‹ Gymnastique élémentaire, ou cours analytique et gradué d'exercices propres à développer et à fortifier l'organisation humaineChapitre 2 sur 53 · CL1AS · texte numérisé non relu

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L’introduction des exercices gymnastiques dans le système d’éducation des nations modernes de l’Europe, constituera une époque remarquable dans l’histoire. Dès long-temps 1 ordre social réclamait des garanties que l’intérêt bien entendu des gouvernemens ne permet plus d’ajourner. Mais ce ne sont pas seulement des lois, ce sont des institutions que la raison et les besoins du siècle sollicitent impérieusement.

Les descendans des Germains et des Francs , leur jeune postérité, qui doit etre éclairée, pour ne point abuser de son émancipation ; forte pour garantir sou territoire de toute occupation étrangère; sage et impassible pour défendre le trône constitutionnel contre les assauts de tous les partis , veulent à la fois le régime d’Achille et les leçons de Socrate , les exercices des preux et la morale de Fénélon. Arrachons la génération naissante à nos habitudes voluptueuses , à la mollesse de nos mœurs efféminées , afin d’obtenir une âme de feu dans un corps de fer , afin que mieux que nous, elle se montre digne de ses nouvelles destinées.

C^est en la considérant de cette hauteur que

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la gymnastique me paraît en effet , si je puis emprunter les expressions du docteur Passow, un présent inappréciable fait à V humanité. . Déjà les tentatives qui ont eu lieu en Suisse, en Saxe , en Prusse , en Russie, à Paris même , ont fixé l’attention des hommes d’état lespîus philanthropes. Les gymnases se multiplient, des maîtres habiles , parmi lesquels on distingue les savans Gutzmuts et Sàlzmann, le colonel Amoros, Fauteur de cet ouvrage, et le célèbre Jahn, de Berlin, se sont élancés dans la carrière, qui leur fut en quelque sorte ouverte par le Socrate de FHelyétie , ie vénérable Pestalozzh

Les exercices du corps se retrouvent chez tous les peuples de la terre,-. dans l’enfance de la civilisation , comme lorsque le génie des arts préside a leurs solennités. L’Arabe , au fond des oasis, sur le sable brûlant du désert, prélude, par des jeux guerriers, à ses courses aventureuses. Les nègres de Guinée ont des écoles où les jeunes gens sont formés à la pêche , à la natation , au maniement de leurs armes grossières. La chasse, la danse, la lutte, sont les occupations du Cafre belliqueux. Partout nos illustres voyageurs, Cook, Pérou, Vancouver, Humboldt , soit sur les grèves de la Nouvelle- Hollande, soit dans les bocages parfumés dOtaiti, nous montrent l’homme de la nature hatant le développement énergique de ses organes par des combats simulés, des danses , des

jeux , où 1 adresse et la force obtiennent des cou-

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ronnes. Le Mexique , dans ses pompes sanglantes, les enfans du soleil, dans leurs fêtes moins cruelles, nous o firent des spectacles à peu près semblables ; et dans ces îles, que les anciens appelaient fortunées, les descendans redevenus sauvages de ces Atlandes dont parle Platon , ces Guanches , dune haute stature , d’une agilité surprenante , qu’à laide d’armes supérieures , Une poignée d’Espagnols fit disparaître de la surface du globe , ne craignaient point, à l’aide d’une longue perche , à laquelle ils se suspendaient, de franchir les torrens, de s’élancer de rochers en rochers , à travers d’énormes précipices. Les exercices du corps, la chasse, la lutte, tous les jeux, préludes des combats, étaient tellement en honneur chez les Scandinaves, que leur législateur ne crut pas nécessaire de leur promettre d’autres jouissances , dans son Whabala, ou paradis.

Solennités guerrières de nos aïeux , tournois et cours d’amour de l’antique chevalerie, si vantés aux siècles fameux de Charlemagne et d’Alroanzor; palais magiques des Abdérame, joutes mémorables , superbes carrousels de Grenade et de Cordoue ; dites à qui la beauté dispensaitelle 1 écharpe , la chaîne d’or , les armes étincelantes, prix de la valeur ou de la science gaie; si ce n’était au plus brave , au plus adroit, au plus docte, au chevalier, au troubadour, que de longues études avaient perfectionné dans le dur métier des armes , comme dans Fart plus doux

