les utopies que bien des écoles modernes ont émises sur son émancipation ; nous ne comprenons pas que la mère de famille déserte le foyer domestique pour se mêler aux agitations de la place publique. Mais pourquoi les arts et les sciences lui seraient-ils interdits? La femme n'apporte-t«elle pas à la conquête de ces connaissances des facultés bien supérieures, quelquefois, aux facultés de Thomme; et la musique surtout n*offre-î- elle pas des délicatesses et des nuances de sentiment que les organes de rhomme ne lui permettent pas même de soupçonner?
Quel est Tobservateur de bonne foi qui n'accorde à la femme cette faculté musicale qui, deTorganisme du musicien, passe dans son instrument pour aller séduire et charmer l'auditeur ?
La femme est essentiellement propre aux arts; nature impressionnable et artistique, nerveuse et délicate, elle est appelée à se faire une belle place comme virtuose. Les Femi, les MilanollOy et bien d'autres encore, sont là pour l'attester.
Eh bien, s'il est avéré, ainsi que nos faibles connais* sances pathologiques, étayées du jugement des hommes spéciaux que nous avons consultés; s*il est avéré, disons-nous, que les instruments à vent, fabriqués intelligemment, favorisent par leur jeu le développement du thorax et de l'appareil respiratoire, et permettent leur emploi hygiénique aux poitrines les plus faibles, pourquoi ne verrions-nous pas des orchestres composés entièrement de femmes? Croyez-vous que le regard n'y gagnerait pas, sans que l'art y perdit rien , et qu'il serait disgracieux de voir un essaim de jeunes filles, vivante
corbeille de fleurs épanouies^ lançant dans les airs, comme un parfum enivrant, les mélodies de nos grands maîtres?
La machine vient chaque jour arracher à la femme quelqu^un des travaux qui furent de tout temps son apanage ; la couture, la broderie, et mille autres travaux de main lui échappent, et c'est heureux. Eh bien, ouvrezlui une nouvelle voie, si vous ne voulez qu'elle retombe dans la prostitution; le besoin et Toisiveté, ces deui grands pourvoyeurs de la débauche, seront écartés, et vous aurez bien mérité de la société et de l'art.
Nous entendons déjà les pessimistes s'écrier : « Mai> que deviendra le foyer domestique, si la femme se livre entièrement à l'art? Voudra-t-elle descendre aux soins de son ménage, et, quand bien même, son nouvel état lui en laisserait -il le temps? »
Certes, quel est l'économiste qui, dans la situatico actuelle de la femme vis-à-vis du travail, ne sait que ie labeur de la mère de famille est de dix heures par jour, et que le salaire est rarement proportionné ; tandis que l'étude ou la profession musicale laisserait des loisirs à la mère ou à l'épouse? Et qui oserait soutenir que Tétude journalière des chefs-d'<BUvre du génie n'élève pas plus rame que les propos grossiers et cyniques de Tatelier?
Non, non. Honneur à M. Sax junior, Tintelligent facteur. Nous lui souhaitons un plein succès; et poisse-t-il bientôt démontrer aux esprits étroits l'efficacité de son système, en exhibant ie gracieux et mélodieux orchestre que nous rêvons ! ^
Les articles que Je viens de signaler sufiuront à prouver que je ne suis pas seul de mon avis, quand je soutiens que
la création des orchestres féminins serait tin bienfait immense, bienfait au point de vue de Thygiène et de la morale publique. Je pourrais citer encore de nombreux journaux également favorables à cette création, mais ce serait condamner le lecteur à uiie incessante répétition, en termes difiérents, des mêmes arguments et d'appréciations identiques. Je me bornerai donc à reproduire, en terminant, quelques extraits rdatifs aux premiers résultats obtenus, notamment à Texpérience qui eut lieu avec tant de succès, quoique sans préparation ni publicité d'aucune sorte, au palais de Tlndustrie, en décembre
Le Monde artiste (17 décembre) s'exprimait ainsi :
Nous visitions dernièrement l'Exposition du progrès de Fart industriel qui a lieu en ce moment au Palais de rindu8trie,"et nous avons particulièrement remarqué la belle vitrine d'instruments en cuivre de M. Alphonse Sax junior. ^
A l'Exposition de Londres, en 1862, cet habile facteur d'instruments de musique obtint, pour le mérite réel de ses instruments et les améliorations et perfections apportées dans leur confection, la médaille unique de l'Exposition internationale. Les remarquables travaux, aussi bien que les nombreuses et importantes innovations que M. Sax junior a introduites dans Tart de la fabrication, le recommandaient suflBsamment à l'attention du jury.
