‹ Gymnastique élémentaire, ou cours analytique et gradué d'exercices propres à développer et à fortifier l'organisation humaineChapitre 3 sur 53 · XXV1J · texte numérisé non relu

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SUR LA GYMNASTIQUE

l'ardeur de ceux qui voulaient s’y distinguer, se faisaient un noble amusement d’assister a ces jeux» ))

Le récit que nous fait l’historien de la vie de Boucicaut , peut faire juger des exercices par lesquels la jeunesse, endurcie à la peine et à la fatigue, préparait son corps au métier de la guerre : « Maintenant , dit 1 historien , en par- « lant du jeune Boucicaut , il s’essayait à saillir (( sur un coursier , tout armé : puis autrefois « courait et allait longuement à pied pour s’ac- « coutumer à avoir longue haleine , et souffrir « longuement travail ; autrefois il férissait , d’une « coignée ou d’un mail , grande pièce et gran- « dement. Pour bien se duire au harnois , et en- « durcir ses bras et ses mains à longuement férir, « et pour qu’il s’accoutumât h légèrement lever «ses bras, il faisait le soubresaut, armé de « tontes pièces, fors le bacinel; et en dansant, « le faisait armé d’une cotte d’acier ; saillait, sans « mettre le pied à l’étrier, sur un coursier, armé « de toutes pièces. À un grand homme, monte « sur un grand cheval; saillait de derrière, à che- « vauchon sur les épaules , en prenant ledit « homme par la manche , à une main , sans

« autre avantage En mettant une main sur

« l’arçon de la selle d’un grand coursier , et « l’autre emprès les oreilles, le prenait par les « crins en pleine terre, et saillait, par entre ses

« bras , de l’autre part du coursier Si deux

« parois de piastre fussent à une brasse Tune

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« près de l’autre, qui fussent de la hauteur d’une « tour , à force de bras et de jambes , sans autre « aide , montait tout au plus haut, sans cheoir « au monter ni au dèvaloir. Item , il montait (( au revers d’une grande échelle dressée contre « un mur, tout au plus haut, sans toucher des « pieds , mais seulement sautant des deux mains <( ensemble , d’échelon en échelon , armé d’une «cotte d’acier; et ôtée la cotte, à une main « sans plus, montait plusieurs échelons... Quand « il es toit au logis s’essayait avec les autres a écuyers à jeter la lance ou autres essais de « guerre, ne ja ne cessait. » (i).

(i) Ce récit paraîtra peut-être romanesque à ceux qui ne sont pas instruits de nos anciens usages ; il suffit, pour le rendre vraisemblable, de renvoyer aux mémoires de Sully, ou l’on voit le détail des exercices dont Henri IV était continuellement occupé, plus de deux siècles après celui de Boucicaut

A cette note des mémoires sur l’ancienne chevalerie , ajoutons quelques détails sur l’éducation d’un gentilhomme de ce temps-là : »» Dès l’âge de sept ans , on le retirait des mains des femmes pour le confier aux hommes. Afin d’éprouver leurs forces, les écuyers, les damoisels s’exercaient avec des armes plus légères, la veille des tournois, à des espèces de joutes appelée vespres du tournoi , éprouves (épreuves), ou escremie (escrime) : ainsi une éducation mâle et robuste les préparait aux travaux de la guerre. Prouvons que dans ces siècles grossiers, du moins, on sentait encore le besoin d’une éducation virile, parun exemple puisé chez la nation la plus polie de l’antiquité.

« L’éducation, pour être conforme au génie du gouyer-

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Il fallait y comme on le voit par ce récit , que Faspirant a la chevalerie réunit en lui seul toute la force necessaire pour les plus rudes métiers , et l’adresse des arts les plus difficiles, avec les talens d’un excellent homme de cheval.

nement, doit imprimer dans tes cœurs des jeunes citoyens les mêmes sentimens et les mêmes principes. »

Éducation du fils cV 'A polio dore

« Lisis apprenait à traverser les rivières à îa nage, et à « dompter un cheval. La danse réglait ses pas , et donnait « de îa grâce à tous ses mouvemens. Il se rendait assidu*- « ment au gymnase du Lycée. Les enfans commencent « leurs exercices de très-bonne heure , quelquefois même « à l’âge de sept ans ; ils les continuent jusqu’à celui de « vingt. On les accoutume d’abord à supporter le froid , « le chaud, toutes les intempéries des saisons; ensuite à « pousser des balles de différentes grosseurs, à se les ren- « voyer mutuellement. Ce jeu, et d’autres semblables, ne « sont que les préludes des épreuves laborieuses qu’on leur « fait subir, à mesure que leurs forces augmentent. Ils « courent sur un sable profond , lancent des javelots , sau- « tentau-delà d’un fossé ou d’une borne, tenant dans leurs « mains des masses de plomb, jetant, en l’air ou devant u eux, des palets de pierres ou des bronze ; ils fournissent en « courant uneou plusieurs fois la carrière du stade, souvent « couverts d’armes pesantes. Ce qui les occupe le plus , « c’est la lutte , le pugilat , et les divers combats que je « décrirai en parlant des jeux olympiques. Lisis , qui s’y « livrait avec passion , était obligé d’en user sobrement , « et d’en corriger les effets par les exercices de l’esprit, « auxquels son père le ramenait sans cesse. »

(Éoj. d Anadhar sis , t. ni , p. 3a. )

CONSIDERATIONS

Certes , ils ne craignaient pas que Ton comparât aux tours de force de leurs jongleurs une éducation genereuse, et les moyens enseignes par l’expérience pour augmenter la force et l’adresse, ces paladins de la vieille monarchie, ces Dunois , ces IN entours, ces Duguescbn , que leur bras invincible , leur vigueur infatigable

Ne retrouvons-nous pas quelque chose des traditions antiques dans ce passage de nos trouvères ?

« Quel est le gentil bachelier qui fut engendré sur an « champ de bataille , allaite dans un heaume, bercé dans « un écu , et nourri de chair de lion. Quel est celui qui « aura le cœur du lion et l'impétuosité du tigre ; qui s’euu dormira au bruit du tonnerre, s'enivrera de fureur dans u un combat, verra son ennemi au travers des tourbillons w de poussière , comme le faucon voit sa proie à travers « les nuages; renversera comme la foudre le cheval et le “ chevalier; et de son poing, ainsi que d’une massue, « pourra les écraser ? Pour achever une aventure célèbre , « il franchit les monts et les mers. Se présente-t-il dans une « bataille? on fuît devant lui comme la paille légère fuit u devant la tempete ; s’il joute , et c'est toujours sans e trier y « s'abat cheval et chevalier. Souvent il le perce , malgré « les mailles du haubert; et ni fer, ni lance, ni bouclier , « ne peuvent résister à ses coups. Les épées brisées , Plia— « Icioe des chevaux fumans , les lances et les hauberts fra- « cassés , voilà les jeux et les fêtes qu’il aime.

