‹ Gymnastique élémentaire, ou cours analytique et gradué d'exercices propres à développer et à fortifier l'organisation humaineChapitre 22 sur 53 · LE TRIANGLE MOUVANT · texte numérisé non relu

LE TRIANGLE MOUVANT

De tous les ins tru mens gymnastiques de mon invention, le triangle mouvant a toujours la préférence , parce que c’est au moyen de cet instrument que j’ai développé mes meilleurs élèves. C’est encore à l’aide du triangle que les enfans apprennent en peu de temps à mouvoir leur corps dans tous les sens , tantôt à l’aide des bras , tantôt à l’aide des jambes. Outre les avantages qui en résultent; la variété de tous les mouvemens que l’on fait à laide de cet instrument, offre aux élèves et aux spectateurs un des plus agréables divertissemens. C’est en un mot la pierre de touche de la force et de l’agilité.

Le triangle mouvant est un bâton de frêne bien sec ; il a quatre pieds de longueur , sur un pouce et demi de diamètre : chacun des bouts est fixé à une corde de seize pieds , qui est elie-même assujettie par le milieu, au moyen d’un anneau creux posé sur un crochet du triangle. Pour empêcher que les deux cordes ne s’entortillent, ledit crochet doit être fixé de maniéré à ce que le triangle puisse se tourner dans tous les sens, f V . tab. ï , fier, a : )

i©6 GYMNASTIQUE

i*r. Exercice. — Enlever et s’asseoir .

La partie inférieure du triangle étant placée au niveau des yeux de celui qui s’exerce , il saisit le bâton des deux mains , avançant Je pied droit d’un pas ( E . tab. 4 ? fig. t 5. ) Dans cette position il s élancé en avant, pliant les reins et tirant de toutes ses forces le bâton vers sa poitrine. En tombant sur le bâton , il faut avoir soin de ne pas lâcher les mains (E» tab. 4? fig. *6.) De cette position , en portant tout le poids du corps sur la partie gauche , on saisit de la main droite la corde du triangle, les ongles en dedans j ensuite on passe la jambe droite au-dessus du bâton \ ainsi placé, on porte le poids du corps sur la partie droite, pour saisir la corde de la main gauche , les ongles en dedans , et l’on passe la jambe gauche comme l’on a fait précédemment avec la droite. On peut aussi s’asseoir sur le triangle sans passer les jambes au-dessus du bâton. Arrivé à la position que représente la fig. 16 de la tab. 4 > 011 appuie fortement sur la main gauche , jusqu’à ce que la fesse gauche pose sur le bâton ; ensuite on saisit de la main gauche la corde où est fixée la droite ; cette dernière passe à l’autre corde , et l’on se trouve assis sur le milieu du bâton ( E. tab. 4 5 fig* ï8. ) Pour descendre , on plie un peu les reins , et on laisse glisser le bâton le long des cuisses jusqu’à ce que le poids du corps se trouve arrêté par les jarrets , que l’on serre fortement. De là on laisse glisser les mains le long de la corde, aussi bas que l’on peut. Dans cette position , on lâche la corde de la main droite pour saisir le bâton, les ongles en dessous (i), tout près

(i) La figure 20 qui représente la cinquième position est fautive ~ le dos des mains doit être tourne' du côté du visage , comme dana, les figures ^4 et i5 de la même table.

du genou droit; on en fait autant de la main gauche ( V, pl. 4 5 20.) Pour revenir à terré, de cette position ,

il faut se fixer fortement au bâton avec les deux mains, lancer les pieds en arrière en pliant un peu les reins , et tomber à terre sur la pointe des pieds.

11e. Exercice. * — La culbute simple .

Assis sur le milieu du bâton , les mains fixées à la corde , à hauteur des épaules, on s’élève un peu par la force des bras , on lance les jambes à travers le triangle, et on laisse glisser les mains le long de la corde, jusqu’à ce que la pointe des pieds soit à un ou deux pieds de terre ; de là on peut indifféremment retourner dans sa première position, ou bien tomber à terre ( V> tab. 5., fîg. 21.)

111e. Exercice.-— Passer en croisant .

Placé devant le milieu du bâton, ou partie inférieure du triangle , on s’élève à force de bras jusqu’à ce que le menton soit de niveau avec le triangle. Dans cette position , on plie les reins fortement , et les jambes croisées comme celles d’un tailleur quand il est assis, on les passe entre les bras , et on tombe légèrement à terre.

IVe, Exercice. — Pendre aux jarrets.

Comme à la première position, assis sur le milieu du bâton , on fait le même mouvement que l’on a fait pour descendre au premier exercice ; mais , aussitôt que l’on a trouvé un point d’appui assuré sur ses jarrets , on iàclie doucement le bâton , et on laisse tomber le haut du corps perpendiculairement vers la terre. On peut Indifféremment croiser ses mains sur la poitrine, ou

bien les laisser pendre. On fait la même chose avec une jambe.

vc. Exercice. — La culbute double.