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de célébrer la gloire et l’amour. La fumée des bûchers sacrés , dans cette terre si riche de beaux souvenirs , laisse à peine du sein des ténèbres rayonner le nom d’Alphonse et du Cid ; mais les vieux Espagnols voient encore dans ces combats de taureaux, que l’humanité réprouve, un moyen , le dernier peut-être, de conserver a la nation quelques restes de cette énergie des Goths; leurs ancêtres, qui la caractérisa si long-temps. Jadisîes premiers de l’état ne dédaignaient point de descendre dans l’arène comme piccidores ; d’y braver, sur un léger coursier, l’animal fougueux, irrité des nombreuses blessures dont son col était sillonné. Les flancs ouverts, le cheval tombe; le picadore relevé s élance, souvent en prenant pour point d’appui les cornes même du taureau, qui déjà , la tete baissée , fermait les yeux pour le frapper. Cependant, le mcitcidore marche froidement à la rencontre de son terrible adversaire. Tons deux s’observent, font assaut de ruses. C’est alors que l'agilité, la présence d’esprit, la valeur deviennent nécessaires. Eh ! i adresse , la présence d’esprit , le flegme du courage , ne sont que les fruits lentement mûris d’un violent exercice et d’une âme forte. Bientôt, atteint d’une blessure mortelle , l’énorme taureau cède à l’homme, et tombe aux acclamations de plusieurs milliers de spectateurs.

Considérons les peuples , les grands hommes , les souveianis qui tour a tour ont brillé sur la sc. eue du monde ; nous serons donnés de voir

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que tous ont été formés pas des institutions qui fournissent les plus ingénieux rapprochemens.

« Les lois des Perses ont cela d’excellent , dit Xénophon, quelles vont au-devant du mal, et empêchent même les particuliers de devenir médians. » Et il nous représente les jeunes Perses allant aux écoles publiques pour apprendre la justice comme les enfaus des Grecs y allaient pour apprendre les lettres. Il nous les représente punis pour toutes les fautes, même pour l’ingratitude ; instruits a la tempérance , au respect envers les magistrats et les dieux. J usqua la fin de leur seizième année , ajoute-t-il , on les dresse à tirer de l’arc, à lancer le javelot. A dix-sept ans , ils entrent au rang des jeunes hommes, et alors, voici comment ils vivent : durant dix années ils passent toutes leurs nuits au corps de garde , tant pour la sûreté de la ville que pour s’endurcir à la fatigue. Ils suivent le roi à la chasse, et il faut que chacun d’eux porte le carquois plein de flèches , l’épée ou la hache au côté, un bouclier et deux javelots, l’un pour lancer , l’autre pour s’en servir a la main. Le roi est à leur tête, comme s’il marchait a l’ennemi» et veille à ce que le moindre de tous fasse sou devoir, parce que la chasse est la véritable image de la guerre. En effet , l’exercice de la chasse habitue à se lever de grand matin, à supporter le froid et le chaud, la faim et la soif, à marcher a pied» a courir , à surmonter différens genres d’obstacles et de dangers.

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« Cyrus , ëleve selon ces usages jusqu’à sa douzième année, ne trouvait point d’égal parmi tous ses compagnons, soit pour la facilité d’apprendre, soi! pour le courage ou 1 adresse à exécuter tout ce qu’il entreprenait. »

Il est vrai que , tout fils de monarque qui! était, Cyrus avait eu, comme ses jeunes frères d’armes, pour nourriture, du pain, du cresson ; pour boisson, l’eau du fleuve , qu’il puisait, ainsi qu eux, dans une coupe d’argile ou de bois. De même, ce héros, que sa noble mère enfanta en chantant (i), ce grand capitaine qui remarqua, à l’âge de treize ans, les fautes de Coudé et de Coligny, le bon Henri, si cher au

(1) « Ma fille, avait dit le roi de Navarre à Jeanne d’Àl- « bret cette boîte et cette chaîne d’or sont à toi, si en « accouchant tu rne chantes une chauson gasconne, afin « que tu ne me fasses pas im enfant pleur eux et rechigné . » Elle accoucha peu à près , et dans les premières douleurs , elle chanta un couplet en langue béarnaise.