« Jamais il ne quitte son heaume ; c’est son oreiller pen- « dant son sommeil ; ses plaisirs sont de parcourir les « montagnes et les vallées; d’aller seul à pied attaquer les « ours, ies lions, les cerfs en rut. »

( Fabliaux de Legrand di Aussi. )

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rendirent les plus fermes colonnes du trône des lys , les plus indom ^tables soutiens de ces Francs qui ne prirent l’abeille et sa ruche pour emblème qu’en mémoire des vigoureux essaims dont leurs aïeux avaient rempli le monde (i).

Tout dégénère : les lois de la chevalerie ne respiraient que l’amour de la religion , de îa vertu, de l’humanité; mais les siècles où elle était la plus florissante furent des siècles de débauche , de brigandage. Armés les uns contre les autres, alternativement oppresseurs ou opprimés, les grands feudataires de la couronne, enorgueillis de la multitude de leurs vassaux, de leurs chevaliers, de leurs écuyers, et même de leurs confraternités d’armes, se prétendirent indépendans du prince, osèrent lever contre leur maître l’étendard de la révolte. Que de fois , au gré de leurs caprices, de leurs passions, d’un intérêt sordide, ne les vit-on pas trafiquer de leurs lâches défections avec l’étranger*, ou servir les intérêts de l’usurpation ! 11 leur fallut bien regagner par la violence , ce qu’ils perdaient en considération par leurs mauvaises mœurs. Hélas! déjà la chevalerie avait oublié les préceptes qu’elle-même avait donnés dans son origine , à ses premiers disciples, de s’appliquer également

(6) On peut voir, au cabinet des antiques, à la Bibliothèque de Paris , les abeilles d’or trouvées dans le tombeau de Childéric, àTournay.

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aux lettres et aux amies On ne saurait se faire mie idée de Fétat d’abjection morale où furent entraînés les gentilshommes les plus distingués par les exploits de leurs aïeux, pour avoir dédaigné la culture des arts de l’esprit (i). Leur ignorance et leur vanité parvinrent au point qu’ils se glorifiaient de ne pas savoir signer leur nom ; le dédain de toute occupation de ce genre devint tel, qu’ils abandonnèrent jusqu’au soin de rendre la justice, jusqu’à l’administration de leurs propres domaines. Leur goût n’était cultivé que par les contes licencieux de leurs ménestrels et de leurs trouvères. Bientôt ces preux , qui de-

(i)Eustache Deschamps ( poèt. mss. , fol. 187 ), dans une ballade, regrette le temps ancien , où l’étude des arts libéraux , interdite aux serfs , était uniquement réservée aux nobles : alors la noblesse se maintenait en honneur, et faisait des conquêtes glorieuses , par le pouvoir que la science ne peut manquer d’avoir, quand elle est jointe aux amies. Autrefois les jeunes gens de noble race passaient les vingt premières années à s’instruire , puis recevaient la chevalerie. Aujourd’hui , on commence leur éducation par les mettre à cheval • on ruine leurs tempéramens par les excès de la gourmandise et autres. Livrés à toutes leurs passions et à l’amour du jeu, ils ont abandonné la science aux serfs , qui , par ce moyen, ont acquis sur eux l’empire , et les ont asservis à leur tour. Chaque couplet qui contient ces plaintes, est terminé parce refrain :

Car chevaliers ont honte d’être clercs. (Savons, éclairés).

Ailleurs il plaint le sort des nobles et gens de guerre , sous le gouvernement des clercs , dispensateurs des grâces du

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voient consacrer leur vie a protéger la faiblesse , I innocence , la beauté, contre les attentats du \ice et de la violence, dédaignant des fatigues que leur corps n était plus capable de supporter, sacrifièrent sans pudeur au luxe, a la mollesse, a la volupté. Saint Louis a gémi devoir la débauche établir ses bazars près de sa tente , dans la plus sainte des croisades (r).

« La chevalerie ne tarda pas a être prodiguée à des jeunes gens dont lage n égalait point les années que les écuyers des temps antérieurs

roi , et s’indigne contre les prélats du temps, devenus trop curiaux (courtisans) , et mondains , abandonnant leurs évêchés , leurs bénéfices , pour vaquer à des offices séculiers.

Et certes ces reproches d’ignorance n étaient que trou fondés. 1

On voit dans ces temps-là un gouverneur de place assez ignorant pour être obligé de se faire lire un ordre important • et Duguesclin , le premier homme de l’état et de son siècle , n’en savait pas davantage. Étant assiégé dans Rennes, et recevant un hérault de la part du duc de Lancastre , qui lui apportait un sauf-conduit pour venir parler à ce prince. Il prit le sauf-conduit , et le bailla à lire; car riens ne scivoit de lettres , ni oneques riavoit trouvé maistre de qui il se laissas t doctriner. Mais les vouloit tous jours férir et frapper .

( Sainte- Palaje , tom. 2, p. 87.)

(1) « Le moine de Vigeoïs , vers 1 180, en parlant de la licence qui régnait alors parmi les troupes , comptait dans une de nos armées jusqu a quinze cents concubines. »

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avaient coutume de consommer dans un exercice continuel des armes. On la conférait à des enfans de dix ans, et même de sept. Il n’était plus question de s’informer ni de la probité, ni des mœurs des hommes nouveaux , enrichis des dépouilles de l’état, parvenus par 1 intrigue et la bassesse. »

(( L’honneur de la chevalerie (selon Eustache » Deschamps) devint si commun, que chacun » crut pouvoir s’en arroger le titre de sa seule » autorité. Un homme de rien, prenant l’épée, » prenait en même temps le titre d’écuyer; pour » peu qu’il l’eût portée , il tranchait du cheva- » lier. » Encore, si cette épée eût servi l’état, on aurait pu dissimuler ce désordre : mais non , elle n’était la plupart du temps employée qu’au pillage, au brigandage, a l’oppression du peuple.» ( Sainte-Palaye. )

Ainsi, par le concordat de François premier , la mitre des évêques, la pourpre des cardinaux , patrimoines de familles privilégiées , se virent prodiguées à l’enfance , et ce droit sacré de diriger les âmes , que dans les premiers siècles de l’église l’assemblée des chrétiens n’accordait par élection qu’au plus vertueux, fut transmis comme un apanage , un second majorai , aux puînés des grands du royaume. Ainsi , sous ce règne corrupteur , qui couva notre formidable révolution , l’avidité de courtisans mercenaires extorquait à l’insouciance royale les récompenses, les honneurs militaires et civils, dont