Il a créé un nouveau principe de division en demi-tons des instruments de cuivre et un nouveau principe de pistons qui conserve la connicité, soit qu'il allonge ou raccourcisse le tube principal de l'instrument ; il a supprimé les coudes et les angles qui paralysaient jusqu'à un certain point la progression des ondes sonores et empêchaient la formation et le développement des nœuds de
vibration; cet habile artiste a complété l'œuvre de Stoëzel, œuvre qui, quoique étant le fruit du génie, était encore resiée à l'état d^ébauche.
Déjà, lors de rExposition universelle de 1855, les inventions d'Alphonse Sax junior avaient eu le retentis- «enient qu'elles méritent. C^est en raison de leur importance incontestable que le rapport officiel, bien que M. Sax junior ne fût pas exposant, lui consacre ses plus belles pages. Le jury, composé d'hommes éminents, d'artistes illustres, for^mulason opinion sur M. Alphonse Sax junior, qu'il ne faut pas confondre avec Sax de la maison A, Sax aîné^ en termes des plus flatteurs, et M. Féds, directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles, affirme que a la combinaison résultant de rapplication » des priucipes de M. Sax junior est une création, non- » velle par laquelle se trouve résolu le problème d'une » justesse parfaite, et conclut en appelant sur cette ré- » forme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, » car elle est radicale et fondamentale. »
Nous ne saurions trop recommander aux personnes qui s'intéressent réellement au progrès de l'industrie, poor qui la musique est le plus agréable passe-temps, aussi bien qu'aux amateurs de Tart musical, d'aller visiter l'exposition de M. Alphonse Sax junior. Tout le monde intelligent se rendra compte de visu des utiles et heureuses innovations de cet inventeur, de cet infatigable et laborieux facteur d'instruments.
Il se trouve dans cette vitrine du Palais de l'Industrie tous les instruments de cuivre. Des dessins explicatifs facilitent encore le jugement du spectateur, qui se montrera peut-être un peu surpris de rencontrer, à côté des objets consacrés à la douce harmonie, des planches représentant de nouveaux engins de guerre et de nouveaux moteurs. Cela ne prouve-t-il pas d'une manière certaine
le génie inventif et Tamour que consacre à sa patrie l'adoption M. Sax junior ?
Cet artiste^ qui déjà depuis trente ans possède ses diplômes et médailles d'or comme musicien, est un heureux et habileinnovateur; il a transformé pour ainsi dire la science musicale des instruments de cuivre. Mais parmi les innoTalions de M. Alphonse Sax junior^ ne devonsnous pas mettre en première ligne Tidée vraiment merveilleuse de la création de Torchestre féminin ?
Nous avons entendu à TExposition du Palais de Tlndustrie, avec un vrai plaisir, quatre jeunes filles exécuter chacune les morceaux les plus variés sur le cornet à pistons; nous avons surtout remarqué la puissance de poitrine^ la netteté des sons et la facilité d'exécution avec laquelle une d'entre elles, Mlle Emilie, a exécuté le Carnaval de Venise et un air de Jérusalem. Les autres ont loué des duos de la Norma et du Chalet. Ce début a excité au plus haut degré la curiosité, les applaudissements du public émerveillé de ce qu'il venait de voir et d'entendre^
Saint-Pol.
