M. Cornelis de WiU
A MADEMOISELLE VIRGINIE TAINE
Paris, 10 avril 1849 Je viens d'avoir cinq jours de congé à Pâques; le directeur* m'a fait appeler et de lui-même m'a offert la permission de découcher. Cela est très gracieux, n'est-ce pas? 11 paraît que l'on m'a fait à l'École une réputation de travailleur et de philosophe et l'Adniinistralion m'en escompte d'avance les profits. J'ai donc passé ces cinq jours à la campagne chez mon oncle Alexandre, mais admire mon malheur: le choléra^ ou plutôt une petite espèce de choléra bénin m'a pris et couché au lit pendant ces cinq jours.... Tu conçois combien j'ai dû m'ennuycr, je sortais de la vie la plus active, la plus travailleuse, la plus fertile d'idées qu'il soit possible d'imaginer, la vie d'école; il me semblait être descendu dans un caveau. Et ces projets que j'avais faits de concerts et de spectacle! tous tombés dans l'eau. Enfin aujourd'hui je vais mieux et je t'écris de l'Ecole, où je suis rentré à peu pi'és guéri. Presque tout le monde à Paris est indis- ])Osé de la même façon, de sorte que je ne me suis pas inquiété; ne t'inquiète pas non plus; je suis sain et intact en ce moment et j'ai payé mon impôt : le choléra ne m'enverra plus son huissier.
Ne montre pas ton goût pour les arts, la littérature, la science; garde ces choses en toi-même; là où tu es'',