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le mérite modeste , la valeur indigente se trouvaient déshérités ; et le vice heureux , l’intrigue rayonnante , s’applaudissaient de voir d’impudiques marquises trafiquer des croix et des brevets de colonel. Ainsi naguère ? sous nos yeux , quand la France souriait de mépris et de pitié à de pareilles prostitutions des grades et des dignités guerrières, quelques hommes s’élevant contre des lois qui ne promettent 1 avancement qu^au mérite.... Tâchons du moins que de tels abus , signalés tant de fois chez nous, comme chez nos voisins, cessent à l’avenir d’étouffer les semences d’énergie sociale, les généreux germes que nos malheurs mêmes ont fait éclore (i). Relevons, retrempons les âmes ; et lorsque, pour l’Europe entière, tout paraît devoir hâter le perfectionnement de la race humaine ; par les excès de quelques passagers turbuiens, ou les inquiétudes pusillanimes d’un pilote maladroit , n’arrêtons point la marche du navire.

En interprétant les opinions de certains publicistes , tout être qui pense serait l’ennemi de

(i) Dans les guerres civiles , il se forme souvent de grands hommes , parce que dans la confusion , ceux qui ont du mérite se font jour ; chacun se place et se met à son rang , au lieu que dans les autres temps on est placé , et on l’est presque toujours tout de travers.

(Montesquieu , Grandeur des Romains . )

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l’autel et du trône. A entendre ces moralistes de si bonne foi , les peuples ne sont jamais plus heureux que lorsqu’on les maintient dans l’ignorance et l’obéissance passive; et le nègre esclave, déchiré sous les fouets à Saint-Domingue , devait bénir la main qui le ravissait à ses savannes impéné-

des modes sur les mœurs , et 1 influence des mœurs sur la santé , et linfluence plus directe d’institutions robustes, et d’une éducation athlétique sur le caractère moral des nations ! Hélas! ccs républiques si vantées, ces vastes monarchies que leurs discordes intestines, leurs controverses théologiques , et plus encore 1 oubli des vertus antiques, l’extrême corruption en un mot, rendirent la proie d une poignée de barbares, après les avoir long-temps livrées aux caprices de tyrans, la honte de l’humanité, nous prouvent jusqu’à l’évidence que sous tous les climats, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

A Sparte, où l’austérité des mœurs égalait l’austérité des lois, la dégénération des institutions de Lycurgue amena la chute de l’état. Frugal par vertu plutôt que par nécessité, modéré dans l’usage du vin, pour n’avoir, disaitil , jamais besoin de îa raison d’autrui , un Lacédémonien trouvait son brouet noir excellent, quand un violent exercice, avant le repas, avait fourni l’assaisonnement. Toute parure était bannie de leurs habits : les rois , les magistrats , les derniers citoyens paraissaient également cou»

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verts d’une laine grossière. Ils s’amollirent et cessèrent d’être l’effroi de leurs ennemis. <c Les Lacédémoniens ne sont plus invincibles, disait le poète Antiphane ; les réseaux qui retiennent leurs cheveux sont teints en pourpre. » Chez eux, à mesure que les mœurs s’altèrent , le faux honneur ne connaît plus de frein. Leurs jeunes gens n’ont plus qu'un courage d’ostentation : iis bravent les verges et la mort aux autels de Diane , ils ne sont plus honteux de fuir devant l’ennemi. Lanière du Spartiate, qui n’osait exhaler un gémissement, en voyant son (ils porté mourant sur son bouclier, prétend dompter la nature, et, de peur de paraître faible, se montre féroce. Leurs filles , dont la pudeur virginale ne craignait point d’être souillée , en luttant sans voile et et demi-nues dans l’arène, en présence des magistrats et du peuple 5 et cependant si étrangères à toute coquetterie, qu’un riche vêtement eût suffi pour les flétrir à leurs propres yeux ; leurs femmes, d’une beauté sévère , imposante, chez lesquelles Phidias n’eût trouvé de modèles que pour sa Minerve; plus admirables par tant de traits de grandeur d’àme, d’élévation de caractère ; devenues athéniennes par l'habitude de la mollesse, du luxe et des plaisirs, remplissent la ville de confusion et de terreur, à l’aspect de l’armée d’Epaminondas. On avait négligé les jeux palestriques à Athènes; les luttes de Lycurgue avaient dégénéré en pratiques voluptueuses à Lacédémone, quand quelques légions

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romaines triomphèrent des Grecs divises. N a-ton pas vu ces mêmes Romains , vainqueurs de la terre , se laisser dompter à leur tour par l’opulence et les plaisirs. Efféminés, mais braves encore, les jeunes chevaliers appréhendaient detre blessés au visage par les vétérans de César. « Nous avons vu, dit Montesquieu, que jusqu’aux empereurs, le peuple romain avait été si belliqueux, que les armées qu’on levait dans la ville , se disciplinaient sur-le-champ , et allaient droit à l’ennemi. Dans les guerres civiles de Vitellius et de Vespasien , Rome, en proie à tous les ambitieux , et pleine de bourgeois timides, tremblait devant la première bande de soldats qui pouvait s’en approcher. » Enfin dans cette capitale du monde, qui seule avait enfanté des armées pour arrêter Ànnibal , Honorius ne put former une légion qu’en affranchissant les esclaves qui consentaient à s’enrôler.

L’abus de la civilisation , l’excès de la corruption conduisent les nations à Fi «différence sur leur sort , et les particuliers à l’insouciance, à 1 égoïsme. Lorsque les i ibère , les Séjan proscrivaient à leur gré les têtes des voluptueux sénateurs de Rome; quand les prétoriens, forts des libéralités impériales , vendaient à l’encan le trône des Césars , on vit la population de Rome , rangée autour des deux armées , applaudir avec une curiosité féroce , au sanglant combat que ces memes légions de Vespa* sien et de Vitellius se livrèrent dans l’enceinte

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meme du champ de Mars. Plus tard , devenues, à force de vexations , indifférentes sur le choix de leurs maîtres, les cités gauloises refusaient de porter des secours aux colonies romaines , à leurs propres concitoyens saccagés par les Vandales et les Pluns, et répondaient à leurs magistrats, à leurs évêques, qui leur prédisaient un destin pareil : Les jeux du théâtre et les banquets de la joie (ij ! De même , dans notre Europe actuelle , non loin des provinces ravagées , des cités croulant sous l’obus , des beautés mondaines, parées comme pour un jour de gala, rayonnantes de pierreries , guettaient d’un œil avide , dans les promenades à la mode, Farrivée d’un ennemi victorieux; et des hommes, qui se disaient l’élite de leur nation , se pressant audevant des cohortes sanglantes encore du

(i) « Sylla et Sertorius , dans îa fureur des guerres civiles , aimaient mieux périr que de faire quelque chose dont Mitridate put tirer avantage ; mais dans les temps qui suivirent , dès qu'un ministre ou quelque grand crut qu’il importait à son avarice , à sa vengeance , à son ambition , de faire entrer les barbares dans l’empire , il le leur

donna d’abord à ravager

» Il n’y a point d’état où l’on ait plus besoin de tributs que dans ceux qui s’affaiblissent, de sorte que l’on est obligé d’augmenter les charges à mesure que l’on est moins en état de les porter* bientôt, dans les provinces romaines, les tributs devinrent intolérables.

n II faut lire dans Saivien (ve. livre, de Gubernalione dei ) les horribles exactions que l’on faisait sur les peuples.

