‹ H. TaineChapitre 107 sur 160 · Voir [». 122, note · texte numérisé non relu

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rocherclies, et les premiers auteurs de mes solutions.

Je ne doute pas plus que Reid de l'existence du monde extérieur. Ma thèse admet tous ses arguments. Le premier c'est l'impossibilité de faire autrement; le second, c'est la bonté de la Cause suprême qui n'a pas voulu nous tromper; le troisième, c'est la concordance des événements et de nos croyances. Les deux premiers sont de Descartes, et le dernier de Leibnitz. Il n'y a rien à y changer, et je n'y change rien. Je ne fais qu'en ajouter un quatrième. En étudiant la construction de nos représentations illusoires, je montre qu'elles doivent nous donner la même connaissance que des intuitions vraies et directes; je prouve que la nature ne nous trompe que pour étendre les bornes de notre esprit et qu'elle ne nous jette dans l'erreur que pour nous conduire à la vérité. Et cette preuve donne la raison de toutes les autres. Elle fait voir par l'analyse de la machine pensante la nécessité de la croyance, la bonté de la cause, et l'harmonie des croyances et des événements.

Quant à la nature de l'âme, j'ai séparé en premier la conscience du moi sentant. Seul, il est attaché au système nerveux; seul, il est cette âvreXé/^eta du corps dont parle Aristote. La conscience qui l'observe n'a ni étendue ni position ; elle n'est réunie à aucun organe. Les spiritualistes vont-ils aussi loin que moi sur cette matière? — Pour le moi sentant, j'avoue que, tout en le distinguant de la pure matière, je l'unis étroitement au corps. Mais est-il un philosophe qui n'en fasse de même? Quelqu'un doute-t-il que les altérations des nerfs et du

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cerveau n'altèrent la faculté de sentir? Y a-t-il un spiritualiste, sauf Malebranche, qui croie qu'après la destruclion du corps on puisse encore avoir les sensations de froid, de chaud, du bleu, du rouge, de l'amer? Chacun admet que l'âme est unie au corps. Ma thèse dit précisément en quoi et jusqu'à quel point; c'est parce qu'elle marque la jonction qu'elle peut marquer la séparation; c'est parce que je dis avec Aristote que le moi sentant est l'IvTsXs/eta du système nerveux que je puis dire avec Descartes que la conscience ou pensée pure n'a rien de commun avec le corps.

Ces explications seront développées et éclaircies, si la Faculté m'accorde l'honneur de soutenir mes thèses devant elle. Le matérialisme et le scepticisme me semblent non une doctrine, mais une maladie, non un système, mais une impuissance de système. Il suffit de chercher sérieusement pour ci'oire à la vérité, et de vivre en soi-même pour croire à l'esprit.

Peut-être enfin les conséquences de ma thèse lui mériteront-elles votre indulgence? Le moi sentant est le seul objet dans l'univers où l'on puisse observer directement l'union de la force et de la matière, de l'un et du multiple, de l'âme et du corps. C'est là le grand problème des sciences naturelles, et pourtant, condamnées à n'apercevoir que le dehors et l'apparence, elles ne peuvent le résoudre que par des conjectures et des hypothèses. Car les sciences physiques et naturelles ne font que des conjectures parce qu'elles n'aperçoivent que le dehors et l'apparence des objets. La psychologie

le résout expérimentalement, onanalysantles rapports du système nerveux et du moi sentant. Le moi dans ses facultés inférieures touche au monde naturel] qu'il résume. En l'étudiant, on étudie l'abrégé du monde naturel.

Maintenant, si, comme je crois l'avoir prouvé, nos idées ne sont que la conscience de nos représentations, il est clair que le système entier de nos idées dépend de la faculté représentative. Mais les désirs naissent des idées, la volonté se fixe suivant les désirs, et les actions obéissent à la volonté. Le monde moral tout entier dépend donc de la faculté représentative, c'est donc en la décomposant [qu']on analyse le monde moral dans son principe. Ainsi l'objet dont je traite plonge à la fois dans les deux mondes, parce qu'il résume l'un et détermine l'autre; les théories qui l'expliquent remuent la philosophie tout entière. A ce titre, peut-être, une solution nouvelle de la question n'est pas indigne d'être mise sous les yeux de la Faculté.

Je serais heureux, Monsieur, si la Faculté daignait encourager par son approbation des recherches opiniâtres dont je lui offre une partie et que je continuerai sans doute toute ma vie; je voudrais en vain, selon votre conseils chercher dans la littérature un chemin plus facile et un avenir plus heureux; il me faudra une longue expérience pour me croire entièrement impropre à des études que j'aime uniquement.

Mon grand désir est de passer l'examen avant les vacances; je souhaiterais vivement de recevoir à temps

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