Le môme journal, quelques jours plus tard (24 décembre), ajoutait :
Nous avons euToccasion d'applaudir récemment, chez M. Alphonse Sax junior, Torchestre féminin dont il a été tant parlé dans ces derniers temps. L'effet, disons-le, a dépassé noire attente. Nous avons rencontré quatre jeunes personnes distinguées, des artistes déjà, là où nous ne pensions avoir à constater qu'un essai infructueux. Sans doute M*** Emilie ne pourrait rivaliser avec Arban,
mais elle joue juste, purement et avec goût, lîllle a enlevé avec infiniment de brio des variations sur le Carnaval de Venue. M"® Adélaïde n*a ni moins de grâce, ni moins de talent, que sa camarade avec laquelle elle a joué un duo sur Norma. Enfin, Talto saxomnitonique chromatique à cinq pistons. M"® Céline, possède un grand sentiment musical et toutes les qualités désirables. M"« Lucie, jeune etjolie, joue rophicléïde^basse saxomnitonique chromatique. De ce gigantesque instrument, elle fait sortir des sons tellement puissants et harmonieux, sans le moindre efibrt, qu'on en reste surpris. Un grand avenir est réservé â cette innovation. Le spectacle de ces jeunes personnes, jouant ensemble des transcriptions d'opéras, des duos, des trios et des quators, bien qu'insolite au premier abord, n'a rien que de gracieux et de séduisant. Nulle contorsion, nul efibrtsur ces fraîches figures; tout au plus un peu plus de carmin nattirel sur ces joues fermes et rosées. La santé paraît florissante et donne gain de cause à la théorie de M. Sax junior. Après cela, comment ne pas recommander aux dames l'usage des instruments à vent? comment ne pas croire, en effet, avec nos autorités médicales, que cet usage constitue une excellente gymnastique des poumons, propre à fortifier les organisations les plus délicates, à rendre même la santé aux malades? Quel'on ajoute à ces avantages hygiéniques la difi'usion plus complète de Tart musical, et, pour les instruments en cuivre plus particulièrement, peut-être un développement nouveau, cette finesse, ce tact délicat qui sont dans la nature de la femme, apportés lîans la pratique d'instruments dont les hommes avaient jusqu'ici le privilège, — et l'on comprendra l'intérêt qui s'attache aux expériences Je M. Alphonse Sax juiiior, au succès desquelles a si largement contribué la perfection du système omnitonique dont il est l'inventeur.
Il ne faut pas se dissimuler que la pratique des instruments à vent est appelée à jouer un grand rôle dans l'avenir au point de vue de l'hygiène et qu'elle amèuera en même temps un progrès pour Tari musical, ainsi qu'un accroissement dans la fabrication des instruments de musique.
La Hevue et Gazette des ThéâtreSy dont on ne saurait nier rautorité en matière artistique, avait constaté ainsi, dès le 87 novembre 1862, les difficultés de la lutte et les avantages remportés par moi sur mes adversaires :
Alphonse Sax a tenu parole. Il a même devancé l'époque filée ci»dessus^ si bien qu'à l'heure actuelle les cours fonctionnent régulièrement, et qu'il s'y est déjà formé un orchestre féminin, jouant, au bout de trois semaines d'études tout au plus, de petits quatuors avec un fort joli succès. Nous n'oserions pas l'avancer si nous ne l'avions entendu de nos propres oreilles. La jalousie s'est même émue de ce résultat, et plusieurs des jeunes personnes qui suivent les cours de Sax junior ont été circonvenues et sollicitées de les abandonner. C'était prévu, et les enjôleurs en ont été pour leurs frais. D'ailleurs les idées d'Alphonse Sax ont germé et font chaque jour de nouveaux adeptes. Elles ont été dernièrement l'objet d'une intéressante discussion dans une assemblée aussi nombreuse que choisie. Attaquées par un personnage haut placé, puissant, et chez qui l'autorité de la science augmentait en cette occasion l'influence, elles ont été dcfenduespar un docteur célèbre, qui a ramené, par quelques argumentations irréfutables, l'auditoire à son opinion.