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meurtre de leurs concitoyens , paraissaient fiers d en guider les chefs , qui rougissaient pour eux de tant de bassesse.

Et les gouvernemens eux-mêmes pourraient craindre d établir des institutions seules capables de recréer chez eux un esprit public, si essentiel a la stabilité des empires! et nous hésiterions en France, alors même que l’impulsion que nous sommes accoutumés à communiquer, est donnée par des peuples beaucoup moins avancés que nous dans leur éducation constitutionnelle !

Bannie de nos contrées par les habitudes sociales, par les délassemens corrupteurs des règnes qui ont précédé 1ère actuelle, la gymnastique

Les citoyens, poursuivis par les traitans, n avaient d’aul?e icstource que de se réfugier chez les barbares, ou de donner leur liberté au premier qui la voulait prendre. \'P oyez , dans l’ambassade écrite par Priscus , le discours d’un Romain établi parmi les Huns , sur sa félicité dans ce pays-là.)

» Ceci servira à expliquer, da s notre histoire française, celte patience avec laquelle les Gaulois souffrirent la révolution qui devait établir cette différence accablante entre tme nation noble et une nation roturière ; une nation qui se îeseivait la liberté et 1 exercice des armes, et une autre destinée par la loi de sa servitude à cultiver les champs , auxquels chaque particulier devait être attaché pour jamais. Les barbares n introduisirent guère rien qui n’eut été plus cruellement exercé avant eux. »

(Montesquieu , Grandeur des Romains. )

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devait se réfugier parmi ies peuples des montagnes. Une petite nation , la première en Europe qui parvint à s’affranchir de l’esclavage intolérable de ses baillis féodaux; long -temps garantie des invasions de la puissance par scs glaciers et ses neiges éternelles, des séductions du luxe par sa pauvreté, avait su conserver l’innocence de ses mœurs au milieu des vices de l’Europe. Là, à chaque pas, la vieillesse, l’enfance, remplies d’un religieux amour pour des lois cimentées du sang de leurs pères , vous racontent, en montrant quelques pierres , un arbre, un rocher , une chapelle, ces combats, ces victoires remportées sur les innombrables armées de la noblesse et des archiducs , par quelques phalanges de guerriers terribles , embrasés du leu sacré de la liberté , et dont la pratique constante des exercices athlétiques avait centuplé les forces et l’énergie. Ces exercices ont conservé tout leur ascendant sur les fils des généreux Ilelvétiens. Vers le centre de la chaîne granitique connue sous le nom d’Oberland bernois , parmi les peuplades alpines de î’Entlibouck , si remarquables par Eénergie de leur caractère , par l’originalité de leur esprit satyrique et jovial , la lutte, le saut, la course, sont en usage dans des fêtes auxquelles prend part toute la contrée. Ces fêtes , les plus remarquables, ont au moi ns lieu sept fois par année, soit dans les gras pâturages du Soremberg , soit sur les cimes religieuses de Wittembach ou de Schupfen. Au

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milieu des chalets élevés du Seheideck , sur 3’Eogsteln-AIpe , les habitans de l’Unterwald , ceux du Hasli , les robustes bergers du Grindelwald , défient à des joues aussi vantées et les plus forts co ni bat ta ns de l’Entlibouck, et les pasteuis les plus intrépides de l’Emmenthal. Les noms de ces lutteurs célèbres sont dans toutes les bouches : Heineîi , lioth de Schupfen , Brun , Disler d Enthbouck et Vogel de Hasli, étaient, sui la fin du dernier siècle, des athlètes réputés invincibles. Le dernier triompha pour la première fois a dix-huit ans, et ne trouva de vainqueur pendant trente années ni dans l’Entlibouck ni dans les pays voisins. Enfin les plus exercés d entre eux , donnent a. Berne , sur les remparts, le spectacle d’une lutte olympique, lous les ans , ce jour qui est le lundi de Pâques, est solennisé avec une joie plus vive; et cette année même, a cette antique fête bernoise , où tous les rangs, tous les états, tous les coeurs pre-» liaient part jadis, les lutteurs de l’Oberîand, de 1 Emmenthal et de l’Entlibouck se firent remarquer autant par leur grand nombre que par leur stature colossale (i).

Lors des dissensions civiles de la Suisse, à

(i) La fêle du lundi de Pâques inspira cette année l'interet le plus vif. Dans la matinée, le spectacle de la gymnastique des Alpes fut donné par les bergers dans un cirque destiné à cet usage, sur la promenade de Berne, ou la distribution du terrain permettait de placer les nombreux

SUR LA GTMNASTIQUE. xliij

Fëpoque du directoire français, M. Ciias , cliet d’artillerie légère du canton de Berne , avait été envoyé avec un détachement à Inderlach ; craignant que l’inaction n’abâtardît ses sodats , il

spectateurs , de la manière la plus avantageuse. Les exercices commencèrent par la lutte. Vingt et un couples de lutteurs , formant plusieurs groupes , selon leur force présumée, et distribués sur divers points de l’arène, engagèrent différens combats , afin que l’on pût choisir et admettre à la grande lutte les plus forts. Huit de ces lutteurs , de forme athlétique , ayant triomphé de leurs antagonistes , furent destinés à lutter entre eux pour concourir aux prix.

Quatre bergers de UOherland , et quatre de l’Emmenthal, se trouvèrent ainsi opposés les uns aux autres j et un fait bien remarquable, c’est que trois des lutteurs de l’Oberland renversèrent, chacun deux fois desuite, leurs adversaires. Il ne restait plus que le dernier couple. La victoire demeura pendant quelque temps indécise ; mais à la fin , l’Emmenthalois réduisit l’athlète de l’Oberland à lui abandonner la victoire.

