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Pourôter cette difficulté, il suffit de remarquer : 1° qu'elle est la science du possible et non du réel. Ce qui la conduit à trouver sa méthode dans l'analyse des idées, dans leur définition, dans leur comparaison, d'où il résulte des théorèmes. Comme telle, elle est une sorte de mathématique abstraite; 2" qu'elle est la science du nécessaire, non de l'accidentel. Ce qui la conduit, quand elle s'occupe du monde réel, à chercher le moyen de le déduire et lui défend de l'observer.

Il est à propos de remarquer que toutes ces tendances se trouvent dans notre temps.

Rapprochons de cela ce que nous avons dit sur les causes d'erreur de la philosophie.

1° Son progrès consiste à substituer l'observation et la déduction à priori à l'hypothèse.

2" Son progrès consiste à substituer à la définition partielle de l'absolu la définition totale.

Ces deux propositions pouvaient déjà se déduire de l'idée même de la philosophie. Quelle est la vraie définition du tout? Vraie définition implique la forme analytique déductive. Tout implique l'absolu total.

Comparez les époques correspondantes des deux périodes analogues :

1° Les Ioniens, Abdéritains, etc., aux philosophes de la Renaissance.

2° Les Éléates, Pythagoriciens, Platon, aux Cartésiens.

3° Aristote à Leibnitz.

A" Locke, Condillac, Rousseau, les Moralistes anglais, liunic, aux Épicuriens, Stoïciens, Académiciens, Sceptiques.

5° Les Néoplatoniciens aux Allemands. Par exemple pour le 2% pourquoi une échelle d'intelligibles dans l'antiquité, et Dieu, Individu, total des intelligibles pour les modernes?

Les conséquences de ce fait sont très graves; le pan-

théisme allemand de nos jours est fondé tout entier sur le principe suivant : Dieu est la forme une du monde. Ayant considéré la formule « Ens realissimum », ils ont admis qu'elle possédait toutes les propriétés d'immensité, éternité, unité, nécessité que les théistes lui attribuaient. Mais ils ont jugé qu'il fallait voir ce que contenait cet être, et quelle est la nature ou les diverses espèces de cette réalité qu'il contient. Car réalité, réel, être, etc., sont des abstraits, de simples points de vue, des concrets déterminés doués d'une forme propre. D'où il suit que l'Eus reaUssimum n'est que la totalité des concrets déterminés possibles. Il suivait de là qu'il est le monde. Gela fait, les Allemands ont cherché à construire le monde en cherchant h priori quels sont les concrets déterminés possibles, et en les liant entre eux. »

Théorie générale des Systèmes.

« l'n système est un être organisé dont l'âme est une idée générale, une proposition générale : c'est cette proposition qu'il faut trouver. Le moyen est d'énumérer les différentes propositions du système, de trouver les propositions générales d'où elles dépendent, et la proposition plus générale d'où celles-ci proviennent.

(Ex. : M. Ravaisson, exposition du Stoïcisme.)

Remarquez que c'est là la marche de toute science; chaque science étudie une chose une, le corps humain, la série animale, le corps chimique, etc. Sa méthode est de recueillir les propriétés et de remonter jusqu'à la définition ou proposition générale; et la philosophie qui est la science du Tout cherche de même la définition du Tout.

1° Remarquez d'abord que tout système n'est pas un, que très souvent l'auteur a deux ou plusieurs principes, lcs(|uels au fond sont contradictoires, et que son effort est de les concilier.

Par exemple Malebranche : Il a une théorie des idées qui devrait le conduire droit au Spinozisme; et une théorie du moi et de la conscience qui l'en éloigne.

2° Outre les principes et forces philosophiques, il y en a d'autre espèce qui agissent. Par exemple la religion.

Malebranche a pour Dieu l'Être universel. Son christianisme le force d'en faire une personne, un homme, distinct du monde.

5° Le principe du philosophe n'est pas toujours une définition explicite de l'Être. Toutes les philosophies ne s'élèvent pas jusqu'à cette hauteur; d'un autre côté toutes ne dégagent ^pas nettement leur principe : par exemple Descartes.

Aristote, les Néoplatoniciens, Spinoza, et les Allemands sont les seuls qui aient compris pleinement l'idée de la philosophie.

ht" Le principe posé, par exemple comme dans Malebranche, on n'en fait pas de déduction complète. Par exemple Spinoza et lui posent comme modes généraux de l'Être, et seuls modes que nous connaissions, l'étendue et. la pensée.