Vâlentin d'OnpiERRE.
N'oublions pas de mentionner ,^ parmi les feuilles qui ont donné francbement leur adhésion au projet de créa^ tion des orchestres féminins : la Presse théâtrale et mwsicale ; la Revue musicale, de Nice ; Je Guide musical^ de Liège; et avant ces deux derniers organes, la Nation, dont un extrait complétera la nomenclature. Voici ce qu'on lisait dans son numéro du âSljmars 4863 :
Des hommes que, dans l'antiquité. Ton qualifiait de sage$^ rendirent un jour un jugement sans appel sur la femme, à laquelle ils niaient l'âme. Aujourd'hui, sans en être encore là, beaucoup la déclarent d'une essence inférieure, et l'un de nos écrivains modernes, animé d'une sollicitude intempestive, l'a représentée si fragile, qu'à le croire, on serait tenté de la coucher dans Tétagère parmi les choses précieuses que Fon craint d'écorner.
Voici le contraste :
Qu'il feuillette nos livres remarquables, qu'il visite nos galeries, nos musées, nos théâtres, le plus prévenu^ le plus incrédule devra s'incliner à chaque pas devant les talents de la femme.
Comme les arts, la science a aussi ses élues. Une remarquable correspondance publiée dernièrement par le journal le Temps n'était-elle pas signée par deux femmes, — une Ecossaise et une Française, — moins vieilles à elles deux que le plus jeune de nos académiciens, auxquels elles pourraient peut-être bien tenir tète ?
Bref, n'y a-t-il pas eu de vaillantes amazones à l'instar des grands capitaines, et de sombresou d'énargiques silhouettes historiques en regard des plus célèbres hommes d'£tat?
Je ne songe guère à entreprendre ici une réhabilitation qui n'a plus grande raison d'être, mais plutôt i ap-
plaudir ceax qui veulent bien accorder à la femme capacité ou importance.
N'est-ce pas yraiment une initiative heureuse et spirituelle que celle d'établir pour le sexe faible un cours de leçons d'instruments à vent?
Santé ^ morale, beauté^ fortune^ telle est la devise déjà justifiée de cette institution nouvelle.
Certes, de même qu\ine comédie sérieuse a ses paro* dies^ ridée de M. Alph. Sax junior y notre célèbre facteur d'instruments de musique, devait avoir ses caricaturiàtes^ ses raisonneurs, ses critiques, aussi bien que ses fanatiques. Depuis cinq mois qu'il a établi son cours rue d'Abbeville^ M,. Alph. Sax junior a pu prouver déjà que le succès doit couronner son œuvre. Hier étrangères encore à tout art musical, ses adeptes exécutent aujourd'hui déjà de jolis morceaux d'ensemble. Gratuitement il leur donne les instruments, les professeurs^ et se charge d'assurer une position à celles dont le talent se dessine. La spéculation n'a que faire dans cette œuvre de haute philanthropie.
Enfin il est démontré^ par la pratique comme par la théorie des plus savants docteurs, que Texercice des instruments à vent est aux poumons ce que la gymnastique est au développement du corps. Je citerai, entre autres exemples, le rétablissement d'une jeune femme soignée sans résultat dans Tun de nos hôpitaux. Sans s'inquiéter de son extrême faiblesse, M* Alph. Sax junior lui mit en mains une basse qui, en peu de temps d'exercice, dissipa Imatl et rendit à cette jeune personne une santé triomphante.
Au mois de novembre 4863 aura lieu une distribution de prix, doiit quelques-uns s'élèveront à mille et quinze cents £rancs. M. Alph. Sax fera obtenir, en outre, aux élèves qui les auront reçus des engagements de cinq
aos avec, appointements de 200 à 300 francs par mm. Encore une fois. Ton ne peut qu'applaudir à de tels actes de philanthropie.