Cet enfant, devint Henri IV. Vigoureux et infatigable , grâce à F éducation de son enfance , dit Sully , il ne resp i~ rait que le travail , et paraissait attendre impatiemment les occasions d’acquérir de la gloire. « Il fut élevé au château « de Coarasse, en Béarn , situé dans les rochers et dans les « montagnes. Henri d’Àîbret voulut qu’on l’habillât et « qu’on le nourrît comme les autres enfans du pays , et « même qu’on l’accoutumât à courir et à monter sur les « rochers » On dit que pour l’ordinaire on le nourrissait de pain bis , de bœuf, de fromage et d’ail , et que bien souvent ou le faisait marcher nu-pieds et nu-tête.

( Pkréfixf,.)

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peuple qu’il aimait, apprit, en franchissant les roches du Béarn, en supportant la faim, les fatigues , la douleur, à triompher des embûches dressées par le fanatisme pour l’écarter du trône de France.

Une ardeur également active pour tout ce qui est grand, noble, beau ; une haine, un mépris aussi prononcés pour tout ce qui tend à amollir, à corrompre, à dégrader les peuples, se retrouven t aux époques de l’histoire les plus éloignées les unes des autres, dans les climats les plus opposés de mœurs , d’usages , de religion. Ce même Cyrus , encore enfant , donne une leçon de tempérance au vieux roi des Mèdes , son aïeul ; et voyant la table couverte d'une infinité de mets délicieux, il s’écrie qu’Astiage aurait bien de la peine à souper , s’il était obligé de manger de tous ces plats. Il rejette le vin qu’on lui offre, comme un breuvage empoisonné , parce qu’il prive de la raison et rend la démarche chancelante. « Il semblait, observe-t-il au monarque effém iné, après l’avoir vu , lui et ses courtisans, parler , chanter confusément , il semblait que vous eussiez oublié que vous étiez leur roi , et qu’ils ne se souvinssent plus qu’ils étaient vos sujets. » Et cet illustre Thébain, qui , bien que fils d; un ancien roi de Thèbes, passa malgré lui des écoles de la philosophie au gouvernement de sa république; qui ne se réjouissait de la victoire de Leuctres qu’à cause de la joie qu’elle causerait aux auteurs de ses jours; qui mourut à Manti-

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née, heureux de laisser la Beoiie triomphante 5 ce grand homme qui voulut aussi reformer sa nation pour la rendre invincible; Épaminondas , invité à un repas somptueux , se fit apporter des mets grossiers , disant à ses amis étonnés : Je ne veux pas oublier comme F on vit chez moi. — Qui veillerait sur la patrie9 répondait-il une autre fois à ses concitoyens qui, s’abandonnant, près de 1 ennemi , au délire des banquets et des fêtes , lui reprochaient de ne point les imiter ; qui veillerait sur la patrie , si je m enivrais comme vous ?

A quelle influence politique et morale les peuples renommés de la Grèce durent-ils donc si long-temps leur prééminence sur les autres peuples, et les lauriers de la gloire , et les palmes des lettres et des arts? aux institutions vigoureuses que Lycurgue alla puiser chez les Cretois, que Solon , que leurs plus grands philosophes ravirent à la sagesse des nations les plus éclairées alors ; à ces institutions dont le type n’exista sans doute que dans la primitive Egypte, avant que les Pharaons, et les prêtres de Thèbes et de Memphis, ligués contre l’essor de fa pensée, eussent; créé deux langages, organisé deux cultes, et séparé la race humaine en conducteurs avides, en bétail dégénéré. Ce qui nous a été transmis des longues épreuves que subissaient les initiés aux mystères d’ïsis , atteste le prix qu’on attachait à la force physique , aussi-bien qu’à l’énergie morale; et s il fallait avoir exercé ses organe s mus-

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cuîaires et son intelligence , pour sortir avec avantage de la lutte , où toutes les facultés du néophite se trouvaient si puissamment engagées.

Que de victoires, que de triomphes immortelsSparte, Ihèhes, Athènes, durent à leurs fêtes olympiques, aux combats gymniques du stade, à ces luttes sublimes du théâtre où les plus beaux génies de la Grèce accouraient se disputer les palmes du talent! Et Ion s’étonne quela gymnastique fut en si grande vénération chez les Grecs (2).