Ensuite parurent les discoboles ; l’un d’eux lança d’une seule main une pierre du poids de quatre-vingt-quatre livres, à seize pieds de distance. Ce fut lui qui remporta le prix.

Plusieurs pâtres, jouant de la trompe des Alpes, donnaient le signal du combat , et exécutaient les fanfares de la victoire.

A peine ce spectacle était-il achevé , qu’un autre encore plus intéressant commença : tous les élèves du college , ainsi que ceux de la maison des orphelins , se rassemblèrent dans la cour de l’académie; delà , on les conduisit en troupes, au son d’une musique militaire, aux lieux

^ CONSIDÉRATIONS

imagina de les soumettre à des exercices réguliers, d ajouter à leur force , à leur adresse par la lutte ; la voltige, la natation. Les militaires des cantonnemens voisins se mêlèrent bientôt avec eux : la fouie toujours croissante des habifans se portait sur leurs pas. Les bergers les plus

adroits, les plus forts jouteurs des hameaux voi-

sms, impatiens de s’essayer avec des guerriers accouraient à ccs luttes innocentes. Plus d’une fois provoque , M. Clias , qui voulait offrir en même temps le précepte et l’exemple, descendit avec les plus renommés dans l’arène. Il ne tarda

destinés à la gymnastique de la jeunesse. Op commença par 1 exercice du mât de cocagne ; les différens jeux d’adresse suivirent ; chacun se présentait , son prix à la main, devant une société d’hommes respectables , qui formait le tribunal. On inscrivait le nom du sujet , son âge , et le genre de victoire qu’il avait remportée. L’un des juges, dans un discours paternel , l’encourageait à cultiver d’aussi heureuses dispositions. Des fanfares donnèrent le signa! des chœurs que les enfans étaient destinés à chanter : ces chants pieux et moraux exprimaient 3’enthousiasme , l’union , la concorde , l’amour de îa patrie. Bientôt tous les spectateurs , frappés comme par une étincelle électrique , se mêlèrent spontanément aux chants de la jeunesse, et cette fete } qui n’était destinée que pour l’adolescence , devint la fete de tous les âges et de tous les rangs. Il semblait qu'une nouvelle vie animât toute la population. Nonseulement les exercices du corps embellirent la fête ; mais les jouissances de l’âme se communiquèrent des enfans aux spectateurs , qui voyaient dans chaque vainqueur un fils , un frère , un parent ou un ami.

SUR LA GYMNASTIQUE. xlr

pas à s’apercevoir de l'augmentation surprenante de ses organes musculaires; une pensée rapide , lumineuse, lui lit sentir qu’il suffirait peut-être de cette première impulsion donnée à l'esprit national, pour arracher, avec le temps, les âmes de ses concitoyens h l’état de torpeur morale dans lequel on les tenait alors. Ses efforts et les essais tentés dans le cantou de Berne, et dans quelques autres villes, fixèrent l’attention des gouverneraens étrangers. Après les désastres de 1812, la Prusse , convaincue , par sa propre expérience , de la nécessité d’améliorer l’éducation physique et intellectuelle du peuple, envoya des professeurs se pénétrer à Yverdun de la nouvelle méthode de Pestalozzi. Maintenant, c’est à Berlin que se trouve la plus grande école de gymnastique , et c’est Jahn qui en est le chef. Des ouvrages marquans ont paru , des professeurs célèbres dans la Saxe , dans les cercles voisins,

Lorsque les chants eurent cessé , on conduisit la troupe joyeuse dans une salle, où une collation frugale les attendait. Les fenêtres étaient garnies de transparens , représentant les hauts faits de leurs ancêtres. Des devises, écrites au bas, courtes et énergiques, renfermaient toutes un sens moral, à la portée des jeunes gens , qui s’en retournèrent chez eux l’imagination remplie des images les plus propres à faire germer en eux tous les sentimens , toutes les vertus qui doivent animer l’homme destiné à défendre un jour, peut-être, les plus chers intérêts de son pays.

(Extrait du journal de Berne, n°s. 17 et 18. Avril 181g. )

xîvj CONSIDÉRATIONS

ont successivement mis au jour des systèmes ingénieux, et dune application plus ou moins facile. Les partisans et les adversaires de la gymnastique inondent maintenant l'Allemagne de leurs écrits (i). 1 ont récemment le gouvernement prussien , en fermant les palestres jusqu’à l’organisation définitive de l’instruction publique , a déclaré que les exercices gymnastiques seraient introduits dans toutes les écoles, comme for—

(i) Le médecin Guts-Muths , à qui l’Allemagne est redevable de l’introduction des exercices gymnastiques dans l’éducation des jeunes gens, a publié trois ouvrages importai» : Gymnastick ( la Gymnastique ) ; Turnbuck ( le Manuel des exercices gymnastiques ) , destiné particulièrement aux professeurs -, et Katechismus der turn- 'hunst ( Catéchisme gymnastique ) , c’est un abrégé du précédent, pour servir de guide aux gymnastes dans leurs exercices.

L’ouvrage de Jahn a pour titre : die Deutsche turnkunst (la Gymnastique des Allemands). Eiseler, qui a coopéré beaucoup a la rédaction , est auteur de V Esjpctdoji, des Allemands ( dns Deutsche hiebfe chien ) .

Il serait difficile de traduire la gymnastique de Jahn , car il a créé pour ses différent exercices une infinité de mots, qu’il faudrait créer de même, et dont les dictionnaires n’offrent aucune interprétation. Jahn est loin d’être un professeur vulgaire ; l’esprit de Pestalozzi se retrouve dans tous ses exercices; mais son zèle , à ce qu’il paraît,

1 aurait entraîné trop loin. Il a voulu Lire de la gymnastique ! essentiel de 1 éducation , gt plusieurs de ses élèves sont devenus des exclusifs qui ne souffrent parmi eux personne qui ne parle le pur allemand , sans mélange de mots

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rciant une partie essentielle de l'éducation. En Danemarck , ces mêmes exercices ont été introduits dans les régimens dès ï8o4 ; et , des écoles normales , où ils sont enseignés avec soin , ils se répandent dans toutes les classes du. peuple. Chez nous enfin une ordonnance royale vient d’enjoindre à tous les corps de l’armée d’envoyer à Paris des hommes destinés