Jeanne d'ELFF.
Quelque désir que j'aie de ne pas épuiser a nienveillance de mes lecteurs, convaincu qu'ils me sauront gré de tout ce qui pourra éclairer leur religion, je n'hésite pas i joindre aux pièces qu'on vient de lire quelques lettres contenant, elles aussi, la confirmation de ce que j*ai exposé.
Les deux lettres suivantes sont l'attestation d'un fait que j'ai donné comme exemple, page 23 de la brochure :
Paris, le < octobre i 864.
Monsieur Sax,
Par le même courrier vous recevrez une lettre de mon mari qui m'autorise à faire partie de Torchestre que vous avez formé.
Je snis on ne peut plus heureuse de voir qu'à présent vous n'hésitez pas à me laisser jouer, vous qui craigniez tant que mon instrument me fatigue ou m'indispose; mais de vos craintes 11 n'en sera rien, car depuis que je joue dans cet instrument, moi presque toujours malade tout le temps de ma grossesse depuis trois mois passés que j'étudie, je me porte on ne peut mieux et j'arîive au dernier moment sans éprouver la moindre difficulté dans le souffle; car dernièrement ma sage-femme, yenant me voir, lut étonnée du bel état de ma santé ainsi que de l'enfant que je porte et qui, grâce à mon instrument, s'est développé sans la moindre souffrance.
Maintenantme voilà heureuse, je vais passer la semaine à étudier coura^eusemeut afiu que dimanche je puisse prendre place parmi mes compagnes.
Dans cet espoir^ Monsieur, recevez l'assurance de mon dévouement.
Votre élève,
Pauline Weivada.
Paris, le 10 octobre 1864.
Monsieur Sax,
Ma femme désirant faire partie de Torchestre féminin est autorisée par moi, son mari, à débuter dimanche prochain 46 du courant.
Je prie M* Sax, d'agréer ma profonde reconnais* ance.
A. Wbtwapa.
Monsieur Sax junior,
Veuillez me permettre, quoique je vous sois inconnu, de venir approuver ce que vous dites avec tant de raison, dans les articles que vous avez publiés dans la Presse théâtrale et musicale du 14 courant, au sujet des inslru-' ments en cuivre que vous désirez mettre entre les mains du sexe féminin.
Je vous apporte mon entière approbation et des preuves certaines qui appuieront les excellentes vérités contenues dans ces articles.
n est parfaitement i ma oonnaissance que les dames peuvent avec avantage faiie fonctionner les instruments de musique en cuivre; les amateurs connaissent déjà depuis longtemps H** Joséphine qui^ depuis SO^ ans sonne de la trompe de chasse sans en éprouver aucuna fatigue. Empêchée, par des convenances locales et les réclamations du voisinage^ de jouer de son instrument, elle commença i éprouver un certain malaise qui allait grandissant et qu'elle attribuait à la privation de la gymnastique des poumons depuis qu'elle avait délaissé la trompe de chasse qu^elle considérait comme son meilleur médecin. Un peu plus tard^ j'ai revu celte même dame me disant : « Je n*ai plus de trompe, mais aussi bientôt il n'y aura plus de femme, je me meurs d'ennui, » et cette pauvre artiste réduite au silence mourut peu de temps après.