Nous voyonspar les jeux célébrés aux funérailles de Patrocle que , des le temps de la guerre de lroie, on connaissait tous les exercices enseignés plus tard dans les palestres d Athènes. Sous le nom de gymnastique, Platon comprend tous les exercices de la guerre. Aristote recommande aux jeunes gens de se livrer aux travaux du gym-

(i; Les exercices qu on pratique dans les gymnases sont oroonnës par les lois , soumis à des règles , animes par les éloges des maîtres, et plus encore par l'émulation qui subsiste entre les disciples. Toute la Grèce les regarde comme la partie la plus essentielle de l’éducation , parce qu’ils rendent un homme agile, robuste, capable de supporter les travaux de la guerre et les loisirs de la paix. Considérés par rapport à la santé , la médecine les ordonne avec succès. Relativement à Fart militaire , on ne peut en donner une plus haute idée , qu’en citant l’exemple des Lacédémoniens^ iis leur durent autrefois les victoires qui les firent redouter des autres peuples , et dans ces derniers temps, il a fallu , pour les vaincre, les égaler dans la gymnastique. (Ployages d Anachar sis . )

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D2SC? pour devenir plus sains et plus vigoureux,

La gymnastique etart divisée en militaire , en médéciuale , en atlhétique. La première enseignait l'art du pugilat , de la lutte , de la course des chars , de îa course à pied , du disque , de lare, du javelot, et de tout ce qui pouvait servir a assurer une supériorité marquée dans les combats , dans les batailles rangées , a l’attaque comme à la défense des places. La gymnastique médicale avait pour but principal îa conservation de îa santé ; c’est-à-dire, les courses à pied et à cheval , les bains, les onctions, le saut , îa lutte et îa promenade. La gymnastique athlétique

tendait à augmenter la force et l’adresse des lutteurs , etc.

Peut-etre ne sera-t-on pas fâché de retrouver ici la description de ces gymnases des anciens , dont une loi sévère avait fait îe sanctuaire de 1 innocence et de la pudeur, selon l’auteur, si recommandable du V oyage d Anaclicirsis , que nous nous trouvons heureux de prendre pour guide.

« Les Athéniens ont trois gymnases destinés à 1 institution de la jeunesse : celui du cynosarge, situé sur une colline de ce nom , celui de l'académie, celui du lycee , dont les murs sont décorés de peintures, où l’on voit la statue d’Apollon, divinité tutélaire de ces vastes édifices, entourés de jardins et d’un bois sacré.

» On entre d’abord dans une cour de forme carrée , et dont le pourtour est de deux stades

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(189 toises); elle est environne'e de portiques et de bâti mens. Sur trois de ses côtés sont des salles spacieuses et garnies de sièges, où les philosophes , les rhéteurs et les sophistes rassemblent leurs disciples. Sur le quatrième, on trouve des pièces pour les bains et les autres usages du gymnase. Le portique exposé au midi est double , afin qu’en hiver la pluie , agitée par le vent, ne puisse pénétrer dans sa partie intérieure. De cette cour, on passe dans une enceinte également carrée. Quelques platanes en ombragent le milieu. Sur trois des côtés, régnent des portiques. Celui qui regarde le nord est à double rang de colonnes, pour garantir du soleil ceux qui s’y promènent en été. Le portique opposé s’appelle Xyste. Dans la longueur du terrain qu’il occupe, on a ménagé , au milieu, une espèce de chemin creux , d’environ douze pieds de largeur sur près de deux pieds de profondeur. C’est là, qu’à l’abri des injures du temps, séparés des spectateurs, qui se tiennent sur les plates-bandes latérales , les jeunes élèves s’exercent à la lutte. Au-delà du Xiste , est un stade pour la course à pied....

(( Les palestres sont à peu près de la même forme que les gymnases : la lutte, le saut, la paume, tous les exercices du lycée se retracèrent à nos yeux sous des formes plus variées, avec plus de force et d’adresse de la part des acteurs. Parmi les différens groupes qu’ils composaient , on distinguait des hommes de la plus grande beauté,

et dignes de servir de modèles aux artistes ; les

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uns , avec des traits vigoureux et fièrement prononces, comme on représente Hercule ; d’autres, d’une taille plus svelte, plus élégante, comme on peint Achille. »

(tom.ii,pag. i5y, 162, 174*)

S’étonnera- t-on maintenant que dans ces jeux, célébrés à Olympie , qui tenaient le premier rang parmi les fêles publiques des anciens, parce qu’ils étaient consacrés à Jupiter, le premier des dieux, et parce qu’ils avaient été institués par Hercule , le plus grand des héros; «s’étonnera-t-on que la victoire fût regardée comme aussi glorieuse que l’honneur du triompjhe chez les Romains ? » (Cicéron.)

