Voir ci-dessus la composition du jury
2. Aube (Louis-Auguste-Benjamin), né en 1826, entré à l'École n)rmale en 1847, mort en 1887.
5. M. Monod, qui a élucidé avec beaucoup do soiu ce point do la
qu'après les argiimontations, Taine tenait sans contredit le premier rang. Le lendemain, Taine fait sa leçon sur l'objet de la morale. Il la fait à l'École, le matin, devant Edouard, Marot^ plusieurs autres. Tous la trouvent excellente. Je l'entends à la Sorbonne ; je la suis avec plaisir, persuadé qu'elle le mettait définitivement hors ligne. Et c'est pour cette leçon qu'ils l'ont refuse ! Ils disent qu'il l'a faite autrement que le bureau ne l'avait conçue; qu'il y a eu de sa part (et de la nôtre alors) une méprise ; et que cette brillante et savante leçon l'empêchait seule d'être reçu. J'appelle cela une injustice doublée d'un mensonge. Que seraient donc devant eux la science et le talent si une supériorité incontestée disparaissait devant une méprise toute matérielle (et d'ailleurs fort problématique) sur l'objet d'une leçon.... Pour mon Taine, il est fort tranquille et il a bien raison, car il joue le plus beau rôle et l'avenir est à lui, ou plutôt à nous ; car ce coup a resserré nos liens et rendu noire
entente plus cordiale encore, et plus intime
Si tu reçois là-bas la Liberté de Penser, tu y trouveras peut-être un court article de M. Louis Brégan et une note dans le bulletin qui, signée Jacques, n'en sera pas moins de ce M. L. B. — Elle est destinée à être désagréable aux juges de Taine : espérons qu'elle remplira son objet.
biographie de M. Taine, nous dit que la leçon sur Bossuet ol)tinl la note maximum 20, et que l'échec provient d'autres causes. Aux épreuves écrites les sujets étaient pour la philosophie doctrinale : « Des facultés de l'âme; démonstration de la liberté. — Du moi, de son identité, de son unité. » — Pour l'histoire de la philosophie : « Socrate d'après Xénophon et Platon. » La façon dont M. Taine traita les sujets ne fut pas du goût du jury et, sans les efforts de M. Bénard, un des membres du bu'"eau et son ancien maître à Bourbon, il n'aurait pas été déclaré admissible. La seronde leçon orale, où il devait exposer le plan d'une morale, le perdit; il avait pris pour thème la proposition de Spinoza : « Plus ((uelqu'un s'efforce de conserver son être, plus il a de vertu; plus une chose agit, plus clic est parfaite. » La leçon fut déclarée absurde par les juges. — Voir Renan, Taine, Michelet, p. 68 et suivantes, et p. "128, note, la conversation de l'ahhé Noirot.
1. Marot (N...), inspecteur d'académie à Paris, entré à l'École r.ormale en 1841), moi-l en 18115.
Extrait de V article de Prévost-Paradol^ dans la « Liberté de Penser » (tome Yill, p. 000).
(( Nous professons pour le caractère de M. Portalis la plus sincère estime; aussi sommes-nous affligés que son début dans la présidence du bureau d'agrégation pour les classes de philosophie soit signalé par le plus grand malheur qui puisse arriver à des juges consciencieux : celui de commettre une évidente injustice. Un candidat s'était fait remarquer entre tous par l'étendue de son savoir, par la force, l'élégance et la clarté de sa parole, par la maturité inattendue de son talent. Il avait joint, dans l'argumentation, à une rare habileté, un sang-froid, une justesse et une modération plus rares encore. Il avait fait la leçon la mieux liée, la plus claire et la plus philosophique qui se soit depuis longtemps entendue à la Sorbonne. Amis et concurrents jugèrent le candidat hors ligne et le crurent reçu le premier. Et M. Taine est tout simplement refusé ! Il est refusé parce qu'il a fait preuve de sincérité et de bon goût. Il est refusé, parce qu'il a dédaigné les faciles déclamations sur la Providence, sur la morale religieuse, sur la nécessité d'un culte : lieux communs que la distinction de son esprit aurait suffi pour lui interdire. Il est enfin refusé parce qu'il a donné des démonstrations nouvelles de vieilles vérités; parce qu'il n'a pas purement récité les livres élémentaires de l'intolérante École, parce qu'il a joint l'indépendance au savoir, etc.... »
Enfin MM. Jules Simon et Vacherot écrivaient à Ilippolyte Taine, pour le consoler de son échec, des lettres qui prouvent leur affectueuse et profonde estime :
6 septembre 1SM Vous n'êtes pas reçu ! de Suckau ne m'en voudra pas de
1. Le texte complet a été reproduit par M. Gréard : Prévost- Paradol, p. 175, note. Prévost écrit à M. Gréard à ce propos, le 1" octobre 185i : « La^ note sur Taine a paru et le Siècle l'a re-
vous dire que vous étiez celui dont le succès nous paraissait le plus assuré. Je parle pour totis vos maîtres.
Ainsi est faite la vie. Vous êtes digne de bien prendre cette première douleur. Au fond, ce n'est rien; pour vous, à votre âge, cela semblera dur. Si le témoignage d'un maître, qui est en même temps votre ami, peut vous aider à reprendre courage, je vous assure que j'ai eu peu d'élèves plus capables que vous d'être reçus agrégés....
M. VACIIEROT A H. TAINE
Septembre 1851 Mon cher Taine,
J'ai été aussi surpris qu'affecté de votre échec. Je savais bien à quel bureau* vous aviez affaire. Mais la présence de mon ami Bénard me rassurait pour vous ! Je ne sais ce qui s'est passé au sein du bureau. Mais je suis convaincu que vous avez dû votre échec à N., l'esprit le plus étroit et le plus absolu que je connaisse. Il ne fait aucun cas du talent ni de l'originalité de la pensée et malheur à celui qui, sans le vouloir, contredit ses petites idées, paupertinam philosophiam. Je le connais si bien que si j'eusse été à Paris et en communication avec vous au moment du concours, je vous eusse très probablement fait éviter cet écueil. Comment vos professeurs de l'École et M. Bénard ne vous ont-ils pas averti? N. a dû retourner tout le bureau'.
produite. About et d'autres m'ont reconnu; je n'ai fait nulle façon d'avouer. J'ai vu Taine qui l'a bien prise. Quant à Edouard, il l'avait approuvée manuscrite.