Ce défaut est général dans les systèmes modernes chrétiens, n choque surtout quand on sort de la lecture des anciens. La grande raison en est que noire Dieu étant créateur et son acte étant incompréhensible, on ne peut rien déduire de lui. Ce qui fait que le système est coupé en deux et formé de deux morceaux mal collés.

Il est clair que cette opposition de la pensée et de l'étendue, du spirituel et du matériel, vient de la longue opposition instituée par le christianisme entre l'âme et le corps.

(Voir à la fin de chaque cahier particulier.) La fin de la philosophie est une définition du Tout considéré comme un indivisible.

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Le travail de l'hislorien de la philosophie est de dégager de chaque système la définition du Tout, et de l'en déduire.

(( Opposition de la période moderne à la période antique. »

J'ai déjà touché cette question, mais il faut y revenir.

On voit ici la même loi que dans l'embryogénie; toute espèce nouvelle traverse les Phases ou États qu'ont traversés les anciennes, mais en apportant un élément différentiel personnel. Ainsi l'embryon humain a des analogies frappantes avec le polype, le radiaire, le mollusque, le poisson, le reptile, l'oiseau. 11 est tout cela successivement, mais avec un caractère spécial propre qui le fait embryon humain, caractère supérieur qui lui donne des destinées que les autres n'avaient pas.

Ainsi chaque individu reproduit en soi une suite de systèmes et de civilisations, mais avec ce caractère supérieur d'être aidé par la civilisation supérieure de son siècle.

Le monde est une collection d'individualités en ordre ascendant, chacune ayant parcouru pour se former tous les degrés inférieurs, mais leur ayant donné son caractère personnel.

Ainsi la philosophie moderne (raverse les mêmes états et systèmes que la philosophie antique, mais avec un élément personnel et supérieur.

Pour connaître cet élément, il faut observer : 1" le point de départ; 2° les actions simultanées extérieures.

La philosophie moderne est sortie :

1" De l'antique par la Scolastique;

2° De l'antique par la Pœnaissance;

5" De l'antique par le Christianisme.

Elle a vécu sous l'influence de l'antique par le christianisme.

Ceci est très grave. Il est clair qu'on ne va pas recom-

mencer entièrement sur de nouveaux frais, que l'antique transformé sert, que la combinaison nouvelle sera partout supérieure à la première. ]\ous partons d'un point do départ plus élevé que l'antiquité.

La première philosophie (celle de la Renaissance et le Protestantisme) n'est pas sérieuse. Une philosophie sérieuse proclame un principe, une méthode, le tire de soi, l'invente, et produit un individu organique, qui est un système. La Renaissance n'a pas un principe à soi. C'est une copie des anciens, un pastiche. Le Protestantisme est grand comme moment historique et nul comme moment philosophique. Il n'a ni méthode, ni dogme.

Le seul homme qui ait un système original, c'est Hobbes. Il représente le moment de la matière. Il est matérialiste et mathématicien. Bacon, Galilée, Torricelli, Harvey, Copernic, etc., rentrent dans ce mouvement.

Le premier philosophe, vraiment sorti de la société moderne, est Descartes. Il sort du christianisme, comme Thaïes du paganisme. Il procède du fond commun de l'esprit d'alors, le christianisme, et il s'y oppose en proclamant un principe personnel libre et une méthode. L'esprit moderne prend la forme philosophique. Descartes est un christianisme philosophique. Sa philosophie vit, se transforme, forme un moment réel dans l'esprit humain.

Les philosophes de la Renaissance, au coniraire, ne laissent point d'École; il n'y a point de polémique contre eux. Ils sont des points isolés, de pures curiosités, des accidents. Ce sont des morts évoqués qui disparaissent aussitôt.

On peut dire en général qu'une philosophie vraie et vivante se forme, lorsque le système métaphysique pratiqué dans le monde d'alors a besoin de se traduire sous sa forme philosophique. La philosophie est une forme, un mode d'exister de l'esprit humain. Elle n'existe vraiment que lorsqu'elle exprime à sa faron resiuil humain d'alors. Sinon

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elle n'existe pas, ou bien, manquant de force personnelle, elle reproduit un ancien système. Mais alors elle manque encore d'un principe de vie. La première condition, pour être compté dans l'histoire à titre de moment réel du développement, est d'être par soi.

Il est à remarquer que l'esprit matérialiste de la première période, exprimé par Pomponace, Vanini, Montaigne, Sanchez, la littérature du xvi^ siècle, Bacon, les sciences l»hysiques, et Hobbes, se propage en Angleterre et en France par Gassendi, Bernier, la société de JNinon de Lenclos et des libertins, et rejoint Locke et le xvu* siècle, après avoir fdtré sous terre. »

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