étrangers , et surtout de français , qu’ils ont en horreur. Jahn, en se donnant pour régénérateur , n’a point apporté des idées justes de l’ordre social, tel qu’il existe encore; il a frondé avec trop peu de ménagement des préjugés , des abus, qu’il n appartient qu’au temps de détruire. Il a trouvé des enthousiastes parmi ses élèves et ses admirateurs , qui ont été beaucoup plus loin que lui; c’est ce qui a provoqué la guerre de plume , qui est maintenant si animée dans quelques parties de l’Allemagne. On voit du reste, dans l’écrit du docteur Passow , professeur à l’université de Breslau , où les assertions des détracteurs des nouveaux systèmes d éducation sont refutees avec un talent très-distingué, que chez nos voisins, comme en France, les gouvernemens ne manquent pas de rencontrer de vigoureuses oppositions , lorsqu’ils cherchent à augmenter le bien-être des peuples qui leur sont confiés. « Le succès, « dit le docteur Passow, avec lequel s’accroît la renommée « de la gymnastique , malgré tant d’obstacles et tant de contrariétés de toute espèce, est un augure certain d’un « avenir plus propice. Elle ne pourra dorénavant trouver « de détracteurs que parmi ces hommes égoïstes et vivant « d’abus , à qui le développement , tant physique que « moral , de la génération naissante, doit nécessairement « paraître redoutable, puisque cette génération s’élève en « effet pour leur ruine. »

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à être inities aux études gymnastiques et qui re* tourneront ensuite former les soldats de leurs régimens. Espérons que bientôt aussi, comme en Suisse, en Prusse, en Danemarck, des professeurs agiles, dressés dans de vastes écoles sur la Seine, et répartis successivement dans chaque division militaire , montreront Fart indispensable de la natation à nos jeunes guerriers (i). Gardonsnous d’oublier que les Celtes , nos aïeux, ont souvent traversé à la nage le Rh due , le Rhin , le Rubicon, et que, sans les gardiens ailés du Capitole , le Gaulois franchissant le Tibre , arrêtait les destins de Rome , changeait le sort de l’univers.

Pourquoi la capitale de la France , pourquoi Lyon , Bordeaux , Marseille , toutes nos grandes cités n’auraient-elles pas de vastes gymnases , de magnifiques prytanées, où, grâce à une sage

— IIP— 1»in ,, , . .1 .J .1, » - ■

(i) Dans la grande école de natation, réunie à l’école de gymnastique de Jahn , à un quart de lieue de Berlin , tout a été réglé, prévu avec tant de soin, qu’outre qu’il ne peut y arriver d’accidens , on apprend en très-peu de temps à vaincre la fatigue, à braver tous les périls.

En Danemarck , dans le courant de 1818, Finstitution militaire a formé quatre-vingt-trois maîtres destinés à enseigner Fart de nager , dans les diverses garnisons du royaume. Ils ont appris à plonger à une profondeur de quatorze à vingt pieds, à nager sous l’eau à une distance de quatre-vingts à cent aunes. Il ont même été exercés à nager tout habillés , équipés et armés , ou portant un

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distribution des forces du corps , des richesses de l’intelligence, on verrait bientôt disparaître sans retour des abus long-temps et inutilement signalés autrefois, alors qu’une jeunesse impatiente, enchaînée sur les bancs des l’aurore, soumise h un mauvais régime diététique, contractait trop souvent des infirmités pour sa vie entière? ou plutôt, pourquoi n attacherait-on pas à chacun de nos collèges un professeur de gymnastique, qui arriverait, tout formé, d une ecole normale établie dans la capitale ? A Yverdun, dans les jardins du vieux château qu’habitait le vertueux Pestalozzi et ses élèves, les instrumens adoptés pour les exercices gymnastiques ont d’abord frappé mes yeux,* j ai vu aHoffwil, devenu si célèbre par les institutions agronomiques de M. de Fel-

liomme sur le dos. »Dans les diverses institutions , tant civiles que militaires , de Copenhague, on compte 2o5^ individus qui ont appris à nager dans le courant de l’année dernière. » ( Revue ency clopédique , 4e. cahier. )

On parle dans toute l’Allemagne du vieux colonel Pfuhl, que nous vîmes à Paris en ï8i5, et qui est maintenant dii ecteur de 1 école de natation de Berlin; on trouve admirables la force et l’adresse, avec lesquelles les soldats, l’ayant à leur tête , nagent et font des exercices militaires avec îCurs aimes, leurs uniformes. Mais bien avant i8i5 , (et nos journaux le rapportèrent dans le temps), les grenadiers de la vieille garde , cantonnés à Courbevoie, d’eux-mêmes et sans professeurs , s’apprirent à nager , d’abord nus , puis habillés , et arrivèrent au point de traverser ainsi , en manœuvrant en corps , et chargeant leurs armes , la rivière, très-rapide en cet endroit.

CONSIDÉRATIONS

lemberg, un gymnasiarque , élève de M. Ciias , exercer chaque jour les nombreux disciples d’un sage à qui les plus grands seigneurs de l’Allemagne , de la Russie , s’empressent de confier leurs enfans.

Il est bien temps que des hommes d’un vrai mérite abandonnent, au moins par pudeur , un champ de bataille où ils combattent avec trop de désavantage. Les mœurs , la religion , la saine politique, qu’on voudrait nous faire croire anéantis par les nouveaux systèmes , ne sauraient au contraire trouver un plus sûr refuge qu’au sein des institutions nouvelles. Rions des efforts d’insensés pygmées qui s’imaginent , en remontant sur leurs échasses , égaler la taille d’Hercule. Le

Français de la révolution s’est affranchi des four-

ches Caudines , il a retrouvé la grande charte du genre humain.

Prétendrait -on que de nos jours l’organisation humaine, faible, débilitée, ne saurait supporter un régime généreux? Faudra-t-il renoncer à faire de nos enfans des êtres qui pensent, qui agissent !.... Non : nous étions trop corrompus pour ne pas devenir austères. Mais l’excessive tyrannie , de quelque nom qu’elle décore ses actes , enfante l’indépendance , et de l’extrême dégradation d’un peuple peut sortir sa régénération. C’est auprès des Perses dégradés, au sein de la Grèce amollie, que le génie de Lycurgue enfanta la réforme de Lacédémone. En France, les saturnales de la cour du régent ali-

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mentent 3e rigoureux jansénisme , érigent la trappe, et l’encombrent de pécheurs convertis, comme en d’autres temps les excès de Rome corrompue avaient peuplé la Thébaïde , et fondé la cité vierge d’Oxirinque (i).