« La couronne d’or qui ceignait le front du « vainqueur olympique, les esclaves, les che- « vaux, les vases d’airain, les coupes d’argent, « artistement, ciselées , que Thèbes, Tégée, Arec gos, Sycione et d’autres villes, accordaient aux « athlètes victorieux , n’étaient que la moindre « recompense de leur force et de leur dextérité ; « ceux qui avaient mérité le prix , comblés d’d- « loges et de présens , devenaient en quelque « sorte l’objet de la vénération publique. Une « palme à la main , vêtus d’une robe nuée de « fleurs éclatantes, précédés d’un bérqut qui pro« a clamait leur nom, ils foulaient aux pieds, en parte courant le stade, les roses que l’allégresse se- « niait sur leurs pas. Un triomphe plus flatte teur encore les attendait dans leur patrie ;

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« montés sur un quadrige, environnés del eütedes « citoyens, ils entraient par une brèche dans la « ville, qui se glorifiait de leur avoir donné le « jour. Trois cents chars , attelés de chevaux « blancs, précédèrent celui de l’athlète Exanète.»

(Saint Jean Chuysostôme.)

« Celui qui a été couronné, dit le poète Xé- « nophane, prend la première place aux speca tacles , et pendant sa vie est nourri aux dépens « du public. » Les plus célèbres statuaires briguaient l’honneur de le représenter en marbre ou en bronze, avec les attributs de sa victoire; dans les bosquets de l’Altis , bois sacré qui entourait le temple de Jupiter Olympien, on éleva deux statues à Capros, pour avoir dans le même jour remporté deux victoires. Clitomaque , qui avait triomphé au pugilat, au pancrace, à la lutte, célébré dans les vers du poète Alcée, vit ses traits respirer sur le bronze, dans les lieux les plus fréquentés de la Grèce. Théagène, selon Pausanias , reçut les honneurs divins. Après la mort dePhilippeCrotoniate, lesÉgestins firent des sacrifices sur son tombeau. Pindare, qui consacra sa lyre à immortaliser ces espèces de combats , nous apprend qu’Anthée , roi d’irase, en Libye, promit la main de sa fille à celui de ses adorateurs qui surpasserait ses rivaux à la course.

Le peuple romain ne se montra pas moins passionné pour les jeux du cirque, que les républiques de la Grèce. Long-temps les vain-

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queurs de la terre n’eurent d’autre arène que les bords du Tibre d’un côté , et une palissade d épées droites de l’autre. Ce qui rendait leurs exercices très - dangereux , et inspira à Tarquin l’Ancien l’idée de construire le premier cirque. Mais , étranges destinées des nations et des maîtres qu’elles se donnent ! les Romains s’essayaient a la conquête du monde sur les bords sauvages du Tibre, dans le cirque grossier de Tarquin ; les Romains préludaient à leur asservissement par les bordes du Caucase et de l’Imaiis, dans les amphithéâtres dorés de Néron , les cirques de porphyre et de bronze d’Héliogahaîe, les vastes naumachies , les immenses coîysées de Tibère et de Vespasien , les théâtres et l’hyppodrome de Constantinople.

Nous avons rapporté ce que les Perses, ayant d’être corrompus , exigeaient de leurs enfans pour en faire un jour des hommes véritablement dignes de ce nom. Qui ne se rappelle ces Spartiates , bercés dans un bouclier, accoutumés également dès leur naissance à la frugalité , aux privations ; à braver , sans pousser un soupir, les douleurs les plus aiguës ; qui eussent rougi qu’on leur trouvât un visage efféminé? Tous, hommes faits , adoîescens , passaient une partie de leur vie dans les gymnases. Réunis en troupes dans le pîataniste, leurs combats, dès l’âge de seize ans, 11e se terminaient, sous les regards des magistrats , que lorsque ceux d’un parti se trouvaient réduits à traverser l’Eurotas à la nage. Bientôt

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ces jeunes hommes se répandaient, ies armes à Ja main , dans les campagnes , pieds nus, exposés aux intempéries des saisons , sans esclaves pour les servir, sans couverture pour les préserver de la fraîcheur des nuits ; tantôt ils étudiaient le pays pour le garantir des incursions de i’ennemi , tantôt ils couraient après les sangliers et les autres animaux sauvages. Dans les beaux temps de la république, aux beaux jours de l’empire , l’éducation du soldat romain, des jeunes chevaliers même , était-elle moins rigoureuse?