Debout sur le milieu du bâton , les mains fixées à hauteur des épaules , on fait la culbute en arrière, en s élançant en l’air à l’aide des pieds et des mains , et ayant fait le tour entier, on tombe doucement sur le bâton , la face tournée du côté d’où l’on est parti ( V» îab. 5 , fig. 22 et 28. ) On peut de cette position revenir à la première , quand on est exercé ; mais dans tous les cas , il est prudent d’avoir près de soi quelqu’un qui tienne le bâton , car cet exercice demande beaucoup de force et de courage. Quand on ne veut pas doubler, c est-à-dire , faire une seconde culbute en avant , pour revenir par un mouvement contraire, dans la position d où 1 on est parti , il faut serrer fortement la corde sous le bras droit , tandis que la main gauche change de position (J7', fig. 24, tab. 5.) Quoique dans les commencemens la position renversée des bras vous fasse éprouver quelque douleur , on ne doit en concevoir aucune crainte. Répétez plusieurs fois la meme chose , ayant toujours soin de bien serrer les mains, votre seul point d’appui et de sûreté,

vie. Exercice. — - Chasser le bâton»

Quoique difficile en apparence, cet exercice ne présente aucun danger. Assis à la première position , pour chasser le bâton à gauche , on prend de la main gauche, à la hauteur de l’épaule droite , la corde qui se trouve dans la main droite, les ongles en dehors; la droite prend le bâton près de la cuisse , les doigts en dessous , le dos de la main tournée du côté opposé à la figure : aussitôt

la gauche enlève le corps , les jambes tendues en avant ; la droite fait tourner à gauche le bâton qui doit venir se placer sous les fesses , et les mains reprennent leur première position. On peut faire la même chose de gauche à droite ( T. tab. 5 , fig. 28.)

vne. Exercice. - — Replie r en dehors .

Assis sur le milieu du bâton, comme dans les exercî* ces précédens , c’est-à-dire , les mains à la hauteur des épaules , on glisse le jambes au-dessus du bâton en arrière ; et de là , en pliant fortement les reins, on tombe légèrement à la seconde position du premier exercice. Ainsi placé , on empoigne le bâton des deux mains, et Ton tombe à terre , en tournant autour de son appui.

vme. Exercice. — Toucher des quatre .

Placé comme dans la troisième position du premier •exercice, on prend la quatrième, ayant soin de bien tenir le bâton avec les mains et avec les jarrets. Dès que l’on sent l’aplomb sur toutes les parties , on tend les jambes , et on les laisse glisser le long du bâton jusqu’au mollet. Ne lâchez pas les mains : c’est mon avertissement continuel. Dans cette position, qui est fort gênante, pour les commençans , on force la tête , en pliant les reins , à venir se placer au milieu des jambes. J’avertis aussi qu’il faut être bien sûr de ses mains pour tenter cet exercice.

ixc. Exercice. — Se fixer en sautant.

La partie inferieure du triangle étant à la hauteur que l’on peut atteindre en sautant (quatre pieds plus haut que le sommet de la tête ), on recule quelques pas ;

et Ton s'élance vers le bâton que Ton saisit avec les mains , par le moyen des cordes , soit assis ou debout»

Xe. Exercice» — Equilibre.

Afin d’essayer si Féîève a déjà acquis beaucoup d’assurance , il peut s’asseoir sur la partie inférieure du triangle , lâchant les cordes des deux mains ; il doit faire avec les pieds et les mains toutes sortes de mouvemens, et même ôter et remettre son habit plusieurs fois * sans perdre l’équilibre. Ayant bien réussi , il peut essayer l’équilibre couché, l’équilibre croisé^ l’équilibre à cheval sur le bâton , l’équilibre à cheval et couché.

xie. Exercice. — Enlever sans élan.

L’élève se place immédiatement sous la partie inférieure du triangle , saisit le bâton par le milieu , eë s’enlève à force de bras comme dans l’exercice du bâton fixe , ayant soin de plier les reins , les jambes tendues vers la figure , et la pointe des pieds tendue en avant (i).

xne. Exercice. — Le tour en fronde.

Quand on a fait plusieurs fois de suite l’exercice précédent , pour peu qu’on se donne de peine , on fera bientôt celui-ci. Placé comme à la première position du premier exercice, en s’élançant avec force, on tourne plusieurs fois autour du bâton sans s’arrêter ni retomber à terre 5 les bras et les reins sont les seules

(1) Pour les jeunes gens faibles, ou grands et minces, le bâloü ïïç doit être que deux, doigts plus haut que le sommet de la tête.

ÉLÉMENTAIRE, 1It

parties du corps qui opèrent ce mouvement de rotation * le bâton est Taxe.

xme. Exercice. — - Glisser , changer .

Pour bien faire cet exercice, il faut, de la troisième position du premier exercice, c’est-à-dire, assis sur le milieu du bâton, se glisser du côté gauche jusqu’à ce que l’épaule gauche touche la corde , se tourner un peu a droite , et saisir de la même main le bâton , immédiatement près de la cuisse droite -, ensuite l’on porte la main gauche à droite , on saisit le bâton dans le milieu, puis on se laisse glisser le long de son point d’appui^ pour revenir, sans toucher terre dans la seconde position du premier exercice. Il faut arquer les bras autant que possible , afin qu’ils résistent à la chute du corps sans trop s’étendre ( V. tab. 5 , fig. 27.)

xive. Exercice. — - L'y grec .

