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DEUXIEME PARTIE De la Pensée

AxîOMR. La Pensée est conçue par soi.

1, La Pensée est un attribut de la substance.

2. La Pensée est infinie, en d'autres termes elle a pour objet la totalité des choses existantes.

5. L'acte déterminé dans l'ordre de la Pensée, en d'autres termes la Pensée claire et déterminée, existe.

4. Cette Pensée entre autres objets distincts a pour objet la Pensée.

5. dette Pensée n'est autre chose que l'acte indéterminé et étendu devenu un et pensant.

Proposition 13.

Dieu est antérieur au monde en nature, en d'autres termes il est logiquement conçu avant le monde.

Démonstration. Dieu étant l'acte immédiat de la substance n'a d'autre cause que la substance elle-même.

Au contraire, les actes finis par lesquels passe le monde n'ont point la cause de leur limitation dans la substance, mais {Prop. 4) dans la nécessité d'un moyen diiïérenliel. Ce moyen différentiel {Prop. 10) a pour efïet de rendre le monde distinct d'avec la manifestation immédiate. Le concept du monde implique donc le concept de la manifestation immédiate ou de Dieu.

Scholie. Les actes finis du monde ayant une cause, {Prop. 12) et ne l'ayant pas dans la substance qui pose l'acte plein et immédiat, l'ont dans l'existence antérieure de Dieu, laquelle les implique comme moyens différentiels.

Observation. Remarquez que nous n'enlendons pas par là que Dieu soit cause du monde, car nous allons prouver le contraire. La cause des actes finis du monde est la substance en tant qu'on la considère comme ayant déjà produit Dieu. Sa puissance de production, moditiée par cette première production, cause le monde. Le monde est contenu en puissance dans la substance, non pas dans la substance considérée purement et simplement, mais dans la snbslance considérée comme ayant déjà produit Dieu.

5j2 CORRESPONDAISCE

Proposition 14.

Dieu n'est point cause du monde.

Démonstration. En effet il n'est point de l'essence du monde. Car cette essence est la substance même qui est le premier concept de la raison {Prop. 2) et qui par conséquent n'a point de cause {Définition 4 et Prop. 12).

11 n'est point cause de l'acte du monde. Car {Définition 3) cet acte n'est que l'existence même de cette essence. C'est cette essence qui est la cause du monde. A la vérité, c'est cette essence non plus posée simplement, mais posée comme ayant déjà produit Dieu {Prop. 13).

Mais, hors l'essence et l'acte, il n'y a rien {Prop. 8). Donc Dieu n'est cause de rien dans le monde.

corollaire. On démontre en général de la même façon que nulle chose en acte n'en produit un autre, mais que la cause de tous les actes, quels qu'ils soient, c'est l'essence absolue, considérée comme ayant produit le terme immédiatement précédent.

Novembre 1849-il/Grs 1850.

Idée de la Science.

(( Définition. L'idée vraie ou parfaite est celle qui s'accorde avec son objet.

Proposition. La science parfaite est celle qui reproduit exactement dans ses concepts la nature et l'ordre des choses.

La première proposition de la science a pour objet la substance....

1'* Définition. Par substance j'entends ce qui est conçu par soi comme existant en soi.... »

« Î2* Définition. Par chose existant nécessairemcn j'entends une chose qu'on ne peut concevoir comme non existante.

Proposition. La substance existe nécessairement. »

(( 1'* Proposition. Il y a une substance déterminée existante....

Observation. Les démonstrations antérieures sont imparfaites : la première proposition ne doit pas poser l'existence de la substance, mais de l'Être. J'entends par Être ce qui est.

L'Être, ou ce qui est, existe. »

Ce travail se continue par une série de démonstrations sur l'absolu, l'existence de l'être absolu, des preuves de cette existence, etc.

Ceci n'est qu'un très court extrait de ces cahiers métaphysiques. Ce n'est qu'un moment de la pensée de M. Taine, mais c'est son premier moment, son premier effort personnel et prolongé. C'est le travail spontané d'un esprit constructif qui, tout de suite, s'emploie à édifier une théorie des choses avec les matériaux tels quels qu'il possède. Ces matériaux (substance, attributs, cause, infini, etc.) sont ceux que lui a fournis l'École, et l'on sait par quelle analyse il les dissoudra plus tard en leurs éléments, en expliquant leur genèse psychologique. En tous cas il était intéressant de montrer par cet exemple l'aptitude native à l'abstraction pure, à la déduction, à la construction à priori qu'avait le philosophe qui, dans son œuvre, et par système, a procédé par induction, mettant le particulier au commencement et le général à la fin de tous ses raisonnements, les nourrissant de faits classés et d'images colorées, nous présentant l'abstrait comme un extrait, un extrait dont on voit encore les prolongements qui le continuaient dans le concret, et nous conduisant toujours à l'idée du philosophe par la sensation de l'artiste (A. C).

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