Afin de ne point laisser l ame du guerrier s’engourdir dans l’inaction et l’oisiveté, le sénat, les Césars ordonnaient de ranimer ses forces et sa valeur par de fréquens exercices , qui , au milieu même de la paix, lui présentaient l’image, la fatigue et les dangers de la guerre. Miles in medicî pace , decurrit sine ullo ho s te , vallum jacit , et supervacuo labore lassatur , ut sufficere neces sario possit. ( Sénéque. )

Aussi est-» ce du mot exercitium (exercice), que vient celui d'ex ercitus ( armée) , parce que plus des troupes sont exercées , plus elles sont aguerries. Des que les jeunes Romains avaient pris la robe virile , on les conduisait au champ de mars; et là, on les exerçait selon toutes les règles de la discipline militaire.

« Cette habitude au travail, dès leur jeunesse, rendait les Romains plus propres aux fonctions pénibles de la guerre. Ainsi, ce n’était plus qu’un

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jeu pour eux de porter des fardeaux très-pesans , outre leurs armes ; d’entreprendre des marches très-longues, de creuser des fossés, de faire des circonvallations, et tous les ouvrages nécessaires pour le siège et l’attaque d’une ville. Les jours que les soldats n’étaient point de faction dans le camp , ils s’exercaient au maniement des armes ; ils tiraient de l’arc, lançaient des pierres avec 3a fronde, et tout armés, disputaient le prix de la course. C’était le moyen de les tenir toujours en haleine, et de ne pas laisser refroidir leur ardeur. Pendant la paix, on leur faisait construire des chemins, ériger des édifices, et bâtir même

des cites entières. S’il faut en croire Dion Cas-

sms , qui assure la chose de la ville de Lyon ; on en dit autant de la ville d Augshourg , en Allemagne , et , dans la Grande-Bretagne , des murailles de Titus et de Sévère , dont il existe encore des restes , ainsi que d’un grand nombre de chaussées magnifiques. Cet usage servait en outre à rendre le soldat plus docile, et à lui ôter Peuvie de se révolter. Ce ne fut que la négligence de cette discipline qui causa la perte de la milice romaine. » (Pitiscüs. )

Vainement Auguste s’écrie : Varus rends-moi mes légions? Elles étaient tombées sous le glaive de ces Germains que Tacite nous représente, ainsi que les Francs nos aïeux , luttant sur les gazons des campagnes , plongeant dans les eaux du Danube et du Rhin , s exerçant, nus, à sauter au milieu des lances et des épées.

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Plus tard, ces mêmes légions, et les innombrables armées des Goths, des Vandales et des Huns , furent encore anéanties par la hache du Sy cambre , le glaive et la lance du Salien , par ces mêmes tribus de Francs, avides de périls et de combats, toujours armés pour la guerre ou lâchasse, se plaisant à lutter avec les courans rapides, et que des compagnes dignes d’èux , aux accens prophétiques , suivaient à la guerre, animaient , secondaient dans la mêlée , accompagnaient encore dans le conseil de la nation (i).

Clovis , porté sur le pavois h quinze ans, consacra les cinq premières années de son règne à se former à tous les exercices guerriers. Ce n’é-

(i) Tacite dit, en parlant des Germains et des Francs, que les femmes étaient les témoins et les panégyristes qu’ils voulaient avoir de leurs actions, et que souvent leurs avis dans le sénat, leur courage et leurs reproches devant l’ennemi, avaient valu des succès et la victoire- « Je ne prétends « pas, ditSainle-Foix, que nos Françaises aillentcamper; mais *< ayant un empire nature! sur nos senlimens, elles peuvent '< se rendre t* ès-utiles , en inspirant sans cesse l’amour de « la patrie , et en traitant avec le dernier mépris ces hom- « mes qui veulent déprimer leur nation. »

Une étrangère disait un jour à la femme du roi Léonidas: vous êtes les seules qui preniez de l’ascendant sur les hommes. Sans doute, répondit-elle, parce que nous sommes les seules qui mettions des hommes au monde. J’abandonne à leurs réflexions nos Françaises du jour, qui prétendent que le gouvernement représentatif enlève aux femmes leur influence.

