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2. Les membres du jury n'étaient pas tous aussi insensibles qu'on l'a cru aux mérites du jeune pliilosoplio. Nous trouvons dans une lettre d'Edouard de Suckau,du11 novembre 1851 : « J'ai fait à Lyon une visite à M. l'abbé Noirot. Il m'a donné sur l'agrégation des détails nouveaux et curieux. Suivant lui, il n'y avait qu'un reproche à faire à ta leçon ; elle n'était pas convenable : elle était trop élevée pour un auditoire de collège; mais plan, méthode, principe, déductions, détinitions, il acceptait tout. Il n'y avait rien de faux (et je l'ai pressé sur les détails pour n:c faire dire cela),
Du roslc votre échec, n'a rien de sérieux. Vous n'en êtes pas moins très digne d'être reçu le premier et tant pis pour le bureau qui n'a pas su ou n'a pas voulu faire la juste balance des mérites et des défauts. Vous n'avez pu être et vous n'avez certainement pas été, à ce qui m'est revenu, tellement au-dessous de vous-même que vous n'ayez conservé une grande supériorité sur vos concurrents. Mais vous étiez déjà suspect de mauvaises tendances, et puis vous avez eu le malheur de rencontrer N. pour juge.
Vous n'avez pas à vous inquiéter de l'avenir : quoi qu'il arrive, vous reprendrez votre place l'année prochaine. Vous serez d'autant plus sûr du succès, sous quelque bureau que ce soit alors, que vous aurez enseigné pendant un an la science à de jeunes esprits à la portée desquels il vous faudra descendre. Gardez-vous, quelque place qu'on vous destine, de refuser et de demander un congé. L'enseignement élémentaire est une épreuve qui vous est absolument nécessaire. C'est la seule préparation à l'agrégation qui vous a manqué et que je vous recommande instamment. Je m'attendais à vous trouver résigné,, je ne vous félicite pas moins de votre philosophie pratique.
Je ne vous conseille pas de prendre pour sujet de thèse
seulement une dépense déplacée de talent. — Les plus grandes exclamations étaient venues de M. Portalis et de M. Franck, de M. Franck surtout : les Allemands sont obscurs, mais c'est plus qu'allemand. Pour lui, M. Noirot, il n'avait été en rien de cet avis. — Ce qui empêche la publication du rapport [de M. Portalis], pensait-il, c'est le désaccord des membres du bureau sur les motifs de ton exclusion; et le désir de laisser tomber [dans l'oubli] un blâme injuste tombé sur toi et sur l'enseignement philosophique de l'École. » — Lettre de M. Jules Simon à H. faine, octobre 1851 : a Bénard convient qu'on a mis un peu de passion dans le jugement de votre dernière épreuve : il parait que M. Portalis déclare dans son rapport que votre leçon est toute une révélation contre l'enseignement de l'École et qu'on ne saurait trop tôt se débarrasser de professeurs qui forment de tels élèves. Je vous donne ce renseignement sur la parole de Saisset. » — Le rapport de M. Portalis fut le seul qui ne fut pas publié; il a disparu (les Archives du ministère de l'Instruction publique, ainsi que le dossier de M. Taine. — Y. G. Monod, ib., p. 70.
130 CORRESPONDA^XE
la Logique de Hegel'. Le sujet ne serait pas accepté de la Faculté. La psychologie, même élémentaire, est en grande partie à créer. Concentrez cette année toutes vos lectures et toutes vos méditations sur cette partie si neuve et si intéressante de la Science.
Ainsi encouragé et conseillé, Hippolyte Taine partit rejoindre sa famille à A^ouziers dans l'attente du poste dont il devait être pourvu au mois d'octobre.