Mlles Eugénie et Denise Taine, nées et dcccdées à Rethel
3. Taine (Joan-Baptiste-Antoine), avocat et avoué, né à Rethel le 26 février 1801, mort à Vouziers le 8 septembre 18i0; lils de Marie-Jacques Taine, manufacturier, et de Marie-Anne Quinart- Taine. Il avait acheté son étude d'avoué à Vouziers on 1826 et se maria, le 23 mars 1827, avec Mlle Virginie Bezanson, sa cousine ^'^ermaine. Un arrière-graiid-père maternel de M. J.-R.-A. Taine, M. Sarlet, était notaire à Vouziers sons Kouis XV.
L'ËNl'ANCE ET L'EDUCATION 9
souvent son petit garçon lorsque, pour remplir les devoirs de sa profession, il parcourait en voiture ces beaux bois des Ardennes*, qui sont la parure des environs de Vouziers. C'est sans doute à ces premières impressions d'enfance qu'il faut faire remonter le sentiment si vif des beautés naturelles et l'amour profond de la forêt qu'on voit transparaître dans l'œuvre et dans la correspondance d'Hippolyte Taino. C'est aussi ce jeune père trop vite disparu qui lui enseigna les rudiments du latin; lorsque sa santé chancelante le contraignit à suspendre ses leçons et à se séparer de l'enfant, celui-ci avait déjà acquis le solide fondement de ses études ultérieures. — Ce que fut la mère^ de M. Taine, avec quelle sollicitude et quel dévouement elle a rempli auprès de lui la plus douce des tâches, on le verra dans la suite de cette correspondance. Rien n'était plus touchant que la profonde affection, la parfaite confiance qui unissaient ce fils à cette mère, et nous ne pouvons la mieux louer qu'en reproduisant le fragment suivant d'un testament que M. Taine écrivit en décembre 1879, quelques mois avant de la perdre :
« Si ma mère me survit, ma femme et mes enfants se souviendront que pendant quarante ans elle a été mon unique amie, qu'ensuite avec eux elle a toujours eu la première place dans mon cœur, que sa vie n'a été que dévouement et tendresse; ils tâcheront de me remplacer auprès d'elle, de l'amener ici^; quoi que j'aie fait et quoi qu'ils fassent, ils ne pourront jamais m'acquitter envers elle; aucune femme n'a été mère si profondément et si parfaitement. »
Deux des frères de Mme Taine s'intéressèrent aussi particulièrement à l'éducation de leur neveu : l'aîné, M. Adolphe
1. Voir, dans les Derniers essais de critique et d'histoire, l'article intitulé les Ardennes.
2. Mme J.-B.-A. Taine, née Marie-Virginie Bezanson, fille de M. Nicolas Bezanson et de Mlle Norbertine Taine; née à Rethel en 1800, décédée à Paris le 2 août 1880.
3. A Boringe, la propriété de Savoie où le testament fut écrit.
Bezanson*, fut depuis la mort de son beau-frère le conseil et le guide de la veuve et des orphelins. Le plus jeune, Alexandre 2, qui avait passé plusieurs années aux États-Unis, se fit un plaisir d'enseigner au retour l'anglais à son jeune neveu, et il lui rendit ainsi le plus signalé des services. M. Taine lui resta profondément attaché et reconnaissant, et lui dédia les Notes sur VAnglclcrrc « en témoignage de sa gratitude ».
La première éducation d'flippolyte Taine fut donc faite uniquement par la famille, à Vouzicrs; il passait seulement quelques heures chaque jour dans une petite pension tenue par M. Pierson. Il fit sa première communion fort jeune, en août 1838; en 1859, lorsque la maladie força M. J.-B.-A. Taine à chercher d'autres maîtres pour son fds, il fut envoyé dans un pensionnat de Rethel, dirigé par un vieux prêtre et sa sœur, ancienne religieuse; il y resta dix-huit mois, jusqu'à la mort de son père. Il y était interne, mais sous la surveillance immédiate de sa grand'mère, Mme M.-J. Taine'^, et des deux tantes célibataires dont nous avons parlé plus haut''; il passait ses jours de congé dans la vieille maison de famille, cherchant sa pâture intellectuelle sur les rayons poudreux d'une ancienne bibliothèque, dans une chambre écartée. Il dévorait déjà tout ce qui lui tombait sous la main, surtout les auteurs classiques du xvn° jt du xviii" siècle^, qui faisaient le fond de toutes les lectures pour la bourgeoisie
1 . Bezanson (Adolphe), notaire à Poissy, représentant du peuple à l'Assemblée de 1848, né à Rethel en 1804, décédé à Poissy en 1860.
2. Bezanson (Alexandre), ingénieur civil, né à Rethel en 1818, décédé à Lagny en 1879. Un troisième frère de Mme Taine, Auguste Bezanson, notaire à Sedan, se trouvait par sa résidence moins mêlé à la vie de famille pendant la jeunesse de son neveu.
5. Mme Marie-Anne Quinart, veuve de Marie-Jacques Taine, fdle de J.-B. Norbert Quinart et de Marie-Marguerite Taine, née vers 1780, décédée à Rethel en 1857.