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tait que jeux publics , courses de chevaux , combats contre l’urus et les bêtes les plus féroces. L’héritier des Clodion , des Pharamond, tenait constamment en haleine ses soldais, qui, selon la coutume des Francs , endurcis aux fatigues dès leur jeunesse , étaient tous robustes , et tellement agiles , que Sidoine assure qu’ils tombaient sur l’ennemi aussi promptement que le trait qu’ils avaient lancé (i).

Cependant la Gaule conquise se consolait par le beau nom de France. Les droits, usurpés par la violence ou la victoire , avaient transformé ses nouveaux enfans , les uns en seigneurs suzerains , vassaux d’un chef suprême , les autres en vils serfs, enchaînés à la glèbe. Nos coteaux s’étaient, hérissés de châteaux forts, de donjons, de moutiers, d’où s’élancaient, comme de son aire l’aigle carnassier sur sa proie, d’avides tyranneaux, couverts d’airain , pour rançonner de faibles campagnards désarmés et trembîans. Le genre humain dégradé semblait reculer vers l’état sauvage; et ce fut ce siècle de fer qui enfanta l’auguste

(i) Le guerrier lançait contre son adversaire l’angon , espèce de javelot, dont la pointe, armée de plusieurs crochets, ne pouvait plus se retirer des cuirs du bouclier, et soudain, s’élançant dans l’air, appuyé sur sa longue framée, il tombait comme la foudre devant son ennemi. Le pied sur le bois ferré de l’angon, il forçait ce dernier de se découvrir„et le frappait de son épée ou de sa francisque (hache à double tranchant ). On ne saurait avoir oublié le combat de Clodion, dans les martyrs.

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chevalerie. Les muses, l’amour pudique , les vertus , l’humanité consentirent à demeurer sur la terre, et le génie de notre monde cessa de désespérer de la civilisation européenne. Accumulant les époques où cette institution , si pure dans son origine, rendit tant de services signalés à la monarchie des Francs, arrêtons-nous à ces temps désastreux où la patrie en pleurs s’indignait de compter les soutiens du trône dans les phalanges haineuses des ennemis de l’état. Modèle de l’antique chevalerie , Charles VI ranimait le foyer d’une vigueur presque éteinte, pour se montrer encore dans les tournois, les armes à la main. Charles VII, son successeur, dut son royaume à son épée, et à la lance de cette pucelle héroïque , qui , de même que l’Hercule thébain, trouva sur un bûcher son apothéose. Au signai d’une bergère armée, les Français croient voir,

sous les traits de Pallas, la chevalerie sortir de la tombe ; tout se range sous le brillant oriflamme : le monarque, conduit à Reims en triomphe, voit couler sur son front l’huile sainte qui consacra le premier roi chrétien. Le vainqueur de Marignan, le restaurateur des lettres , passa presque toute sa vie dans les camps ou dans les tournois: et le

nom de ce modèle des paladins, qui voulut être armé chevalier par Bayard, le nom de François Ier. , inscrit dans la liste des neuf preux , ne l'eût point déparée.

Que l’on cesse de considérer comme extraits des romans de la table ronde ces hauts faits d’armes,

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ces prouesses, ces traits d’une vertu sur-humaine, dont saint Louis dans les fers offrit plus d’un exemple consacré par l’histoire. Ces prodiges, créés par l’éducation chevaleresque antique , ces élévations surprenantes , qui tant de fois firent siéger la bravoure et l’honneur au rang des majestés de la terre , sont constatés dans nos annales; le témoignage de M. de Sainte-Falaye ne saurait être annulé.

« Les progrès rapides que l’on faisait dans la carrière des armes par un exercice continuel ne devaient point être regardés comme de simples conjectures, fondées sur des spéculations politiques purement imaginaires. On a vu des chevaliers, à peine âgés de trente ans , commander des armées. Boucicaut fut maréchal de France à vingt-cinq ans, et Louis de la Trimouille n’en avait que vingt-huit , lorsque, revêtu de la dignité de lieutenant-général du roi , grade supérieur à celui des maréchaux de France, il gagna la bataille de Saint Aubin du Cormier, et ht prisonnier le duc d Orléans. Les cours et les châteaux étaient des écoles où l’on ne discontinuait pas de former les jeunes athlètes que l’on destinait au service et à la défense de l’état. Des jeux pénibles , où le corps acquérait la souplesse, l’agilité et la vigueur nécessaires dans les combats ; des courses de bagues, de chevaux et de lances, l’avaient disposé de longue main aux tournois qui n’étaient que de faibles images de la guerre. Les dames, dont la présence animait

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