Ces courtisanes, aussi célèbres par leur esprit que par leurs appas , qui justifiaient en quelque sorte les prodigalités de leurs adorateurs, en consacrant aux cités qui les avaient vu naître des portiques , des mon u mens d’utilité publique ; ces voluptueuses épousés des Grecs, qui traînaient à leur char , consultaient sur la mode nouvelle les baptes, ces prêtres efféminés , ne ressemblaient que trop à nos délicieuses marquises, si vaines autrefois de voir présider aux mystères de leur toilette nos petits collets, nos charmans abbés poudrés , musqués , fardés , l’opprobre du sacerdoce. Les Léontium , les Laïs, les Aspasies se drapaient avec ces mêmes tissus d’Orient , dont nos beautés se décorent aujourd’hui sous le nom de schaîs. Aux temples , au théâtre , vêtues de ces tuniques transparentes que Varron appellait vitreas togas ( robes de verre ) , de cette gaze diaphane , nommée par Pubiius Syrus ventum textilem (vent tissu) accouraient les petites maîtresses d’Athènes, les merveilleuses de Rome (2),

(1) Arnauld d’Andilly, Vie des Peres du désert .

(2) Juvénal leur reproche des vêtemens transparens , et de mettre tout Tumyers à contribution pour leurs parures et leurs plaisirs.

« Les femmes se croient dépourvues d’agrémens si elles

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façonnée au joug des Césars. Regardons autour de nous , ou plutôt reportons-nous par la pensée à ces temps de délire républicain , où la faiblesse directoriale, ne tuant point, mais exilant, se fortifiait de tout le prestige des voluptés, essayait de transformer la capitale en moderne Sybaris.

Maintenant, quelle femme, fût-ce meme une courtisane, oserait se présenter comme alors, en tunique ondoyante , des bagues, des diamans aux doigts du pied ; la mousseline , la dentelle, dissimulant à peine des formes ravissantes , à nos bals , à nos fêtes, dans les jardins ou le palais du monarque ? Nos jeunes gens grasseyent moins. L’espèce éthiolée qui portait des besicles quand il fallait se battre des uniformes, des croix et des moustaches quand il n’existait plus d’armée, ose bien, de temps à autre, se montrer avec des poitrines postiches, des corsets désho-

« n’ont Pair grec. Qui ne sait qu’elles ont la manie de por- « ter le manteau tyrien , et de se frotter d’huile?.... De « quellessources proviennentcesraonstrueuxdésordres?üne « humble fortune conservaitautrefois l’innocence des latins; « de longs travaux, un sommeil court , les mains endurcies « à travailler la laine, Annibal aux portes de Rome , et « leurs maris en sentinelles près la porte Colline , garan- « tissaient leurs cabanes des atteintes du vice. Nous subis- « sons à présent les maux inséparables d’une trop longue « paix; plus cruelle que le glaive, la volupté dégrade noire « empire et venge l’univers asservi. »

SUR LA GYMNASTIQUE

norans. Nos petits maîtres ne s’aperçoivent point encore assez du mépris dont iis se couvrent aux yeux de l’Europe , en voulant se donner l’air étranger , et paraître anglais ou russes à Paris . Enchantés d’aller chercher à Londres , parmi les singes maladroits qui copiaient nos modes et nos travers , les costumes baroques , qu’à force de goût ils tentent de rendre supportables en France , la plupart sont loin de soupçonner que tant de sacrifices à la frivolité bientôt ne leur laisseront pas même le dédommagement stérile de fixer un moment l’attention.

Les épreuves terribles que nous avons subies ont fait des trois quarts d’entre nous des hommes, et des hommes dans toute l’acception du mot. Que les femmes, celles du moins qui sont françaises parle cœur, nous imitent; et elles reprendront aussitôt sur nous cet empire qu’elles redoutent tant de perdre, et qu’elles ne durent jamais qu’à l’ascendant suprême de la beauté, des grâces et de la vertu. Que la jeune vierge cherche, dans l’étude des arts , d’innocens délassemens et non des ressources pour séduire et s’énivrer d’éloges contagieux. Que l’épouse pudique mette son luxe dans ses enfans, sa félicité , ses triomphes dans l’affection, dans l’estime de son époux; qu’elle apprenne de bonne heure à sa fille à essuyer les larmes de l’infortune , à devenir l’appui de la vieillesse indigente , du valétudinaire gémissant isolé sur un lit de douleur; et cet amour

céleste, que la femme sensible est si jfière d’in-

liv CONSIDÉRATIONS

spirer dès l’aurore de ses attraits ; et ces respects publics , cette vénération profonde , charmes consolateurs d’une vieillesse qui ne redoutera plus 1 abandon , embelliront promptement pour elle la perspective jusqu’alors effrayante de l’avenir.

Alimentons les sources du commerce et de 1 industrie , mais par un luxe fructueux , mais par 1 accroissement réel et non factice des produits de la richesse. Ayons, puisqu’il le faut, des modes , varions-les même à l’infini ; mais que ces modes deviennent dignes d’un peuple fier de ses lois et de son gouvernement (i). Tout agit et réagit chez les nations , sur les arts , sur les lettres ; tout influe jusqu’au costume. A Rome , Séneque succède à Cicéron ; Claudien est mis au-dessus de Virgile. L’architecture, dégénérée dans le bas - empire , si florissante sous Louis - le - Grand, dégénère aussi sous Louis XV . (( Lorsque Julien voulut mettre de la simplicité et de la modestie dans ses maniérés , on appela oubli de la dignité ce qui n’était que la mémoire des anciennes mœurs. ( Montesquieu.) Les empereurs d’Orient avaient

(i) Dans I ©dit que notre Henri IV , qu*on ïfaccusera pas êe s être montré peu galant avec les dames , voulut opposer au luxe effrayant et honteux qui survivait aux turpitudes de Henri III, on lit avec satisfaction cette phrase : Défendons tels ajustemens à toutes femmes , excepté aux filles de joie , de l honneur desquelles ne nous enquêrons.

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adopté Ja robe longue des Perses et des mages , quand ils se laissèrent imposer des tributs par les Goths. » Les vieux soldats d’Alexandre s’indignaient que le vainqueur d’Arbelles , que le conquérant du monde affectât de porter la robe longue des Perses, et choisît sa garde parmi les nationsvaincues. Charlemagne, qui se faisait honneur d’ètre Franc, se montrait toujours vêtu comme nos aïeux, avec un habit court, et qui lui serrait la taille. Il était indigné quand il rencontrait des Français vêtus d’habits longs comme

les Gaulois-Romains. Voilà nos Francs, s’écriaitil , voilà nos hommes libres qui prennent ï habit des peuples quils ont soumis ; quelle honte ! quel mauvais augure! Semblables à ces Polonais dont Sobieski , après avoir chassé les Turcs, montrait avec orgueil les vêtemens en lambeaux, à Vienne délivrée, les vainqueurs de Fleurus, de Marengo, soldats, officiers , marchaient au combat nus pieds, à peine vêtus, beaux seulement de leurs trophées ; mais les routes glacées de la Russie étaient encombrées de chars élégans, d’équipages dorés , quand , domptés par le plus terrible des hivers du nord, les débris de la grande armée tentaient un dernier effort aux bords sanglans de la Moscowa.