Cet exercice est un des plus compliqués ; aussi je conseille à tous ceux qui s’exercent , de bien consulter leurs forces et leur agilité , avant de l’entreprendre. Debout sur le milieu du bâton , on passe les jambes en dehors du triangle , posant bien les deux pieds sur le milieu delà partie inférieure du triangle, et serrant fortement la corde dans les jarrets , on laisse glisser les deux mains, jusqu’à ce qu’elles aient atteint les genoux • alors on lâche la corde, et le haut du corps tombe perpendiculairement, les bras tendus ou croisés sur la poitrine {V . tab. 5, fig. 25. ) On peut revenir d’où l’on est parti , en pliant les reins et saisissant la corde des deux mains ; alors l’exercice , quoique difficile , n’est que simple : mais il est compliqué quand , au lieu de re tenir sur le bâton, comme je viens de l’indiquer, l’élève.

en pliant les reins en avant, saisit le bâton entre ses pieds, sans néanmoins les lâclier avant d’être sûr de ses mains , et que de là , en lâchant les jambes qu’il passe entre le bâton et son corps, il vient tomber à la seconde position du premier exercice ( V . tabl. 5 , lig. 26e)

xve. Exercice. Le salut .

Assis en équilibre sur le milieu du triangle, on saisit le bâton tout près des cuisses , les ongles en Fair , la paume de la main tournée du côté où l’on a la figure 5 ainsi placé , on se baisse en avant, comme si l’on voulait tomber sur le visage , ayant soin de serrer le bâton entre les jarrets 5 et l’on revient à la quatrième position du premier exercice. De là on peut se placer assis en équilibre sur le bâton.

xvie. Exercice. — Enlever droit aux cordes du

dévidoir.

Placé sous le dévidoir entre les cordes parallèles , on les saisit avec les deux mains , et sans se donner aucun élan avec les pieds , on s’enlève à force de bras, jusqu’à ce que la tête touche au mât qui traverse cet intrument. On descend doucement.

xvne. Exercice. — Toucher des deux bouts.

Pour exécuter cet exercice , il faut , en s’élevant aux cordes parallèles, replier les reins, relever et tendre en avant les jambes que l’on roidit , s'enlever dans cette position à force de bras , jusqu’à ce que le sommet de la tête et la pointe des pieds touchent au mât en même temps. On descend doucement dans la même position.

ÉLÉMENTAIRE. n3

Exercices des dernières phalanges des doigts des mains .

Pour exercer les partiesdont il est question, j’emploie une planche d’un pouce d’épaisseur, que je fais clouera plat contre une muraille, à peu près à huit pieds de hauteur. Les bras de l’instructeur fixent avec précaution à cette planche les jeunes gens, qui la saisissent avec les dernières phalanges. Les élèves une fois accoutumés à s’y tenir fixés pendant plusieurs minutes , on leur enseigne :

i°. À s’enlever jusqu à ce que le menton soit de niveau avec le bord supérieur de la planche.

2°. Jusqu’à ce que la poitrine soitau niveaudes mains.

3°. A avancer en allant de côté.

Ces trois exercices doivent s’exécuter sans le secours des pieds. Plusieurs de mes élèves font jusqu’à trois fois sans s’arrêter le trajet de la planche , qui a quinze pieds de longueur. Pour mettre le lecteur à même de juger de 1 importance de ces exercices f je lui fournirai la preuve que tous ceux de mes élèves qui les exécutent bien, peuvent passer, au moyen du saut de voltige, partout où ils auront la facilité de se fixer avec le bout des doigts 5 et qu’au moyen de l’assaut sans brèche , dont je parlerai dans la suite, ils sont capables de franchir depuis neuf jusqu’à onze et même douze pieds de hauteur , ce qui paraîtra peut-être incroyable aux personnes qui n’ont jamais vu courir au mur.

Le passage de la barre de fer carrée ■ et de la barre

de fer dentelée ,

La barre de fer dont il est question a ordinairement quinze pieds de longueur et un pouce carré. On peut la hausser ou la baisser comme le mât de voltiges . On fait sur cet instrument les mêmes exercices que ceux

Indiqués à l’article du bâton fixe et de la corde horizontale, ou corde inférieure du dévidoir; c’est-àdire, on va en avant et en arrière , à Faide des mains, seulement. En introduisant cet exercice dans mon cours de gymnastique , j’ai eu en vue d’accoutumer mes élèves à supporter la douleur avec patience et résignation. Il faut beaucoup de courage et surtout être endurci à la douleur , pour faire le même exercice à la barre de fer dentelée. La barre dentelée a les mêmes dimensions que la première ; on peut aussi la hausser et la baisser à volonté. Les dents pratiquées sur la surface de cette barre doivent être assez saillantes pour occasioner de la douleur , sans cependant blesser les mains. Je n’admets à cet exercice que ceux de mes élèves qui se distinguent par leur courage et leur patience.

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