Plusieurs fois des dames se sont présentées chei moi pour y recevoir des leçons sur ce noble instrumeht^ ainsi que des Jeunes filles de neuf à dix ans ; toutes ont toujours suivi les études sans jamais en épiouver aucune fatigue; mais un exemple des plus concluants sur Thygiène du jeu des instruments de cuivre est celui d'un monsieur Toyard^ que les médecins traitaient comme atteint de phthisie et lui défendaient tout exercice fatigant. Ce monsieur ayant fait choix de la trompe pour se distraire, me disait : a Cet instrument me met en appétit et^ quoique condamné depuis longtemps^ je retrouve en lui la vie qui m'échappe; c'est mon meilleur médecin. »
Une autre personne^ M. Paget^ i ^%, rue de la Limace, avait» avant de donner de la trompe, une douleur dans Testomac, il nous a dit souvent: a Je n'ai jamais été mieux inspiré pour ma santé que lorsque j'ai pris la résolution de sonner de la trompe, je m'en trouve de mieux en mieux, ma douleur est presque entièrement passée. » Maintenant, Monsieur, pour mon compte personnel, plus
j*eu sonne, mieux je me porte; il nfarrive souvent d'avoir Temboucbure aux lèvres 9 à 40 heures par jour et cela vraiment sans fatigue; depuis 20 ans j'en fais ma profession et je me porte bien.
Recevez, Monsieur, les salutations toutes respectueuses de votre tout dévoué*
Signé : Déguir,
ProfMseor de Trompe de ehas^e, 127, rue Stlot-Honoré.
Paris, le 18 septembre 1862.
Mon cher Alphonse. .. je viens de recevoir le Courrier médical dans lequel j'ai vu ton article sur l'influence des instruments à vent sur ceux qui en jouent.
Voila longtemps que j'ai fait cette observation, car depuis bientôt 40 ans que je suis premier cor au théâtre de Bruxelles^ jamais je n'ai souffert de la poitrine et ne me suis jamais mieux porté que quand j'avais beaucoup à trayailler, et Dieu sait si j'en ai joué de cet instrument, quelquefois 10 à 12 heures par jour. Le tout est^ comme tu le dis très-bien, d'articuler avec la langue et non avec la gorge ou l'estomac ce qui tue le corniste. Effectivement tous mes élèves sont devenus des hommes forts et robustes et pourtant j'en ai eu qui étaient faibles et délicats lorsqu'ils ont commencé rinstrument. Je viens ici corroborer ce que tu as avancé avec beaucoup d'intelligence et beaucoup de vérité.
, Ton vieux camarade,
Artot,
premier cor m tMtfre de Bruxelles.
Bruxelles^ le 7 septembre 1862.
Mon cher Monsieur Sax ,
Je viens de prendre connaissance da petit Jottmal médical que vons avez eu l'obligeance de m'envoyer et où j'ai lu un article concernant les instruments à vent et leur influence sur la santé; comme je suis un exemple vivant du système dont il est question, je me fais un devoir de vous faire part de mes idées à ce sujet; j'ai déjà dit (moi, professeur des instruments de cuivre tels que piston, bugle, etc.) à plusieurs personnes les résultats que j'ai obtenus sur la santé de plusieurs élèves. Quant à ce qui me concerne personnellement , je suis musicien depuis l'âge de sept ans, c'est-i-dire depuis trente-cinq ans; «je jouais du flageolet, j'étais ce que l'on peut appeler .épuisé, car je ne connais pas d'instrument plus épuisant pour le souffle que le flageolet, quoiqu'on se plaise à le trouver doux à jouer.
A seize ans je crus rétablir ma santé en quittant cet instrument pour me livrer à l'étude du violon qui exige, pour arriver à un certain talent, buitet même dix heures de travail par jour; j'eus alors le système nerveux attaqué, souffrant cruellement dans les côtés, sujet aux palpitations et à de violents maux de tète. Que celui qui n'a jamais essayé decette étude reste seulement deux heures les bras en position de violoniste et il verra quelle souffrance cette attitude lui fera éprouver. Il me vint à l'idée de prendre le jeu du cornet à piston que je voyais pratiquer sans fatigue par un de mes bons camarades ; j'achète un cornet à piston et je me mets à souffler à pleins poumons : ce fut à ce moment que je commençai à me mieux porter, mais ma mère ayant toujours peur pour ma santé insista
pour me faire cesser, ce que je ne fis qu'en apparence, car je soufflais en cachette.