Ces infatigables soldats russes , qui restaient comme des murailles sous le feu de nos batteries, qui supportent avec une résignation inaltérable des marches , des privations dont la moindre , dans les derniers temps f révoltait nos

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jeunes vélites ; ce peuple , qui , semblable à Fanthée de la fable , se releva , au fort de la lutte, rien qu’en touchant sa terre natale ; il descend de ces slaves, si passionnés pour tons les exercices violens, il les aime avec fureur lui-même. Qui peut prévoir jusqu’où, par la suite des temps, l’élèveront dans la hiérarchie des peuples, ces jeux qui remontent à son berceau , cette gymnastique guerrière, soumise à des principes certains, aux lents calculs de l’expérience ? Nous laisserons-nous donc toujours gagner de vitesse par nos émules, par nos élèves dans la carrière des sciences et des arts.

La gymnastique qui devait reparaître en Europe avec le retour des idées saines d’ordre social ; la gymnastique attend de la France une destination plus noble , plus grande que celle à laquelle , par son essence même , elle semblerait seulement appelée. Ainsi s’évanouiront tout naturellement les préventions qui pourraient encore empêcher son introduction dans nos lycées. Tout se borne à admettre la nécessité de faire marcher de front les exercices du corps et les travaux de l’esprit, afin d’établir un équilibre convenable entre les fonctions du mécanisme humain et les opérations de Inintelligence. L’influence du physique sur le moral de l’homme, et Faction continue de Famé sur son enveloppe , ont été trop bien constatées par le savant Cabanis , et tout récemment par le docteur Morgant , pour qu’il soit néccsaire de prouver que , dans tout

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acte qui exige l’emploi de nos facultés physiques ou morales, une plus grande justesse, une précision mieux entendue contribuent évidemment au succès d’une entreprise. Mais cette justesse, cette précision tant désirées ne s’acquièrent que par des exercices gradués avec art, analysés soigneusement , propres ainsi à donner l’esprit d’ordre , à communiquer un attrait plus irrésistible aux occupations sérieuses , à tous les genres d’étude , effet naturel de l’aisance de toutes les fonctions vitales, aisance toujours accompagnée de la sérénité de lame. Cette âme en acquiert elle-même une énergie d’autant plus active que les autres branches de l’éducation , loin de se trouver isolées d’une manière trop tranchante, se trouvent rattachées plus intimement par un instituteur habile aux études et aux travaux athlétiques.

Si l’on rapproche quelques-uns des résultats généraux que déjà dans tous les pays, et principalement en Suisse et en Saxe , on a obtenus, non des spéculations d’une vague théorie , mais des succès évidens, constatés , d’une pratique éclairée , infatigable , on reste pénétré de la conviction que , suffisamment appropriée à nos mœurs , la gymnastique moderne deviendrait la source la plus féconde de vigueur, de lorce , de santé ( i ) ; toutes les passions géné-

(i) a été constaté que les exercices gymnastiques ont détruit entièrement , dans la maison des orphelins de Berne,

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reuses, tous les sentimens élevés, une dignité raisonnée de son être, l’aversion la plus invincible pour tout ce qui est bas, vil, ignoble, pour tout ce qui tend à ravaler l’homme au niveau de la brute , et partant , l’admiration de l’enthousiasme pour le véritable honneur , la probité , la vertu. Un grand penchant (il faut en convenir) à regarder tous les humains comme des frères, à s’entr’aider , à se dévouer pour sauver les jours de ses semblables, enfin le plus ardent amour pour la patrie, tels sont les germes moraux qu’une éducation, accusée d’être purement physique , inculque profondément dans tous les cœurs , avant même que les applications aux études militaires, à la carrière maritime, aient ajouté aux progrès des élèves. Au reste, ce ne sera que du jour où les développemens convenables auront été donnés en France à un nouveau mode d’instruction publique , dont le gouvernement prussien paraît déjà avoir reconnu l’urgence chez lui , que Fon jugera , avec connaissance de cause , des avantages qui seraient dus à un établissement tel que nous avons conçu la possibilité d’en ériger un. Les bienfaits qui découleraient de pareilles institutions , multipliées sur divers points de la France , ces bienfaits sont incalculables. Rappelons-nous ce que

des habitudes vicieuses et solitaires , trop communes parmi les écoliers , et qui détériorent la génération naissante. ,

SUR LÀ GYMNASTIQUE. !k

furent nos ancêtres, ce qu’étaient ces Gaulois, ces Germains , ces Sy cambres (i) dont les chroniques des nations rivales nous retracent toutes l’infatigable vigueur et la robuste beauté. Craignons de ne pas nous souvenir assez que les plus vastes monarchies n’ont croulé ; que les peuples les plus célèbres ne se sont éteints, qu’en laissant tomber dans l’oubli , qu’en livrant aux mépris d’une jeunesse efféminée, ces jeux, ces exercices guerriers , première source des triomphes de leurs pères ; et que ces mêmes exercices se retrouvaient alors au sein des forêts sauvages , et dans les camps des nations à demi-civilisées qui les ont vaincus. Ne laissons point perdre en Europe , qu’on retrouve dans nos provinces le type de cette belle race caucasienne, que tant de causes , qui la plupart n’existent plus, ont contribué a détériorer sous l’influence des coutumes barbares du moyen âge.

La philosophie, qui n’est autre chose que la raison éclairée par l’expérience, qui renferme toute morale, tout culte , toute vertu ; les beauxarts, les muses, qui ne sauraient à présent diriger leur essor qu’à la clarté du fanal philosophique, sont intéressés à ces changemens, fruits d’un siècle qui ne rétrogradera pas. La Grèce ,

(i) Première tribu des Francs. Demitte frontem Sicamber (baisse ton front Sycambre) , dit saint Remi à Clovis, en le sacrant.

(Grégoire de Tours.)

ïx CONSIDÉRATIONS SUR IA GYMNASTIQUE.

l’Italie durent leurs grands hommes et leur grand siècle à des circonstances plus ou moins semblables à celles qui se déclarent maintenant pour nous. On croyait, il y a trente ans , que la ^France ne pouvait avoir un second siècle de gloire ; pourquoi les arts, les lettres, les sciences n’auraient-elles point encore leur beau siècle? Que des institutions généreuses se préparent } qu’elles se préparent , non pour une nation , pour un seul peuple, mais pour l’Europe entière , pour le monde. Ce fut sous le ciel inspirateur de la Grèce , et parmi les superbes adoîescens qu’avaient développés les jeux du gymnase , que la sculpture , pleine de la pensée d’un Dieu , enfanta l’Apollon du Belvedère.

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