‹ H. TaineChapitre 57 sur 160 · Le 13 octobre · texte numérisé non relu

Le 13 octobre

immédiatement, préparer à la hàle ses leçons et organiser sa vie matérielle, s'occupant pour la première fois de détails pratiques très antipathiques à sa nature contemplative. 11 prit son parti de toutes ces petites contrariétés avec sa résignation accoutumée et s'appliqua tout d'abord à rassurer sa mère dont la tendresse inquiète s'alarmait pour lui de ce complet changement d'existence.

Cette année de professorat fut peut-être la plus laborieuse et la plus fructueuse de la vie d'ilippolyte Taine; à la préparation de l'agrégation de philosophie, supprimée en décembre*, succéda aussitôt celle de l'agrégation des lettres^. Il écrivait en vain ses thèses de psychologie qui furent refusées ^ et il dut se retourner vers les sujets plus innocents de La Fontaine et des jeunes gens de Platon. La persécution intellectuelle dont il fut alors l'objet l'empêcha sans doute de verser dans l'abstraction pure, et, en le contraignant à s'occuper de nouveau de littérature et d'histoire, elle nous a valu des œuvres comme l'Histoire de la Liiiérature anglaise et les Origines de la France contemporaine. Mais ce ne fut pas sans un profond déchirement, dont on verra la trace dans sa correspondance de 1852, qu'il se détacha momentanément de celle que Prévost- Paradol* appelait « sa chère et pure maîtresse », la recherche philosophique de la vérité absolue. 11 ignorait encore qu'une vocation connue la sienne, doublée d'une volonté ardente, résiste aux pires épreuves et que tous ses travaux littéraires, esthétiques et historiques ne seraient que les applications variées de ses théories psychologiques.

Le plan de son cours absorbait un temps précieux qu'il aurait voulu consacrer à des spéculations plus hautes; mais il considérait ce sacrifice comme la rançon de son indépen-

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