Enfin, voyant ou croyant que je n'arriverais jamais au talent que j'ambitionnais, j'ai quitté cet instrument pour reprendre encore le violon (quant au flageolet, je ne l'avais pas complètement abandonné) et avec lui toutes les souffrances que j'avais déjà éprouvées ; j'eus ce courage pendant deux ans quand une nouvelle circonstance m'obligea à reprendre l'usage de mon piston. Je remarquai bien souvent alors que l'état d'énervement et de malaise dans lequel me laissait Texercice du violon se dissipait promplement par la pratique du piston : deux heures d'exercice sur cet instrument me rétablissaient complètement. Cette épreuve fut renouvelée si souvent, que je dus me rendre à l'évidence en cessant l'étude du violon, ne jouant que très-rarement du flageolet et cultivant le cornet à piston à pleins poumons ; grâce à cette réforme, je suis parvenu à une si belle santé que je représente aujourd'hui un bon gros rentier, contrairement à mon état précédent de squelette habillé qui me valut l'affront du conseil de révision me déclarant trop faible de complexion pour le serpce militaire.
Voilà, mon cher monsieur, le résultat obtenu en ma faveur par le jeu des instruments de cuivre ; faites de l'exposé de ces réflexions ce que bon vous semblera, et je serai heureux si elles peuvent être profitables et utiles à ceux qui craignent encore de se livrer à l'étude des instruments de cuivre.
Veuillez accepter l'hommage de ma parfaite considération.
Signé : Saint^Jacome, Boulevard Pigalle, 42.
Paris, 14 septembre 4862.
Mon cher Monsieur Sax,
Je viens de lire dans la Presse musicale l'excellent ar- | ticle que vous venez de publier et qui a pour titre : hi \ musique instrumentale au point de vue de Vhygiène, \
J'avoue avoir été frappé de la véracité des idées que j voiis y émettez et je vous dirai que je viens d'avoir à me convaincre par moi-même de l'efficacité de ce remVle comme hygiénique.
Vous savez, mon cher monsieur Sax, que depuis l'âge de treize ans j'ai toujours joué des instruments à vent et notamment du basson^ instrument que j'enseignais naguère au Conservatoire royal de musique^ à Liège. Ea 1859 j'obtins le prix de Rome au concours de composition musicale de Belgique, ce qui me força à quitter le Conservatoire pour venir à Paris compléter mes études. C'est à cette époque que j'abandonnai mon instrument ponr ne m'occuper que de composition. J'eus bientôt à m'en repentir, car je ne tardai pas à remarquer en moi un changement tout à fait extraordinaire. Tous les symptômes que vous décrivez se succédèrent rapidement : je perdis l'appétit, mon estomac devint paresseux; bref; après avoir traîné ainsi mon existence p3ndant un mois, je fus sérieusement malade!.... C'est alors que je réfléchis aux causes probables de cette maladie, et l'essai que je viens de faire en reprenant mon instrument, m'est ua s&r garant que j'ai mis le doigt sur la plaie ; car, depuis lors, l'appétit m'est revenu, mes digeslious sont plus faciles^ enfin je me porte comme un charme.
Je n'ai pu résister, mon cher monsieur Sax, au plaisir de vous transmettre ici les impressions que votre ingé-
Dieux article in*a suggérées, ainsi qu'à l'occasion dévoua réitérer l'expression de mes sentiments distingués. Je reste votre tout dévoué.
Signé : Th. Radoux.
Paris, le 8 septembre 1863.-
Je laisse maintenant au public le soin de conclure, plein de confiance que je suis dans son inflexible justice et dans Texcellence de ma cause.
Alphonse Sax (Junior).
Paris. — lmp.*Utb. de Mart et B&iet, rae noehechonart, 70. (ttp. doxhavd.)
PARtS. — IMPR .-LITH . DE MARY ET BRrET, RUE ROCHEGBOUART^ 70 .
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